Armée-Nation

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Lundi 7 décembre 2009 1 07 12 2009 11:04
- Par Enseignant Défense
AFGHANISTAN: QUELLE STRATÉGIE POUR RÉUSSIR?

    “S'il est impossible de fixer une échéance à un éventuel retrait, les conditions politiques qui permettront, à terme, un désengagement sont connues. Disposer d'un Afghanistan en mesure de s'assumer lui-même, doté d'un gouvernement légitime s'appuyant sur la confiance de sa population et de forces de sécurité nationales capables d'assurer la paix, la sécurité et la stabilité intérieure et extérieure pour poursuivre le développement amorcé grâce à un financement pérenne de la communauté internationale.”

Extrait du rapport d'information de MM. Josselin de ROHAN, Didier BOULAUD et Jean-Pierre CHEVÈNEMENT (22 septembre-1er octobre 2009)


    Avec l’intensification des combats et l’engagement de troupes supplémentaires de la part des États-Unis comme de leurs alliés, la guerre d’Afghanistan s’inscrit dans une durée de plus en plus longue. Lancée en 2001 au lendemain des attentats du 11 septembre, l'intervention occidentale est en passe d’atteindre la durée de l’invasion soviétique (décembre 1979-février 1989), et peut-être la dépassera.

    Ces éléments posent avec acuité une redéfinition stratégique de l’engagement occidental et, plus particulièrement, français dans ce pays. En effet, les effectifs militaires français sont allés sans cesse croissant depuis 2001, atteignant aujourd’hui 3700 militaires présents sur et autour du théâtre d’opérations afghan. Les pertes sont également croissantes même si elles n’ont encore rien à voir avec celles de nos alliés américains, britanniques et canadiens.

    En revanche, l’impact médiatique de ces pertes, sans commune mesure avec leur réalité militaire, déplace le champ de bataille dans l’opinion publique française: les affaires LE PAHUN et MOREL l’illustrant très récemment. Dans ce contexte, l’explication auprès de nos contemporains des enjeux que pose notre engagement en Afghanistan - enjeux pour ce pays mais aussi pour l’équilibre régional, la sécurité internationale et, in fine, notre propre sécurité -, est à comprendre comme une partie à part entière du conflit. Notre conviction est que ce conflit afghan se déroule autant en Kapisa et Hemland qu’au sein de nos démocraties.

    Concernant ce travail pédagogique indispensable à toute prise de position pour ou contre cette guerre, nous recommandons vivement la lecture du Rapport d'information réalisé par MM. Josselin de ROHAN, Didier BOULAUD et Jean-Pierre CHEVÈNEMENT - mandatés par la Commission des affaires étrangères du Sénat - dont le sujet est “Afghanistan : Quelle stratégie pour réussir ?” Le grand intérêt de cette mission sénatoriale, qui s’est déroulée du 22 septembre au 1er octobre 2009, est qu’elle inscrit directement les évènements afghans dans un équilibre régional plus vaste qui touche au premier chef le Pakistan mais aussi l’Inde et l’Iran.

    Gageons que dans une période de sondages simplistes et d’atteintes aussi irresponsables qu’irrespectueuses envers nos forces armées, cette étude sera lue avec profit par le plus grand nombre.



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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 12 2009 22:50
- Par Enseignant Défense
Badge de présentation de Nadia MOREL sur le site Vannes-Projet-Citoyens
   
    Il est des attitudes qui révoltent jusqu’au plus profond de nous-même, et des paroles toujours surprenantes tant on ne pouvait les imaginer de personnes censées donner une façon d’exemplarité. Des attitudes et des paroles qui font qu’un enseignement peut se transformer en une véritable CAUSE. Tel est le cas de notre mission - l’éducation à l’Esprit de Défense – revue à la lumière d’un fait qui s’est produit le lundi 16 octobre dernier.

    Ce jour-là, se tenait à Vannes un conseil municipal au cours duquel une minute de silence fut demandée en hommage aux combattants du 3e RIMa tombés cette année en Afghanistan (1). À cette occasion, les élus de gauche comme de droite se levèrent à l’exception de Madame Nadia MOREL. Élue de l’opposition, inscrite sur la liste Vannes-Projet-Citoyens (VPC), Nadia MOREL, âgée de 37 ans, est également Professeur des écoles et mère de trois enfants. Refusant de se lever lors de cette minute de silence, elle a, depuis, justifiée sa position dans la presse locale, affirmant: “Je ne me suis pas levée effectivement. Je suis antimilitariste et pacifiste. Je respecte le métier de soldat, mais pas le combat meurtrier sur un sol qui n'est pas le nôtre.” (2)

    Dans le journal Le Télégramme, elle ajoute également: “À titre privé, j'ai de la peine pour les familles des victimes. C'est une chose terrible que la mort de ces soldats. D'un autre côté, c'est un métier qu'ils ont choisi. Je suis personnellement pacifiste. Je respecte le fait que des gens puissent avoir une attitude différente de la mienne. Mais je n'adhère pas à la minute de silence qui s'est déroulée lors du conseil municipal. Tous les jours, il y a des gens qui meurent à Vannes. On ne fait pas de minute de silence pour autant.” (3)

    Cette attitude est consternante à plus d’un titre. Alors que nous écrivions récemment sur la vigueur du lien Armée-Nation aux États-Unis, voilà que cette affaire - qui commence à prendre une dimension nationale au même titre que le dépôt de plainte des familles des soldats tués à Sper Kunday – illustre on ne peut mieux la faiblesse de ce lien dans notre pays, partant l’urgente nécessité de le reconstruire. Un pays où une élue confond l’engagement militaire, voulu par le Chef de l’État en Afghanistan, avec le devoir de solidarité de la Nation envers ses fils envoyés au combat. Quand bien même se dit-elle pacifiste, Nadia MOREL comprend-elle vraiment ce qui se passe en Afghanistan où nos soldats sont justement envoyés pour pacifier non seulement un pays mais une région du monde de grande instabilité?

    Point de guerre d’expansion ni de guerre coloniale pour les plus puissantes armées d’Occident qui mettent leurs moyens au service de la paix et de la construction de la Démocratie. D'aucuns en souriraient quant à ce dernier point, certes, mais cela est un autre débat. Toujours est-il que le phénomène est suffisamment inédit et récent dans l'histoire du monde pour être affirmé et souligné une fois de plus, à savoir que des soldats occidentaux se battent et meurent au nom d’un droit international dont on se demande comment Madame MOREL l’enseigne auprès de ses élèves.

    Car c'est ici que l’affaire se révèle la plus désespérante, à savoir que l'élue en question est aussi Professeur des écoles, c’est-à-dire enseignante dans le cycle primaire. D’emblée et d’enseignant à enseignant, je ne peux m’empêcher de lui poser la question de savoir quelle histoire peut-elle bien enseigner à son très jeune public? Son pacifisme la conduit ainsi à désapprouver “le combat meurtrier sur un sol qui n’est pas le nôtre”, mais dans ce cas comment étudier l'histoire de notre pays durant les deux guerres mondiales? Que dit-elle au sujet des milliers de soldats américains, canadiens et britanniques – pour ne citer que ceux-là – venus mourir en France pour prix de sa liberté d'aujourd'hui
dans des combats autrement plus meurtriers que les embuscades afghanes? Mais peut-être n'en parle t-elle pas.

    Comment cette enseignante, qui opère une confusion intellectuelle entre ce qui relève du fait divers (4), et ce qui touche à une situation de conflit à l’échelle internationale, peut-elle enseigner (ou préparer à l'enseignement de) l’Histoire, le Droit, le Civisme, la mondialisation, tels que les programmes scolaires le demandent? Si le territoire national n’est plus menacé comme il a pu l’être en 1870, en 1914 et en 1940, il peut encore l’être de nos jours mais d’autres manières. La Défense reste la Défense, mais les champs de batailles se sont déplacés, voire ont changé de nature, et les menaces ont muté. Or, les déclarations de l’élue VPC de Vannes offensent le métier d’enseignant par l’incapacité profonde qu’elles révèlent à comprendre le monde et les conflits d’aujourd’hui.

    Si un enseignement peut venir en appui d'une cause (du fait de la grande liberté pédagogique des professeurs), il reste avant tout un enseignement avec un cadre et des objectifs clairement fixés par la loi républicaine. Ainsi en est-il de l’enseignement de la Défense, de l’éducation à l’Esprit de Défense, de la sensibilisation de notre jeunesse aux problèmes de Défense en France comme en Europe, telle que la loi n° 97-1019 du 28 octobre 1997 les fonde de manière OBLIGATOIRE. Cette loi, étayée par plusieurs protocoles d’accord entre les Ministères de la Défense, de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, insiste particulièrement sur l’importance du cycle primaire où les symboles nationaux doivent être appris par les élèves. Or, nous sommes en droit, devant les arguments que nous présente Madame MOREL, de nous interroger sur son attitude face à des parties du programme scolaire qui iraient à l’encontre de ses convictions (“pacifisme”, “antimilitarisme”...).

    Nadia MOREL n'est pas représentative d'un monde enseignant qui, aujourd’hui et fort heureusement, ne confond plus ses salles de classe avec la section ou la cellule d’un parti politique. Elle n’en reste pas moins le reflet de cette minorité de pédagogues pervertis qui - n’aidant pas nos enfants à comprendre l’actualité, alors que cela est justement leur métier - inflige un mal incommensurable aux hommes et aux femmes qui défendent notre pays.

    La vie locale à Vannes n’est pas celle que l’on peut connaître à Kaboul. La France n’est pas l’Afghanistan au même titre qu’un État de droit apaisé ne peut être comparé à un pays où règne l’anarchie tribale. Un fait divers, si désolant soit-il ici dans notre pays, n’a rien à voir avec ce qui s’est passé à Sper Kunday le 18 août 2008. Un accidenté de la route n’est pas un héros, comme les soldats du 3e RIMa tués en Afghanistan ne sont pas des victimes mais de véritables héros. Cette somme atterrante de confusions de la part d’un professeur, réduit sa "peine” proclamée à l’endroit des “familles des victimes” à une pure pétition de principe si ce n'est une rhétorique hypocrite.

    Une comparaison ne vaut que par la qualité et la pertinence des éléments qu’elle met en relation. Nadia MOREL ne compare rien car elle ne comprend rien. L'hommage lui est inutile car elle ne peut saisir ni le sens ni la valeur du sacrifice. Pire, en tant qu’élue et Professeur des écoles, elle est une honte pour notre pays et l’Éducation nationale (5).



(1) Vannes, dans le Morbihan, est la ville garnison du 3e RIMa. Les militaires tués sont: le Sergent-chef Johan HIVIN-GÉRARD, le Caporal-chef Thomas ROUSSELLE, le Caporal Johan NAGUIN, le Caporal Antony BODIN et le 1ère classe Kevin LEMOINE.

(2) “L’élue Nadia Morel, cible des anciens combattants”, Ouest-France du jeudi 29 octobre 2009.
(3) “Minute de silence. L’attitude de Nadia Morel critiquée”, Le Télégramme du jeudi 29 octobre 2009.
(4)
Ibid. “Tous les jours, il y a des gens qui meurent à Vannes. On ne fait pas de minute de silence pour autant.”
(5) Une pétition est actuellement en ligne dont l'auteur - L'Association Nationale de Soutien à nos Soldats en Opération (ANSSO) - demande à Nadia MOREL "des excuses ou la démission".



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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 12 2009 09:57
- Par Enseignant Défense
LE LIEN ARMÉE-NATION AUX ÉTATS-UNIS


    Dans un bel article paru dans l’édition du journal Le Figaro d’aujourd’hui, la journaliste Laure MANDEVILLE nous décrit la force du lien Armée-Nation aux États-Unis à travers les honneurs militaires rendus au Sergent-chef Nekl B. ALLEN tué en Afghanistan au mois d’octobre, et qui laisse derrière lui une veuve et trois enfants.

    Alors que le Président Barack OBAMA vient d’annoncer officiellement, devant les cadets de l’Académie militaire de West Point, l’envoi d’un renfort de 30 000 hommes en Afghanistan, alors que cela va bientôt faire une décennie que l’Amérique est en guerre, force est de reconnaître qu’elle nous donne une leçon en matière de solidarité entre la Nation et ses forces armées. Nous pouvons ainsi émettre des réserves quant au bien fondé et quant à la méthode que les États-Unis mettent en avant dans leur lutte afghane comme irakienne, plus particulièrement à l’endroit de ce dernier conflit. Il n’y a cependant pas qu’en France que les sondages désapprouvant l’envoi de troupes supplémentaires progressent. L’Amérique, elle aussi, doute de l’issue de la guerre en Afghanistan. L’Amérique, elle aussi, connaît ses crises de conscience, et affronte des difficultés économiques.

    Certes, elle reste l’ “hyperpuissance” comme la “nation indispensable” selon les termes d’Hubert VÉDRINE et de Madeleine ALBRIGHT. Elle sait cependant, la première, toute la relativité de sa puissance au moment où les guerres afghanes et irakiennes usent le potentiel humain et matériel de l’US Army, le tout sur fond de crise avec l’Iran, et de montée en puissance de la Chine.

    Bien évidemment la puissance économique comme scientifique de l’Amérique reste réelle, et nous aimons la mettre en exergue afin de mieux cacher nos faiblesses, voire occulter la nécessaire réflexivité à notre amélioration. Cependant, la douleur de M. LE PAHUN, par exemple, ne peut se mesurer uniquement à des questions matérielles tels que des gilets pare-balles américains plus efficaces que les gilets pare-balles que portaient nos parachutistes dans la vallée d’Uzbin. Car 5300 fils de l’Amérique sont tombés depuis 2001 en Afghanistan et en Irak, et les pertes que subit l’armée la mieux équipée au monde sont sans commune mesure avec les pertes françaises encore aujourd’hui. La guerre est avant tout un choc de volontés, et une question de détermination politique avant d’être une affaire technique…

Fallen soldiers... Du Vietnam à l'Irak, près de trente ans séparent ces deux photographies. L'US Army a, depuis, profondément changé ainsi que le regard de la société américaine sur le conflit vietnamien. Pourtant, c'est le même cérémonial qui est rendu aux camarades tombés au combat

    Les jeunes Américains ont connu l’individualisme inhérent à la société de consommation bien avant nous. Ils ont aussi connu la professionnalisation des armées vingt ans avant la France. L’Amérique doute en Afghanistan, et les longues hésitations stratégiques du Président OBAMA l’ont amplement montré ces derniers mois. Pourtant, dans ce pays que nous aimons tant critiquer pour ce qu’il est, un vétéran ou un blessé est encore regardé et salué comme un HÉROS et non comme une victime. Chaque soldat tué reçoit un hommage individuel et reconnu par la société au cours d’une cérémonie que le cinéma a popularisé plus d’une fois, et qui a, très certainement, émue la journaliste du Figaro ce mardi 8 octobre 2009 au cimetière militaire national d’Arlington (Virginie).


    Bref, l’Amérique est encore l’une des rares démocraties occidentales où l’on peut désapprouver une guerre sans pour autant tourner le dos à l’Armée. Un pays où les familles pleurent autant – si ce n’est davantage qu’ailleurs – les pères et les fils absents; où certaines familles contestent la politique du Gouvernement, mais ne remettent pas en cause le lien entre la Nation américaine et ses forces armées. Un pays où, dans l’épreuve, quoi qu'il en soit la Nation est SOLIDAIRE. Où le fameux “support our troops” reste un geste de civisme et de solidarité que l’on soit républicain ou démocrate.

    La France devrait s’en inspirer.


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Mardi 1 décembre 2009 2 01 12 2009 10:07
- Par Enseignant Défense
JUDICIARISATION, MÉDIATISATION ET DEMANDE DE RENFORTS
   
    Ce mois de novembre vient de s’achever sur deux interventions médiatiques venant enrichir le débat et la réflexion sur ce que l’on appelle désormais la judiciarisation de la guerre et des opérations militaires. D’abord une nouvelle interview de Joël LE PAHUN, père de l’un des dix soldats tués lors de la bataille de Sper Kunday le 18 août 2008, sur la radio RTL. Dans cette interview, réalisée le lundi 30 novembre avec le journaliste Vincent PARIZOT, M. LE PAHUN affine le point de vue de sa démarche et met directement en cause le Chef d’État-major des Armées.


    Le même jour, à l’occasion de la cérémonie de prise d’armes d’automne, le Président Nicolas SARKOZY, Chef des Armées, a prononcé un discours où il a rendu hommage aux 21 militaires français tombés en Afghanistan au cours de cette année. Comme en écho à l’extension de la plainte de M. LE PAHUN - qui concerne dorénavant sept familles de combattants tués à Sper Kunday -, le Chef de l’État a rappelé “la singularité de l’engagement militaire” ainsi que sa volonté de maintenir l’effort de défense “en dépit de la crise économique”. Il a aussi réaffirmé la détermination de la France à soutenir le processus de stabilisation et de pacification en Afghanistan.

    Cette actualité immédiate mettra particulièrement en relief les pressions que les États-Unis exercent actuellement sur notre pays (1) pour qu’il envoie de nouveaux renforts en Afghanistan. Les États-Unis portent, en effet, l’essentiel du poids de ce conflit alors qu’au même moment le Président OBAMA affronte une situation intérieure difficile. 929 soldats américains sont déjà tombés en Afghanistan, et un renfort supplémentaire de 30 à 40 000 soldats devrait être envoyé très prochainement sur ce théâtre d’opérations.

(1) Cf. L’entretien téléphonique de jeudi dernier entre Hillary CLINTON, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et Bernard KOUCHNER, Ministre des Affaires étrangères. L’entretien d’hier, également, entre Barack OBAMA  et Nicolas SARKOZY.



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Enseignant au Lycée Galilée

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