Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 10:18
- Par Enseignant Défense

  Essais de décollage et d'appontage du F-35B (STOVL) à bord du bâtiment d'assaut amphibie USS Wasp

 

Le Joint Strike Fighter (JSF) F-35 Lightning II est un avion multirôle fabriqué par la firme aéronautique américaine Lockheed Martin. Le programme remonte aux lendemains de la Guerre froide, et devait répondre à la demande de l’armée américaine d’un appareil de supériorité aérienne décliné sous plusieurs modèles, ce qui pourraient le rendre adaptable aux missions de l’Air Force, de la Navy et du Corps des Marines. Le F-35 avait donc pour vocation de remplacer plusieurs modèles alors existants (F-16 Falcon, A10 Warthog, A6 Intruder, Sea Harrier…) par un seul et même appareil dont la structure serait modifiée selon qu’il soit appelé à agir à partir de bases terrestres (US Air Force), de porte-avions (US Navy), de bâtiments d’assaut amphibie (Corps des Marines). Le programme est d’emblée complexe: la Navy ayant besoin d’une version dont la cellule et le train d’atterrissage seraient renforcés par rapport à la version de l’Air Force. Quant aux Marines, il leur faut une version à décollage vertical (STOVL ou Short Take-Off Vertical Landing). Des exigences qui peuvent être contradictoires, car elles donnent des appareils dont les masses, les surfaces alaires, et les rayons d’action ne sont pas les mêmes (1) pour des missions qui peuvent être fort différentes. Deux projets furent donc mis en concurrence, dont celui de Lockheed Martin qui l’emporta, en 2001, sur le projet de la firme Boeing.

 

Le programme JSF F-35 Lightning II était donc lancé autour d’un concept d’avion multirôle de 5e génération (technologie furtive), destiné à remplacer la plupart des intercepteurs existants dans l’arsenal des États-Unis et de leurs alliés. Cependant, tout en confortant la position stratégique des premiers sur le marché de l’aéronautique mondiale, le programme JSF F-35 rend également les alliés des États-Unis plus dépendants technologiquement et économiquement. Dix pays ont été associés à ce programme selon trois niveaux de coopération technico-industriel (2). Le niveau de coopération le plus élevé concerne la Grande-Bretagne avec la firme BAE Systems en charge de la construction d’une partie du fuselage et de la mise au point de plusieurs systèmes. Mais aujourd’hui, le programme du Lightning II est très sévèrement critiqué. Les retards se sont accumulés, qui prévoient désormais un déploiement opérationnel du F-35 en 2019, soit avec près de dix ans de retard par rapport aux délais initialement prévus. La complexité du programme - liée à des demandes trop différentes en matière de conception – a aussi occasionné des surcoûts considérables de l’ordre de 75% par rapport au prix fixé en 2001! D’emblée, le F-35 est devenu l’un des programmes d’armement les plus chers de l’histoire des États-Unis. Comme si cela ne suffisait pas, une cyberattaque d’envergure a compromis, en 2009, les secrets de fabrication de l’appareil. Des informations liées à l’avionique et à la furtivité ont été dérobées, menaçant du coup l’ensemble du programme… Bref, le F-35 commencent à coûter très cher, non seulement aux Américains mais aussi aux pays qui s'y sont associés. L’avion présente des défauts techniques alors qu’il n’est toujours pas mis en service de manière opérationnelle si ce n’est au… cinéma (3). Quant aux alliés ayant aligné les besoins de leur armée de l’Air - voire de leur aéronavale comme c’est le cas pour les Britanniques - sur le F-35, ils en subissent aujourd’hui les délais d’attente comme la dérive financière, alors que leurs budgets R&D ne sont pas de même niveau que ceux du Pentagone, et qu’ils ne disposeront pas des codes sources de l’appareil.

 

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 À l’heure actuelle, les trois versions du F-35 existent à l’état de pré-série: 1- le F-35A CTOL (Conventional Take-Off and Landing) est la version de l’US Air Force 2- le F-35B STOVL est la version à décollage vertical pour les bâtiments d’assaut amphibie et porte-aéronefs (4) 3- le F-35C CV (Carrier Variant) est la version destinée aux porte-avions. Il semblerait cependant que cette dernière version ne soit plus destinée qu’aux seuls porte-avions américains depuis le renoncement britannique du jeudi 10 mai dernier. Londres vient, en effet, de remplacer l’achat de F-35C au profit de F-35B... Les conséquences de ce remplacement, opéré dans une conjoncture budgétaire particulièrement contrainte, sont considérables. Elles impliquent des choix structurels qui marqueront l’évolution de l’aéronavale britannique sur les cinquante prochaines années.

 

L’aéronavale britannique organisée autour de porte-avions classiques entre dans une phase de déclin avec la fin du deuxième conflit mondial. La thalassocratie britannique a vécu. A l’instar des autres pays européens, le Royaume-Uni subit un déclassement dans la redistribution des cartes de la puissance mondiale, ce que la Crise de Suez (1956-1957) confirme au grand jour. Pourtant novateurs à bien des égards en matière de porte-avions (5), les Britanniques vont – pour des raisons essentiellement financières – renoncer à ces derniers. Deux faits vont entériner ce renoncement majeur: l’abandon de la construction du Furious à la fin des années 1960, et le désarmement du HMS Ark Royal en 1979, dernier porte-avions classique de la Royal Navy qui n’est pas remplacé. Depuis les années 1980, la Royal Navy n’a donc plus de porte-avions, les remplaçant par des porte-aéronefs moins coûteux à construire et à mettre en service. Ceux-ci permettent de continuer à déployer un groupe aérien embarqué, beaucoup moins puissant cependant (6) et ne pouvant qu’utiliser des appareils à appontage vertical (Hawker Siddeley Harrier) de conception complexe et moins polyvalente que les appareils catapultés. Mais plus que le remplacement d’un type de bâtiment et d’un changement d’appareil, ce tournant transforme radicalement l’aéronavale britannique. Ce sont des savoir-faire technologiques et industriels lourds en matière de constructions navale et aéronautique qui sont désormais abandonnés. C’est une doctrine navale qui est également bouleversée: les pilotes anglais ne savent plus ni décoller ni apponter à partir de porte-avions classiques, ce qui leur interdit l’interopérabilité avec les États-Unis et la France, les deux seuls pays occidentaux qui continuent de déployer des porte-avions.

 

Les porte-avions ont des avantages considérables: plus puissants et “guerriers” que les porte-aéronefs, ils sont bien plus que des “capital ships” au sens tactique de l’expression, ils sont de vrais bâtiments de souveraineté. À la suite de James CABLE, l’historien Hervé COUTAU-BÉGARIE - récemment décédé - avait beaucoup insisté sur la dimension diplomatique des marines de guerre, notamment dans leur composante aéronavale. À ces aspects fondamentaux s’ajoutent le fait que le F-35C, initialement choisi par Londres, est de conception moins complexe que la version STOLV. Il dispose d’une meilleure autonomie, d’une plus grande capacité d’emport et, surtout, coûte moins cher que la version B. Alors pourquoi un tel virage de la part du Gouvernement britannique qui, revenant sur le choix initial du F-35C, opte finalement pour le F-35B?

PA-Queen-Elizabeth.pngDessin du porte-aéronefs HMS Queen Elizabeth actuellement en cours d'assemblage aux chantiers Babcock de Rosyth (Écosse). L'ilôt double est caractéristique de cette classe de bâtiments. Noter également le pont d'envol en tremplin.

 

C’est que le choix d’un appareil conditionne aussi la configuration du bâtiment qui va l’accueillir: porte-avions ou porte-aéronefs. Or, les avantages de la version C du F-35 se heurtent à l’essentiel à savoir la construction d’un porte-avions à catapulte, ce que la Royal Navy ne fait justement plus depuis trente ans. C’est aussi toute une nouvelle génération de pilotes à qui il faut réapprendre le décollage et l’appontage horizontal. Et derrière ces questions en apparence technique, se cachent, comme souvent c’est le cas, des questions plus profondes de doctrine et de stratégie; la Royal Navy devant redécouvrir l’emploi du porte-avions et de son groupe de combat. Tout ceci n'est pas insurmontable dans l'absolu, mais intervient à un moment où la Marine anglaise négocie un tournant délicat à l’endroit du choix et de la construction de ses futures plate-formes aéronavales. En lançant la construction du HMS Queen Elizabeth et de son sister-ship le HMS Prince of Wales à la fin des années 2000, la Royal Navy a pris acte de son erreur passée qui fut d’avoir abandonné les porte-avions, alors qu'aujourd'hui les pays émergents (Chine, Inde et Brésil) sont en train d’en construire ou projettent de le faire rapidement. La Grande-Bretagne a t-elle cependant les moyens de reconstruire des porte-avions?

 

Avec une longueur de 280 m et un déplacement en charge de 65 000 tonnes, le Queen Elizabeth et le Prince of Wales seraient les plus gros bâtiments de guerre d’Europe occidentale (7). Prévus pour une mise en service opérationnelle en 2016 pour le premier, et en 2019 pour le second, leur conception laisse le choix d'une construction pouvant évoluer vers un porte-avions ou un porte-aéronefs. Jusqu’à présent le plan initial prévoyait que le Queen Elizabeth serait livré en version porte-aéronefs (donc avec un pont d’envol en tremplin), pour un service limité le temps que le Prince of Wales soit mis à disposition mais en version porte-avions cette fois (c’est-à-dire avec un pont d’envol droit, des catapultes et des brins d’arrêt). Avec la mise en service du HMS Prince of Wales, le HMS Queen Elizabeth serait vendu à un autre pays. C’est ce plan initial qui vient d’être annulé par la décision de passer du F-35C au F-35B. Que la Grande-Bretagne soit consciente de son erreur stratégique est une chose. Qu’elle ait aujourd’hui les moyens de la rattraper en est une autre. La crise économique mondiale et le contexte de récession, qui frappent durement le Royaume-Uni, en ce moment, semblent avoir eu raison du porte-avions Prince of Wales, dont la conversion aurait généré des coûts très élevés en soi à défaut du moindre coût d’achat des appareils F-35C. Le HMS Prince of Wales sera donc très vraisemblablement un porte-aéronefs comme son prédécesseur qui, du coup, devrait être conservé au sein de la Royal Navy.

 

Par le Traité de Lancaster du mardi 2 novembre 2010, David CAMERON et Nicolas SARKOZY avaient sensiblement rapproché la Défense des deux pays. Une convergence s’était même dessinée en faveur d’un porte-avions anglais, qui aurait assumé la permanence à la mer en coopération avec le porte-avions français. La France n’ayant, en effet, pas les moyens de s’offrir un deuxième porte-avions, alors que la Grande-Bretagne désirait réintégrer le club des pays capables de déployer ce type de bâtiment. Cette mutualisation vient de subir un échec, car le choix anglais du F-35B marque à nouveau un renoncement au porte-avions, qui empêchera toute interopérabilité future avec les porte-avions américains comme avec porte-avions Charles-de-Gaulle. En revanche, les gros porte-aéronefs britanniques seront interopérables avec les bâtiments d’assaut amphibie du Corps des Marines, ainsi que les autres porte-aéronefs européens. Les marines étatsunienne et française resteront, donc, les deux seules à pouvoir interopérer à partir de porte-avions à catapultes, jusqu’à ce que le F-35C entre en service. Ce dernier étant en effet trop lourd pour l’actuel porte-avions français…

 

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(1) La version Navy du F-35 est plus lourde d’une tonne (à vide) que celle de l’Air Force.

(2) L’Italie et les Pays-bas sont ainsi chargés de l’assemblage des F-35 européens. Le Danemark, la Norvège, le Canada, l’Australie la Turquie, Israël et Singapour sont aussi associés.

(3) L’avion apparaît notamment dans les films “Die hard 4: retour en enfer” (2007) et “The Avengers” (2012).

(4) Plus petit et plus léger, le porte-aéronefs (bâtiments d’assaut amphibie américains, BPC français, Cavour italien ou Juan Carlos I espagnol) permet de déployer des hélicoptères et des avions en nombre plus réduit et moins lourdement armés. Ces derniers décollent à l’horizontale à partir d’un pont d’envol tremplin mais appontent verticalement.

(5) C’est la Royal Navy qui, la première, innove en matière de protection des pistes d’envol (ponts blindés), de pont oblique (qui permet les décollages et les appontages simultanés), de catapultes à vapeur (afin de multiplier la puissance au décollage d'avions plus lourds) et de miroirs d’appontage.

(6) Le différentiel de puissance tient au nombre d’appareils embarqués beaucoup moins nombreux que sur un porte-avions, mais aussi aux types d’appareils, de plus faible emport et de rayon d’action moindre sur un porte-aéronefs.

(7) Le porte-avions Charles de Gaulle mesure 261 m de long pour un déplacement de 42 500 tonnes en charge.

 

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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 09:36
- Par Enseignant Défense

Chaque année aux États-Unis, une semaine et un jour en particulier sont consacrés à un hommage de la Nation à l'ensemble de ses forces armées. Connue sous le nom de "Armed Forces Week" et "Armed Forces Day", la manifestation débute traditionnellement le deuxième samedi du mois de mai pour s'achever le troisième dimanche du même mois. C'est-à-dire aujourd'hui pour cette année 2012; le troisième samedi - hier donc - étant l' "Armed Forces Day". Cette tradition remonte au 31 août 1949, lorsque le Président Harry S. TRUMAN (1884-1972) et son Secrétaire d'État à la Défense, Louis A. JOHNSON (1891-1966), décidèrent de regrouper les différentes journées dédiées alors à l'Army, la Navy, l'Air Force, le Corps des Marines et les Coast guards en une seule et même manifestation. Cette initiative correspondait aussi à une évolution plus générale, qui voyait l'unification des différentes armées au sein d'un même ministère au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale (naissance du Department of Defense). Durant cette semaine, et ce jour en particulier, l'Armée des États-Unis, dans toutes ses composantes, est à l'honneur. Les diverses manifestations qu'elle organise auprès du grand public à  cette occasion, contribuent sans nul doute à entretenir la fierté que la plus grande majorité des Américains éprouvent à l'endroit de leurs soldats.

 

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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 08:15
- Par Enseignant Défense

Affiche SullyIcône pdf 1

Télécharger le programme des "Heures historiques 2012"

 

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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 10:10
- Par Enseignant Défense


X-Men First Class Go Army par teasertrailer

 

Les liens entre le cinéma et le US Department of Defense (DoD ou Ministère de la Défense américain) aux États-Unis sont particulièrement étroits, ce depuis longtemps. Dès la Deuxième Guerre mondiale, des cinéastes s'étaient engagés afin de soutenir l'effort de guerre du Gouvernement américain, tournant documentaires, reconstitutions et fictions sur le conflit. John FORD (1894-1973) fut un exemple emblématique de cet engagement du fait de sa brillante carrière de cinéaste, mais aussi parce qu'il couvrit à la manière d'un reporter de guerre de nombreux théâtres d'opérations entre 1941 et 1945. Certes, on pourrait aussi trouver d'autres exemples dans d'autres pays où des cinéastes se sont  aussi engagés aux côtés de leur armée ou de leur gouvernement, notamment dans les oeuvres de Leni RIEFENSTAHL (1902-2003) ou de Veit HARLAN (1899-1964) et d'autres encore en URSS. C'est aux États-Unis, cependant, que cette interaction entre le 7e Art et le monde militaire devait se révéler, jusqu'à nos jours, la plus féconde et dynamique, fixant non seulement le genre du film de guerre mais contribuant également à forger une image positive des forces armées. Ce que nous appelons aujourd'hui par métonymie "Hollywood" a incontestablement fait (et continue de le faire) de la publicité  pour certaines firmes et matériels militaires, aidé au recrutement comme le montre la vidéo ci-dessus, et a valorisé la politique extérieure des États-Unis. On se souviendra, par exemple, de ce qu'a pu faire "Top Gun" (1986) pour le recrutement de l'US Navy; le film de Tony SCOTT étant considéré comme l'une des meilleurs affiches de recrutement de pilotes de l'aéronavale.

 

Y compris dans des scenarii n'étant pas a priori favorables à l'engagement militaire américain (le cinéma de la Guerre du Vietnam par exemple), l'héroïsme des Gi's est souvent mis en exergue, ce qui ne manque pas d'influencer en retour la fabrique du patriotisme américain. Cette influence et nulle part ailleurs aussi forte qu'au pays de l'Oncle Sam, car c'est ici que l'on comprit plus qu'ailleurs que le cinéma est aussi une industrie. Il est de bon ton de railler, de ce côté de l'Atlantique, des blockbusters produits justement dans une logique industrielle, qui substitueraient aujourd'hui la qualité scénaristique à une déferlante d'effets spéciaux. De fait, s'il est vrai que l'on trouve du bon comme du moins bon, - comme dans n'importe quel autre cinéma national, certes à une autre échelle -, force est de constater que seuls les États-Unis ont réussi à mettre aussi efficacement leur industrie cinématographique au service de leur Défense nationale, que ce soit par le biais de l'Histoire, de la fiction ou de la science-fiction. Avec tout le poids de sa magie, qu'il soit de guerre ou qu'il mette en scène des militaires dans des enquêtes policières, ou bien encore en faisant des forces armées de vraies vedettes face à d'inquiétants extra-terrestres, le cinéma américain a puissamment contribué à diffuser des représentations (admirées, enviées mais aussi détestées) de l'Amérique militaire dans le monde entier, tout en renforçant le lien entre les Américains et leurs soldats.

 

NB - J'adresse bien amicalement cette réflexion (toujours discutable) à Isabelle, Maxime, Charles, Anthony B. et Anthony I. Julia, Mathilde et Alexandre. Qu'ils lisent aussi cet article afin de nourrir leur réflexion pour le mémoire de fin d'année.

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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 10:57
- Par Émilie

Midway

"First hit at Midway" par Paul RENDEL

 

1942-2012. Il y a 70 ans la Deuxième Guerre mondiale entrait dans sa troisième année. Le conflit est devenu planétaire. On se bat sur quasiment tous les continents: en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie. Mers et océans deviennent de véritables champs de bataille qui s’étendent désormais “au-delà de l’horizon” avec le développement sans précédent du combat aéronaval. Après une période de brutales conquêtes, les puissances de l’Axe se heurtent à un raidissement allié sur tous les fronts. 1942 est une année en suspens où les armes résonnent partout, et où de grandes batailles terrestres et aérovanales sont livrées. Le monde retient son souffle: l’Axe est-il sur le point de l’emporter ou assiste t-on au début du redressement allié?

 

Du 4 au 8 mai 1942 a lieu la première bataille aéronavale de l’Histoire: la bataille de la Mer de Corail. Elle oppose la Marine américaine à la Marine impériale japonaise. Au printemps 1942, l’Empire japonais a atteint la limite maximale de son extension territoriale. Depuis décembre 1941, une succession de victoires japonaises a balayé le Pacifique, acculant les États-Unis sur la défensive dans un espace maritime immense. Ayant éliminé les Français, les Britanniques et les Néerlandais, les Japonais sont désormais aux portes de l’Australie, le dernier grand allié régional de Washington. Pour le Japon, la bataille qui s’ouvre, au début du mois de mai 1942, a pour objectif de consolider la pointe méridionale de son expansion – notamment en prenant deux sites portuaires d’importance : Port-Moresby en Nouvelle-Guinée et Tulagu dans l’archipel des Salomon. Stratégiquement, elle prépare une future invasion du sous-continent australien.


Deux forces d’invasion sont ainsi mises sur pied, dont la protection est assurée par une flotte articulée autour de 3 porte-avions : le Shokaku, le Zuikaku et le Shoho. Les deux premiers sont des porte-avions modernes de la même classe (32 000 tonnes). Le Shoho est, quant à lui, un bâtiment hybride conçu entre le pétrolier et le ravitailleur de sous-marins, et engagé dans la bataille comme porte-avions léger (14 200 tonnes). Conduite par le Vice-amiral Shigeyoshi INOUE, le nom de code de l’opération japonaise était MO. Les renseignements alliés ayant réussi à déterminer les objectifs de l’ennemi, les Américains anticipèrent l’offensive japonaise en envoyant, fin avril, 2 porte-avions dans la Mer de Corail : le USS Yorktown CV-5 et USS Lexington CV-2, tous deux placés sous le commandement du Contre-amiral Frank J. FLETCHER. Les USS Hornet et Enterprise ayant participé au raid du Lieutenant-colonel James H. DOOLITTLE sur Tokyo, devaient rejoindre la base de Pearl Harbor pour se ravitailler. Ils ne purent donc participer à la bataille. Avec le Yorktown et le Lexington, l’US Navy engageait cependant 50% de ses porte-avions dans la Mer de Corail.


Si le 3 mai, la première force d’invasion japonaise parvint à prendre pied sur l’île de Tulagu, d’emblée la bataille tourna de part et d’autre en une recherche des porte-avions ennemis. Pour les Américains, ces derniers étaient le moyen de détruire les flottes de débarquement qui approchaient de Tulagu et de Port-Moresby. Inversement pour les Japonais, la destruction des porte-avions américains sécuriserait les forces d’invasion tout en affaiblissant sensiblement la défense de l’Australie, quand bien même des bombardiers B-17 pouvaient encore frapper à partir de bases australiennes. Confirmer la présence des porte-avions ennemis (surtout pour les Japonais qui étaient moins bien renseignés), en déterminer le nombre, les localiser pour pouvoir ensuite les couler, tel était le véritable centre de gravité de la bataille qui s’engagea réellement à partir du 4 mai.


Ce jour-là, attaquant la flotte de débarquement à Tulagi, les avions du Yorktown coulèrent le destroyer Zikuzuki ainsi que 3 dragueurs de mines. Cependant le 7 mai, dans leur recherche des porte-avions américains, les avions japonais surprirent et frappèrent le pétrolier ravitailleur USS Neosho (1) ainsi que le destroyer USS Sims qui l’accompagnait. Ce dernier sombra alors que le premier était abandonné. Mais en fin de matinée, les groupes aériens conjoints de l’USS Yorktown et de l’USS Lexington parvinrent à débusquer le porte-avions Shoho qui fut à son tour bombardé, torpillé et coulé. Cette présentation des combats ne doit pas masquer une journée de grande confusion dans les deux camps, où l’on vit des B-17 bombarder par erreur des bâtiments américains. L’immensité de l’espace à couvrir, la faiblesse des rayons d’action des appareils de l’époque ainsi que des systèmes de détection encore rudimentaires (2), expliquent en grande partie les ratés et les méprises.

 

Marine de guerre impériale

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Le porte-avions léger japonais Shoho (14 200 tonnes) sera coulé le 7 mai 1942

 

La confrontation était cependant montée d’un cran, et l’on comprit de part et d’autre que le choc des porte-avions n’était plus très loin. La nuit du 7 au 8 fut donc mise à profit pour préparer l’engagement du lendemain. Les task forces japonaise et américaine se repérèrent quasiment au même moment le 8 mai en début de matinée. Elles étaient distantes l’une de l’autre d’à peu près 400 km lorsqu’elles lancèrent leurs groupes aériens. C’est dans cet engagement que l’on put, pour la première fois, parler de bataille “au-delà de l’horizon”, où les porte-avions se battirent sans se voir et par aviation interposée : une révolution en matière de combat naval. Au cours de cet affrontement le Shokaku fut gravement touché mais le Zuikaku échappa aux bombardements. En revanche, les deux porte-avions américains furent sévèrement touchés, surtout le USS Lexington dont les incendies, maîtrisés dans un premier temps, reprirent violemment à la suite d’une série d’explosions. Devenu incontrôlable, le Lexington fut abandonné, et torpillé par le destroyer USS Phelps.

 

Les deux adversaires rompirent le combat à l’issue de cette importante journée. Les pertes américaines avaient été sensibles, et il ne restait plus qu’un porte-avions au demeurant gravement endommagé. Qui plus est le ravitaillement sur zone était compromis avec la perte du pétrolier USS Neosho. Côté japonais, le Shokaku était lui aussi gravement avarié, et n’était plus en mesure de poursuivre le combat. Le Zuikaku demeurait intact, mais son groupe aérien avait été décimé. Il ne disposait plus d’avions ni de pilotes en nombre suffisant pour poursuivre le USS Yorktown et, en même temps, protéger les forces d’invasion. Les Japonais restèrent donc maître du terrain, mais avec de lourdes difficultés pour ravitailler leurs bâtiments et une incapacité à relancer une nouvelle attaque aérienne. L’ordre fut donc donné de remettre à plus tard l’invasion de Port-Moresby. Le porte-avions Shokaku avait déjà quitté le champ de bataille pour regagner le Japon où des réparations lourdes l’attendaient. Le Zuikaku le suivit afin de reconstituer son groupe aérien. Ces deux grands bâtiments de la Marine impériale n’étaient donc plus opérationnels pour de longs mois.


La bataille de la Mer de Corail a pu être considérée comme une victoire tactique japonaise si l’on considère le tonnage des bâtiments coulés de part et d’autre. La Marine américaine y a perdu les plus gros navires, notamment le USS Lexington CV-2 qui valait davantage que le Shoho (3). Ces gains tactiques n’étaient cependant qu’apparence. La bataille marqua un véritable coup d’arrêt à l’expansion japonaise dans le Pacifique Sud après des mois ininterrompus de victoires et d’avancée. Si les Japonais débarquèrent à Tulagu, il s’y trouvèrent rapidement isolés alors que Port-Moresby n’était toujours pas en leur possession. La Marine impériale battit donc en retraite et l’Australie fut sauvée. Stratégiquement, et nonobstant les pertes de l’US Navy, la bataille fut donc un échec pour le Japon.


La suite des événements allaient rapidement confirmer l’avantage pris par les Américains dans cette première confrontation aéronavale. Frappé par une bombe anti-blindage de 250 kg qui traversa 4 niveaux, endommagé également sous sa ligne de flottaison, le USS Yorktown allait être réparé dans un temps record contrairement au Shokaku. Sachant que Midway sera le prochain objectif du Japon - l’état-major américain déroute le Yorktown sur Pearl Harbor. Ce dernier, en dépit de ses graves dommages, avait réussi à rejoindre les îles Tonga pour y subir les premières réparations. Le 20 mai le USS Yorktown reçoit l’ordre d’appareiller pour rejoindre de toute urgence l’arsenal de Pearl Harbor, soit une distance de 7000 km qu’il va parcourir à une vitesse de 20 noeuds. Il y parvint le 27, et est réparé en 3 jours et 3 nuits. Tout en réalisant un véritable exploit technique, l’US Navy raccourcissait les distances et repositionnait rapidement un porte-avions que l’état-major japonais pensait indisponible voire frappé à mort dans la Mer de Corail. Remis en condition opérationnelle, après ces travaux et avec un groupe aérien réarmé, le USS Yorktown appareilla le 30 mai en direction des îles Midway où se concentraient déjà les porte-avions USS Hornet et USS Enterprise en vue de la prochaine bataille.


Facteur aggravant pour la Marine impériale, la bataille de la Mer de Corail avait été coûteuse en avions et, plus grave encore, en pilotes. Au cours de l’affrontement, elle perdit 80 appareils et l’US Navy 66. Cependant, cette dernière récupérait presque systématiquement ses pilotes abattus en pleine mer, ce qui n’était pas le cas des Japonais dont les pilotes furent quasiment tous sacrifiés. L’opération MO n’aboutit donc pas seulement à la neutralisation de 3 porte-avions, elle fut aussi une hémorragie en matière de pilotes expérimentés, ce qui n’allait pas manquer de peser dans les confrontations futures.

 

Émilie, élève de la classe de 2nde 6, nous raconte la bataille de la Mer de Corail.

 

(1) Mortellement touché et à la dérive, le pétrolier ne sera achevé que le 12 mai par le destroyer USS Henley.
(2) Les Américains disposaient déjà de radars opérationnels, notamment sur leurs deux porte-avions (radar CXAM de 160 km de portée). En revanche, les Japonais étaient très en retard dans ce domaine, et ne disposèrent de radars que tardivement dans le courant du conflit.
(3) Le USS Lexington était un porte-avions lourd de 50 000 tonnes.

 

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Chasseur embarqué Mitsubishi A6M Zero

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Bombardier en piqué SBD Dauntless

Grumman-F4F-Wildcat.jpg Chasseur embarqué Grumman F4F Wildcat

 

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LA BATAILLE DE LA MER DE CORAIL

 

La bataille de la mer de corail a eu lieu du 4 au mai 1942. Elle se déroule en mer de corail au nord-est de l'Australie. Cet affrontement est une btaille navale de la seconde guerre mondial. Les acteurs de ce combat sont la Marine impérial japonaise et les forces alliées navales et aériennes des Etats-Unis et de l'Australie. Elle fut la premiére bataille aéronavale de l'histoire, dans laquelle les navires se sont affrontés par porte-avion.  Aprés leur rapide succés durant les premier mois de guerre, les japonais projettent l'invasion de l'Australie. Pour menacer l'Australie, les Japonais tentent en mai 1942 d'envahir Port Moresby au sud de la Nouvelle-Guinée. Les forces déployées par la marine du Japon, sous le commandement général de Shigeyoshi Inoue, comprennent en particulier deux porte-avions et un porte-avions léger. Mais les Etats-Unies grace a leur service d’écoute , perce le plan ennemis regroupe deux groupes de porte-avions et une force de croiseurs, sous le commandement de l'amiral Frank J. Fletcher. Durant cette bataille les Japonnais coulent plusieurs plateformes appartenant aux américains (USS Lexington et USS Yorktown). Les américains eux coulent le porte avion légers ( Shoho ) des japonnais ainsi qu’une de leur plateforme (Shokaku). Les dommages matériels sont peu conséquents, mais l'effet sur le moral des japonais est très important. Cette bataille est une victoire matériel pour les japonnais qui ont coulés plusieurs navires américains. Pour les américains c’est une victoire moral car ils déjouent pour la première fois une opération japonaise. Les Américains y perdirent 543 hommes et 66 avions. Les Japonais dénombrèrent 900 tués et 80 avions détruits. Il s'agit d'une victoire américaine car cette bataille marque l’arret de l’avancé fulgurante des japonnais dans le pacifique sud.

 

Émilie

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COMMÉMORATION 1942

 

Marjorie - Le Victory program (6 janvier 1942)

Ufkun - La fin de la conférence d'Arcadia (14 janvier 1942)

Nassima - La conférence de Wannsee (20 janvier 1942)

Iman - La chute de Singapour (15 février 1942)

William - L'opération Chariot (27 mars 1942)

Wissame - Le raid DOOLITTLE (18 avril 1942)

Communauté : Histoire militaire - Publié dans : Agenda/Commémorations
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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 08:11
- Par Enseignant Défense

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Le soutien de la Nation à ses forces armées ne réside pas seulement dans les hommages publics et les commémorations. Certes, ceux-ci ont leur force et sont indispensables pour cimenter la société autour de  cette notion de sacrifice sans laquelle nous n'aurions plus rien à partager ni à offrir. Ce sacrifice est permanent, et s'accommode mal avec la versatilité, la superficialité et l'émotivité de mises en scène médiatiques qui retombent aussi brutalement qu'elles se sont imposées le temps d'une crise. Ainsi en est-il aussi de l'après et de sa gestion lorsque restent les blessures et les mutilations à vie, lorsque reste le chagrin des familles une fois l'héroïsme de nos soldats, de nos gendarmes, de nos policiers et de nos pompiers rapidement oublié.

 

Le soutien de la Nation envers ses forces armées c'est aussi participer matériellement pour ceux qui restent, ceux dont on ne parle plus une fois l'émotion éteinte, ceux dont la souffrance demeure pourtant bien présente pour le restant de leur existence. Nous avions déjà attiré l'attention sur les blessés de guerre - et les associations qui s'en occupent -, mais une prochaine exposition organisée par le Gouverneur Militaire de Paris, l'Association des Réservistes citoyens, et placée sous le patronage de Jean CARDOT, membre de l'Académie des Beaux-Arts, permettra d'exprimer concrètement ce soutien. L'exposition "Ils se sont engagés, nous nous engageons!" rassemblera du 10 au 13 mai 2012 à l'Hôtel national des Invalides, les oeuvres d'une vingtaine de peintres, sculpteurs et photographes. Parmi eux, on retrouvera entre autres Thomas GOISQUE, qui a beaucoup photographié nos troupes sur le théâtre d'opérations afghan. Les profits de cette manifestation seront reversés à la Cellule d'Aide aux Blessés de l'Armée de Terre (CABAT).

 

Créée le 1er septembre 1993 par le Général d'Armée Amédée-Marc MONCHAL, alors Chef d'État-Major de l'Armée de Terre (CEMAT), et ayant ouvert plus de 5600 dossiers depuis, la CABAT a pour mission de prendre en charge les blessés de l'Armée de Terre (la quasi-totalité de nos pertes), d'assurer leur suivi médical et leur réinsertion. Elle accompagne aussi les familles dans la douloureuse épreuve qui est d'apprendre à vivre avec un blessé. La CABAT travaille en relation étroite avec un ensemble d'associations - dont Solidarité Défense et Terre Fraternité - qui rassemblent les fonds indispensables pour compléter l'aide apportée aux blessés et à leur famille. Une aide, aujourd'hui, portée en grande partie par l'État. Ne nous y trompons pas cependant. Le véritable lien entre la Nation et son Armée résidera dans des initiatives provenant avant tout de la société civile, et non du milieu militaire comme c'est, ici, le cas. Émanation de l'institution militaire, la CABAT donnera cependant dans les prochains jours  - avec cette belle exposition - l'occasion au grand public de venir manifester un geste de soutien bien concret envers ses Héros blessés.

 

NB - La page de la CABAT sur Facebook.

 

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Télécharger le programme de l'exposition

 

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Communauté : Soutenez nos forces armées! - Publié dans : Agenda/Commémorations
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 08:40
- Par Enseignant Défense

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L'exécution du Viêt Cong NGUYEN Van Lem le 1er février 1968 dans Saïgon (Source - Edward ADAMS, Associated Press)

 

Victorieux lors de l'offensive du Têt (janvier-mai 1968) en infligeant à l’ANV et au Viêt Cong une terrible défaite militaire, les États-Unis et leur allié sud-vietnamien furent cependant tenus en échec sur le terrain médiatique. C’est ce dernier qui, in fine, transforma le désastre tactique de HÔ CHI MINH et de VO NGUYEN Giap en une victoire stratégique et psychologique inespérée pour le camp communiste.

 

La Guerre du Vietnam fut le premier conflit médiatisé à grande échelle selon des standards modernes. C’est-à-dire qu’elle fut relayée, des années durant - et quasi quotidiennement - sur les chaînes de télévision et dans la presse occidentales. À ce sujet, il est a rappelé que les journalistes et reporters de guerre étaient beaucoup moins encadrés, qu’ils ne le sont de nos jours sur un théâtre d’opérations. Beaucoup d’entre eux payèrent d’ailleurs de leur vie cette liberté de mouvement au coeur des combats (1). Toujours est-il que le concept de journalistes “embedded” ne fut systématisé par l’US Army qu’après la Guerre du Vietnam (2).


Des millions de téléspectateurs furent donc projetés au cœur de celle-ci, ce qui impliqua dès lors les opinions publiques. Le phénomène fut particulièrement traumatisant aux États-Unis où des centaines de milliers de familles furent directement concernées par l’envoi d’un fils, d’un frère ou d’un père – la conscription étant en vigueur jusqu’en 1973 –, et où plus de 58 000 soldats tombèrent sur le demi-million engagé sur la durée du conflit. À travers des reportages montrant de violents combats urbains, ainsi que des scènes de mort et de souffrance frappant les populations civiles, l’offensive du Têt Mau Than choqua des sociétés occidentales dont les évolutions mentales et culturelles ne permettaient plus d’appréhender les réalités de la guerre avec la même résilience que les générations précédentes. Pire, la décontextualisation de certaines images renforça une interprétation plus émotionnelle qu’analytique des événements. Partant, la médiatisation de la guerre favorisa un courant d’opinion pacifiste et anti-guerre sans cesse grandissant, qui finit par créer un deuxième front au sein de la démocratie américaine.


Un document, à lui seul, résume l’impact médiatique du conflit et le retournement des opinions publiques dans les démocraties en 1968. Il s’agit de la photographie réalisée par Edward (dit Eddie) ADAMS (1933-2004), de l’agence Associated Press, montrant le chef de la police sud-vietnamienne, le Général NGUYEN Ngoc Loan, pointer son revolver sur la tempe d’un « civil » dans une rue de Saïgon le 1er février 1968. La photographie comme le film de cette exécution sommaire – qui eut lieu en présence de journalistes et sous l’objectif d’Eddie ADAMS - fit le tour du monde. Elle valut à son auteur une notoriété internationale couronnée par le prix Pulitzer en 1969, ainsi que le World press photo.


Que la personne exécutée ce jour-là fut un civil ou non, l’acte de l’officier sud-vietnamien n’était ni plus ni moins qu’un crime de guerre. Que cela soit dans une perspective juridique ou morale, il demeure contestable si ce n'est injustifiable. D’emblée, la photographie d’Eddie ADAMS fut reprise et instrumentalisée par les mouvements anti-guerre, relayés par les partis communistes (notamment en Europe occidentale) qui soutenaient la cause nord-vietnamienne. Elle fit un tort immense à la cause sud-vietnamienne comme à l’engagement américain, et les opinions publiques occidentales voulurent y voir le symbole patent d’une « sale guerre » menée par les États-Unis en soutien d’un régime autoritaire et corrompu. Peu importait de savoir que les combattants communistes commettaient au même moment les pires atrocités à plus grande échelle à Huê. Il n’y avait alors ni reporters, ni chaînes de télévision pour photographier ou filmer leurs crimes de guerre dans l’ancienne cité impériale comme ailleurs. La complexité de la guerre était niée à dessein et, pour le reste, le symbole l’emporta de manière unilatérale sur le contexte ainsi que toute autre tentative d’explication.


Eddie ADAMS, lui-même, fut déstabilisé par l’ampleur et la résonance mondiale qui se développa à partir et au-delà de sa photographie. Dans la tempête médiatique provoquée par son cliché, il mena une enquête qui révéla que l’homme abattu s’appelait NGUYEN Van Lem. Celui-ci n’était en rien un “civil innocent” assassiné sans raison apparente, ce que le geste expéditif du Général LOAN empêcha malheureusement de révéler plus clairement. Il faisait en fait partie d’un de ces multiples commandos Viêt Cong, qui avaient reçu l’ordre d’investir Saïgon dans les premières heures de l’offensive du Têt. Des commandos qui avaient pour mission d’abattre des personnalités sud-vietnamiennes et américaines à leur domicile même. LEM venait ainsi d’assassiner, dans des conditions particulièrement atroces,  toute la famille d'un policier avec le policier lui-même, avant que son commando ne soit à son tour neutralisé par l’ARVN (3). Unique survivant de son groupe terroriste, immédiatement reconnu par plusieurs témoins, LEM fut arrêté et amené au Général LOAN alors occupé à combattre les commandos Viêt Cong dans Saïgon, et dont l’homme assassiné par LEM était, qui plus est, un ami personnel.


Ces faits étaient largement inconnus du grand public, qui ne retint que la violence de l’image en dehors du contexte de l’offensive du Têt Mau Than. Un public mondial qui, finalement, fut davantage touché par l’utilisation unilatérale de la scène de l’exécution (à des fins subversives et en faveur de la cause nord-vietnamienne), que par la réalité de faits moins simples à établir dans leur exactitude. Eddie ADAMS devait regretter toute sa vie l’instrumentalisation qui sera faite de cette scène de guerre, mais le mal était fait. Au-delà de l’immense victoire psychologique qu’était devenue l’offensive de GIAP, en 1968, c’était l’engagement américain qui était définitivement ébranlé. Certes, la photographie d’ADAMS n’explique pas à elle seule ce retournement. La surprise qu’avait été cette grande offensive militaire en dépit des communiqués optimistes du Général William C. WESTMORELAND (qui annonçait une victoire proche), l’augmentation en flèche des pertes américaines, la tuerie de My Lai (4), avaient considérablement renforcé l’opposition à la Guerre du Vietnam, et préparaient déjà par ricochet une nouvelle orientation stratégique. La photographie du 1er février 1968 fut néanmoins un symbole exceptionnel, qui illustra de manière éclatante que la guerre se jouait autant (si ce n’est davantage) dans les médias que sur les champs de bataille de l'offensive du Têt.

 

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Drapeau du Sud-Vietnam


(1) Cf. (Horst) FAAS et (Hélène) GÉDOUIN, Henri Huet, « J’étais photographe de guerre au Vietnam », Trieste, Éditions du Chêne, 2006, 192 p.
(2) Plus particulièrement avec la première Guerre du Golfe.
(3) L’Armée de la République du Viêt Nam ou ARVN (prononcer arveen) était le nom donné aux forces armées sud-vietnamiennes.
(4) Le 16 mars 1968, sur la base de renseignements confus et mal interprétés, la compagnie Charlie de la 11e brigade d’infanterie légère du Capitaine Ernest MEDINA et du Sous-lieutenant William CALLEY massacre près de 500 civils sud-vietnamiens dans le hameau de My Lai (province de Quang Ngai). Le Sous-lieutenant CALLEY sera jugé et condamné pour ce crime de guerre.

 

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Communauté : Histoire militaire - Publié dans : Éducation à la Défense
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 13:18
- Par Enseignant Défense

Le dimanche 29 avril 2012, la Journée Nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation a été commémorée à Combs-la-Ville, Place du Souvenir. Plusieurs gerbes ont été déposées au pied du monument aux morts de la commune: celles de la Municipalité, de la communauté juive et des associations d'anciens combattants de Combs. Après le lever des couleurs, M. Jacques PLANTARD, élu et correspondant Défense, ainsi que le Député-maire Guy GEOFFROY ont, chacun à leur tour, prononcé un discours rappelant l'horreur de la politique concentrationnaire et d'extermination nazie, mais appelant aussi les générations actuelles à ne pas cesser le combat en faveur de la tolérance et de la paix.

 

Une fois de plus, le Lycée Galilée a apporté sa contribution au Devoir de Mémoire, en la présence de sa Proviseure, Madame Marie-Martine SALLES, de l'Enseignant Défense, et d'Ufkun et Alexis, deux porte-drapeaux.

 

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Communauté : Culture Défense - Publié dans : Agenda/Commémorations
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