9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 13:03
LA PERSPECTIVE

    L’Histoire est viciée par une erreur à la base, l’erreur dite de « perspective ». On juge avec les yeux du jour ce qui s’est passé voilà cent ans ou mille ans dans une ambiance et dans des conditions qui nous sont totalement étrangères. L’homme est incapable de replacer un acte passé exactement dans son cadre du moment.

    Lui-même, pour ses propres actes a oublié la tyrannique influence des conditions du moment et, dépouillés, nus, il ne les reconnaît plus. La « vue « sur une chose est comme une fonction mathématique dont les paramètres peuvent être modifiés, ce qui peut entraîner des résultats s’opposant radicalement.

    Voulez vous une image ? Représentez une fonction par une courbe du type :  
 
y = ax ° (avec ° = 2)
 
    Autant qu’il vous plaira donnez lui la valeur a1, aujourd’hui donnez lui la valeur a2 et comparez les résultats et pourtant la fonction est la même. C’est une vertu rarissime de pouvoir se remettre dans « la peau du moment » quand il s’agit de soi. Quand il s’agit des autres !

Ingénieur général Sabatier, fondateur en 1947 de l’ « Enseignement Militaire Scientifique et Technique »
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Enseignant Défense Général (2S) Serge Auzanneau - dans La Maison du Combattant
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Anonyme 15/04/2008 19:42

La question a été très approfondie par l' historien Paul VAYNE né en 1930, dans son essai,"comment on écrit  l' histoire?", 1971, dans lequel il offre des pistes de réflexion concernant ces méthodes intellectuelles. Il se réclame également d'une inspiration weberienne, qui se traduit par son détachement des faits historiques  dits "isolés" (de même que les faits sociaux, les intrigues (correspond à un vocabulaire plus humaniste que "les évènements historiques" pour Paul VAYNE) forment un tissu. En ce sens, les événements sont indissociables et ont tous un role les uns envers les autres (la thèse la plus radicale en la matière reste la théorie du chaos même si Paul VEYNE ne prétend pas que l'intrigue soit un déterminisme)). Ce constat amène à une grande conclusion: il n' existe pas d'éléments "noyau" et d'éléments secondaires dans l'Histoire. Les grands évènements sont formés par des faits plus localisés... La suite dans son livre.En effet, les historiens s'orientent de plus en plus vers ces méthodes intellectuelles; en toutes circostances, la question fait  vivre le débat. 

Relais Défense Galilée 09/03/2008 13:44

Hugues Tertrais avait écrit dans son ouvrage "La piastre et le fusil" - portant sur la Guerre d'Indochine -, que "L'Historien n'est jamais devant son objet mais devant sa trace..."Il y a incontestablement une frustration originelle à toute étude d'Histoire, ce qui fait dire aussi que la discipline est moins vérité que représentation de ce que fut la réalité.En fait, l'erreur de perspective dont nous parle l'Ingénieur général Sabatier reste essentiellement le fait des... non historiens, à savoir ceux qui justement du fait de leur méconnaissance des méthodes inhérentes à la science historique s'exposent plus particulièrement à l'anachronisme, à l'ethnocentrisme, au contresens, aux fautes chronologiques, etc.L'Histoire n'est pas une science exacte contrairement aux domaines de l'IG Sabatier, mais elle a élaboré - depuis au moins deux siècles - des méthodes intellectuelles destinées à la protéger de ces "erreurs de perspective".C'est la maîtrise de ces méthodes qui permet in fine de distinguer un Historien d'un non historien, un bon Historien d'un mauvais, mais aussi un authentique intérêt au passé d'un désintérêt commun.

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