5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 09:12

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Terroriste du groupe Septembre noir le 5 septembre 1972


Il y a quarante ans, le 5 septembre 1972, avait lieu la sanglante prise d’otages de Münich où onze athlètes israéliens  furent assassinés durant les Jeux olympiques. Cette action, planifiée par Mohammad Daoud OUDEH (1937-2010), fut menée par une cellule du groupe terroriste palestinien “Septembre noir”.

 

Au lendemain de la Guerre des Six jours (juin 1967), le conflit israélo-arabe pose un nouveau problème: celui des territoires désormais occupés par Israël. La puissance militaire israélienne ôte cependant – nonobstant la Guerre du Yom Kippour (octobre 1973) - l’espoir pour les pays arabes de régler militairement la question de l’existence de l’État hébreu. Surtout, les défaites militaires arabes transforment progressivement la question israélo-arabe en une question plus spécifiquement israélo-palestienne.

 

Issu du Fatah, le groupe terroriste Septembre noir naît en ce début des années 1970, alors que le sort du peuple palestinien tend à s’effacer devant la mise en place de ce nouvel équilibre géopolitique au Proche-Orient. Dispersés en Israël et dans le monde arabe, les Palestiniens, qui veulent reconquérir leurs terres, se heurtent également à la répression des pays arabes, notamment en Jordanie. Prônant une lutte armée qui doit dorénavant frapper Israël partout dans le monde, les membres de Septembre noir s’organisent en petites cellules autonomes, dont la stratégie est d’attirer l’attention sur la cause palestinienne à travers des actions armées spectaculaires. La délégation olympique israélienne aux Jeux de 1972, en Allemagne, est très rapidement désignée comme un objectif à frapper. L’action sera d’autant plus spectaculaire que ce sont les premiers Jeux olympiques organisés en Allemagne fédérale au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, et que le souvenir des Jeux olympiques de 1936, accueillis et organisés par le Reich nazi, devait être effacé. Tout un symbole!

 

Tôt le matin du 5 septembre, alors que les Jeux olympiques sont ouverts dans la ville de Münich depuis plusieurs jours, un commando palestinien de huit hommes, en tenue de sport et armés de fusils d’assaut, d’armes de poing et de grenades, pénètre dans le pavillon israélien et parvient à maîtriser les athlètes au terme d’une première lutte qui voit l’assassinat de deux Israéliens. C’est le commencement de l’opération “Ikrit-Biram”, du nom de deux villages palestiniens dont les habitants furent chassés par les Israéliens lors de la première guerre israélo-arabe. Neuf otages sont aux mains du commando, qui réclame d’emblée à Israël la libération de prisonniers palestiniens. Le refus sans ambiguïté du Premier ministre israélien, Golda MEIR (1898-1978), de toute négociation avec les terroristes, met dans l’impasse une Allemagne fédérale contrainte de régler par elle-même la crise. Le commando, qui demande son exfiltration vers l’Égypte, est finalement convoyé par hélicoptères avec les otages israéliens jusqu’à la base militaire aérienne de Fürstenfeldbruck. C’est ici qu’en soirée la police allemande décide de lui tendre un piège.

 

Policiers allemands (Münich, 1972)

Policiers allemands tentant d'approcher le pavillon olympique israélien (Münich, 1972)

 

Cependant, le piège – un avion vide et des tireurs d’élite pour neutraliser les Palestiniens – est, non seulement, rapidement éventé par le commando (qui décide de remonter dans les hélicoptères), mais l’opération qui s'ensuit tourne au carnage avec les premiers tirs des snipers de la Polizei à 23.00. Le combat va durer près de trois heures, à l’issue desquelles cinq terroristes sont abattus et trois autres capturés. Mais un policier allemand est tué, et aucun otage israélien n’a survécu. Encore aujourd’hui, on ne sait pas exactement si ces derniers tombèrent uniquement sous des balles palestiniennes.

 

Cette opération catastrophique fut, depuis, érigée en cas d’école pour toutes les unités antiterroristes. Au-delà du traumatisme moral pour Israël et le monde entier, le massacre de Münich mit en lumière l’impréparation totale de la police allemande face à ce genre d’attaque. Et au-delà de la police allemande, d’autres polices nationales comprirent aussi l’intérêt de devoir mettre rapidement sur pied des unités spéciales dédiées à la lutte antiterroriste. Des unités plus particulièrement préparées aux scenarii de prises d’otages, y compris dans des lieux confinés comme les avions ou les navires. Car, à Münich, on a assisté à la somme de toutes les défaillances mortelles, de tout ce qu’il ne fallait pas faire. À commencer par les lacunes du renseignement. Tout au long de la crise, les autorités allemandes se sont trompées sur le nombre de terroristes, découvrant au dernier moment qu’elles avaient à faire à huit et non quatre ou cinq hommes. Les tireurs d’élites de la police n’avaient aucune expérience de ce genre de situation, hormis leurs exploits sportifs (de jour). Ils n’avaient pas de liaisons radio pour coordonner leurs tirs, et - facteur aggravant - leur action fut déclenchée de nuit alors qu’ils ne disposaient d’aucun instrument de visée nocturne, surtout après que les terroristes palestiniens eurent détruit les projecteurs de l’aéroport. Dans ces conditions, on comprendra qu’il fut très difficile, voire impossible, pour les policiers allemands d'atteindre l'objectif majeur de ce genre d'opération, à savoir sauver la vie de tous les otages.

 

En avril 1973, le Chancelier allemand Willy BRANDT (1913-1992) décida la création d’une unité de police entièrement nouvelle, spécialement entraînée à la lutte antiterroriste et aux prises d’otages: le GSG 9. L’année suivante, la France créa le GIGN. Encore de nos jours, les deux unités collaborent régulièrement, échangeant expériences et savoir-faire. Pouvant intervenir localement, elles ont surtout une vocation nationale et internationale contrairement à d’autres unités tels que les SWAT américains, plus orientés vers l'assaut urbain local. Aujourd’hui, le GSG 9 et le GIGN sont incontestablement deux références majeures du contre-terrorisme, internationalement reconnues en la matière.

 

Au lendemain de la prise d’otages de Münich, l’État hébreux déclencha des actions de représailles contre les Palestiniens (opération “Colère de Dieu”). Des camps de réfugiés furent bombardés, et les services secrets de Tel-Aviv (Mossad) se lancèrent dans une vaste opération d’élimination des membres de Septembre noir. Le film de Steven SPIELBERG, Münich (2005), retrace cette guerre secrète et sans merci que les Israéliens livrèrent aux Palestiniens pour venger leurs onze athlètes assassinés.

 

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Insigne du GSG 9 der Bundespolizei

 

  Hatikvah - Hymne national israélien

 

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