8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 10:04
LA LOGISTIQUE NAVALE: UNE FAIBLESSE FRANCAISE

Le porte-avions à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle en 2000

    Une flotte de combat n’évolue jamais seule, qui plus est une flotte de combat moderne ayant la prétention de développer une capacité aéronavale comme c’est le cas de la Marine nationale. Derrière chaque bâtiment de guerre, quel qu’il soit, se trouve des flux de carburants, de munitions, de pièces de rechange et de matériels divers. Se trouve aussi toute une administration à la mer comme à terre en charge de la gestion de ce matériel et du personnel. C’est cet ensemble d’activités très éparses, très variées, toujours fluides et dynamiques que l’on appelle la LOGISTIQUE.

    Certes, dans les Armées de Terre et de l’Air la logistique est également bien présente, surtout à l’ère de la numérisation. Cependant, ce qui fonde l’existence de toute marine c’est la mer, dont aucun véhicule ne peut s’affranchir des caractères géographiques ni physiques. Un bateau est avant un flotteur se trouvant en permanence à la mer. Cette caractéristique le distingue des véhicules terrestre et aérien qui ne nécessitent pas la même disponibilité.

    Partant de cette spécificité, un bâtiment – plus particulièrement militaire - est, dès son origine, un objet situé au cœur de flux logistiques. En permanence à la mer, il doit être endurant et capable de s’auto-réparer, capable également d’offrir à son équipage les services qui permettent une vie possible sur une certaine durée. Inutile de dire ce que la propulsion nucléaire - à ne pas confondre avec les capacités de frappe nucléaire de certains bâtiments – a pu apporter à la durée de navigation et au confort des équipages. Tributaire d’une logistique complexe en soi, un bâtiment de guerre est aussi investit de fonctions logistiques directes ou indirectes permanentes. En effet, soit il transporte du matériel et des troupes, soit par ses fonctions de combat, il permet que ce transport – ou celui de marchandises - se réalise.


Le BAP Jules Verne A 620 à Toulon le 5 octobre 2001 (source photographique: Jean-Michel Roche, www.netmarine.net)

    L’existence d’une flotte logistique ou Train d’Escadre est, donc, ce qui autorise le déploiement d’une véritable marine océanique encore aujourd’hui. Si l’avion permet le transport rapide à l’échelle mondiale de certaines pièces détachées, voire de personnel, rien ne peut remplacer de nos jours l’existence d’une flotte de soutien et de points d’appui pour assurer la logistique correcte d’une Task Force éloignée de sa métropole. Cette flotte de soutien, composée de navires ateliers, de pétroliers ravitailleurs, de navires magasins, de navires hôpitaux, constitue l’allonge de la Flotte de combat.

    Malheureusement l’actualité vient illustrer cette faiblesse de la flotte logistique française, historiquement négligée et sacrifiée au détriment des bâtiments de combat. Non qu’il faille confondre la fin et les moyens, mais Américains et Britanniques ont su par le présent comme par le passé nous montrer à quel point une Marine ne pouvait prétendre à la domination des mers – ou à la dissuasion de nos jours - sans le développement d’une deuxième marine de guerre que ce soit le Military Sealift Command ou la Royal Fleet Auxiliary.

    Alors que notre pays témoigne de sa volonté de se doter d’une capacité aéronavale coûteuse, faisant du porte-avions Charles-de-Gaulle un véritable outil de « diplomatie navale », voilà que la faiblesse des crédits budgétaires oblige à désarmer deux grands navires du soutien logistique : le BAP Jules Verne et le BSM Loire (1). Certes, ces bâtiments sont vieux : la Loire ayant été admise au service actif en 1967 et le Jules Verne en 1976. Il faut savoir que la durée de vie moyenne d’un navire est d’une trentaine d’années.


Le BSM Loire A 615 à Brest le 20 janvier 2003 (source photographique: Yannick Le Bris, www.netmarine.net)

    Cependant, ces deux bâtiments de soutien sont retirés au moment où leurs remplaçants connaissent de sensibles retards dans leur mise en chantier. Ainsi, les quatre bâtiments logistiques prévus n’entreront en service qu’en 2014/2015. En d’autres termes, la logistique opérationnelle de la Royale connaît un « trou », ce qui affaibli ses capacités au moment où la guerre en Afghanistan et la lutte contre la piraterie s’intensifient, où le rythme des OPEX ne faiblit pas.

    À cette situation, ajoutons que pour assurer une véritable dissuasion – dans un monde plus que jamais dangereux -, la présence PERMANENTE d’un groupe aéronaval à la mer est indispensable, ce qui signifie l'existence d’au moins un deuxième porte-avions. Si moderne soit-il, le porte-avions Charles-de-Gaulle ne suffira pas, à lui seul, à donner à la France les moyens de ses ambitions. Ajouté à la faiblesse structurelle de notre flotte logistique, cela rend encore plus illisible et incohérent notre effort naval.

(1) Bâtiment Atelier Polyvalent et Bâtiment de Soutien Mobile.

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