4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 12:01
L'OTAN A 60 ANS


    L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une organisation à la fois politique et militaire, destinée à l’origine à défendre l’Europe occidentale face à l’Union soviétique. Elle fut créée par le traité de Washington, signé le 4 avril 1949 entre les États-Unis, la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, l’Islande, la Norvège, le Portugal mais aussi le Canada.

    Les multiples vetos soviétiques paralysant le Conseil de Sécurité de l’ONU, la faiblesse militaire des pays européens, la violence des tensions liées à la Guerre froide en Europe (crise de Berlin, coup de Prague), amènent les Européens à s’unir pour se protéger. Le 17 mars 1948, une première alliance militaire est ainsi conclue entre la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, c’est le traité de Bruxelles. Ces cinq pays signataires devaient, l’année suivante, constituer le noyau du traité de Washington. Le traité de Bruxelles a donc préfiguré la naissance de l’OTAN.

    L’événement est de grande portée car il exprime le renoncement des Etats-Unis à une tradition politique d’isolationnisme ; ces derniers acceptant de se lier de manière permanente à des États européens au sein d’une alliance. Par ailleurs, la clé de voûte de l’alliance militaire est l’article V du traité qui prévoit l’entrée en guerre de tous les États membres en cas d’agression d’un des leurs (1).

    Très rapidement, l’organisation s’élargit. En 1952, y entrent la Grèce et la Turquie, suivies par l’Allemagne en 1955 et l’Espagne en 1982. L’évolution la plus spectaculaire fut, cependant, l’entrée rapide dans l’OTAN de pays anciennement communistes au lendemain de la fin de la Guerre froide. Si, pour ces pays, l’adhésion à la Communauté Économique Européenne (CEE) – et par la suite à l’UE - apparaissait comme une garantie de développement économique, l’adhésion à l’OTAN, elle, signifiait une garantie de sécurité. En 1999, la Hongrie, la République Tchèque et la Pologne deviennent membre de l’Alliance atlantique. Mais le 29 mars 2004, ce sont l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie qui, à leur tour, entrent dans l’OTAN. Rappelons que les États baltes étaient, auparavant, d’anciennes républiques soviétiques ! Avec l’entrée  en son sein de l’Albanie et de la Croatie, le 1er avril 2009, l’OTAN compte aujourd’hui 28 États membres.



    La double structure de l’organisation donne la primauté à la structure politique, dont l’organe de décision le plus important est le Conseil de l’Atlantique Nord. La France qui a été l’un des États fondateurs et signataires des traités de Bruxelles et de Washington, est toujours restée présente dans ce Conseil de l’Atlantique Nord. C’est également à Paris que se fixera le siège de l’Organisation atlantique jusqu’en 1966, date à laquelle la France se retire du Commandement militaire intégré. Depuis, le siège politique de l’OTAN est installé à Bruxelles, alors que sa structure militaire (Supreme Headquarters Allied Powers in Europe ou SHAPE) est établie à Mons (Belgique). Désirant préserver l’indépendance militaire de notre pays, au moment où celui-ci se donne une doctrine en matière de dissuasion nucléaire, ayant toujours conçu de la méfiance à l’endroit des États-Unis, le Président Charles de Gaulle décide, en effet, de retirer la France de l’organisation militaire intégrée le 7 mars 1966.

    C’est sur ce retrait que revient très symboliquement aujourd’hui le Président Nicolas Sarkozy à l’occasion du 24e sommet de l’OTAN. Ce sommet qui se tient à la fois à Baden-Baden, Kehl et Strasbourg correspond, également, au 60e anniversaire de l’Alliance atlantique. Cette décision se justifie par les bouleversements mondiaux qui ont vu la Guerre froide s’achever et un nouveau désordre mondial s’imposer, dont la guerre en Afghanistan est un épiphénomène. Engagées dans des opérations sous mandat de l’ONU, nos forces armées le sont également sous mandat de l’OTAN, notamment en Afghanistan. 4e contributeur de l’OTAN en termes financier et humain, connaissant des pertes militaires croissantes en Afghanistan, il était de plus en plus difficile pour notre pays de rester en dehors de la structure militaire intégrée de l’Alliance. En effet, notre absence du Commandement militaire intégré a pour conséquence de nous priver de tout droit de regard dans la définition de missions où, pourtant, nos soldats sont engagés.


Snipers français en Afghanistan
   
    Rompant avec la tradition gaullienne d’indépendance vis-à-vis des États-Unis, notre retour dans le Commandement militaire intégré ne signifie pas pour autant une inféodation à Washington contrairement à ce que laissent entendre certaines critiques aussi bien à gauche qu'à droite. D’abord parce que la France garde son entière indépendance en ce qui concerne sa dissuasion nucléaire. Ensuite, parce que le rapport de force entre les États-Unis et les Européens au sein de l’OTAN est en train de changer. Lors du dernier sommet de l’Alliance à Bucarest (2008), c’est la ligne européenne (dont celle de la France) qui l’a emporté sur la question de l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine, et non la ligne de Washington. C’est la preuve qu’au sein du Conseil de l’Atlantique Nord, sans notre accord les États-Unis ne peuvent imposer leur point de vue. Dans cette veine, Nicolas Sarkozy a affiché son intention de faire évoluer l’OTAN davantage vers une défense européenne, plutôt que vers une gestion de crises à l’échelle régionale ou mondiale, chose normalement dévolue à l’ONU et vers laquelle tendraient les Américains.

    Toujours est-il que ce retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN se réalise sur fond de crise afghane, et que l’OTAN ne pourra pas faire l’économie dans un future proche d’une véritable rénovation doctrinale. À 60 ans, l’Alliance atlantique a, en effet, perdu son adversaire d’origine (l’URSS et le Pacte de Varsovie), et doit désormais justifier des missions de guerre très loin de l’Europe. Derrière cette rénovation, c’est la légitimité de l’organisation qui se pose, ainsi que la capacité des Européens à prendre en main leur propre sécurité collective.

(1) Les États-Unis ont invoqué cet article au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 afin de justifier la guerre contre les Talibans.

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Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Éducation à la Défense
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