27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 09:23

L'AMITIÉ FRANCO-AMÉRICAINE


   
    La promesse fut bien tenue en ce mardi 26 mai 2009, jour de la rencontre musicale militaire franco-américaine à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Bois Belleau (lire mon article précédent). Dans l’enceinte du château de Vincennes, entre le Pavillon du Roi (Service Historique de l’Armée de Terre) et le Pavillon de la Reine (Service Historique de la Marine), ce fut de 18.30 à 20.45 un véritable festival de couleurs, de notes, de chorégraphies à pied et à cheval; une rencontre prestigieuse entre des formations musicales militaires de cultures et de traditions différentes.


    Dès le début de l’après-midi, les acteurs étaient déjà en place, répétant de manière incessante leurs mouvements sur leurs divers emplacements. Rien ne s’improvise et cet entraînement - qui montrait déjà le professionnalisme et la rigueur de musiciens devant à la fois maîtriser le mouvement et la manoeuvre en plus de leur art - était en soi un spectacle à part entière.

Répétition à 16.00. Les musiciens de la Musique principale de l'Armée de Terre passent devant les US Marines du Silent drill platoon à l'échauffement

    Le spectacle commença à l’heure prévue avec l’arrivée des autorités franco-américaines. Il était alors déjà trop tard à ce moment pour trouver une place suffisamment dégagée, qui permettait de voir l’ensemble de la scène… Une double garde au drapeau franco-américaine, en uniformes de la Première Guerre mondiale, ouvrit la manifestation après un défilé dans les rues de Vincennes.

Vitrine de la Marine nationale, le Bagad de Lann-Bihoué fut particulièrement remarqué et apprécié du public
   
    Dans un pays où la culture militaire se cache parce que la société l’a trop longtemps rejetée, où la musique militaire est méprisée car réduite à tort à une grossière harmonie de fanfare, cette rencontre musicale est venue apporter un cinglant démenti. Si la Fanfare à cheval de la Garde républicaine et le Bagad de Lann-Bihoué interprétèrent - du fait de leur spécificité  protocolaire pour l'une, régionale pour le second - une musique militaire au sens classique, le répertoire de la Musique principale de l’Armée de Terre fut, lui, impressionnant. Du “Boléro” de Maurice Ravel à “Alexandrie, Alexandra” de Claude François, la variété des interprétations et la richesse de leurs variations furent littéralement étourdissantes, d’autant plus que les morceaux furent enchaînés en continu dans un mouvement permanent des musiciens.


La Musique principale de l'Armée de Terre devant le Pavillon de la Reine exécuta un enchaînement de musiques avec maîtrise et talent

Fidèle à sa tradition protocolaire, la Fanfare de la Garde républicaine
   
    La musique militaire est elle aussi en pleine évolution, et nos concitoyens peuvent d'ores et déjà s’en faire une idée lors des défilés du 14 juillet. Elle est désormais plus légère, la mélodie l’emportant avec des changements de rythmes et de registres qui peuvent être spectaculaires. La musique militaire française suit donc une évolution que l’on retrouve depuis longtemps chez les Anglo-saxons où des interprétations de chansons des Beatles ou d’opéras de Mozart existent depuis longtemps. Les tambours de la Musique principale de l’Armée de Terre jouèrent ainsi une partition de percussion désolidarisée de l’ensemble de la musique à l’image du “Drums and bugles display” britannique (sans les clairons cependant).


Le Drum and Bugle Corps de l'USMC
   
    Les Américains ajoutèrent à ce spectacle haut en notes et en couleurs leur touche inimitable. Avec leurs vestes rouges et leurs pantalons blancs, tranchant sur le vert des pelouses, les musiciens du Drum and Bugle Corps des US Marines ouvrirent la manifestation musicale sur un enchaînement très “jazzy”, dont la décontraction n’enleva rien à l’esprit de la parade militaire. Moments particulièrement forts, deux marches militaires américaines célèbres dans le monde entier: le “Stars and stripes forever” et le "Semper fidelis" (1) de
John Philip Sousa qui clôtura la rencontre musicale après l’interprétation des deux hymnes nationaux.

Le Silent drill platoon sur le point de commencer son spectacle
   
    Le clou du spectacle fut incontestablement la magnifique prestation du Silent drill platoon. 24 US Marines rompus au maniement du fusil M1 Garand avec sa baïonnette (5 kg à bout de poignet), symbolisèrent à travers leur chorégraphie l’esprit de corps du Corps des Marines des États-Unis. Frappes sèches des mains sur les cuisses et sur les fûts en bois des fusils, claquements des culasses, cliquetis des pièces métalliques des armes, chocs des crosses sur les pavés, résonnèrent dans la cour du Château de Vincennes pendant près de vingt minutes. Véritable “drill” au sens plein du terme, l’exercice, répété des centaines de fois, se termina par une “inspection” des armes qui fit virevolter les fusils dans les airs avec une précision et une coordination spectaculaire.


Le Silent drill platoon en action
   
    Souhaitons que de telles manifestations se répèteront, voire se multiplieront à l’avenir. La présence de foules et le tonnerre d’applaudissements qu’elles provoquent à chaque fois, montrent que le lien entre l’Armée et sa Nation existe encore, et qu’il suffirait de leur donner un certain retentissement pour commencer à changer les regards sur l’institution militaire et sa finalité. Ces manifestations sont aussi une autre façon de faire vivre l’alliance historique avec nos Amis américains. Une alliance historique mais aussi de fait, car derrière ces uniformes rouges, noirs et bleus, ces “sabres et trompettes”, ce sont aussi d’autres soldats qui se battent et meurent dans le monde pour prix de notre sécurité et de notre liberté.

(1) "Semper fidelis" est la marche officielle du United States Marine Corps. Pour l'écouter, voir en bas de page.

Fin du spectacle et manifestation finale avec l'ensemble des formations rassemblées dans la cour du château. Les hymnes nationaux vont être interprétés devant les autorités
Pour accéder à l'album photo de la rencontre, cliquer sur le fusil M1 Garand


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Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Éducation à la Défense
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Ménesglad 02/06/2009 09:40

Bonjour à tous.
Dans la lignée de la Théorie girardienne, je vous propose une analyse remarquable de Lucien Scubla sur le retour des mécanismes du religieux archaïque dans les idéologies modernes depuis les Lumières (Révolution française, nazisme, communisme) et au cœur même des démocraties de manière dégradée. « Peut-on sortir du religieux ? ». Une lecture qui intéressera les spécialistes de Défense travaillant sur les sociétés où l’emprise religieuse est prééminente ; une réflexion qui devrait aussi permettre de mieux appréhender la soif de transcendance inavouée qui caractérise nos sociétés confrontées à une faillite dangereuse de toutes les valeurs permettant l’unité d’un peuple, d’une Nation ou d’une Civilisation. A lire absolument pour sortir de tous les poncifs et comprendre les forces ancestrales qui continuent de nous dominer au quotidien sans même qu’on s’en rende compte…
Une lecture bien entendue strictement anthropologique et non théologique.

Enseignant Défense 27/05/2009 20:08

Merci pour ton commentaire fort sympathique, cher Pascal. Je t'envoie les photographies dès que possible. Promis...

Ménesglad 27/05/2009 19:23

Bonjour à Tous,Je confirme que le spectacle fut royal et d'excellente qualité ainsi que la musique. Mais honneur à nos "Marines" qui, il faut bien le dire on une "sacrée gueule", une sacrée classe dans leurs uniformes rouges ou noirs : l'alliance de la discipline et de l'élégance. Formidable séance de jonglage avec les fusils et joie d'ecouter les tubes musicaux entendus dans tant et tant de films de guerre qui nous ont fait rêvé et admirer ces hommes. Et en les regardant, je ne pouvais m'empêcher de penser à leur héroïsme, celui de  Guadalcanal, Iwo Jima, Saïpan ou Okinawa... et bien sûr à Bois Belleau en terre de France une guerre mondiale plus tôt...Et même si cette fois-là ce n'était pas des "Marines", ceux de la 82ème ou de la 101ème Airborne tombés du ciel, et leurs copains de l'infanterie, -- américains du Mississipi, de l'Iowa, du Texas ou d'aileurs, ne sachant peut-être même pas ou se situait l'Europe sur la carte du monde -- qui sont venus mourir sur la plage d'Omaha Beach, et partout en Normandie et en France pour que nous ne devenions pas nazis. Colleville-sur-mer est là pour en témoigner et c'est toujours avec une grande émotion que je revois "Il faut sauver le soldat Ryan", un chef-d'oeuvre inégalé à ce jour. Merci les gars d'avoir été ce que vous étiez, des vrais héros et des hommes d'honneur. Honte à ceux qui ne daignent pas s'en souvenir...  

AMAROUCHE 27/05/2009 11:52

Bonjour !

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