26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 19:24
DOCUMENTAIRE

A L'ÉCOLE DES PILOTES DE CHASSE DE L'AÉRONAVALE

Appontage RafaleAppontage d'un Rafale sur le porte-avions Charles de Gaulle
   
    La chaîne de télévision France 4 diffuse durant ces vacances scolaires un double volet documentaire sur le recrutement et la formation des pilotes de l’Aéronavale (1): "À l'école des pilotes de chasse de l'Aéronavale". Les deux premières émissions ont déja été diffusées le mardi 22 décembre dernier, mais deux autres émissions sont programmées pour le lundi 28 à partir de 20.35, ainsi que le vendredi 1er janvier 2010 à partir de 22.05.

    Ce documentaire en quatre parties a été réalisé en 2009 par Bruno SEVAISTRE et Pascal CRESEGUT. Il nous montre le parcours de quatorze jeunes hommes, candidats pour devenir pilotes de combat dans l’Aéronavale. En d'autres termes, ce qu'il y a de plus haut dans le monde des pilotes de chasse. De l’engagement jusqu’à la consécration (2), la promotion “Bravo 2009” doit affronter des épreuves théoriques et pratiques dont la difficulté va en s'accroissant.
Tous rêvent de pouvoir, un jour, piloter le fleuron de nos forces aériennes: l’avion Dassault Rafale.

    Des élèves m’ayant depuis le début de l’année fait part de ce rêve de pouvoir voler un jour à bord d’un avion de chasse, je ne peux que leur recommander vivement le documentaire de Bruno SEVAISTRE et de Pascal CRESEGUT, qui montre bien l’évolution pas à pas des candidats pilotes depuis leur incorporation. Ces derniers sont tous issus de formation scientifique, généralement le baccalauréat S, mais des filières plus techniques telles que STI peuvent aussi y mener. Contrairement à une idée reçue le passage par une classe prépa scientifique n'est pas un préalable obligatoire, quand bien même cela peut-il aider grandement par la suite. En revanche, un bon niveau en anglais, un mental solide, et un goût de l’effort éprouvé au sein d’une formation technique particulièrement exigeante, sont indispensables.
En fait, quatre candidats de Bravo 2009 seulement parviendront à franchir les premiers mois de la sélection, dont un seul véritablement pourra poursuivre le cursus à l'École de l'Air de Salon-de-Provence.

    La formation pour devenir pilote de combat dans l'Aéronavale est très longue. Elle s'étend de quatre à six années, et c'est là que résidait l'une des grandes difficultés du documentaire: comment montrer six années de formation avec les mêmes individus, sachant que la plus grande partie d'entre eux seront éliminés entre temps. L'émission est, donc, entrecoupée de témoignages de candidats pilotes plus avancés dans le cursus afin de pouvoir restituer toutes les grandes étapes de la formation d'un pilote de l'Aéronavale. Ainsi, les candidats de la promotion "Bravo 2009" sont-ils essentiellement suivis lors des premiers mois d'une sélection impitoyable sur la base de Lanvéoc-Poulmic à bord d'avions Cap 10.

T45.jpgAvion d'instruction T 45 appontant sur le porte-avions USS John Fitzgerald Kennedy (CV 67). On distingue la crosse d'appontage que le pilote déploie au dernier moment, et qui permet d'accrocher un câble d'arrêt tendu à travers le pont pour freiner l'avion. Le USS Kennedy a été retiré du srvice actif en 2007.

    Très rapidement, cependant, le propos des réalisateurs nous emmène aux États-Unis, où les aînés de "Bravo 2009", ceux ayant réussi à intégrer l'École de l'Air pour se spécialiser dans la formation de pilote de chasse, vont se perfectionner au sein d'un cursus commun avec les candidats pilotes de l'US Navy et du Corps des Marines. Puissance aéronavale unique au monde depuis la Deuxième Guerre mondiale, disposant actuellement de onze porte-avions en service opérationnel, les États-Unis ont, en effet, développé un savoir-faire inégalé en matière de formation de ce type de pilotes. D'emblée, les meilleurs pilotes de l'Aéronavale au monde sont américains. C'est à la Naval Air Station (NAS) Meridian (3), dans le Mississippi, et à bord d'avions à réaction T 45 Goshawk, que les jeunes officiers français perfectionnent leur pilotage et, fait essentiel pour des pilotes de l'Aéronavale, apprennent à apponter pour la première fois sur porte-avions. 300 appontages sont  d'abord effectués en simulateur avant de réaliser le premier sur le USS Carl Vinson (CVN 70) (4).

    On l'aura donc compris, être pilote de chasse est l’une des formations militaires les plus sélectives et les plus difficiles. Mais être pilote de l’Aéronavale signifie faire partie des meilleurs parmi les meilleurs. Si tous les pilotes de l’Aéronavale disposent des mêmes compétences que celles des pilotes de l’Armée de l’Air, l’inverse n'est pas le cas. Comme dans l'Armée de l'Air, un pilote de l'Aéronavale est avant tout un militaire avant d'être un pilote, avec toutes les contraintes inhérentes au métier des Armes. Il est également un marin ayant une connaissance spécifique des contraintes relatives à l'environnement maritime que l'on ne trouve pas à terre. Ainsi, décollage et appontage sur un porte-avions font partie des manoeuvres les plus redoutées pour tous les pilotes. Même pour les plus grands porte-avions (ceux de la classe Nimitz par exemple), vu du ciel le pont paraît toujours très petit… Un pilote de l’Aéronavale ne dispose que de quelques dizaines de mètres pour réussir à décoller ou apponter sur une surface instable du fait du roulis et du tangage.

Arabian-sea-6---April-2007.jpg"Touch and go" d'un avion Rafale du Charles de Gaulle sur le porte-avions américain USS John C. Stennis (CVN 74)  le 12 avril 2007. Les deux porte-avions manoeuvrent depuis plusieurs mois dans le Nord de la mer d'Arabie afin d'assurer le soutien des troupes au sol en Afghanistan. Le mois suivant, le porte-avions français sera immobilisé de longs mois à Toulon pour y subir des réparations lourdes (IPER). Il ne pourra être remplacé faute d'un deuxième porte-avions disponible. Jusqu'en 2009, ce sont nos alliés américains qui permettront à nos pilotes de s'entraîner périodiquement sur leurs porte-avions. Le pont d'un porte-avions américain est, cependant, beaucoup plus long: 330 m en moyenne pour 260 m pour le Charles de Gaulle. Plus particulièrement la piste oblique - celle sur laquelle les appontages se réalisent -  qui mesure 243 m pour les premiers et 203 m pour le second. Il est aussi à noter que la longueur des catapultes américaines est de 90 m pour 75 m sur le Charle de Gaulle. L'évaluation de la distance et de la vitesse d'approche sont donc différentes, même si ce qui compte demeure, avant tout, l'alignement par rapport au miroir quel que soit le porte-avions (Source photographique: US Navy).

HUD-F-18.jpgAppontage d'un chasseur américain F 18 Hornet vu du Head-up display (HUD)

    On comprendra que les réflexes à la seconde près jouent énormément. La piste d'aterrissage pour un pilote de l'Aéronavale bouge du fait de la houle, mais elle est également mobile du fait de la vitesse de marche du porte-avions. Un double paramètre qui exige une précision hors du commun dans la manoeuvre de l'appareil, et qu'un pilote de l'Armée de l'Air ne connaît pas car les pistes terrestres sont longues de plusieurs kilomètres et sont des infrastructures par définition immobiles. D’où la nécessité, pour les pilotes de l’Aéronavale, de s’entraîner en permanence. Une flottille qui ne s’entraîne plus perd rapidement son savoir-faire, au même titre que les équipes travaillant autour des avions, notamment en ce qui concerne le catapultage et la préparation des missions. C’est le problème majeur qui s’est posé lors de la longue immobilisation (IPER) de notre unique porte-avions de 2007 à 2009: à savoir comment continuer à assurer le niveau de qualification de nos pilotes et de leurs équipes.

    Dans le même ordre d’idée, disposer d’une force aéronavale signifie la capitalisation d’un savoir-faire complexe aussi bien en matière technologique (aéronautique comme maritime), technique, qu’en matière de formation et d’entraînement des hommes, à commencer par les pilotes. Ceci ne peut s’improviser du jour au lendemain, et il faut de longues années – et de très coûteux moyens – pour mettre sur pied ce type de force navale.

Charles-de-Gaulle.jpgLe porte-avions Charles de Gaulle (à droite) réalisant un exercice avec le porte-avions américain USS Enterprise (CVN 65) en 2007. La différence de taille des ponts d'envol est particulièrement nette sur cette photographie (source photographie - US Navy)

FREMM---Message-2.jpg
(1) L'année 2009 correspond au 100e anniversaire de l'Aéronavale.

(2) Cf. "Charles de Gaulle. Six appontages pour une qualif", in Cols bleus, n° 2931 du 12 décembre 2009. La consécration réside en
la qualification d'appontage sur le porte-avions Charles de Gaulle (6 appontages réussis), et l'intégration d'emblée dans un groupe aérien embarqué. C'est cette longue formation qui aboutit en conclusion du documentaire avec l'expérience d'Edgar qui obtient sa qualification et son indicatif pilote opérationnel dans la flottille: "Schuler".

(3) La deuxième grande base d'entraînement des pilotes de l'US Navy est la NAS Kingsville au Texas.

(4) Le USS Carl Vinson est le porte-avions vedette du film mythique de Tony SCOTT, "Top gun" (1986).

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