23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 13:23
Début de l'opération Harmattan (source - Figaro magazine)


Si la proximité géographique du théâtre d’opérations libyen favorise incontestablement l'opération Harmattan, la facilité avec laquelle notre Armée de l’Air peut intervenir ne doit pas occulter l’inestimable avantage stratégique à pouvoir disposer de moyens aéronavals modernes et réactifs. La rapidité avec laquelle le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, et son groupe aérien, ont été mis en alerte, préparés et envoyés dès le dimanche 20 mars 13.00 - soit moins de 24.00 après le déclenchement de l’opération - est d’autant plus remarquable que bâtiments et équipages venaient de rentrer de plusieurs mois d’opération dans l’Océan Indien (opération Agapanthe 2010).

 

À l’heure actuelle, notre porte-avions croise au large de la Libye avec son Groupe Aérien Embarqué (GAE). Pleinement opérationnel, il est le coeur d’un Groupe Aéronaval (GAN) composé de six autres bâtiments: les frégates Dupleix, Aconit, Forbin, Jean Bart, un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de classe Rubis, et le pétrolier ravitailleur Meuse. Le Dupleix et le SNA sont essentiellement dédiés à la protection anti-sous-marine du GAN, celui-ci prenant ses précautions face à l’éventuelle présence des deux sous-marins libyens connus. Il s’agit en fait de bâtiments de la classe Foxtrot. De fabrication russe, ils sont aujourd'hui déclassés, et très vraisemblablement hors d’état d’être engagés faute de pièces de maintenance, mais on ne sait jamais (1)… Par ailleurs, les côtes libyennes doivent être, en ce moment même, l’objet d’une concentration importante de sous-marins étrangers qui – même alliés – n’en demeurent pas moins des éléments de surveillance de notre GAN à surveiller. Les frégates Forbin et Jean Bart sont davantage destinées à la protection anti-aérienne. Quant à l’Aconit – une frégate furtive -, elle a pour mission la protection rapprochée en surface du GAN.

 

Ravitailleur-Meuse.jpgLe pétrolier ravitailleur Meuse (source - Mer et Marine)

 

Le GAE pourra être renforcé par d’autres appareils de combat selon l’évolution de la situation. Quant au pétrolier ravitailleur Meuse, il n’ajoute rien à l’autonomie du porte-avions Charles de Gaulle en tant que tel, ce dernier étant à propulsion nucléaire. En revanche, ce bâtiment logistique essentiel permettra de ravitailler en carbu-réacteur et en munitions les Rafale M, les SEM et les autres bâtiments du GAN, donnant à celui-ci une allonge opérationnelle d’au moins un mois. Croisant dans les eaux libyennes, le porte-avions peut ainsi multiplier et faire durer les missions au-dessus de la Libye par rapport à l’Armée de l’Air, dont les appareils partent de bases terrestres bien plus éloignées - Saint-Dizier, Dijon, Nancy ou Istres et Solenzara pour les plus proches -, mettent davantage de temps pour rejoindre le théâtre d’opérations et ne peuvent rester aussi longtemps que les SEM et les Rafale M F3 dans le ciel libyens même avec le soutien d’avions ravitailleurs C135 FR.

 

Nos concitoyens remarqueront-ils alors toute la souplesse et la puissance stratégique que le GAN apporte à l’opération déclenchée depuis samedi? Comprendront-ils davantage l’intérêt stratégique à disposer d’une force aéronavale, dont la permanence à la mer nécessite a minima la construction d’un deuxième porte-avions (fut-il à propulsion classique)?

 

Tandem-Rafale.jpg

Rafale (source - Mer et Marine)


1-copie-1.jpg

Pod DAMOCLES


L’opération “Odyssey dawn”, dans laquelle s’inscrit l’opération Harmattan, voit aussi le premier engagement opérationnel d’une nouvelle génération de matériels dans un contexte de guerre pour lequel ils ont été conçus: frégate de la classe Horizon, avions Typhoon, Growler et même Rafale dans une certaine mesure, optronique air-air et air-sol, missile de croisière SCALP... Si nos Rafale - équipés de la  nacelle RECO-NG et du pod DAMOCLES (2) - ont déjà été engagés en Afghanistan, leurs missions dans le ciel libyen sont bien plus dangereuses que dans le ciel afghan, même s’il n’y a pas eu de pertes jusqu’à présent.  En d'autres termes, c'est bien la première fois que le Rafale Air comme Marine est engagé dans sa véritable configuration polyvalente. Du côté des anglo-saxons, deux nouveaux appareils font également leur apprentissage opérationnel dans un ciel de guerre: l’Eurofighter Typhoon et le EA-18G Growler.

 

1.jpgEurofighter Typhoon de la Royal Air force au décollage sur la base de Coningsby (source - Royal Air Force)

 

L’Eurofighter Typhoon, déployé entre autres par la Royal Air Force, est un avion de combat de nouvelle génération. Bi-réacteurs en plan canard avec une aile delta comme le Rafale, le Typhoon est l’aboutissement d’un programme européen qui a été bien plus coûteux que le programme Rafale de Dassault aviation. Chasseur lourd, théoriquement omnirôle, le Typhoon a été avant tout conçu pour la supériorité aérienne selon les normes de la Guerre froide. Cette orientation ne le rend pas particulièrement adapté pour des frappes de précision au sol, contrairement au Rafale qui reste réellement polyvalent et omnirôle. Odyssey dawn est aussi l’occasion du premier engagement opérationnel pour le EA-18G Growler, le dernier avion de guerre électronique de l’US Navy. Construit à partir du F/A-18F Block II Super Hornet en version biplace - et en remplacement du Grumman EA-6 Prowler -, le Growler a pour mission de s’en prendre à l’architecture des défenses anti-aériennes à savoir les systèmes électroniques et les radars. Équipé de détecteurs et de brouilleurs, il tire des missiles AGM-88 HARM (High speed Anti-Radiation Missile) destinés à remonter les sources d’émission radar (2). Normalement mis en oeuvre à partir de porte-avions, le EA-18G Growler est déployé à partir de bases à terre à l’occasion de la crise libyenne, le porte-avions USS Enterprise CVN 65 étant éloigné en Mer Rouge et non positionné en Méditerranée. Aux côtés de ces appareils de dernière génération le missile de croisière européen SCALP-EG (3) dans sa version air-sol est également employé pour la première fois dans un contexte opérationnel.

SCALP-EG.jpg

 

Missile SCALP-EG/Storm shadow

 

(1) Un sous-marin de la classe Foxtrot, le Scorpion, est exposé à Longbeach (Los Angeles, Californie).

(2) Fabriqués par THALES ces deux équipements constituent ce que l'on fait de mieux en la matière actuellement. La nacelle RECO-NG permet une reconnaissance aérienne de grande qualité et en temps réel du champ de bataille quelles que soient l'altitude et la distance. Quant au pod DAMOCLES, il permet une désignation d'objectif autonome, l'avion tirant le missile n'ayant plus besoin du soutien d'un autre appareil pour illuminer la cible.

(3) Les premiers HARM utilisés en combat le furent en 1986 pour détruire des radars… libyens.

(4) Système de Croisière conventionnel Autonome à Longue Portée dont la version anglaise est appelée Storm shadow.

 

EA-18G-Growler.jpg

EA-18G Growler (source - Mer et Marine)


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