2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 21:28

IL Y A 68 ANS SE TERMINAIT LA BATAILLE DE STALINGRAD

 

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Prisonnier allemand sur le front russe

 

Il y a 68 ans se terminait l’une des plus grandes et des plus meurtrières batailles de tous les temps: la bataille de Stalingrad. Emblématique du tournant de la guerre sur le front de l’Est, la bataille de Stalingrad est, aussi, et encore de nos jours, considérée comme la “mère” de toutes les batailles urbaines. Par sa durée – d’août 1942 à février 1943 -, par la dimension symbolique que les deux dictateurs lui ont donné, par l’acharnement des combats et l’ampleur des pertes humaines aussi bien civiles que militaires, la bataille de Stalingrad figure incontestablement comme l’un des plus grands affrontements militaires de notre époque contemporaine.

 

Dans le cadre de la nouvelle offensive d’été allemande sur le front de l’Est, et au lendemain du coup d’arrêt porté par l’Armée rouge devant Moscou, le Groupe d’Armées B reçoit pour mission de percer dans une immense région au sud de la Russie, traversée par un long fleuve: le Don. Le Don, qui se jette en Mer d’Azov, décrit un large coude à l’endroit où les forces allemandes doivent progresser. C’est la “boucle du Don” dont le saillant se rapproche d’un autre fleuve situé plus à l’Est: la Volga. C’est sur la Volga, à peu près à la hauteur du saillant que forme le Don, que se trouve la ville de Stalingrad (Volgograd de nos jours).

 

La percée du Groupe d’Armées B a été planifiée dans une opération de “grand style” qui reçoit le nom de code “Fall Blau” (plan bleu). Mais changeant les objectifs stratégiques de l’opération Fall Blau, afin de s’assurer les gisements pétrolifères du Caucase, Adolf Hitler déroute vers le Sud une grande partie du Groupe d’Armées B – notamment ses moyens mécanisés -, laissant la VIe Armée du Général Friedrich Wilhelm Ernst PAULUS quasiment seule dans la boucle du Don. Cette réorientation stratégique des forces allemandes est connue sous le nom d’opération Braunschweig, et elle intervient le 23 juillet 1942. PAULUS reçoit alors pour mission de continuer vers l’Est, afin d’atteindre la Volga et de conquérir la ville de Stalingrad.

 

La VIe Armée fonce, donc, sur Stalingrad, flanquée au Nord par la IIIe Armée roumaine et au Sud par la VIIIe Armée italienne et la IVe Panzerarmee du Général Hermann HOTH. Face à elles, les 62e et 64e Armées soviétiques sont commandées par les généraux Kolpatchki, GORDOV et Vassili TCHOUIKOV. Peu aguerries, constituées de divisions aux effectifs numériquement inférieurs par rapport à leurs homologues allemandes, ces deux armées vont opposer une résistance acharnée qui va considérablement ralentir l’effort allemand. Repoussées dans et au Sud de Stalingrad à la mi-août, elles se battent avec l’énergie du désespoir, acculées à la Volga et ne recevant que très peu de renforts jusqu’en novembre. Ces derniers doivent, par ailleurs, franchir le fleuve pour les rejoindre, et sont constamment harcelés par les bombardements allemands.

 

Les troupes du Général Paulus atteignent les faubourgs de Stalingrad aux environs du 20 août 1942. La ville est violemment bombardée par la Luftwaffe qui en détruit 80% du bâti urbain, et tue plus de 40 000 civils. La bataille change cependant de physionomie. Aux grandes manoeuvres mécanisées dans la boucle du Don, succède un combat urbain où la progression est aussi lente que meurtrière, où la consommation en munition augmente de manière très importante. L’horizon et les obstacles qui s’offrent aux combattants n’ont plus rien à voir avec celui de la Blitzkrieg.

 

Alors que l’automne commence à se faire sentir, et qu’approche le terrible hiver russe, les combats atteignent une violence inouïe. Stalingrad est une bataille urbaine de très haute intensité. On se bat dans les rues, les maisons, les usines, jusque dans le réseau d’égoût. Il n’est pas rare qu’un même bâtiment soit occupé dans ses différents étages par Russes et Allemands qui se côtoient à quelques mètres à peine. Les positions changent de mains à plusieurs reprises, et la progression est de l’ordre de quelques mètres seulement. Mines, mitrailleuses, et snipers sont de véritables cauchemars, et les pertes humaines sont très élevées de part et d’autre. Lors d’une contre-attaque pour reprendre une colline névralgique surplombant la ville – le Kourgane Mamaïev -, les Soviétiques perdent 10 000 hommes en 24.00 (1). La 13e Division de Fusiliers de la Garde qui a mené l’assaut, afin d’empêcher l’artillerie allemande de s’installer sur cette colline (2), a cessé d’exister au soir de cette bataille. Véritable bataille au sein d'une autre bataille, l'assaut de Mamaïev - parmi tant d'autres exemples - permet de comprendre le coût humain global d'une telle confrontation. Du 16 au 17 septembre, alors que d'autres combats ont aussi lieu ailleurs dans Stalingrad, sur Mamaïev les Soviétiques perdent en moyenne 416 hommes par heure, soit 7 hommes environ tués ou blessés par minute durant 24.00.

 

De la rive Est de la Volga, les Soviétiques appuient avec l’artillerie les débris des 62e et 64e Armées enterrés dans les ruines de la ville. Du moins, ces ruines - impénétrables aux Panzer - offrent-elles maintenant de formidables obstacles à l’infanterie allemande. Celle-ci parvient, cependant, à contrôler 90% de la ville au plus fort de son avance, c’est-à-dire au début du mois de novembre. Le drapeau nazi flotte sur Stalingrad, et les défenseurs de plus en plus affaiblis sont, désormais, acculés dans un réduit avec la Volga dans le dos. Mais alors que l’hiver s’installe, l’armée allemande est épuisée. La logistique de la VIe Armée est compromise par la poursuite de l’offensive en direction du Caucase, alors que le combat urbain a considérablement augmenté les besoins en munitions.

 

Pire, la Wehrmacht ne se doute pas de l’ampleur de la contre-offensive soviétique qui s’amorce, et qui se prépare minutieusement depuis plusieurs mois. Au-delà de l’horizon de la ville, loin vers l’Est, troupes et armements s’accumulent dans deux directions offensives, l’une au Nord de Stalingrad, la seconde au Sud. L’artisan de cette contre-offensive est le Général Gueorgui Konstantinovitch JOUKOV, qui déclenche l’opération Uranus le 19 novembre 1942. Attaquant par le Nord et par le Sud, loin derrière Stalingrad et la VIe Armée, JOUKOV frappe les armées roumaine, italienne et hongroise. Mal équipées, notamment en armes anti-chars, ces dernières sont rapidement submergées et perdent pied, ce qui isole les forces du Général PAULUS. La progression des armées soviétiques est dès lors fulgurante. Le 23 novembre, soit moins d’une semaine après le déclenchement d’Uranus, les forces du Général Constantin ROKOSSOVSKI au Nord, et celles du Général Nikolaï Fiodorovitch VATOUTINE au Sud font leur jonction à Kalatch à soixante dix kilomètres environ à l’Ouest de Stalingrad. La ville de Kalatch est un point névralgique dont le pont permet le passage du Don.

 

L’initiative a changé de camp. Épuisés par une bataille urbaine meurtrière de trois mois, privés de tout soutien logistique efficace pour poursuivre une telle lutte, les soldats allemands sont encerclés et luttent, désormais, pour leur survie. La ville de Stalingrad, conquise au 9/10e, devient dorénavant un piège mortel pour la VIe Armée. Refusant toute idée de percée et de retraite, Hitler ordonne une résistance sur place qui sera fatale aux forces de PAULUS. Très vite, ces dernières n’ont plus les moyens de faire face aux puissants assauts de l’Armée rouge. La Luftwaffe tente de ravitailler le “Kessel” (3) tout en évacuant des dizaines de milliers de blessés (4), mais le pont aérien est définitivement affaibli avec la perte des aérodromes de Morozovskaïa et de Tatzinskaïa. L'opération Wintergewitter (“Tempête d’hiver”) représente la dernière chance pour établir une jonction avec la VIe Armée et briser l’encerclement. Du 12 au 23 décembre 1942, le Maréchal Erich von MANSTEIN organise dans des conditions extrêmement difficiles une contre-offensive de grande ampleur. La IVe Panzerarmee du Général HOTH tente de créer un couloir d'évacuation pour la VIe Armée, mais l'effondrement de la VIIIe Armée italienne menace, à son tour, l'armée de secours d'un autre encerclement. Pour se protéger, MANSTEIN est obligé de colmater de toute urgence son flanc droit, ce faisant il n'a plus les forces nécessaires à la poursuite de Wintergewitter qui est, donc, un échec.

 

La VIe Armée est désormais à l’agonie. Affamées et privées de munitions les forces allemandes ne peuvent résister à l’étau russe qui se resserre de jour en jour (opération Petite Saturne), alors que la ville est reprise quartier par quartier par la 62e Armée qui reçoit enfin des renforts substantiels (5). L’opération Cercle termine la bataille de Stalingrad. Elle débute le dimanche 10 janvier 1943, par un déluge d’artillerie délivré par 7000 canons, mortiers et lance-roquettes. Le dimanche suivant, le dernier aérodrome de Stalingrad, Pitomnik, tombe aux mains des Soviétiques. Les poches de résistance allemandes sont alors liquidées les unes après les autres. Le 31 janvier, le secteur Sud capitule. Le Général PAULUS qui vient juste d’être fait Maréchal par Hitler, tombe aux mains des Soviétiques avec son état-major. Le 2 février 1943, c’est le secteur Nord qui annonce sa reddition. La bataille de Stalingrad est terminée.

 

Victoire soviétique incontestable, la bataille de Stalingrad entre dès lors dans l’Histoire avec des chiffres terribles: 490 000 soldats soviétiques ont été tués, 600 000 blessés. 450 000 soldats allemands ont été tués ou blessés, et 94 000 d’entre eux ont été capturés. Seuls 5% rentreront en Allemagne après la guerre. La Wehrmacht a laissé sur le champ de bataille 6000 canons, 1500 blindés, 60 000 véhicules. Les hommes qu’elle a perdu étaient, pour bon nombre, les vétérans des campagnes de 1940 et de 1941. Ils sont irremplaçables. Sur la route qui mène cependant à Berlin, de longues années de combats particulièrement sanglants et meurtriers attendent encore l'Armée rouge. Aucune autre armée que l’Armée soviétique n’aura, durant ce conflit, payé aussi cher la victoire finale, et la bataille de Stalingrad aura illustré sa force morale exceptionnelle (6).

 

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Érigé sur la colline Mamaïev, le mémorial de la bataille de Stalingrad rappelle le sacrifice des 490 000 soldats soviétiques.  Typique de l'art monumental stalinien, cette allégorie de la "Mère-Patrie" est haute de 82 mètres. Dominant la ville de Stalingrad/Volgograd cette colline a vu mourir 10 000 soldats russes le 16 septembre 1942. Elle est un symbole parmi d'autres de l'acharnement des combats

 

 

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(1) L’effectif d’une division soviétique correspondait à 10 000 hommes, alors que les divisions allemandes en comptaient le double. Moins nombreuses, ces dernières étaient plus lourdes. Selon Anthony BEEVOR, 10% des fusiliers de la division soviétique qui est montée à l'assaut de Mamaïev le 16 septembre n'avaient pas de fusils.

(2) Le contrôle de cette colline aurait permis aux Allemands de tenir la Volga sous les feux de leur artillerie, et d'empêcher ainsi la traversée de renforts soviétiques.

(3) Littéralement “chaudron”. C’est par ce terme que les Allemands désignaient les poches d’encerclement sur le front Est.

(4) 250 000 parviendront à être sauvés.

(5) Saignées à blanc, les 62e et 64e Armées soviétiques recevront le titre honorifique de 62e et 64e Armées de la Garde à l’issue de la bataille.

(6) Pour qui s'intéresse à la bataille de Stalingrad, deux ouvrages incontournables sont à lire: l'excellent (Anthony) BEEVOR, Stalingrad, Éditions de Fallois, 1999, 606 p. et le tout aussi excellent (Jean) LOPEZ, Stalingrad, la bataille au bord du gouffre, Economica, 2008, 460 p.


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Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Agenda-Commémorations
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http://poweredwebsite.com/ 28/08/2014 13:58

It is very rare to see such things up in the web these days. There are priceless information that has been collected with days of research and study. Some might also be the remains of some post war era too.

Ménesglad 03/02/2011 14:09



Voir également le livre du même auteur, Anthony Beevor, La Chute de Berlin. Cette fois, une
vision moins idyllique de l’Armée soviétique et de la guerre durant l’invasion de l’Allemagne et la prise de Berlin en 45. Pillages, crimes, massacres, viols collectifs systématiques des femmes
allemandes avec l’encouragement de la hiérarchie soviétique au nom de la vengeance. Deux millions de femmes allemandes auraient été violées par les soldats russes, y compris les femmes russes
emprisonnées par les allemands et considérées comme des traîtresses à l’Union soviétique ! Ce dont les partis communistes européens et français en particuliers ne se sont pas vantés, puisque
l’armée soviétique était bien sûr « l’armée la plus vertueuse du monde » !


Certains comparent ces dramatiques excès à ceux du Moyen-âge ou de la Guerre de Trente ans
(1618-1648) qui saigna à blanc l’Europe et dont le Sac de Magdebourg (1631) fût un exemple édifiant (5000 survivants sur une ville de 30000 habitants !).


Ceci ne dédouanant pas l’armée allemande de ses propres crimes, surtout les Einsatzgruppen en
Russie, ni ne minimisant l’héroïsme des soviétiques au combat, que ce soient durant Stalingrad, Moscou ou les autres batailles et pour lesquelles ils ont payé un prix faramineux.


L’honnêteté intellectuelle et historique demandant que l’on dise les Vérités telles qu’elles
sont, dans leur brutalité autant que dans leur complexité, en replaçant toujours les choses dans leur contexte et dans l’état d’esprit du moment avec recul et intelligence.


Cette folie guerrière et persécutrice est a méditer lorsque l’on voit ce qui se passe dans le
monde, car même en Europe nous ne sommes pas un jour à l’abri de « dérapages » pouvant nous ramener à des âges obscurs.


Les mécanismes de la violence humaine sont les mêmes pour tous depuis le début des temps et
aucune armée, aucun peuple n’est à l’abri du déclenchement de certaines folies meurtrières collectives, fussent-elles ponctuelles.


Bravo en tous cas pour ce très détaillé résumé de la bataille de Stalingrad qui fut en effet un
tournant de la Seconde Guerre mondiale et une des plus importantes, des plus meurtrières de la période contemporaine.


Voir le film de Jean-Jacques Annaud « Stalingrad » qui donne une assez bonne vision
de cet enfer appréhendé sous l’angle des Snipers qui démoralisèrent les troupes allemandes. L’histoire est basée sur la vie réelle de Vassili Zaïtsev qui élimina à lui seul 225 officiers et
soldats de la Wehrmacht ! A noter que beaucoup de femmes furent aussi snipers ; les femmes au combat en première ligne furent, je pense, une spécialité soviétique inédite à ce point
dans l’histoire et ceci dans de nombreux corps d’armée, y compris en tant que pilotes de chasse !


Voir aussi du même nom, le film de Joseph Vilsmaier, cette fois du côté allemand.


 



Enseignant Défense 04/02/2011 10:09



Merci Ménesglad pour ce dense commentaire... Oui, Jean LOPEZ est le spécialiste français reconnu sur cette partie de la Deuxième Guerre mondiale. Son "Berlin"
complète judicieusement la narration d'Anthony BEEVOR sur la même bataille, et est la référence pour qui s'intéresse aux développements tactico-opératifs comme stratégiques de cette dernière
grande offensive soviétique sur l' "Ost front". À noter aussi l'existence d'un troisième ouvrage sur la bataille de Koursk, commis par ledit LOPEZ. Les amateurs de combats blindés mécanisés, dont
les plus importants de toute l''Histoire eurent lieu sur le front Est durant cette période, y trouveront matière... Accessoirement, l'Historien est invité à donner des conférences à l'École
militaire de Paris. C'est dire l'écho que rencontrent ses travaux.


Amicalement.



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