28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 11:28

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Logo de l'exercice amphibie interallié Bold Alligator 2012

 

L’interopérabilité désigne la capacité de différentes armées a pouvoir opérer et manoeuvrer ensemble, ce qui est évidemment fondamental dans le cadre d’opérations multinationales. Eu égard à l’inégalité des armées entre elles, aux différences de cultures stratégiques et tactiques mais aussi à la complexité des matériels déployés, l’interopérabilité ne peut s’improviser ni se découvrir à l’occasion d’une crise ou d’un conflit. C’est donc l’enjeu de toute une série de grands exercices (terrestres, aériens et navals), qui rassemblent plusieurs pays, d’acquérir cette capacité à pouvoir faire travailler les états-majors entre eux, mais aussi à faire manoeuvrer des unités de nationalité différente, équipées de matériels divers.


Dans cette perspective, les États-Unis ont récemment joué une simulation navale et amphibie de grande ampleur, du 24 janvier au 13 février, au large de la Caroline du Nord. Habituellement organisé par l’US Navy et l’US Marine Corps (1), l’exercice Bold Alligator a pour vocation d’exercer les forces américaines à des exercices de débarquement en faisant travailler ensemble les marins et les Marines. Si les seconds sont administrativement rattachés au Département de la Marine, ils ne sont pas assignés aux mêmes missions que l’US Navy, constituant avant tout un corps de fusiliers marins qui disposent de ses propres blindés, avions et hélicoptères. Cela étant, la Géographie comme l’Histoire (notamment celle de la Deuxième Guerre mondiale) ont légué à la Marine des États-Unis, comme au corps des US Marines, une culture de la projection avec des moyens que l’on ne retrouve dans aucune autre armée. C’est ce savoir-faire en matière amphibie, unique au monde, que les Américains ont ouvert à d’autres pays - dont la France - à l’occasion de cette version 2012 de Bold Alligator.

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US Marines observant l'arrivée sur la plage d'un AAV-7A1. Les Amphibious Assault Vehicles (AAV) sont les blindés transports de troupes de l'USMC. Portés dans les radiers des bâtiments d'assaut amphibie, ils flottent et se propulsent grace à des hydrojets, se rendant ainsi directement de la mer sur la terre. En 2003, ces engins furent utilisé comme blindés d'appui jusque dans Bagdad... (source - US Navy)


Les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la France ont donc participé à Bold Alligator 2012, faisant de celui-ci le plus grand exercice amphibie de ces dix dernières années, directement observé par les marines italienne, australienne, néo-zélandaise et canadienne. Pour les États-Unis, l’objectif est de maintenir une capacité de débarquement de vive force au terme d’une décennie où les US Marines ont surtout été engagés sur des théâtres d’opérations exclusivement terrestres (Irak et Afghanistan). Pour les pays alliés, ce fut la capacité à s’intégrer dans un assaut amphibie massif sous commandement américain qui fut jouée durant ces deux semaines. Après quelques jours d’entraînement, l’ensemble des forces simula un débarquement grandeur nature, non loin de la base des Marines de la côte Est – Camp Lejeune – en baie de Fort Story (Onslow beach), le 6 février. Si les États-Unis alignèrent l’essentiel de la flotte de débarquement (2), l’engagement de la France fut particulièrement remarqué à l’occasion de ces manoeuvres communes.

 

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LCAC américain débarquant des véhicules français sur Onslow beach (source - ECPAD)

 

En effet, la Marine nationale intégra à Bold Alligator, le BPC Mistral L 9013 et l’Armée de Terre un Groupe Tactique Embarqué (GTE) armé par le 21e RIMa et la 6e Brigade légère blindée, soit au total plusieurs centaines d’hommes et presque une centaine de véhicules dont 3 blindés AMX 10 RC, 22 VAB, 20 VBL et un Engin du Génie d’Aménagement (EGAME). Plusieurs hélicoptères Gazelle et Puma de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT) étaient aussi présents. Surtout, le BPC Mistral embarqua un état-major d’une cinquantaine de personnels détachés de la cellule amphibie de la Force aéromaritime française de réaction rapide (FRMARFOR). La France fut ainsi le partenaire majeur de cet exercice qui vit également pour la première fois la mise en oeuvre du tout nouvel Engin de Débarquement Amphibie Rapide (EDA-R).


Destiné à remplacer les chalands de débarquement classiques, l’EDA-R est conçu comme un catamaran en aluminium de 30 m de long, capable de filer entre 18 et 25 noeuds avec une charge maximale de 100 tonnes. L’EDA-R dispose d’une plate-forme élévatrice centrale accessible par rampes aussi bien à l’avant qu’à l’arrière, ce qui en fait un engin particulièrement adapté aux manoeuvres terre/mer. Test opérationnel du nouveau véhicule, Bold Alligator fut aussi une vitrine pour les constructions navales françaises (chantiers CNIM et SOCARENAM) d’autant plus que la Marine américaine cherche en ce moment à renouveler sa flotte de Landing Craft Air Cushion (LCAC): un aéroglisseur de grande capacité monté sur coussin d’air, pouvant se mouvoir entre 40 et 70 noeuds ainsi que parcourir une certaine distance sur la plage. La consommation en carburant de ces engins est cependant élevée par rapport à l’EDA-R.


Marins de la Navy et de la Royale, US Marines et Marsouins, apprirent donc à opérer ensemble durant ces quelques jours où LCAC et EDA-R enchaînèrent les exercices d’entrée et de sortie dans les radiers des BPC Mistral, USS San Antonio et USS Wasp. Les deux marines eurent donc l’occasion de confronter et d’approfondir leurs savoir-faire, de comparer leurs matériels en action, de faire travailler mutuellement leur état-major amphibie.

 

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L'EDA-R débarque un AMX 10 RC sur la plage d'Onslow beach. Le BPC Mistral est visible à l'arrière-plan (source - ECPAD)

 

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L'EDA-R sortant du radier du BPC Mistral (source - ECPAD)


(1) Lire à ce sujet DSI, “Marines. Anatomie d’un corps d’élite”, hors-série 22, février 2012.
(2) Ont notamment participé à l’exercice le porte-avions USS Enterprise CVN 65, 4 bâtiments d’assaut amphibie dont les USS Wasp LHD 1, USS Kearsarge LHD 3 et surtout le USS San Antonio LPD 17. Celui-ci est le premier d’une nouvelle classe de Landing Platform Dock (LPD). Divers navires d’escorte et de protection ont accompagné cette task force permettant la mise à terre de 2000 US Marines de l’Expeditionary Strike Group 2 (ESG 2) et du 2nd Marine Expeditionary Brigade (MEB 2).

 

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Tir canon du destroyer lance-missiles USS Nitze DDG 94 (classe Arleigh Burke) le 7 février 2012  (source - US Navy)

 

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