13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 18:29

GUERRE ET COMMUNICATION

"Supplique à un ami journaliste" est une lettre écrite juste après le décès du légionnaire Robert HUTNIK, par un Capitaine du 2e REP. Très vraisemblablement celui qui commandait HUTNIK en Afghanistan. Bien que rédigée dans le feu de l'action, et avec une émotion que l'on perçoit aisément, elle montre à quel point nos soldats sont conscients de la distorsion - toujours injuste - qui existe entre la réalité de leurs actions et la fabrication de l'événement médiatique.

 

Alors qu'en ce dernier trimestre scolaire, plusieurs de nos classes achèvent une réflexion conduite depuis le mois de septembre sur le thème de la guerre asymétrique, cette "Supplique à un ami journaliste" ne pouvait - malheureusement - mieux tomber pour illustrer la réalité du champ de bataille que sont devenues les opinions publiques en démocratie.

 

Nos soldats le savent, et leurs missions leur sont rendues deux fois plus difficiles.de ce fait. Robert HUTNIK au même titre que les 40 qui l'ont précédé, et ceux qui malheureusement suivront encore, est bien plus qu'un héros. Il est également ce "caporal stratégique" dont on ne cesse de parler d nos jours dans les écoles militaires, ce sans grade dont les actions et la mort peuvent faire basculer la perception d'un conflit.

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SUPPLIQUE À UN AMI JOURNALISTE

 

Tora, le 09 avril 2010

Cher ami,

 

La nouvelle tombe dans les media aussi vite qu’Hutnik est lui-même tombé. C’est le droit à l’information. La France doit savoir que meurent ses enfants, même s’ils le sont d’adoption, comme lui, Slovaque.

 

Tu le sais, je ne suis pas journaliste mais soldat. Je ne suis pas un professionnel de la communication comme toi. J’ai peu appris à relayer des informations d’une telle portée. C’est pourquoi il faut que tu m’aides. Il faut que tu m’aides, car j’ai le sentiment que dans la précipitation du spectaculaire, on le tue une deuxième fois. J’ai l’impression qu’on bafoue son patient travail avec son bataillon depuis trois mois – et pour lequel il est mort.

 

J’ai besoin que tu m’aides à faire sentir ce qui se passe réellement ici, à faire comprendre ce qui justifie que je laisse ma femme et mes enfants le long temps de cette mission. Que tu m’aides à proclamer que malgré sa mort ce n’est pas un échec. Que tu m’aides… plutôt que tu l’aides…

 

Hier après-midi, Hutnik a bravement accompli son devoir, sa mission jusqu’au bout, en bon légionnaire. Ce matin, le poste annonce: « un soldat français du 2ème Régiment étranger de parachutistes est tombé dans la vallée de Tagab en Kapisa, région où les Taliban sont toujours plus virulents ». Voilà. Ces derniers ont gagné. À la face du monde, ils sont les puissants, incontrôlables et vainqueurs.

 

Mais en fait, s’est-on interrogé sur ce qu’il se passe réellement dans la basse vallée de Tagab ? Ce sud Tagab où aucun occidental ne pouvait passer sans de sérieux accrochages. Ce sud Tagab où deux de tes confrères ont été, il y a cent jours, enlevés. Ce sud Tagab que notre armement permettrait de mettre à feu et à sang. Au contraire, Hutnik et ses camarades ont réussi l’incroyable pari de s’implanter dans la zone, d’y rester, sans heurts, d’y acquérir, progressivement, la confiance de la population, de confier, petit à petit, sa sécurité à l’armée Afghane plutôt que française. À quel prix ? Celui d’une stricte discipline au feu, d’une retenue des coups portés. Celui d’un certain dédain du danger, de ne pas répondre systématiquement et de manière aveugle. Accuser le choc, ne frapper que lorsqu’on est certain, cogner peu, mais taper à coup sûr, fort et ciblé, seulement alors qu’on l’a décidé. Etre sûr pour garder la main, préférer le feu rare mais précis, neutraliser seul celui qui nous tire dessus, en être persuadé et l’accepter.

 

Ce travail de mesure, de patience d’un Hutnik rongeant son frein à force d’encaisser paie. Les femmes et les enfants, les hommes eux-mêmes, constatent que les seuls coups assenés ne tombent que contre les vrais adversaires. Ils voient nos troupes sans volonté de détruire, maîtresses de leur force.

 

Alors qu’elle trouvait hier des combattants, Tagab l’insoumise cherche à présent son développement. Le travail du soldat est loin d’être terminé: il faut remonter plus au Nord vers ses camarades de l’autre groupement français, poursuivre son patient travail de pacification.

 

Derniers tirs sporadiques, Hutnik tombe. Hutnik tombe sous les tirs des derniers groupes insurgés présents. Hutnik tombe car les Taliban sont justement de moins en moins virulents.

 

Aussi, aide-moi à honorer la mémoire de cet ardent légionnaire. Qu’on ne gâche pas sa dernière tâche, qu’on ne gâche pas sa mort. Qu’on n’offre pas une victoire de communication à l’adversaire fébrile. Au contraire, avec tes confrères, appuyez le dernier combat d’Hutnik. Aidez cette population qui désormais, d’elle-même, dénonce l’insurgé. Je vous en conjure, parlez des projets d’essor qui peuvent et doivent être proposés au sud Tagab, évoquez la culture du safran qui pourrait remplacer celle du pavot, venez compléter l’œuvre de pacification par celle du développement…

 

… Et laissez à Hutnik les fruits de son travail.

 

Augustin

Robert-HUTNIK--Aubagne----Mardi-13-avril-2010.jpgAubagne le mardi 13 avril 2010


 Aujourd’hui, le légionnaire Robert HUTNIK a reçu les honneurs militaires à Aubagne en présence de M. Hubert FALCO, Secrétaire d’État à la Défense et aux anciens combattants et du Général d’Armée Elrick IRASTORZA (CEMAT). Il a été nommé caporal à titre posthume.

 

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Andréa Mendes 09/05/2010 21:47



Bonjour,


La guerre asymétrique est un conflit dans lequel les médias sont
très utilisés et font parti du champ de bataille. Cette guerre a une forte utilisation médiatique et émotionnelle car les armes terrifient les populations et ont un impact sur ces derniers. Il y
a des pertes humaines et matérielles, mais les plus grandes sont les pertes humaines, des civiles le plus souvent. Ont les appelles : pertes collatérales.


 


Mendes Andréa, 2nd 4



Ménesglad 15/04/2010 08:45



Tous l'enjeu est bien en effet de diffuser l'information ici, chez nous, de "réarmer" les esprits au-delà des idéologies liberticides, des droits de l'homme et de la démocratie dont
certains se servent, souvent naïvement, pour soutenir des tyrans et torpiller la liberté sans même s'en rendre compte, sciant la branche sur laquelle ils sont assis. Il faudra pour cela
défaire la Pensée unique et le Politiquement correct qui sont hélas le fond de commerce de nombreux journalistes et intellectuels défendants leurs seuls intérêts au mépris des valeurs
collectives. En attendant, les choses évoluent malgré tout doucement, alors ne cessons pas de témoigner notre soutien indéfectible à nos soldats, au-delà des prises de positions politiques.



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