26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 17:35

Les tueries de Toulouse et de Montauban ne seront pas commentées sur ce blog en tant que telles. Nous n'alimenterons pas non plus les polémiques sur l'inefficacité présumée de nos services de renseignement ni sur le soi-disant échec de l'intervention du RAID. Enquêtes multiples ainsi que médias et autres relais d'opinion s'en chargeront. En revanche, notre blog pédagogique apportera quelques propos destinés à nourrir la réflexion de nos lycéens qui ont tous observée la minute de silence demandée par le Président Nicolas SARKOZY. Cet instant de recueillement s'il fut suivi, ne fut majoritairement pas commenté ni expliqué. Or la vague médiatique déferlante comme les enjeux d'Éducation à la Défense soulevés par ces événements nécessitent de substantiels éclaircissements auprès de nos élèves. Comme l'expérience l'a bien montré au sein des classes de l'Enseignant Défense du Lycée Galilée, les lycéens sont demandeurs de telles explications, et leurs questions sont aussi nombreuses qu'elles peuvent être pertinentes. À celles et ceux qui ont été choqués par les actes du terroriste Mohamed MERAH, mais qui cherchent à comprendre au-delà du sensationnalisme médiatique, nous voudrions insister sur les faits suivants:

 

1- Par la personnalité même de Mohamed MERAH, son parcours d'autoradicalisation, la formation qu'il s'est donnée à cette fin (allant jusqu'à chercher l'expérience du combat dans la zone Afghanistan-Pakistan), ses propres revendications comme la justification de ses actes, les tueries de Toulouse et de Montauban s'inscrivent dans une opération de guerre. Elles ont été menées comme telles par leur auteur et ne sont en aucun cas un fait divers.

 

2- Partant, ces tueries illustrent que la guerre peut se livrer de nos jours, plus que jamais, à front inversé. Que s'il n'y a plus d'ennemis conventionnels, sources de menaces directes à nos frontières, l'ennemi peut très bien frapper nos soldats en Kapisa avec des IED ou des attaques "green on blue", comme il peut aussi frapper directement sur le territoire national. En ce sens, notre concept de Défense globale (1) vient d'être tragiquement justifié.

 

3- Si le Maréchal des logis chef Imad Ibn ZIATEN (1er RTP) - abattu à Toulouse le 11 mars dernier -, le Caporal Abel CHENNOUF (17e RGP) et le 1ère classe Mohamed Farah CHAMSE-DINE LEGOUADE (17e RGP) - abattu à Montauban le 15 mars - et le Caporal Loïc LIEBER (17e RGP) grièvement blessé (2), n'étaient pas en mission, ils ont été ciblés en tant que militaires et ennemis non en tant qu'individus. Certes, ils ne pouvaient s'attendre à une pareille situation, mais leur mort dans une action de guerre en fait des héros au même titre que leurs camarades tombés en Afghanistan. Car c'est l'un des objectifs stratégiques du Djihad international que de porter la guerre n'importe où avec des soldats sans uniformes, qui s'affranchissent des frontières et des territoires. La trajectoire individuelle, sociologique et géographique de Mohamed MERAH est, à ce titre, parlante.

 

4- La communauté juive de France a, elle aussi, payé un lourd tribut dans cette opération de guerre, dont le ciblage et le mode opératoire terroriste ne peuvent en aucun cas être assimilés à un "coup de folie meurtrier" et déresponsabilisant. Repérages, planification, froide exécution filmée et revendications idéologiques ne font pas non plus de Jonathan SANDLER, ses deux fils (3), Myriam MONSONEGO (8 ans), ainsi qu'un autre adolescent (blessé), des victimes d'un fait divers mais des victimes de guerre.

 

5- Quant aux critiques qui pleuvent a posteriori sur la gestion de cette crise, il est à remarquer que les renseignements ont fait leur travail puisque Mohamed MERAH a pu être identifié et localisé en quelques heures à partir du moment où les enquêteurs ont eu la certitude que c'était la même arme qui avait servi entre Toulouse et Montauban. Cette célérité des enquêteurs est déjà en soi un exploit. Le terroriste n'a pas été "découvert", et s'il n'a pas été neutralisé avant son passage à l'acte c'est que la loi républicaine et démocratique empêchait de le faire. Si le RAID devait se voir reprocher une quelconque défaillance dans ses deux assauts de l'appartement du 17 rue du Sergent Vigné, ce ne serait sûrement pas de la part de ces personnes qui ont assisté du fond de leur salon auxdits assauts, qui plus est sans rien connaître des contraintes techniques, tactiques, médiatiques et politiques inhérentes aux situations extrêmes. Les hommes du RAID, qui ont compté plusieurs blessés dans leurs rangs, n'ont, en dehors de leur hiérarchie, de compte à rendre qu'à leurs alter ego à savoir tous ceux qui ont pu connaître une situation aussi complexe où la vie et la mort ne pouvaient se jouer qu'à quelques secondes, le temps d'une décision écrasante dans une incertitude omniprésente - le fameux brouillard de la guerre. Ces personnes ne sont pas nombreuses, et il est toujours facile de juger quand on ne sait rien de l'action et de ses risques mortels. Les policiers du RAID sont aussi des héros.

 

Alors qu'il est souvent dit, à juste titre, qu'il ne faut point amalgamer l'Islam et l'islamisme, ne succombons pas non plus à la déresponsabilisation intellectuelle et morale. Il n'y a malheureusement pas eu de "tueur fou" ni à Toulouse ni à Montauban ces dernières semaines. Il n'y a rien d'aléatoire mais bien au contraire il y a une logique: celle d'un terroriste et d'une guerre globale et asymétrique à laquelle nous resterons encore exposés très longtemps aussi bien sur des champs de bataille extérieurs qu'intérieurs à nos frontières nationales. Mohamed MERAH était un moudjahidin et il est allé jusqu'au bout de sa logique de guerre avec des valeurs antagonistes aux notres, quand bien même une enseignante d'anglais du Lycée Gustave Flaubert de Rouen, Lorraine COLLIN, pouvait confondre les sens à donner aux minutes de silence.

 

(1) Comprendre que la Défense nationale d'aujourd'hui n'est plus exclusivement militaire et tournée vers des théâtres d'opérations extérieurs. Elle est aussi civile, économique et culturelle et doit faire face à des théâtres d'opérations intérieurs. Dans le cas de figure présent, ce sont des forces de police (et non militaire) qui ont éliminé un djihadiste sur le territoire national.

(2) L'association "Familles de mili" d'Angélique BERNISSANT et Geneviève THÉOLAS organise une collecte pour Caroline, la veuve du Caporal Abal CHENNOUF, et le Caporal Loïc LIEBER.

(3) Arieh (5 ans) et Gabriel (3 ans).

 

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Caroline, enceinte de 7 mois, est la compagne du Caporal Abel CHENNOUF. Elle vient d'obtenir l'autorisation de pouvoir se marier à titre posthume (source - Libération. Photographie: Pascal PAVANI, AFP)


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