7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 16:38

Insigne 13e BCA

 

Tôt ce matin, au cours d'une opération de sécurisation conjointe avec des éléments de l'ANA (Kandak 32) et de la police afghane, des soldats français ont été pris à partie par des insurgés non loin du pont et de la FOB de Tagab. Au cours du combat, un sous-officier du 13e BCA a été touché à plusieurs reprises (peut-être fauché par une rafale), et est décédé au cours de son transfert à l'hôpital militaire de Kaboul. L'action a également blessé un autre militaire français qui a cependant survécu - l'Infirmier de Classe Normale (ICN) Olivier de VERGNETTE -, ainsi qu'un soldat de l'ANA. L'intervention de l'US Air Force a permis de dégager nos forces (130 militaires français accompagnés par une vingtaine de véhicules de combat), et une dizaine d'insurgés ont été tués au cours de cet affrontement.

 

Si l'été 2012 n'est pas aussi meurtrier que l'a été l'été 2011 (26 tués), l'Armée française est actuellement dans une position vulnérable ayant amorcé son retrait d'Afghanistan. Celui-ci, annoncé dès le début de l'année avec un transfert symbolique des responsabilités aux autorités afghanes (FOB de Gwan en janvier, province de Kapisa plus récemment), est depuis entré dans une phase opérationnelle depuis les deux derniers mois (évacuation des COP Uzbeen, Anjiran et de la FOB Surobi). Hormis l'impact psychologique d'une telle manoeuvre, que les Taliban ne manquent pas d'exploiter à leur avantage, nos forces sont placées dans une situation difficile où l'évacuation d'un matériel important se heurte à des possibilités terrestres et aériennes limitées (itinéraires logistiques), sur fond de manque de moyens adaptés (1). La situation tactique, quant à elle, reste toujours dangereuse alors que notre dispositif ne peut que s'affaiblir au fil de l'avancement du retrait, et que la distinction entre forces combattantes et logistiques n'est pas aussi nette que le discours politique voudrait nous le présenter. C'est même l'un des enseignements majeurs des conflits irakien et afghan d'avoir montré combien la logistique (itinéraires, convois et unités) était plus que jamais engagée au coeur des combats. Si la province de Surobi a pu être évacuée sans problème, celle de Kapisa devrait poser des difficultés bien plus grandes du seul fait d'un nombre de bases françaises plus importantes.

 

L'Adjudant-chef Franck BOUZET, 45 ans, était marié et père de trois enfants. Il est le 88e militaire français tombé en Afghanistan, le 10e pour l'année en cours. "Défense et Démocratie" s'associe au deuil de l'Armée de Terre ainsi qu'à celui de la famille et des proches de ce Héros.

 

(1) Notamment d'avions cargos que nous sommes obligés de louer aux Russes.

 

C Franck BOUZET

Groupe Facebook 2

IN MEMORIAM

Partager cet article

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Comptes rendus
commenter cet article

commentaires

mulot 29/10/2012 09:48


"L'histoire de la France n’est pas l’histoire de la guerre de Sécession !!!" mais la france n'a plus d'histoire!!!! dormez sur vos deux oreilles
jacques....

milouf 20/08/2012 08:30


@ jacques je voulais dire que mes camarades se sont pas battu et sont pas mort pour rien en afghanistan. c'est une insulte a notre mission confié par le pays de dire qu'ils sont morts pour rien.
je suis aussi d'accord avec l'enseignant défense au sujet du ruban jaune. beaucoup de régiments ont des symboles musulmans sur leur pucelle ce qui n'était pas notre histoire a l'origine.

jacques 17/08/2012 16:58


… Au risque de paraître iconoclaste, j’avoue ne pas pouvoir réprimer les sentiments qui se bousculent à la découverte de ce blog de Défense Nationale…



Je le parcours, le lis, le relis, tout comme les sites d’actualités d’ailleurs, et en tant que citoyen qui participe à « l’œuvre de défense » au travers
de mes impôts et taxes, je m’interroge…



Quel est le but de l’intervention en Afghanistan ? Certainement pas comme l’avait affirmé l’Etat Major de la Défense « pour conquérir les cœurs et les
esprits »...



La Nation s’est saignée à blanc pour cette intervention dont le bilan financier totale n’est et ne sera pas connu mais que je peux affirmer comme un trou financier
sans fond…



Le bilan humain lui est connu : tant d’hommes morts pour RIEN.
Nous avons été là bas sur décision très contestable du chef de l’Etat dans la mouvance américaine d’alors pour une opération sans moyens, sans but, et dont l’impact militaire est infime…


 


Les secteurs français dépendant de la logistique et des moyens des Américains à 100% que ce soit en opération, en évacuation sanitaire, en bombardement de soutien,
en appui aérien…



Je fulmine en voyant le « ruban jaune qui n’appartient pas à notre histoire militaire et que sans crainte du ridicule nous revendiquons comme nôtre… L’histoire
de la France n’est pas l’histoire de la guerre de Sécession !!!


 


Bref, un goût amère en pensant que tout ces jeunes qui se tournent vers la Défense, corvéables à merci, piètrement payés, sous contrat pour la plus part non
renouvelable, aillent comme la piétaille de 14/18 défendre non plus le Territoire National, ni même les idées fédératrices des Droits de l’Homme, mais verser leur sang pour la guerre économique
et financière des matières premières, des sources d’énergie et des boursicoteurs de toute sorte…


 


En espérant que mon intervention pourtant au combien pacifiste ne subisse pas la censure d’un autre âge…


Enseignant Défense 19/08/2012 10:01



Bonjour Jacques


Je vous remercie pour votre récente contribution au débat, et je prends le temps de répondre à quelques unes de vos réflexions.





Mon blog est avant tout un blog pédagogique destiné à l’Éducation et à l’enseignement de Défense auprès d’élèves du secondaire. Il n’a pas pour objectif de prendre parti de
manière militante, mais d’expliquer dans la mesure du possible la complexité des enjeux de Défense au sens le plus large. Il est vrai que ladite Défense n’est pas neutre, étant l’instrument d’une
politique laquelle s’exprimant dans une stratégie à un moment donné de notre Histoire. Cela étant, plus que de prendre parti du fait des choix politiques qui conduisent à telle stratégie et telle
intervention, il me semble important de donner des éléments d’explication – donc du sens – aux choix de la Nation surtout lorsque ces derniers conduisent à faire mourir des soldats.





Je sais la ligne ténue et le chemin étroit entre donner du sens (soutenir nos troupes) et ne pas cautionner obligatoirement une intervention ou sa stratégie (soutenir la
guerre). Mais dans l’esprit de mon enseignement, la démarche reste fondamentale ne serait-ce que pour faire comprendre la transcendance de l’Esprit de Défense et, plus particulièrement, celui de
l’engagement militaire. Le fait que vous réduisiez celui-ci à des “corvées à merci” “piètrement payés, sous contrat pour la plus part non renouvelable” montre, par ailleurs, combien nos
contemporains ne comprennent plus ce qu’est la spécificité du Métier de Soldat. Que quel que soit le montant de la solde rien ne justifiera que vous perdiez la vie à 20 ans sauf si vous vous
engagez. Et l'engagement dont je vous parle n'est pas un engagement au sens commun ni commercial du terme, il ne peut se résumer à une simple signature au bas d'un contrat... Permettez-moi aussi
de vous rappeler que la condition sociale, matérielle et financière dans laquelle se trouve actuellement nos militaires 1- n’a plus rien à voir avec celle de nos poilus de la Première Guerre
mondiale auxquels vous faites référence (?) 2- est surtout le produit de ce que le pays d’aujourd’hui accepte de donner à sa Défense, c’est-à-dire bien peu puisque vous me parler de vos impôts…
En d’autres termes, cette condition est surtout le résultat de choix politiques et économiques qui échappent complètement à nos forces armées en tant que telles.





Concernant l’intervention en Afghanistan, la conquête des coeurs et des esprits dont vous me parlez n’a jamais été l’objectif de la guerre en tant que tel, mais seulement un
moyen (doctrine COIN) pour parvenir à stabiliser un État dont l’évolution est porteuse de menaces et de conflits aux échelles non seulement régionale mais aussi internationale. Il ne faut pas
oublier qu’à l’origine de l’intervention, il y a une sanctuarisation du territoire afghan par le djihadisme international même si les Taliban ne se sont pas forcément assimilés à celui-ci. Qu’il
y a aussi le principe d’une alliance militaire qui a joué au lendemain des attentats du 11 septembre. C’est ce contexte – qui faisait consensus à l’époque – que vous oubliez un peu vite en
parlant de “décision très contestable du chef de l’Etat dans la mouvance américaine”. C’est un peu réécrire l’Histoire dans le sens de ce qui vous arrange aujourd’hui. Or, en matière de
diplomatie, de relations internationales et d’engagements militaires, il y a des tendances lourdes, des invariants.





Le bilan humain de cette guerre afghane, je le tiens à jour sur la page “in memoriam (Afghanistan)”. Il me permet de contredire votre propos selon lequel “tant
d’hommes morts pour RIEN.” 88 KIA actuellement ce n’est pas beaucoup (loin de là) pour un conflit qui a duré une décennie. C’est même quasiment infime si vous comparez aux pertes de la Grande
Guerre que vous citez d’ailleurs plus loin. Je ne fais pas bon marché de la vie de nos soldats, et l’existence du blog ci-présent montrera combien je leur suis dévoué ayant à coeur de travailler
en écho à leur sacrifice en donnant justement sens à leurs missions afghanes. Ils ne sont jamais morts pour rien à moins que le sens même de leur engagement – sa transcendance fondamentale – vous
échappe. Ce qui, du coup, ne pose pas le problème des Héros tombés pour la France (où que ce soit dans le monde), mais plutôt celui d’une société française qui ne comprend plus ce qu’est l’Armée,
sa Défense, et avec elles des valeurs de vie (et non de mort) telles que la disponibilité, le sacrifice, l’engagement physique et moral pour la communauté.





Le ridicule, cher Jacques, c’est moins le ruban jaune que cette société qui ne s’aime plus et dont le sacrifice moral comme financier de sa Défense n’en est que l’une des
expressions. Une société qui n’a jamais su dire – au-delà des cercles militaires et au-delà de tous clivages politiques – “je soutiens mes soldats”. Pourquoi éprouver ce sentiment de ridicule
devant ce ruban jaune, alors que nous n’avons jamais su créer et populariser un tel symbole de soutien (le bleuet?), propre à entraîner un large mouvement d’adhésion populaire pour les troupes
comme on peut en voir outre-Atlantique? Pourquoi rougir de ce qui marche chez les Américains,  et que nous n’avons jamais su créer par nous même chez nous. Qui est ridicule au regard de sa
propre histoire?





Ce sont d’abord les familles de soldats, choquées par l’indifférence des médias et des concitoyens à l’endroit de l’engagement afghan, des morts, des blessés et des
traumatisés, et voyant ce qui se faisait par opposition aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne, qui ont voulu se réapproprier ce symbole notamment au lendemain de la bataille de Sper
Kunday (été 2008). L'épouse même du chef de corps du 8e RPIMa de l’époque – Pascale ARAGONE – fit une campagne de vente de rubans jaunes afin de venir en aide aux familles des soldats tués lors
de cet affrontement. Aujourd’hui, certaines associations de familles de militaires reprennent le ruban jaune qui, désormais, est devenu un symbole non plus de l’armée américaine de la Civil war,
mais un symbole international de soutien aux troupes au combat (du moins en Occident). Car les symboles évoluent, ils ne sont pas concepts figés ni morts. Et que dire de nos soldats qui, au
contact de la fraternité d’armes avec les soldats américains, leur envient aussi cette culture du soutien populaire qu’ils n’ont pas chez eux? Aux États-Unis des associations privées et
familiales font ce qu’une grande association comme Solidarité Défense fait chaque année avec le soutien du MINDEF et de l’État…
Qui est ridicule? Ceux qui font ou ceux qui critiquent sans jamais rien faire pour la cause?





Quant à l’argument selon lequel le ruban jaune n’appartient pas à notre Histoire militaire, je pourrais vous répondre que l’histoire récente à travers alliances et coalitions
pourrait justement justifier le contraire par assimilation. Car notre histoire (au sens le plus large) n'est faite que d’apports extérieurs depuis la nuit des temps… Voulez-vous parler des chants
d’origine allemande de notre Légion “étrangère” pour ne citer que cet exemple précis? En quoi “Être et durer” (le fameux Westerwald Lied”) est-il plus de notre histoire qu’un ruban jaune? Et Lili
Marleen chanté par tous les soldats de la Deuxième Guerre mondiale?





Le lamento sur les guerres économiques et les rivalités concernant les matières premières est un thème d’actualité aussi neuf que l’Histoire de la
Guerre… Ainsi va l’Humanité que vous le vouliez ou non, depuis la thalassocratie athénienne de Périclès (et même plus loin encore) jusqu’à nos jours. Que voulez-vous dire? Nier la logique des
relations internationales et des rapports de force entre États et groupes humains? Nier tous principes politiques, juridiques et moraux pour ne réduire les conflits qu’à des enjeux de pillages
économiques (comme vous le suggérez pour l’Afghanistan au nom de la grande et méchante Amérique)? Je crois que la réalité de l’Histoire des hommes est un peu plus compliquée: les enjeux
économiques ont toujours existé mais, de nos jours, quand bien même accentués par d’autres enjeux financiers ils n’expliquent pas tout.


 


Cordialement.



Armée-Nation

  • : Défense et Démocratie
  • Défense et Démocratie
  • : Participer à la défense de la Démocratie et de ses valeurs en promouvant l'Éducation à l'Esprit de Défense au sein de l'École
  • Contact

ISAF - FINUL - Serval


Recherche

Archives