22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 10:23

Saint-Tropez

Plaques commémoratives du débarquement de Provence dans le port de Saint-Tropez

 

Provence, Côte d’Azur, Cavalaire-sur-Mer, Saint-Tropez, Saint-Raphaël, Fréjus… Ces lieux qui nous rappellent la proximité des vacances d’été (fort bien méritées pour beaucoup…) constituent l’un des plus beaux sites touristiques au monde: la Côté d’Azur. Palmiers, campings, hôtels, marinas s’étalent sur le front de mer, et restaurants comme magasins de plage ne manquent pas de donner à cet espace son caractère émollient. Cette région est, pourtant, bien plus chargée d’Histoire que n’en laisse paraître la superficialité de l'univers touristique et hédoniste qui semble aujourd’hui la résumer.

 

Sans remonter jusqu’à l’Antiquité gréco-romaine, l’Histoire contemporaine a laissé des traces fortes à commencer par celles du second grand débarquement allié en Europe à l’été 1944: le débarquement de Provence. La Côte d’Azur a, en effet, été au centre d’une opération aéronavale et amphibie de grande ampleur à partir du 15 août 1944 où, à la suite du débarquement de Normandie, et profitant du redéploiement des forces allemandes vers le Nord-Ouest de la France, des dizaines de milliers de soldats américains, français et anglais ont débarqué dans un secteur allant de Marseille à l’Ouest à Cannes à l’Est. L’objectif de l’opération Anvil Dragoon fut de s’emparer des deux ports stratégiques de Marseille et de Toulon, puis d’établir une jonction avec les forces venues de Normandie après une remontée par la vallée du Rhône. Le débarquement de Provence correspondait également à un élargissement du front sud-européen, alors que l’avance alliée était bloquée depuis plusieurs mois en Italie. Dans les grandes, comme les petites, cités balnéaires de la région, des plaques commémoratives ne manquent pas de rappeler le sacrifice des soldats américains du Général Alexander PATCH, mais aussi celui des soldats français du Général Jean de LATTRE de TASSIGNY pour la libération du Sud de la France. C’est à Toulon, dans la Tour Beaumont, que l’on trouvera le Mémorial dédié à cette campagne de la Deuxième Guerre mondiale.

 

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Mémorial des sous-mariniers (Toulon). Cliquer sur la photographie pour accéder à l'album

 

Toulon qui fut le tombeau de notre Marine des années 1920/1930 - avec le sabordage de la Flotte le 27 novembre 1942 - reste encore de nos jours une ville très marquée par la présence de la Royale. La Préfecture maritime y est installée, et la grande rade qui abrite le grand port militaire (avec celui de Brest) fait de la Marine nationale le deuxième employeur du Var. Nombre d’entreprises de la région dépendent, en effet, des commandes et des travaux militaires. La DCNS a, pour sa part, établi une partie de ses bureaux d’études dans et en dehors de l’enceinte de la base (zone du Mourillon). Si les bâtiments les plus intéressants sont absents de la rade (notamment le porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle) du fait de l’opération Harmattan actuellement en cours au large de la Libye, on trouvera en ce moment même à quai - et entre autres - la frégate antiaérienne Cassard D 614, la frégate furtive de classe La Fayette, Surcouf F 111 et le bâtiment de Transport de Chalands de Débarquement (TCD) Siroco L 9012.

 

La base navale de Toulon est aussi le grand port des sous-marins nucléaire d’attaque (SNA), destinés à la protection sous-marine des SNLE et de la Flotte, mais pouvant aussi mener des actions contre la terre. C’est donc ici qu’a été érigé le monument mémorial en hommage aux sous-mariniers de France. Situé au pied de la Tour royale, à l’opposé du port militaire que l’on peut distinguer en arrière-plan, le monument représente une épouse/mère et son fils devant un kiosque de sous-marin de plusieurs mètres de haut. Inauguré récemment, le 28 novembre 2009, en présence du Chef d’État-Major de la Marine (CEMM), l’Amiral Pierre-François FORISSIER, ce mémorial rend un hommage particulièrement émouvant à ces soldats dont la mer n’a pas rendu les corps dans leur grande majorité. L’émotion réside également dans l’hommage rendu au sacrifice des épouses et des mères, dont le personnage féminin de la représentation exprime avec force, et dans une position de recueillement, toute l’infinie tristesse.

 

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Mémorial de l'Armée noire (Port-Fréjus). Cliquer sur la photographie pour accéder à l'album


L’histoire de Toulon nous rappelle que la Méditerranée a été, pendant des siècles, une mer stratégique pour notre géographie nationale comme impériale. Après un relatif déclin de ses activités militaires au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, il est à considérer que cette base navale regagne aujourd’hui en importance avec la définition que fait le dernier Livre blanc du nouvel “arc de crises”. Quoi qu’il en soit, les témoignages du passé militaire de la région ne manquent pas, et Toulon comme Marseille furent les grands ports de départ pour l’Indochine et l’Algérie.


À Port-Fréjus, situé à quelques dizaines de kilomètres à l’Est, on trouvera sur le bord de mer un très beau monument élevé en hommage aux soldats africains qui servirent en nombre dans notre armée. Ce bronze érigé à hauteur d’homme montre un groupe de tirailleurs accompagnés de leur officier. En réponse à la citation du poète, écrivain, et ancien Président du Sénégal, Léopold SEDAR Senghor, gravée au pied du monument (1), on ne peut s’empêcher de penser à l’ouvrage du Général Charles MANGIN, “La force noire” (1910). De fait, Fréjus fut, pendant longtemps, la principale garnison de troupes africaines en France, et une mosquée rouge (la Mosquée Missiri) y fut construite en 1930 sur le modèle de celle de Djenné (Mali), afin de donner un repère culturel à des soldats venus de notre empire africain.

 

Cette mosquée se trouve en périphérie de Fréjus, non loin du Musée des Troupes de Marine qui, lui, se situe à proximité du Quartier Colonel Lecocq, casernement actuel du 21e RIMa. Dans ce petit musée, jouxtant le Centre d’Histoire et d’Études des Troupes d’Outre-Mer (CHETOM), on trouvera une mine de documents, comme d’objets, retraçant l’histoire de la “Coloniale” de la fondation des Compagnies ordinaires de la Mer en 1622 par le Cardinal de Richelieu jusqu’aux engagements contemporains post-Guerre froide, et l’Afghanistan où, à ce jour, 22 Marsouins ont été tués.

 

Que ce soit dans l’oeuvre scientifique et d’assainissement sous les climats tropicaux, la garde des batteries d’artilleries côtières (d’où le surnom de “Bigors” en comparaison aux bigorneaux accrochés à leur rocher) ou la défense du sol national, l’Infanterie de Marine a écrit une page prestigieuse de notre Histoire militaire. Encore aujourd’hui, les postes ouvrant une carrière chez les Marsouins restent réservés aux meilleurs dans le classement des Écoles militaires (2).

 

On trouvera dans ce musée aux collections particulièrement dense, une urne en marbre rouge contenant les restes de Marsouins de la Division bleue, tombés lors de la bataille de Bazeilles (31 août-1er septembre 1870). Ce combat perdu d’une guerre perdue fut immortalisé par un tableau célèbre d’Alphonse de NEUVILLE, “Les dernières cartouches” (1873). Bazeilles - une petite commune située dans les Ardennes - est à l’Infanterie de Marine ce que la bataille de Camerone (1863) est à la Légion étrangère. Emblématique de l’héroïsme des Marsouins, la bataille de Bazeilles est célébrée chaque année dans les unités de l’Infanterie de Marine, et la girouette de son église, détruite lors des combats, a été offerte au musée de Fréjus.

 

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Mémorial des guerres en Indochine (Fréjus). Cliquer sur la photographie pour accéder à l'album


Marsouins et légionnaires ont aussi, avec d’autres combattants, chèrement payé notre engagement en Indochine de 1939 à 1954, ce que rappelle un autre mémorial situé également dans la banlieue de Fréjus (3). Bien visible de la route même, le Mémorial des guerres en Indochine se présente d’abord comme un mur sur lequel sont représentés deux combattants indochinois se faisant face et portant une carte de l’Indochine, autour de laquelle s’enroule un dragon. Conflit négligé dès son époque, aujourd’hui oublié et en grande partie occulté par la Guerre du Vietnam qui lui a succédé, la Guerre d’Indochine a pourtant demandé de très lourds sacrifices à la France. Si elle n’a engagé que des combattants volontaires – contrairement à la Guerre d’Algérie qui a vu le Contingent y participer directement – 50 000 d’entre eux y ont laissé cependant la vie. Une nécropole située derrière le mur et en contrebas - où figure quelques 34 000 noms de soldats français, africains et indochinois - rappelle ce lourd sacrifice exigé par la pacification et la défense de notre plus lointaine colonie.

 

Pour qui s’y intéresse, et sans pour autant bouder le plaisir de la Méditerranée et de ses plages, il y a beaucoup à voir de notre Histoire militaire proche comme lointaine sur cette Côte d’Azur. De quoi ressourcer avec plaisir nos réflexions sur l’Éducation à la Défense.

 

(1) À l’Armée noire “Passant, ils sont tombés fraternellement unis pour que tu restes Français.”

(2) Citons à titre d’exemple, le Colonel Michel GOYA, issu de l’EMIA et qui fut major de sa promotion.

(3) Le Musée des Troupes de Marine et le Mémorial des guerres en Indochine sont sur deux sites différents, éloignés l'un de l'autre, et qu'il n'est pas facile de rejoindre si l'on ne dispose pas d'un véhicule personnel. Prendre la ligne 1 pour le Musée et la ligne 2 pour le Mémorial de Fréjus/Square Paul Vernet.

 

Buste Joseph GALLIENI

C'est à Saint-Raphaël qu'est enterré le Maréchal Joseph GALLIENI, que d'aucuns considèrent comme le père spirituel de la pensée contre-insurrectionnelle française

 

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