27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 21:43

JOURNÉE DE FORMATION DU TRINÔME ACADÉMIQUE 2010

 

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Le mardi 25 mai 2010 se tenait la journée de formation du Trinôme académique. Organisée sous le patronage du Recteur de l’Académie de Créteil, Monsieur William MAROIS, du Général de Corps d’Armée Bruno DARY, Gouverneur militaire de Paris, et de la Présidente de l’association régionale Ile-de-France des auditeurs de l’IHEDN, Madame Caroline GORSE-COMBALAT, cette très riche journée s’adressait à une quarantaine de relais Défense de l’Académie en présence du Général DARY lui-même et du Colonel Paul DODANE, Délégué Militaire Départemental du Val-de-Marne (DMD 94).

 

Les relais Défense sont ces personnels, en grande partie enseignant mais aussi issu des personnels d’administration, qui ont en charge l’éducation à l’Esprit de Défense dans leur établissement scolaire. Interfaces entre le Trinôme académique et les collèges et lycées, leur rôle reste fondamental pour enraciner une culture de Défense auprès de nos jeunes, nonobstant les réticences traditionnelles du milieu enseignant en la matière.

 

L’institution des relais Défense n’est cependant pas suffisante à elle seule pour cet enracinement. Encore faudrait-il que les personnes acceptant cette fonction soient sensibilisées et formées de manière approfondie afin que naisse une réelle capacité d’initiative en direction du public scolaire. C’est à cette mission que s’est attachée, depuis plusieurs années et avec dynamisme, l’IA-IPR Anne-Marie HAZARD-TOURILLON qui dirigeait cette nouvelle journée de formation, dont le thème portait sur “La lutte contre la prolifération des armes de destruction massive”.

 

Le sujet renvoyant à une actualité brûlante, notamment avec les crises iranienne et nord-coréenne, c’est M. Benjamin HAUTECOUVERTURE, chargé de recherche au Centre d’Études de Sécurité Internationale et de Maîtrise des armements (CESIM), qui présenta dans un premier temps l’état des lieux de la prolifération nucléaire dans le monde, mais avec une très utile perspective historique et juridique.

 

Qu’est-ce que une arme chimique, qu’est-ce qu’une arme biologique, et quels sont les moyens de lutte contre leur développement? Sur cette question, c’est Mme Elisande NEXON, chargée de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), qui apporta des éléments de réponse au cours d’un exposé fort riche d’un point de vue scientifique. Docteur en Pharmacie et spécialiste du bioterrorisme, Mme NEXON retraça les grandes étapes de la recherche scientifique contemporaine menant à la fabrication de souches virales, de gaz et de toxines (ypérite, soman, VX, travaux de l’unité japonaise 731…), tout en soulignant la difficulté de la mise au jour de programmes militaires par définition clandestins, ainsi que la difficulté technique de leur contrôle. De nos jours, une analyse croisée de plusieurs facteurs permet, cependant, de se faire une idée assez précise quant à la possession de ce type d’armement par un État. Mme NEXON détermine ainsi plusieurs critères telles la nature d’un régime politique occultant toute transparence sur ces questions, l’existence de capacités industrielles et de financement, la présence de vecteurs spécifiques, la tenue d’exercices militaires également spécifiques… Toutefois, la menace majeure correspond, à l’heure actuelle, davantage à la mise au point – certes difficile mais possible – et à l’utilisation de ces armes par des groupes terroristes affranchis de toute structure étatique. Face à de telles menaces, la capacité d’anticipation de notre pays doit être plus que jamais développée, ce qui ne peut être sans une capacité de renseignement renforcée.

 

La question du renseignement rapportée à la lutte contre la prolifération des ADM fut abordée par le Général (2S) André RANSON, ancien responsable de la Direction du Renseignement Militaire (DRM). Avec le Général RANSON, c’est une vision opérationnelle et de terrain qui fut apportée aux relais Défense. Dans un exposé d’une grande clarté, l’officier fit un état des lieux de la machine du renseignement et de ses diverses composantes, notamment à l’issue de la restructuration fondamentale voulue par le Livre blanc de 2008, et qui donne une importance renouvelée aux services de renseignement (1). S’inspirant du propos d’Auguste COMTE selon lequel il faut “savoir prévoir afin de pouvoir”, il démontra en quoi le renseignement émane avant tout d’une volonté politique, et résulte également d’une vision stratégique. Fonction profondément politique au-delà de ces aspects techniques, le renseignement permet d’éclairer et de donner une marge de manoeuvre à notre diplomatie. Pourtant, ce n’est qu’en 1993 que le Secrétariat Général à la Défense Nationale (SGDN) a fait inscrire officiellement la recherche systématique d’information sur la prolifération des ADM.

 

La conférence de M. Patrick PAILLOUX, Ingénieur issu de l’X et actuel Directeur de l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), clôtura la journée de formation. Créée le 8 juillet 2009 par décret du Premier Ministre, et dépendant de lui, l’ANSSI est une agence interministérielle de 200 personnes environ, chargée de la sécurité et du renseignement dans le domaine des systèmes d’informations, ce que les Américains appellent “l’infosphère”. En d’autres termes, l’ANSSI s’intéresse au cyberespace et aux problèmes liés à la protection des données: le cryptage. Les cyberattaques étant désormais considérées comme une nouvelle forme d’ADM, et l’INTERNET s’étant généralisé dans toutes la société, personne ne pouvait ne pas se sentir concerné.

 

Le nombre de cyberattaques ne cesse d’augmenter depuis ces dernières années. Les sites institutionnels ne sont pas épargnés, et le risque d’une attaque majeure contre nos réseaux est plus que jamais élevé. À partir des exemples estonien et israélo-palestinien, M. PAILLOUX explique ce qu’est une cyberguerre à l’heure actuelle, ainsi que l’immense difficulté à pouvoir sécuriser ordinateurs comme réseaux. En fait, plus les systèmes d’exploitation sont ouverts et complexes – du fait de la polyvalence réclamée par les utilisateurs – plus la difficulté à les protéger est grande, voire impossible… Or, c’est tout le fonctionnement de la société – à travers la description de douze “infrastructures critiques” et de leur interconnexion -, qui est concernée au premier plan.

 

Décrivant de manière concrète et particulièrement vivante les caractéristiques de la cyberguerre et, par voie de conséquence celles d’une cyberdéfense, M. PAILLOUX suscita de nombreuses questions parmi les relais Défense présents. La vacuité de toute législation ou réglementation hormis celles que les communautés s’imposent, l’absence de frontières sur lesquelles pourraient reposer un droit international, l’abolition de toute distance, des cycles de vulnérabilité de l’ordre de l’heure et non plus d’années comme cela était le cas pour les armements au sens classique, sont les caractéristiques fondamentales du cyberespace. Ainsi, les États ne peuvent se protéger efficacement jusqu’à ce jour, alors que la prolifération des moyens informatiques permettant celle des cyberattaques a déjà eu lieu dans les sociétés.

 

S’il reste à renforcer et à ancrer dans les cultures et les mentalités de l’Éducation nationale, l’enseignement de la Défense dans les collèges et les lycées est bien en marche. La qualité des intervenants et des conférences de cette journée l’a montré, ainsi que les multiples conversations nouées entre les participants. Alors que professeurs et autres personnels d’administration commencent à se reconnaître d’année en année, il est à souhaiter que ces trop rares moments de formation puissent constituer le cadre d'une véritable "fertilisation croisée".

 

Le blog “Défense et Démocratie” remercie l’IA-IPR HAZARD-TOURILLON pour l’organisation de ce moment fort, ainsi que l’ECPAD qui a fourni les locaux et le soutien matériel.


 

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(1) En France, nous disposons actuellement de six grands services de renseignement dont deux à compétences générales: la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) qui dépend du Ministère de la Défense et la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) qui dépend du Ministère de l’Intérieur. Les quatre autre services dépendent soit de la Défense (DRM par exemple) soit du Ministère du Budget et des Finances (TRACFIN par exemple). Aux États-Unis, on compte pas moins de 17 services et agences de renseignement.


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