21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 16:30
LA FRANCE ENGAGE LE 2e RÉGIMENT ÉTRANGER PARACHUTISTE EN AFGHANISTAN


    On ne le rappellera jamais assez, une guerre se remporte avant tout par la capacité à y engager des hommes. Quelle que soit l’importance du soutien naval ou aérien, quel que soit le degré de sophistication atteint par les forces armées occidentales, rien ne remplacera l’action classique d’une force au sol, en nombre suffisant pour tenir et quadriller le terrain. A fortiori lorsque l’on s’engage dans une confrontation qui voudrait “gagner le coeur et l’esprit des populations” comme l’affirment désormais les plus hautes autorités militaires des nations engagées dans le conflit afghan.

    Rarement conflit n’aura impliqué un aussi grand nombre de pays alliés sur un espace aussi réduit que l’Afghanistan (647 000 km2). Des pays qui comptent parmi les premières puissances militaires de la planète, mais qui connaissent actuellement des difficultés suffisamment grandes pour empêcher de parler d’une victoire à court terme. Cela est un paradoxe.

    En fait, les nations occidentales ne sont plus en mesure, politiquement comme moralement, de se donner les moyens humains de triompher, quand bien même n’ont-elles en face d’elles des adversaires qui n’auraient aucune chance de l’emporter militairement. Certes, les Talibans reprennent le dessus comme le reconnaît le Général américain Stanley A. McCHRYSTAL, commandant en chef les forces de la coalition. Leurs opérations sont bien plus virulentes et mieux coordonnées qu’au début du conflit. Agissant par petits groupes lourdement armés, combinant les attaques aux IED et des embuscades meurtrières, ils frappent les troupes de secours aux points de passage obligé au moment où ces dernières se dirigent sur les lieux d'une première attaque. Avec une connaissance irremplaçable du terrain, de la langue et des populations, les Talibans ont incontestablement repris l’initiative.

Hommes du 93e Régiment d'Artillerie de montagne (93e RAM) ouvrant le feu au mortier de 120 mm. En dépit de l'engagement de canons modernes CAESAR, les mortiers de 120 et de 81 mm tractés par VAB restent particulièrement bien adaptés au théâtre d'opérations afghan

    Cette reprise de l’initiative qui pourrait conditionner à terme une défaite de l’Occident en Afghanistan s'explique moins par la force que peuvent représenter les Talibans – sans pour autant nier le courage de leurs combattants -, que par la faiblesse politique des pays occidentaux. Les traditions pacifistes et neutralistes de nombre de pays européens inhibent l’aptitude au combat de leurs forces armées. Plus récemment, les derniers développements de la bataille d’Uzbin (18 août 2008) nous apprennent que les services secrets italiens avaient acheté une trêve à l’ennemi taliban, afin de préserver la vie des soldats italiens dans la région de Sarobi.

    Cependant, le plus grave reste la réticence de nos démocraties à engager davantage d’hommes sur ce théâtre d’opérations. Les hésitations du Président américain Barack OBAMA dans l’envoi de nouveaux renforts et, surtout, les dernières déclarations du Ministre de la Défense australien, John FAULKNER, qui voudrait voir un retrait rapide des troupes australiennes, fragilisent sensiblement la lutte sur le terrain. Ainsi, pour le Général McCHRYSTAL, la guerre pourrait bien être perdue d’ici un an faute de renforts suffisants (au moins 40 000 hommes supplémentaires).

    La France qui met en avant des expériences historiques de guerres contre-insurrectionnelles - expériences dont l’armée des États-Unis s’inspire directement -, n’échappe pas au mouvement avec les dernières déclarations du Président Nicolas SARKOZY assurant que le nombre de nos soldats en Afghanistan n’augmentera pas. Alors que nous redécouvrons la pensée de David GALULA, nous savons pertinemment que notre pays ne peut plus consentir l’engagement et les sacrifices humains qui nous avaient pourtant donné la victoire sur l'insurrection algérienne. À cette époque, la France avait déployé 400 000 soldats pour tenir un espace grand de 400 000 km2 en comptant la partie saharienne…

    Pourtant, c’est l’un de nos meilleurs régiments de combat que nous nous apprêtons à envoyer en Afghanistan à savoir le 2e Régiment Étranger Parachutiste. Cette unité d’élite de la Légion étrangère, comptant 1200 combattants, devrait être déployée d’ici le début de l’année prochaine au sein d’une nouvelle unité: la Brigade Lafayette. À l’heure où nous écrivons cet article, les légionnaires du 2e REP subissent un entraînement particulièrement intensif et adapté à ce qui devrait les attendre en Afghanistan. Entre Djibouti et les camps de manoeuvre de Champagne (Mourmelon/Mailly), ils répètent inlassablement des exercices les conditionnant à la menace des IED, aux embuscades d’un ennemi agressif et ingénieux, au combat urbain… Plus que jamais, l’Afghanistan est un champ de bataille pour l'infanterie, mais à l’inverse du légionnaire parachutiste de la Guerre d’Algérie, qui était allégé dans son équipement, celui de la Guerre d’Afghanistan emporte sur lui une quarantaine de kilos de matériel.

L'équipement du combattant moderne s'est considérablement alourdi. Le gilet de protection et d'assaut permettant d'emporter des munitions supplémentaires est très lourd. On remarquera aussi que le FAMAS est devenu plus pesant avec l'ajout d'accessoires - poignée, optique de précision, système de visée de nuit, rail Picatinny - qui obligent à la suppression du bipied d'origine

    Le 2e REP formera le noyau autour duquel s’organisera un nouveau Groupement Tactique Interarmes (GTIA). Un GTIA est une unité interarmes correspondant à un assemblage d’unités appartenant à plusieurs armes (Infanterie, Cavalerie, Artillerie, Génie…). La cohérence de cet assemblage est dictée par une mission donnée. Les GTIA français sont actuellement en cours de réorganisation sur le théâtre d’opérations afghan. La tendance est au renforcement de leur composante infanterie, cavalerie, et de leurs appuis. Ils devraient, très prochainement, former une toute nouvelle brigade baptisée Lafayette.

    Signe de l’adaptation rapide de nos forces armées dans un contexte conflictuel, la Brigade Lafayette est non seulement conçue comme une unité pleinement interarmes mais aussi interarmées. Des éléments de la Marine et de l’Armée de l’Air y seront directement intégrés.

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