16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 15:26

USNS Montford Point T-MLP 1

 Le USNS Montford Point en rade de San Diego le 13 novembre 2012

Le samedi 2 mars 2013, au cours d’une cérémonie présidée par le Major-général Jim AMOS, Commandant du Corps des Marines des Etats-Unis, le bâtiment USNS Montford Point T-MLP 1 était baptisé dans la rade de San Diego. C’est dans les chantiers de la National Steel and Shipbuilding Company (NASSCO) de General Dynamics, que ce bâtiment révolutionnaire, inaugurant l’ère du “Sea basing”, fut mis sur cale le 19 janvier 2012. Le USNS Montford Point tient son nom du camp (en Caroline du Nord) où étaient rassemblés et formés, de 1942 à 1949, 20 000 US Marines d’origine afro avant qu’une loi abolisse la ségrégation au sein des forces armées en 1948.

D’un coût de 500 millions de dollars, le USNS Montford Point est une Mobile Landing Platform, c’est-à-dire une vaste plate-forme flottante de 239 mètres de long, 50 de large et un pont de 2300 m2. Conçue à partir d’un super tanker de la British Petroleum (BP) dont on a retiré les réservoirs - ce qui lui donne une silhouette caractéristique, « creusée » entre le château et la proue sur toute la longueur du navire –, bénéficiant de techniques de construction japonaises et sud-coréennes (1), cette plate-forme a pour mission non seulement de transporter, d’embarquer et de débarquer, mais surtout de pouvoir réaliser toutes ces opérations en pleine mer au profit d’une force navale.

En effet, le USNS Montford Point, dont l’entrée en service opérationnel est prévue pour 2015, pourra transporter le matériel d’une brigade et assurer les missions du ravitaillement d’une task force avec un déplacement à pleine charge de 80 000 tonnes, soit presque le déplacement d’un porte-avions de classe Nimitiz… La véritable révolution, cependant, consistera en sa capacité de transbordement d’un bâtiment à un autre. En effet, l’immensité du pont du Montford Point a été prévue pour recevoir des hélicoptères comme des convertibles V-22 Osprey, pour la manœuvre de nombreux véhicules qui embarqueront et débarqueront via une rampe, selon le système Roll-on/Roll-off. Un système de ballasts fait aussi de cette immense partie centrale du bâtiment un espace semi-submersible qui pourra s’immerger afin d’embarquer ou de mettre à l’eau trois hovercrafts de type Landing Craft Air Cushioned (LCAC), ou des SSC (Ship-to-Shore Connector) qui viendront les remplacer dans quelques années. LCAC et SSC seront situés dans trois logements modulaires, côté tribord.

En d’autres termes, le USNS Montford Point n’est ni plus ni moins qu’une base mobile destinée à affranchir une flotte de tous ports, soit que ces derniers ne soient pas sous contrôle, ou qu’ils soient inexistants sur le théâtre d’opération. Bâtiments de combat comme bâtiments logistiques de l'US Navy pourront accoster sur la MLP afin d’effectuer des transbordements lourds de matériels, de carburant, d’engins divers. Des centaines de US Marines transiteront pour être rembarqués dans les LCAC. Au milieu de l’océan, la MLP permettra d’opérer les ruptures de charge qui, autrement, nécessitaient un port. Point d’appui mobile, la MLP verrait une flotte se concentrer autour d’elle, pour se préparer à un débarquement de grande ampleur. Cependant, si le concept technique est révolutionnaire, c’est parce qu’il induit un concept stratégique encore plus révolutionnaire: celui d’organiser à la mer les flux logistiques indispensables à toutes les opérations navales comme aériennes et terrestres.

L’idée d’une base mobile à la mer n’est pas nouvelle en soi. La Guerre du Pacifique avait déjà donné une avance conceptuelle, tactique et technique aux Etats-Unis. Durant la Guerre d’Indochine, une partie de l’effort de guerre entre Tonkin et Cochinchine avait été réalisée par le navire-atelier Jules Verne, dont les missions allaient bien au-delà de simples missions de maintenance navale. Cependant, le « Sea basing » transporte une grande partie de la chaîne logistique opérationnelle en mer. Partant, on entre dans une véritable révolution de la guerre amphibie, du fait de l’échelle opérationnelle envisagée (le monde), et de la souplesse tactique que confère les bâtiments de la classe Montford Point. Appelées à devenir de véritable hubs navals, les MLP permettront un transfert direct des flux logistiques en mer, au plus près d’un théâtre des opérations tout en restant à l’abri, réduisant considérablement le coût de l’empreinte terrestre d’un corps expéditionnaire américain. Last but not least, les Etats-Unis pourront s’affranchir de contraintes politiques liées aux âpres négociations relatives à l’installation de bases de soutien sur un territoire étranger. Le cas du Pakistan et des entraves qu’il a imposé à la logistique otanienne en Afghanistan est un exemple concret de cette dépendance, que le Sea basing réduira sensiblement. Les forces armées américaines gagneront ainsi une plus grande indépendance d’action, et une souplesse de projection stratégique inégalée à l’échelle planétaire.

Avec les MLP, les bases de soutien seront désormais en mer et l’US Navy comme l’US Army pourront se projeter avec ou sans la possibilité d’utilisation d’un port. En réduisant significativement l’importance de ce paramètre majeur - incontournable jusqu’à présent dans toute planification logistique amphibie (2) -, les Américains transforment profondément la guerre sur mer. Le concept de Sea basing recouvre un ensemble de programmes et de matériels étudiés depuis le début des années 2000 par la Navy, notamment à travers des exercices réguliers Joint Logistics Over the Shore (JLOTS). Ces derniers permettent de définir les matériels qui permettront une meilleure interopérabilité entre, par exemple, les MLP et les besoins de l’US Army. La crise économique et les restrictions budgétaires ont, cependant, considérablement ralenti la plupart des programmes, et celui du Montford Point reste à ce jour la seule illustration véritablement achevée du Sea basing.

Lorsqu’il entrera en service, le  USNS Montford Point T-MLP 1 sera mis à disposition du Military Sealift Command (MSC), qui l’armera d’un équipage de 34 marins seulement. Deux sister-ships devraient être construits dans un avenir proche: le USNS John Glenn (livraison en 2014) et le USNS Lewis B. Puller (livraison en 2016).

 T-MLP-1.jpg

(1) Géantes mondiales de la construction navale, les firmes sud- coréennes - Hyundai, Daewoo, Samsung, STX, Hanjin… - se sont en effet spécialisées dans la course au gigantisme naval. De nos jours, elles en maîtrisent des processus industriels particulièrement délicats notamment dans la découpe rapide de l’acier.

(2) On se souviendra de cet effort technique que fut la construction de ports artificiels au large d’Arromanches durant les opérations du débarquement en Normandie en 1944. Mulberry 1 et Mulberry 2 avaient justement pour fonction de donner aux Alliés les ports, jetées et quais qu’ils n’avaient pas pour débarquer tout le matériel de l’armée qu’ils venaient de mettre à terre.

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