8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 16:36

LE LMTGH-OB EN AFGHANISTAN 


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LMTGH-OB (source - MINDEF)

 

Largages et parachutages ont toujours posé un problème de précision aux armées de l’Air. Soit l’avion privilégie une relative sécurité en volant à haute altitude et le largage perd en précision; soit il privilégie la basse altitude et la précision, mais cela se fait au détriment de sa sécurité. Militaires et historiens se souviennent ainsi du “carpet bombing” américain durant la Deuxième Guerre mondiale et jusqu’à la Guerre du Vietnam, où l’US Air Force substituait la sauvegarde de ses pilotes et appareils à l’imprécision de ses bombardements à haute altitude. Cela avait pour résultat des frappes de saturation sur de vastes zones où le tri entre les objectifs réels et les destructions non désirées était impossible. Durant la Guerre du Vietnam, lors de la bataille de Khê Sanh (janvier/avril 1968), on vit cependant des largages réalisés au ras du sol où des avions cargos Hercules et Providers utilisèrent le système LAPES (Low Altitude Parachute Extraction System) à moins de 10 m au-dessus de la piste d’atterrissage et sous le feu de l’ANV pour ravitailler les US Marines.

 

Aujourd’hui, en Afghanistan, nos forces armées ont réussi le pari de faire les deux, c’est-à-dire opérer un largage à très haute altitude, tout en étant capable de loger une cargaison de matériel ou de vivres sur un point d’impact d’un rayon pouvant être inférieur à 300 m. Cette technique d’aérolargage est résumée sous l’acronyme LMTGH-OB pour “Largage de Matériel à Très Grande Hauteur en Ouverture Basse”.

 

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Palettes sur le point d'être embarquées dans un C 160 Transall (source - MINDEF)

 

L’Afghanistan ne pouvait qu’inciter à la mise au point de cette technique peu coûteuse, offrant une grande souplesse tactique, mais nécessitant un savoir-faire éprouvé. Un relief montagneux et cloisonné du pays, la menace permanente des tirs d’armes légères (fusils d’assaut et RPG), celle des missiles air-sol portatifs, donnent toute son intérêt au LMTGH-OB qui permet de ravitailler de jour comme de nuit, sans repères visuels ni appareils de vision nocturne, des OMLT isolées. De plus, la voie des airs permet de s’affranchir d’un réseau routier qui, s’il existe, n’en demeure pas moins pollué par de nombreux IED.

 

La technique d’aérolargage LMTGH-OB consiste en un largage de précision d’une charge comprise entre 500 et 1200 kg à une altitude de 7500 m (24 000 pieds). L’avion C 160 Transall (ou C 130 Hercules) se cabre légèrement, permettant à la palette de matériel de glisser sur des rails jusqu’à sa sortie par la porte arrière. Dès la sortie de l’avion, deux parachutes s’ouvrent et assurent la stabilisation du chargement, qui chute à une vitesse d’environ 45 m/s. Arrivé à une altitude de 500 m, six parachutes principaux se déclenchent à leur tour permettant l’atterrissage de la charge dans une zone de 300 m déjà prédéfinie. Plus l’ouverture de ces derniers est tardive, plus la précision du point d’impact sera grande, l’effet de dérive n’ayant pas le temps de jouer. Des LMTGH-OB auraient été déclenchés à 150 m, selon ce principe du HALO (High Altitude Low Opening) employé par les chuteurs opérationnels.

 

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Parachutistes du 1er RTP réglant les déclencheurs vario-barométriques de la palette (source - MINDEF)

 

L’ensemble ne se présente pas de manière particulièrement sophistiquée. Le matériel est arrimé sur une palette en bois classique. Les parachutes sont, ensuite, fixés et reliés à un système de déclencheurs vario-barométriques: la platine de libération. Réglés sur un niveau de pression précis, ces déclencheurs permettent la rupture de drisses conçues pour ne résister qu’à un certain seuil de tension,  ce qui libère les parachutes principaux. On comprendra que les questions de pression atmosphérique, comme la connaissance des vents sur la zone de largage, sont fondamentales pour la mise au point et le fonctionnement du LMTGH-OB.

 

Un logiciel a été, entre autres, développé pour permettre le calcul complexe du “point de relaxation”, c’est-à-dire les coordonnées où l’avion cargo doit opérer le largage. Ces calculs prennent en compte les relevés en temps réel du centre de météorologie de Toulouse. Celui-ci établit une carte des vents avec un maillage prévisionnel de grande précision (2km2), permettant aux équipages d’avoir une idée très précise des vents qu’ils vont rencontrer sur la zone de largage. La connaissance des pressions atmosphériques est importante pour le déclenchement des parachutes comme nous venons de le voir, mais aussi parce qu’un vol à haute altitude comporte des risques pour l'organisme, notamment celui de l'aéroembolisme qui voit la formation de bulles d'azote dans le sang. Les personnels embarqués doivent être adaptés aux variations de pression, ce qui nécessite un palier d'accoutumance  (dénitrogénation) avant la dépressurisation liée à l’ouverture de la porte arrière. Pilotes comme équipes de largage opèrent avec des kits à oxygène ainsi que des masques, et un médecin est intégré à toutes les missions au-dessus de 5500 m.

 

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Préparation de la platine de libération (source - MINDEF)

 

Le LMTGH-OB est une véritable opération à la fois interarmes et interarmées. Il nécessite de très bonnes communications air-sol entre l’avion et l’unité à ravitailler, mais il fait aussi travailler étroitement l’Armée de l’Air et l’Armée de Terre. Les pilotes sont issus de l’Escadron d’Utilisation et d’Appui Tactique (EUAT 1/61 Touraine) basé à Orléans. C’est au sein du 1/61 Touraine qu’a été mis au point cette technique d’aérolargage, et ses personnels sont des spécialistes du “travail sous oxygène”. Les équipes de largage sont constituées de soldats du 1er Régiment du Train Parachutiste de Toulouse. Spécialisé dans la livraison par voie aérienne, ce régiment gère le fret militaire sur la base de Douchanbé (Tadjikistan), qui est l’une de nos portes d’entrée logistique en Afghanistan. Ce sont les hommes du 1er RTP qui conditionnent les palettes, les embarquent et les larguent.

 

Le LMTGH-OB, on le voit, est une compétence précieuse pour le théâtre d’opérations afghan. Il nécessite un travail de spécialistes dans plusieurs domaines, et peu d’armées sont capables de maîtriser une telle précision de largage. En Afghanistan seuls les Américains et les Italiens sont capables de parachutage de précision qu’ils opèrent, cependant, à basse altitude. Les forces armées françaises offrent la possibilité de réaliser le même type d’opération avec une sûreté appréciable en ce qui concerne les armes que les Taliban peuvent actuellement déployer contre la menace aérienne. Le premier LMTGH-OB a été effectué à Oruzgan le 21 août 2008, et la procédure a été homologuée en Afghanistan la même année. D’abord utilisé pour le compte de nos propres forces, le LMTGH-OB vient d’être autorisé et étendu à l’ensemble des forces de l’ISAF.

 

LMTGH-OB

(Source - MINDEF)

 

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