30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 12:15
LECTURES DE VACANCES, LECTURES AFGHANES

    Popularisées par le cinéma, les forces spéciales de la Marine des États-Unis - les US Navy SEALs - ont pour équivalent nos commandos Marine et nos nageurs de combat. Ce sont des combattants d’élite, d’un très haut niveau tactique et technique, capables également d’expertise sur le terrain en étant immergés au sein de populations hostiles comme c’est le cas en Irak ou en Afghanistan.

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    Marcus LUTTRELL fut l’un d’entre eux, et dans un livre co-écrit avec l’écrivain Patrick ROBINSON, paru aux États-Unis en 2007, il raconte son histoire et celle de la SEAL Team 10 engagée en Afghanistan en 2005. Les faits sont véridiques et valurent à son auteur une renommée mondiale. “Lone survivor” - en français “Le survivant” (1) – fut un best-seller dès sa sortie, l’année même où LUTTRELL se retira du service actif de la Navy.

    Né en 1975 dans une famille texane, patriote et élevé dans les valeurs de l’American spirit, Marcus LUTTRELL est un solide gaillard qui, dès sa prime jeunesse, s’habitue à une vie d’épreuves physiques qui l’amène à s’engager dans la Marine américaine, en 1999, avec le rêve de pouvoir rejoindre un jour l’élite des forces spéciales: les Navy SEALs.

    Ce rêve se réalise au prix d’une formation physique et mentale d’une dureté extrême, qui marque LUTTRELL à vie et occupe près de la moitié de l’ouvrage. Pendant plusieurs mois, celui-ci endure la formation de base de tous les aspirants SEALs: l’ENDOC et le BUD/S (Basic Underwater Demolition/SEAL school) avec sa redoutée “semaine d’enfer”. C’est au Naval Special Warfare Center de Coronado, une presqu’île située en face de la baie de San Diego (Californie), que s’enchaînent d’éprouvants exercices physiques: courses dans le sable, pompes, abdominaux, ports de charges lourdes (troncs d’arbre, canots…), mais surtout un contact permanent avec la mer. Les candidats s’entraînent en permanence dans et sous l’eau aux limites de la noyade et de l’hypothermie. L’eau doit devenir l’élément naturel de tout SEAL, là où elle constitue un obstacle pour toutes les autres unités de l’armée… Les abandons sont nombreux mais respectés de tous, les instructeurs sont vénérés.
Logo SEALInsigne des US Navy SEALs (le trident)

Marcus LUTTRELLMarcus LUTTRELL (le premier en partant de la droite)

    Au terme de sa formation, Marcus LUTTRELL devient un SEAL (promotion 228), il reçoit son Trident (l’insigne des US Navy SEALs) et sert comme infirmier. C’est un patriote marqué par les attentats du 11 septembre 2001, qui est engagé en opération en Irak d’abord puis en Afghanistan. C’est sur ce dernier théâtre d’opérations que va s’écrire véritablement son histoire.

    En Afghanistan, le travail de LUTTRELL et de son équipe est de traquer à la frontière avec le Pakistan, les groupes de Taliban ainsi que leurs convois logistiques. Le mardi 28 juin 2005, il est héliporté dans les montagnes de l’Hindu Kush, dans la province afghane de Kounar, avec trois autres commandos: le Lieutenant Michael P. MURPHY (chef d'équipe), le 2e classe Matthew G. AXELSON et le 2e classe (?) Danny DIETZ. C’est l’opération Redwing dont l’objectif est l’élimination d’un chef de guerre taliban important: Ben SHARMAK dans le texte, de son vrai nom Ahmad SHAH (2).

    L’opération tourne au désastre. Sur un terrain montagneux extrêmement difficile d’accès, sans couverture végétale pour se masquer, sous des trombes d’eau glaciale la nuit et un soleil écrasant le jour, et alors que leurs communications radio sont coupées, les quatre Navy SEALs sont découverts par trois bergers afghans dont ils sont persuadés qu’ils sont des informateurs talibans. S’engage alors une grave crise de conscience où la logique militaire voudrait que les bergers soient abattus afin de protéger la mission. Mais s'y oppose la logique humaine et morale, où l’absence de certitude pleine d’avoir à faire à des combattants empêche l’exécution des bergers. Ces derniers sont finalement relâchés sur l’avis décisif de Marcus LUTTRELL.

    Dans les heures qui suivent, le commando est repéré et attaqué par une force talibane de 150 combattants environ, peut-être non loin d’un volume de 200 combattants. Encerclés et submergés, les US Navy SEALs vont se battre comme des lions dans un rapport de force de 1 contre 30/35. Afin de mieux saisir ce qu’a pu être leur combat, il nous faut revenir à la bataille de Sper Kunday d’août 2008, où la section Carmin 2 a failli disparaître dans un combat à 1 contre 5… Ce jour-là, aucune force aérienne ne vint au secours des SEALs dans les temps. Tous furent tués à l’exception de Marcus LUTTRELL, blessé, mais qui fut sauvé par des villageois pachtounes en vertu de leur code de l’honneur (le pachtounwali), et plus particulièrement la tradition du lokhay warkawal (l’hospitalité et la protection de l’étranger).

    “Le survivant” est une histoire vraie à plus d’un titre. Dans les faits qu'elle retrace tout d'abord, mais aussi parce que l'on y retrouve cet esprit de camaraderie et de fraternité qui n’existe que dans le monde des soldats et des combattants. Un esprit de cohésion, de solidarité et de droiture (un Navy SEAL ne meurt jamais seul et n'est jamais abandonné par son équipe), que scellent les épreuves d'un entraînement impitoyable ainsi que le sang versé au combat. Au-delà, on y perçoit également le questionnement d’un soldat qui, avec bon sens et dans un langage cru, se demande si son pays est encore en mesure de gagner une guerre. La cause peut être juste, l’arsenal mis à disposition et les hommes choisis pour mener cette lutte peuvent être hors du commun, mais à partir du moment où la société n’accepte plus l’idée même de la guerre, plus aucun conflit ne peut être gagné (3). "Le survivant" est aussi une histoire vraie par l'humanité de ces paysans afghans qu'elle révèle au milieu d'un déchaînement de haine et de violence né d'un véritable choc entre deux civilisations.

    Marcus LUTTRELL est allé, depuis, revoir les familles de ses camarades tués au combat. Il est considéré comme un véritable héros aux États-Unis, et a été décoré de la Navy cross et du Purple heart. Mais au fond de lui-même, il reste un homme rongé et hanté par cette décision d’avoir libéré les trois bergers afghans ce jour de juin 2005.

Équipe du Lieutenant (SEAL) MURPHYMatthew Axelson (premier en partant de la gauche), Marcus LUTTRELL (quatrième en casquette) et Michael MURPHY (sixième). Tous les US Navy SEALs sur cette photographie sont morts au combat en Afghanistan à l'exception de Marcus LUTTRELL

Journal de Kaboul
    Dans un autre registre mais concernant toujours le conflit afghan, vient de paraître “Journal de Kaboul” (4) du Lieutenant-Colonel Geoffroy de LAROUZIÈRE-MONTLOSIER. Dans cet ouvrage, à la fois carnet de bord et récit de voyage, le Colonel de LAROUZIÈRE-MONTLOSIER, qui a été le commandant du Bataillon français à Kaboul (BATFRA), raconte le quotidien des missions de nos soldats en Afghanistan de septembre 2003 à janvier 2004. L’engagement de ces derniers n’est pas aussi spectaculaire que celui de la SEAL Team 10, mais il n’en comporte pas moins nombre de dangers mortels au quotidien, tel que peut nous le rappeler l’extrait que nous reproduisons infra.

    L’auteur, Saint-cyrien de formation, a exercé au sein du commandement de l’OTAN à Naples au lendemain de sa mission afghane. Il est aujourd’hui Professeur au Cours Supérieur d’État-Major (CSEM) de l’École militaire de Paris.

    Extrait de "Journal de Kaboul" (source - Ministère de la Défense)
   
    "Tout autre fut l’après-midi. À 13h30, alors qu’elle recherchait, comme nous, des roquettes pointées sur la ville, une patrouille canadienne a sauté sur une mine, et deux de nos frères d’armes de la Belle Province sont morts. Deux heures plus tard, à la suite de l’explosion d’un engin au passage d’un convoi militaire à Deh-Ya-Kub, sur la route Kaboul-Kandahar, la brigade m’a demandé d’inspecter cette zone située en secteur canadien. Avec l’accord du Repfrance, j’ai envoyé nos deux sous-officiers spécialistes en neutralisation d’explosifs (NEDEX), l’adjudant-chef Gervais et l’adjudant Drécourt – les seuls de la brigade capables de conduire ce type d’opérations compliquées – escortés d’une patrouille blindée, d’un groupe du génie et d’un médecin. L’ensemble était placé sous les ordres du lieutenant Cohelo, chef de la section du génie. Sur les lieux, ils ont repéré une roquette bourrée d’explosif et commandée par un téléphone sans fil. Le lieutenant a fait évacuer le secteur et bloquer la circulation à distance de sécurité, provoquant ainsi un gros embouteillage sur cette route très fréquentée. […] le maréchal des logis commandant la patrouille blindée a tenu tête pendant deux heures à un flot de véhicules et de passants en colère. Il a réquisitionné un Afghan parlant un peu anglais pour lui servir d’interprète auprès des passants qui cherchaient à passer outre ce frêle barrage. Pendant ce temps, les démineurs détruisaient cette saleté de roquette piégée.


    Quand je les ai vus revenir, épuisés, tellement humbles, j’ai pensé que nul autre métier ne suscitait de tels moments."

 


(1) LUTTREL Marcus et ROBINSON Patrick, Le survivant. 28 juin 2005, Afghanistan. Province de Kounar. Opération Redwing. L’histoire vraie et dramatique d’un commando de Navy SEAL infiltré au cœur des montagnes talibanes, Paris, Nimrod, 2009, 352 p.

(2) Ahmad SHAH échappa à l'opération Redwing, qui fut donc un échec. Il fut cependant abattu par l'armée pakistanaise en avril 2008.

(3) L'auteur s'en prend essentiellement à un type de médiatisation systématiquement négative des actions militaires, et à une classe politique que l'on devine facilement comme étant de sensibilité démocrate. Cependant, plusieurs passages de son livre décrivent un spectaculaire élan de solidarité (notamment à l'annonce de la mort supposée des quatre Navy SEALs) et de générosité, qui reflète la vigueur réelle d'un patriotisme profondément ancré dans la société américaine.

(4) de LAROUZIÈRE-MONTLOSIER (Geoffroy), Journal de Kaboul, Éditions Bleu autour, 2009, 202 p.

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Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Comptes rendus
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max la menace 31/12/2009 10:24


Moi j’ai d’autres questions pourquoi “french volkish” et non pas franzosich volkisch ou tout simplement français allemand mais conservateur tendance pagano-teuton anti chrétien? Un truc
intraduisible car le pseudo est complètement absurde avec le french qui fait très yankee/bristish… alors entre washington et berlin on peine a trouver la place de paris? Vos questions sont quand
même interessantes. Une réponse le prof?


french volkisch 31/12/2009 01:24



Votre opinipn sur les 4 points ?

1) video sur  "j'avais ben-laden dans mon viseur"


2) Henri Kissinger : "Si j'étais européen, je serais contre l'entrée de la Turquie, mais je suis américain ".


3) vous avez préféré "Jean Guisnel"  ou "Aymeric Chauprade" ?


4) Le grand échiquier, l'Amérique et le reste du monde, de Zbigniew Brzezinski ?


vous avez Le devoir de réserve .... a zut !



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