6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 18:43

Sergeant-Dipprasad-PUN.jpgLe Sergent gurkha Dipprasad PUN

 

S’il y a encore un monde qui fait converger le courage et le sacrifice au nom de valeurs qui transcendent les individus quels qu’ils soient, c’est bien le monde militaire. Cette convergence tient en un mot, l’Héroïsme, dans lequel on trouve à la fois l’acceptation et la capacité de l’individu à affronter une situation de souffrance et de mort au nom d’une cause. Cette dernière projette l’individu dans une transcendance qui, si elle ne lui épargne pas la peur (naturelle) face au danger mortel, l’en distingue fondamentalement de la victime qui, elle, n’a pas choisi, partant refuse la situation. Au plus profond des situations de désespoir, la transcendance fera toujours du Héros un être agissant là où la victime restera un être subissant (1). Que les temps confondent, eu égard à tel traitement médiatique, eu égard à tel dépôt de plainte (2), il n'en demeurera pas moins que cette confusion restera une impasse philosophique, civique et morale.

 

Consubstantiel au Devoir des Armes, il n’est donc pas étonnant de voir que l’Héroïsme a tôt fait dans l’Histoire l’objet d’un culte dont la richesse des traditions militaires en est l’expression. Conservatoire de ces traditions au sein des diverses armées, des unités d’exception se sont distinguées et continuent de susciter, encore de nos jours, une admiration et un prestige qui le disputent à la légende. Que ce soit la Légion étrangère en France ou le Corps des Marines aux États-Unis, pour ne citer que ces deux armées et ces deux pays, ces corps d’élite restent emblématiques des sacrifices consentis par quelques uns pour le plus grand nombre. Sur cette voie de l’Héroïsme, Légionnaires et Marines n’ont pas été les seuls ni les premiers, mais ils ne seront pas non plus les derniers.

 

Les Gurkhas font également partie de ces corps d’élite chargés de traditions. Originaires du Rajasthan, - une région située au Nord de l’Inde - avant d’être chassés par l’avance musulmane vers l’actuel Népal au XVIe siècle, les Gurkhas se confondent avec l’histoire impériale britannique qu’ils prolongent, jusqu’à nos jours, à travers un service militaire outre-Manche (3). Gardant leurs coutumes et leur langue (le népalais), portant le chapeau à bord droit incliné sur la tête et armé du célèbre khukri (4), les Gurkhas combattent d’abord les Anglais au début du XIXe siècle avant d’être recrutés par l’Armée des Indes. Ils sont d’abord mercenaires, mais leur bravoure et leur courage en font des soldats que la Couronne britannique organise bientôt en véritables régiments réguliers (5). Ces derniers participeront dès lors à toutes les guerres de l’Empire, de la terrible révolte des Cipayes (1857-1858) à la Guerre des Malouines (1982) en passant par les Guerres mondiales et les conflits coloniaux.

 

Il n’est donc pas étonnant de retrouver des unités gurkhas, aujourd’hui, en Afghanistan, un théâtre d’opération qui leur est historiquement familier. C’est ici, entre autre, que l’aventure avait commencé, que leurs qualités guerrières s’étaient révélées aux yeux des Britanniques en tant que fusiliers et éclaireurs. De nos jours, les soldats gurkhas, équipés à l’occidentale, et commandés par des officiers sachant communiquer en népalais, assurent des missions à haut risque dans la province du Helmand. Leur familiarité avec le terrain, et leur relative proximité avec l’ethnie Hazara (comme eux de type asiatique) ne les exposent pas moins à de spectaculaires assauts des Taliban.

 

Ainsi, le journal The Telegraph nous rapporte t-il l’histoire d’une attaque menée le vendredi 10 septembre 2010 par une trentaine de Taliban contre un poste isolé de l’Armée britannique non loin d’un lieu appelé Rahim Kalay dans le Helmand. Au cours de l’action, un sergent gurkha de 31 ans, Dipprasad PUN, défendit sa position de nuit, seul, contre les 30 attaquants. Alors qu’il était de garde, le Sergent PUN détecta des mouvements ennemis aux abords de sa position. Grimpant alors sur le toit de son abri, et sous un feu nourri venant de tous les côtés, il tira plus de 400 coups, utilisant tour à tour une mitrailleuse, son fusil d’assaut SA80, un lance-grenades, des grenades à main… Tuant trois Taliban et faisant refluer les autres, le sous-officier - dont le SA80 était soit enrayé soit à court de munitions - parvint à repousser un dernier insurgé qui tentait d’escalader le rempart du poste à coup de trépieds de mitrailleuse, avant de recevoir enfin du renfort.

 

Au service de sa Grâcieuse Majesté depuis trois générations, la famille PUN compte désormais un nouvel Héros en la personne de ce jeune sergent aujourd’hui décoré de la Conspicuous Gallantry Cross pour son fait d’armes. La Conspicuous Gallantry Cross est la plus haute distinction militaire britannique après la prestigieuse Victoria Cross.

 

Gurkha-rifles.gif

 

Conspicuous-Gallantry-Cross.jpg

 

(1) Cf. Samuel DUVAL, “Soldats français tombés en Afghanistan. Rendez-nous nos Héros!”, in Le Monde du 11 mars 2010. Lire également la revue Inflexions. Civils et militaires: pouvoir dire, « Que sont les héros devenus ? », 16, 2011.

(2) Cf. L'action en justice des familles des soldats tués à Sper Kunday en août 2008.

(3) Les Gurkhas britanniques sont de nos jours organisés en une brigade comprenant des éléments fusiliers, du Génie, des Transmissions et du Train.

(4) Le khukri est un poignard à large lame recourbée dont la tradition gurkhas voudrait qu’il verse le sang chaque fois qu’il est sorti de son fourreau…

(5) Les Gurkhas servent également au sein des armées népalaise et indienne.

 

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Online Scams 04/09/2014 14:34

I agree with the fact that the in order to transcend the individual’s courage and sacrifice is a major fact. When I have thought of this I too feel that the world converges in the area. The world is so selfish you know.

aramis 15/06/2012 14:32


excellent article. Mais on dit nouveau héros et non nouvel héros. 

Pascal Delaunay 06/04/2011 22:03



 


 


Les Héros existent encore et il y en aura de plus en plus au regard des périls qui nous menacent ; la réalité saura réveiller
chez certains hommes ce que des décennies de conditionnement à la lâcheté leur ont empêché d'exprimer et que pourtant tous les enfants, adolescents et adultes ne cessent de chercher à travers les
jeux vidéos de guerre, les films et les quêtes initiatiques d'un autre âge.


De plus, l’héroïsme et le besoin d’héroïsme sont peut-être beaucoup plus profonds qu’on ne le croit.


 Personne ou presque en France ne connaît Ernest Becker qui a pourtant écrit un ouvrage magistral non traduit en français
(ce qui n’est pas étonnant dans un pays comme le nôtre et dans une époque de déni anthropologique des réalités humaines !) qui se nomme « Le déni de la mort » pour lequel il
reçut le prix Pulitzer.


Cet anthropologue atypique et ancien soldat est un chercheur « hors norme » qui postule que tout ce que l’on entreprend
dans la vie n’est fait que pour dresser des barrières rassurantes à notre conscience et peur viscérale de la mort : l’héroïsme en faisant partie.


 Il existe très peu de textes en français sur lui ; en tapant le titre de son livre et son nom sur le net, vous
trouverez divers liens intéressants résumant son propos, une réflexion qui évidemment va puiser chez les plus grands philosophes et psychologues (Kierkegaard, Freud, Reich, Hegel, Rank…) pour
déboucher sur une dimension religieuse incontournable puisque la transcendance est une recherche naturelle nécessaire à la survie de l’homme.


 Je vous livre quelques lignes de cet ouvrage formidable qui, à mon avis, est d’une profondeur insoupçonnable. La traduction
est une initiative personnelle d’une de mes connaissances et pour ceux qui désireraient la lire (c’est une lecture minutieuse et lente, tant elle est riche et appelle à la réflexion) il suffit de
me demander.


 [ La Nature humaine et l’héroïsme


 Une vérité aussi vitale qui a été depuis longtemps connue est l’idée
d’« héroïsme » ; mais dans des temps « normaux » d’érudition, nous n’avions jamais pensé que l’on pouvait tirer grand chose de cette idée, en faire étalage, ou
l’utiliser comme un concept central.


Cependant l’esprit populaire a toujours su combien cela était important : comme William James l’a remarqué, lors du passage
du siècle : « l’instinct commun de l’humanité pour la réalité a toujours considéré le monde comme étant essentiellement un théâtre pour l’héroïsme. »


Non seulement l’esprit populaire le savait, mais des philosophes de tous âges, et dans notre culture, plus particulièrement
Emerson et Nietzsche – ce qui est la raison pour laquelle nous nous passionnons pour eux : nous aimons à ce que l’on nous rappelle que la raison même de notre appel premier, notre principale
tâche sur cette planète, a trait à l'héroïsme.


Un des concepts clé pour comprendre le désir de l'homme pour l'héroïsme est l'idée de
« narcissisme ».


Nous sommes désespérément absorbés en nous-mêmes.


Il existe chez l'homme un niveau de narcissisme qui est inséparable d'une estime personnelle, d'un sens fondamental de posséder une valeur
propre.


Voici ce qui s'exprime au cœur de la créature : le désir de sortir de l'ordinaire, d'être celle qui se distingue dans la création. Quand vous
combinez un narcissisme naturel avec le besoin fondamental d'un amour-propre, vous créez une créature qui a besoin de se sentir être un objet de valeur primordiale : la première dans l'univers,
contenant en elle-même toute la vie.


Un animal qui tire son sentiment de valeur de manière symbolique ne peut que se comparer de façon minutieuse à ceux qui sont autour de lui, pour
s'assurer qu'il ne termine pas second.


La rivalité entre frères et sœurs est un problème critique qui reflète la condition humaine fondamentale, à savoir que ce ne sont pas les enfants
qui sont vicieux, égoïstes ou dominateurs. Elle a trait au fait qu'ils expriment ouvertement la tragique destinée de l'homme : il doit désespérément se justifier lui-même en tant qu'objet de
valeur d'importance primordiale dans l'univers ; il doit faire face, être un héros, apporter la plus grosse contribution possible à la vie du monde, montrer qu'il « compte »
plus que toute chose ou que n'importe qui d'autre.


Le désir pour l'héroïsme est naturel...]


 Tout comme les formidables analyses de René Girard sur les mécanismes de la violence et du religieux, celles de Becker
offrent une autre approche extraordinaire qui d’ailleurs rejoint Girard sur le religieux. Car Becker, en fin de compte, postule que l’homme est un « être théologique » !


C’est en lisant ces formidables chercheurs que nous apprenons sur nous-mêmes tout ce qui est dissimulé à notre conscience, tout
ce que nous faisons dans notre vie sans savoir réellement pourquoi, sans en connaître les mécanismes subtiles, les faces cachées et obscures tapies au tréfonds de cette Condition humaine se
débattant avec son angoisse existentielle, sa peur devant l’univers et la conscience de sa finitude.  


N’est-ce pas cette même inquiétude que Bossuet résuma ainsi :


« Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! si je la retourne en arrière, quelle suite
effroyable où je ne suis plus ! et que j’occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! Je ne suis rien : un si petit intervalle n’est pas capable de me distinguer du
néant : on ne m’a envoyé que pour faire nombre ; encore n’avait-on que faire de moi, et la pièce n’en aurait pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre.


Que la place est petite que nous occupons en ce monde ! si petite certainement et si peu considérable, qu’il me semble que toute ma vie n’est
qu’un s



Pascal Delaunay 07/04/2011 19:29



Suite du message précédent - "(...) qu'il me semble que toute ma vie n'est qu'un songe. Je doute quelmque fois si je dors ou je veille. Je ne sais pas si ce que j'apppelle veiller n'est peut-être
pas une partie un peu plus excitée d'un sommeil profond;et si je vois des choses réelles, ou si je suis seulement troublé par des fantaisies et par de vains simulacres.


La figure de ce monde passe et ma substance n'est rien devant Dieu."



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