26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 10:24

Bannière ASAF

 

Dans le paysage des associations soutenant la communauté de Défense et désirant vivifier le lien Armée-Nation, nous connaissions déjà Solidarité Défense de l’Amiral Jacques LANXADE avec laquelle nous avions eu plusieurs fois l’occasion de travailler. Avec les mêmes objectifs mais se situant sur le terrain de l’information du citoyen, l’Association Soutien à l’Armée Française (ASAF) est également à citer.

 

Créée en 1983 et présidée par le Général (2S) Henri PINARD-LEGRY, l’ASAF se donne pour mission de défendre l’honneur de l'Armée et des militaires. Des militaires qui, comme chacun le sait, ne peuvent s’exprimer aussi librement que leurs concitoyens sur leurs missions et les conflits dans lesquels ils sont engagés. Cette expression limitée n’est pas signe d’un quelconque autoritarisme prétendument inhérent à l’essence de l’institution militaire.

 

La nature profonde de l’engagement du soldat, sa finalité guerrière, le fonctionnement même de la bataille moderne quel qu’en soit le niveau (stratégique, opératif, tactique), imposent un silence de bon sens sur une information qui, si elle était divulguée sans mesure ni retenue, menacerait et paralyserait le moindre principe d’action. Donc l’efficacité même de nos armes et de notre politique. Tout ne peut pas être dit à n’importe qui, ni à n’importe quel moment, et l’affaire WikiLeaks montre on ne peut mieux les dangers de “révélations” inconsidérées aussi bien aux plans militaires que diplomatiques.

 

Le silence n’est cependant pas absolu, et il n’empêche pas une réflexion intellectuelle dans les rangs, souvent de haut niveau, et plus que jamais encouragée par les hautes autorités. Ainsi, le 24 juin dernier devant l’une des dernières promotions du Collège Interarmées de Défense (CID), le Chef d’État-major des Armées (CEMA), l’Amiral Édouard GUILLAUD, demandait aux officiers stagiaires de ne pas être “que des militaires militaro centrés.” “Vous êtes des citoyens avant tout, mais qui revendiquez votre spécificité, votre identité et votre intelligence de métier. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place. C’est bien là notre rôle politique, au sens littéral du terme.”

 

Plus récemment, le jeudi 20 janvier 2011, le Ministre d’État et Ministre de la Défense nationale, Alain JUPPÉ, encourageait “une réflexion originale et audacieuse” de la part des stagiaires de la nouvelle École de Guerre. “Cette capacité de réflexion intellectuelle doit commencer à s’exercer dès aujourd’hui. Je sais que votre encadrement vous encourage à écrire et à publier, dans l’esprit de responsabilité qui a toujours été celui de nos Armées. Je souhaite que vous poursuiviez ces efforts dans une démarche pragmatique et constructive et que vos articles soient le fruit de la pensée la plus innovante possible” a t-il affirmé.

 

Le silence n’est donc qu’une apparence, une forme nécessaire, et il ne correspond nullement à un endormissement doctrinal ni intellectuel. Il est vrai, cependant, que les récentes affaires DESPORTES et MATTELY montrent à quel point la liberté de parole (ou son absence relative) au sein des Armées peut faire polémique. On ne transforme pas une culture ainsi du jour au lendemain et, depuis la Guerre d’Indochine au moins, l’Armée française a compris combien le silence pouvait être aussi sa meilleure protection face aux aléas de la vie politique. D’aucuns regretteront cette liberté de parole que l’on trouvera chez les militaires américains, et ils n’auront pas tort à condition de tenir compte de la culture sociale sur laquelle se construit justement le lien entre la Nation et son Armée de ce côté de l’Atlantique.

 

En portant la défense de ce lien sur le terrain de l’information, nul doute que l’ASAF accomplit un travail exemplaire. Constituée d’anciens militaires mais aussi de civils intéressés par les questions de Défense, l’ASAF cherche à expliquer à nos concitoyens toute la complexité de l’Esprit de Défense de nos jours au sein d’une société démocratique et hédoniste, qui se vit trop souvent à travers les mirages de la “transparence” informationnelle et communicationnelle où les perversions que sont la démagogie et le voyeurisme ne sont jamais très éloignées l’une de l’autre. Ajoutons-y également l’émotion lorsqu’elle se vit comme une fin en soi, se substituant à toute analyse de raison, intellectuelle et critique.

 

Aller au devant de l’opinion publique pour expliquer à nos concitoyens ce que nos militaires en activité ne peuvent eux-même expliquer pour les raisons que nous venons de décrire plus haut, voilà une tâche de fond de la plus haute importance, car au-delà c’est la résilience même de notre société qui se joue face à des conflits dont tous entendent parler sans forcément en comprendre les causes, les effets ni les conséquences. L’ASAF redonne ainsi la parole à nos militaires, fut-elle indirecte, et elle le fait avec une élévation morale, sans confusion aucune, avec un courage et une honnêteté, que l’on ne trouve malheureusement pas dans d’autres associations, notamment une qui se réclame pourtant de la défense des droits des militaires.

 

“Défense et Démocratie” reproduit la première lettre mensuelle de l’ASAF pour cette année 2011. Elle est une réflexion juste, que nous voudrions porter à la connaissance de nos lycéens, de leurs parents et de tous nos lecteurs. Le sujet soulevé n’est pas nouveau, mais il est plus que jamais d’actualité et mériterait de faire l’objet d’un enseignement à part entière au sein de l’École de la République.

 

Groupe Facebook 2

 

Lettre de l’ASAF 11/01

 

« Ne pas subir »

(Maréchal Jean de Lattre de Tassigny)

 

Médias et guerres asymétriques (1)

 

La liberté d’informer est un droit imprescriptible de nos démocraties. Les pays où elle peut s’exercer librement représentent à peine un tiers des États membres des Nations Unies. Elle constitue un formidable atout de nos systèmes politiques, indispensable élément d’ouverture et de connaissance, condition essentielle des choix démocratiques, et inestimable garantie contre les abus et le retour des dictatures.

 

Autant dire qu’elle doit être protégée contre vents et marées. Mais cette liberté d’informer a un prix. Ceux qui ont la charge et le privilège de la mettre en œuvre ont en effet la responsabilité éthique et morale d’en faire bon usage. C’est d’autant plus vrai que le pays est confronté à la menace d’une crise économique et sociale majeure et que ses forces armées sont engagées dans une guerre difficile en Afghanistan et au Sahel, contre un ennemi dont les repères moraux, religieux, politiques et sociaux sont à des années lumière des nôtres.

 

En d’autres termes, aujourd’hui plus que jamais, il est important de résister à la dictature du tirage ou de l’audimat qui privilégie d’abord l’émotion, le sensationnel, la démagogie ou le voyeurisme et donne une image biaisée des enjeux et de la réalité. Sans compter que l’obsession du scoop contribue parfois à mettre nos forces en difficulté, faisant la part belle à leurs adversaires, dont il arrive qu’on brosse un tableau scandaleusement positif.  Cette tendance est vécue comme une véritable trahison par un nombre croissant de Français.

 

Tout le monde garde en mémoire le sordide reportage de Paris Match, réalisé peu après le combat d’Uzbin, qui coûta la vie à 10 militaires français. Nos concitoyens l’ont unanimement condamné tant il était insultant pour nos soldats. Les terroristes, dont on connaît pourtant la cruauté et qui tiennent lâchement en otage leur population, étaient présentés sous un jour honteusement flatteur.

 

De retour en France, les militaires du 8e RPIMa, durement éprouvés par la mort au champ d’honneur de huit de leurs jeunes frères d’armes, avaient mal vécu l’insidieuse polémique lancée par de faux experts convoqués par les médias qui glosaient à perte de vue sur la jeunesse des paras, leur insuffisante préparation, la faiblesse de leurs protections et la responsabilité de leurs chefs.

 

Récemment encore, nombre de médias ont relayé une polémique sournoise, sur les conditions exactes de la mort d’un des deux jeunes Français pris en otages au Sahel, allant jusqu’à mettre en cause non seulement la décision prise par la France, mais également les forces qui ont mené l’opération. Preuve d’une approche démagogique de ces affaires d’otages, certains médias laissent parfois croire que les terroristes pourraient généreusement libérer nos deux journalistes retenus en Afghanistan ou qu’ils épargneront les touristes capturés au Sahel, alors que ces prisonniers constituent à la fois une monnaie d’échange politique (les dernières menaces d’Al Qaïda le montrent) et l’instrument d’une formidable propagande à laquelle se prêtent complaisamment les médias français.

 

Ce travail de sape quotidien, sous couvert de libre information, mine l’opinion publique en instillant le doute et la lassitude. À terme, cette complicité pourrait même être de nature à infléchir la politique française pour un coût dérisoire. En définitive, ce que l’on entend et voit dans nos médias sur ces conflits ne sert-il pas davantage nos adversaires que nos forces? Est-il acceptable que les communiqués d’AQMI, entreprise criminelle par excellence, soient diffusés au même titre que ceux des responsables de la nation?

 

N’est-il pas consternant de voir que certains médias ne mettent pas en cause les preneurs d’otages assassins des deux jeunes, mais plutôt les soldats français qui ont risqué leur vie pour les libérer? On pourrait même aller plus loin et s’interroger s’il est légitime qu’au nom de la libre information et de l’objectivité on se laisse aller à traiter sur le même plan, nos forces et les meurtriers de l’organisation terroriste d’AQMI.

 

Toute la nation doit participer à cette nouvelle guerre de 30 ans: il en va de sa liberté, de sa sécurité et de son honneur. Affichons donc clairement notre détermination en honorant comme il se doit les soldats tombés pour nous dans ces guerres qui ne veulent pas dire leur nom. Au passage, les professionnels de l’information seraient également bien inspirés de résister au corporatisme qui semble faire de leurs collègues journalistes victimes des terroristes ou des Talibans, une caste à part, digne de la compassion particulière de la nation. Alors que les soldats français, pourtant envoyés en Afghanistan par la République, où ils sont engagés pour notre sécurité, n’ont droit, quand ils sont tués au combat ou blessés, qu’à quelques maigres entrefilets dans les journaux et à d’éphémères et laconiques brèves aux informations télévisées, y compris sur celles des chaînes de l’Etat.

 

Commémorer les soldats sacrifiés dans un combat pour notre sécurité avec au moins autant de constance et de recueillement que les journalistes chargés de l’information et victimes de leur métier ou que des touristes surpris au cours de leurs vacances, voilà qui serait la preuve que notre esprit de défense se porte bien, et que tous ensemble, nous sommes déterminés à ne pas subir la loi de la terreur. Mais nous pourrions faire plus pour ceux qui sont morts pour notre sécurité. Pourquoi ne pas projeter la nuit, sur les piliers de l’Arc de Triomphe, le visage de ces soldats? Ils doivent être connus, reconnus et fièrement honorés par l’ensemble des Français; leur mort n’est pas un fait divers, c’est un sacrifice accepté par et pour la France.

 

(1) Lire également un précédent article: "Guerre et opinion publique".

 

FREMM---Message-2.jpg

Partager cet article

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans La Maison du Combattant
commenter cet article

commentaires

Thierry GAUROY 31/01/2011 16:14



Puisque nos chefs militaires semblent nous donner la liberté de penser librement, alors commençons par nous dire choqués de leur propre complaisance coupable à l'égard des islamistes afghans qui
n'ont aucun respect pour nos morts, ainsi que le rapporte l'aumonier catholique JULLIEN de POMMEREAU qui a écrit récemment dans "Valeurs actuelles". Quand je pense que c'est la CIA qui a incité
les Afghans à cultiver le pavot et à trafiquer l'opium pour s'acheter des armes ! quele belle moralité !


Thierry GAUROY



Patrice HUIBAN 26/01/2011 13:51



Bonjour,


J'anime un blog Défense (http://www.politique-defense.com/) au sein de l'association l'Elan Nouveau des Citoyens. Serait-il possible de référencer
réciproquement nos blogs sur nos portails ?


Cordialement !


Patrice HUIBAN.



Enseignant Défense 26/01/2011 15:14



Sans problème... Bienvenue à bord!



Armée-Nation

  • : Défense et Démocratie
  • Défense et Démocratie
  • : Participer à la défense de la Démocratie et de ses valeurs en promouvant l'Éducation à l'Esprit de Défense au sein de l'École
  • Contact

ISAF - FINUL - Serval


Recherche

Archives