11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 20:05
  
Il y a des commémorations qui, tout en conservant leur valeur symbolique au fil des ans, revêtent une portée historique plus forte à un moment donné. Le Mercredi 11 novembre 2009 fut de ces commémorations exceptionnelles.


Le rapprochement franco-allemand qui s’amorce au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, se transforme très rapidement – ce dans un contexte de Guerre froide – en une entente économique puis politique. Celle-ci va bientôt façonner le visage de la nouvelle Europe, une Europe pacifiée et prospère dont le destin se construit désormais autour de valeurs démocratiques. Porté de génération en génération par de fortes personnalités politiques aussi bien françaises qu’allemandes, ce rapprochement finit par aboutir à une véritable amitié franco-allemande, impensable une soixantaine d’années auparavant. Les mains jointes du Président François MITTERRAND et du Chancelier Helmut KOHL, le 22 septembre 1984, devant l’Ossuaire de Douaumont, en avaient déjà consitué un symbole particulièrement fort. Cette journée du 11 novembre 2009 est venue s’inscrire, à son tour, de manière exceptionnelle dans l’histoire de cette amitié.

Le dépôt de gerbe au pied de l'Arc de triomphe. Les soldats appartiennent à la brigade franco-allemande (source - Le Figaro)
   
Exceptionnelle car la commémoration d’aujourd’hui a réuni pour la première fois l’Allemagne – en la personne de sa Chancelière Angela MERKEL – à la France. L’Allemagne qui fut la puissance vaincue en 1918, qui fut le pays rendu responsable du déclenchement du premier conflit mondial, et qui, par voie de conséquence, fut frappé par un traité de paix extrêmement dur, le Traité de Versailles en 1919. Que l’Allemagne s’associe au souvenir de ce jour anniversaire de sa défaite, qui plus est devant le monument de France symbolisant au plus haut point le sacrifice des soldats français (1) est déjà en soi un geste formidable. Ce geste montre que les temps ont incontestablement changé. Alors que ce 11 novembre 2009 fut aussi le premier où ne figurait plus aucun vétéran français de ce terrible conflit – le dernier étant décédé l’année dernière -, Nicolas SARKOZY et Angela MERKEL ont voulu montré qu’au-delà de la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918, le plus important était désormais l’amitié entre les deux peuples. Une amitié avertie et mûrie par l’histoire meurtrière du siècle dernier.


La Proviseure Marie-Martine SALLES et les élèves du Lycée Galilée

Bravant le froid durant plusieurs heures, 46 élèves du Lycée Galilée étaient présents, place Charles de Gaulle, afin de représenter en cette journée exceptionnelle le premier établissement de l’Académie de Créteil préparant au baccalauréat franco-allemand, l'ABIBAC. Emmenés par leur Proviseure, Madame Marie-Martine SALLES, nos élèves ont assisté, aux tous premiers rangs, à la mise en place et au déroulement de la cérémonie.

Point d’orgue de celle-ci, les discours du Président de la République, Nicolas SARKOZY, et de la Chancelière, Angela MERKEL. Entre passé et présent, les deux dirigeants ont lancé un vibrant message en faveur de la réconciliation, de l’amitié et de l’espérance. «La présence de Mme Angela MERKEL est un geste exceptionnel d’amitié» a affirmé le Président français, ajoutant qu’en “ce 11 novembre, nous ne commémorons pas la victoire d'un peuple contre un autre, mais une épreuve qui fut aussi terrible pour l'un comme pour l'autre. Les orphelins allemands et français ont pleuré de la même manière leurs pères disparus."

Venant de prononcer son discours, Nicolas SARKOZY embrasse Angela MERKEL (source - Le Figaro)
   
En cet instant d’émotion, il me semble avoir également entendu M. Nicolas SARKOZY dire que “l’amour de son pays ne devait plus conduire à la haine de l’autre.” Comment mieux dire que nationalisme et patriotisme peuvent - et doivent – être refondés en dépit d’appropriations historiques extrêmes et fermées qui ont conduites aux catastrophes que nous connaissons? Comment dire aussi à nos plus jeunes que le phénomène inverse, à savoir ne plus aimer son pays, conduirait à d’autres catastrophes?


Ainsi, Angela MERKEL, a t-elle reconnu les fautes du nationalisme allemand. “Les Français pendant cinquante ans ont beaucoup souffert à cause des Allemands. Nous commémorons aujourd’hui la fin d’une terrible guerre qui a apporté une souffrance incommensurable. Je m’incline devant toutes les victimes” a t-elle dit. "Je sais que ce qui s'est passé ne peut pas être effacé. Cependant il y a une force qui peut nous aider à supporter ce qui s'est passé. Cette force, c'est la réconciliation." La chancelière allemande a ensuite ouvert son propos sur le monde d’aujourd’hui et “la menace asymétrique”, laissant directement entendre qu’à l’heure actuelle, en Afghanistan, soldats français et allemands sont frères d’armes et courent les mêmes risques mortels. “Vive la France, vive l’Allemagne, vive l’amitié franco-allemande!” a t-elle lancé en clôture de son discours.

La Chancelière Angela MERKEL, le 11 novembre 2009 (source - Le Figaro)
   
Une chorale militaire interpréta les deux hymnes nationaux avant de finir sur l’hymne européen. Certains élèves, touchés par les paroles de Nicolas SARKOZY et d’Angela MERKEL, n’ont pas hésité à reprendre les paroles françaises et allemandes de ces chants, aujourd’hui, symboles d’unité mais aussi de fraternité.


(1) 1 400 000 soldats français furent tués durant la première Guerre mondiale.

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