25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 06:44
POINT DE VUE

Cour d'honneur des Invalides le jeudi 21 août 2008. L'hommage est rendu aux dix soldats tombés à Sper Kunday le lundi 18 août
   
    Le Capitaine de vaisseau (R) Thierry GAUROY - qui a déjà participé à plusieurs reprises à la réflexion de notre blog (1) - est le Président du Comité de Coordination des Associations des Cadres de Réserve de Seine-et-Marne (CCACR 77). Cette association - ainsi que l'AOR de Melun du Chef d'Escadrons (H) François COLOMBANI - participe directement à l'Éducation à l'Esprit de Défense au sein du Lycée Galilée. C'est le lien permanent avec ces deux associations qui permet, aujourd'hui, de parler d'un "pôle" relais Défense dans cet établissement scolaire.
   
    Issu des fusiliers marins, aujourd'hui officier dans la réserve opérationnelle, homme de grande culture également, le CV GAUROY est un observateur attentif du monde de la Défense et de la Marine en particulier. À ce titre, il ne pouvait rester indifférent face à la médiatisation de l'action judiciaire des familles de Julien LE PAHUN et de Rodolphe PENON.

(1) Cf. Un précédent article et une participation active aux forums avec les élèves.



MORT D’UN SOLDAT ET ACTION JUDICIAIRE
   
    La « judiciarisation » de l’acte de prise de  décision au sein des forces armées me choque profondément et je l’avais écrit, il y a neuf ans, dans la Revue Maritime, à l’occasion de la mise en examen de trois officiers supérieurs de marine qui étaient de permanence au Commandement Opérationnel de la Marine à la Préfecture Maritime de BREST lors du naufrage de l’ Erika en décembre 1999, ce pétrolier qui a provoqué une énorme marée noire.

    Je suis encore plus choqué par le procès que Monsieur Joël LE PAHUN intente à trois officiers de la chaîne de commandement dont dépendait son fils Julien mort en service commandé le 18 août 2008 dans une vallée perdue de la lointaine Afghanistan, alors qu’il permettait à la France d’honorer ses engagements à l’égard de ses alliés dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationales.

    Je ne veux pas non plus accabler un père qui souffre, et de la pire des souffrances, celle de la perte d’un fils. Je ne veux surtout pas m’immiscer dans les rapports familiaux complexes entre un père et son fils qui ont conduit Julien LE PAHUN à s’engager dans l’armée et à aller ensuite jusqu’au bout de son engagement.

    Je voudrais simplement tenter de comprendre les mécanismes sociétaux qui conduisent à cette action judiciaire d’un père contre les chefs militaires directs de son fils combattant.

Je vois dans ce phénomène deux causes principales :

1) les médias
2) l’action sociale de nos autorité politiques et militaires

    Et je vois également un remède dans l’action d’associations telles que notre Comité de Coordination des Associations de Cadres de Réserve de Seine et Marne ou telles que l’Association Solidarité Défense présidée par l’Amiral Jacques LANXADE.

1) Les médias sont responsables de cet état de fait parce qu’à mon sens, ils vont bien au-delà de leur rôle d’information et d’éducation à la problématique militaire. Il est normal qu’un journaliste aille sur un théâtre d’opérations et explique à ses lecteurs ou télé auditeurs les enjeux tactiques, stratégiques et géopolitiques d’un combat, dans le strict respect d’une certaine confidentialité afin de ne pas nuire à la conduite des opérations en cours.

    Mais qu’il aborde dans son compte rendu une conception intimiste de l’information en s’invitant dans une famille et en étalant au grand jour la souffrance de parents ou d’une fratrie, est inacceptable. Même Jean RENOIR qui était cinéaste et non journaliste a traité la question avec beaucoup plus de pudeur, sans porter atteinte au caractère sacré de la souffrance et de la mort d’un soldat.

2) Nos autorités politiques et militaires n’auraient peut-être pas du inviter la famille LE PAHUN à se rendre en Afghanistan. Elles auraient probablement du se contenter de leur écrire, peut-être de leur faire une visite privée pour les assurer de leur soutien et de leur compassion mais sans médiatisation aucune. La médiatisation de cette souffrance humaine devrait, à mon sens, être réservée à la seule « sacralisation » de la mort d’un soldat au service de la France et de la Paix. Et bien entendu, comme je le dis plus haut, à l’explication des enjeux tactiques et stratégiques du combat qui se mène. C’est aussi cela que donner du sens à la vie et à la mort d’un soldat.

3) L’association Solidarité Défense fait un travail admirable de terrain pour le soutien moral et l’accompagnement des soldats engagés au combat et surtout de leurs familles, mais aussi à destination de jeunes lycéens, encadrés par certains de leurs enseignants tels que Monsieur le Professeur Nghia NGUYEN du lycée Galilée de COMBS LA VILLE (77), en les aidant à devenir acteurs et non plus seulement spectateurs de la vie sociale de notre pays.

    Ce n’est pas un hasard si l’association Solidarité Défense est actuellement présidée par l’Amiral Jacques LANXADE, homme de grand talent doué d’une grande expérience du commandement. Je me souviens que ce Grand Marin d’Etat et de Guerre, lorsqu’il commandait la frégate De Grasse, tolérait parfois qu’un des hommes de l’équipe machine monte à la passerelle, pendant une opération, mais exigeait de lui, le silence le plus absolu et cela pour trois raisons :

- ne pas perturber le travail en cours qui demandait beaucoup de concentration de la part de tout l’équipage
- permettre à l’heureux élu d’apprendre par l’observation directe, les enjeux de la mission en cours
- permettre la sacralisation de l’instant, et donner ainsi du sens à la mission.

    Alors loin de moi l’idée de jeter la pierre à l’un quelconque des responsables de ces deux organes vitaux de la société que sont la presse et les autorité politiques et militaires, et qui donnent leur vie et leur temps au service besogneux de la France. Mais je pense que nous devrons à l’avenir tenir compte de ces trois remarques pour éviter la multiplication des actions judiciaires de ce type. Je sais que l’on va me rétorquer que le débat judiciaire va permettre de faire de la pédagogie à l’égard du grand public. Je réponds à cela que ce n’est pas la mission du pouvoir judiciaire qui a peu de moyens. Les moyens de la justice, dans l’attente d’une amélioration quantitative, devraient être concentrés sur l’accomplissement qualitatif de ses missions de base de régulation de la société civile.

    Chacun sa mission.

    Pour pérenniser tant l’esprit de défense, la sacralisation de la vie et la mort du soldat, que l’action entreprise par Monsieur le Professeur Nghia NGUYEN en soutien de l’action de l’association Solidarité Défense, il conviendrait peut être que, dans les lycées qui le souhaitent, le Conseil de la Vie Lycéenne organise tous les six mois une action concrète par les délégués lycéens élus, telle que celle de confection de colis de Noël pour nos soldats ou la participation, hors période de commémoration solennelle, au ravivage de la Flamme à l’Arc de Triomphe.

Capitaine de vaisseau (R) Thierry GAUROY
Président du CCACR 77

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Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Éditorial
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Ménesglad 25/11/2009 18:57



Monsieur Gauroy,
Je souscris entièrement à votre analyse et je n'ai rien à ajouter.
Cordialement



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