18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 10:08
PORTE-AVIONS ET ACTION HUMANITAIRE: L'EXEMPLE AMÉRICAIN

CVN-70 SealEmblème du porte-avions américain USS Carl Vinson (CVN 70) dont la devise est "Vis per Mare", "La force venant de la mer"
    
S’il ne faut pas confondre les genres et ne jamais oublier que les forces armées sont avant tout conçues pour le combat et non pour l’action humanitaire - ni l’aménagement du territoire -, force est de constater que du fait de l’efficacité de leur organisation, de la dimension de leurs équipements, et de leur capacité de projection à grande échelle, elles se révèlent particulièrement utiles face à des événements aussi exceptionnels que catastrophiques tels que le séisme de magnitude 7,3 qui a ravagé l’île d’Haïti mardi 12 janvier dernier. Et de toutes les forces armées, celles qui paraissent essentielles à la gestion de ce type de catastrophe, sont incontestablement les marines et leur composante aéronavale.

Alors que nous écrivions très récemment sur le 100e anniversaire de l’Aéronautique navale, nous désirions attirer l’attention sur l’importance à la fois tactique, stratégique, mais également politique du porte-avions. Un bâtiment extrêmement coûteux, dont la sophistication industrielle et technologique comme la mise en oeuvre tactique et stratégique, ne sont à la portée que d’une petite minorité de pays dont la France fait partie. Les événements haïtiens nous apportent une illustration concrète du porte-avions en tant qu’outil de politique internationale, et en particulier en tant qu’instrument de l’action humanitaire.

100117-N-4275C-273.jpgPort-au-Prince, le dimanche 17 janvier 2010. Le Sergent Nicholas WENTWORTH de l'US Air Force donne les premiers soins à une victime du tremblement de terre à bord d'un hélicoptère, et avant son évacuation à bord du USS Carl Vinson (source photographique - US Navy)

Ce sont évidemment les États-Unis qui tiennent le haut du pavé dans la rapidité de l’action de secours international (opération "Unified response"), du fait de leur proximité géographique, du fait aussi de la volonté politique du Président Barack OBAMA, qui a fait de l’aide à apporter à Haïti une priorité. Cependant, ces deux facteurs auraient pu rester insignifiants et inefficaces, si les États-Unis ne disposaient de la première flotte au monde, sans aucune rivale à l’heure actuelle.

D’emblée, les moyens que l’US Navy a déployé en moins d’une semaine, pour venir au secours des Haïtiens, sont spectaculaires. Au premier rang de ces moyens, nous trouvons l’un des onze fleurons de la Marine américaine: le porte-avions géant à propulsion nucléaire USS Carl Vinson (CVN 70) de classe Nimitz. Arrivé vendredi à Port-au-Prince, le porte-avions a pu déployer tous ses moyens pour contribuer à une aide humanitaire plus efficace. Pour ceux qui auraient encore du mal à comprendre ce qu’un aussi vaste bâtiment de guerre pourrait contribuer à l’action humanitaire,
il n’est pas inutile de rappeler ce qu’est un porte-avions nucléaire (1).

C’est avant tout une base flottante qui permet d’utiliser, dans ce cas de figure, des dizaines d’hélicoptères fort utiles pour pénétrer à l’intérieur des terres afin de ravitailler ou d’évacuer des populations coupées de tout du fait de la destruction des infrastructures de communication (routes, voies ferrées, ponts…). L’hélicoptère est, en effet, l’aéronef idéal pour toute opération de secours, a fortiori sur une telle échelle. Laissant à terre ses F18 Hornet, le USS Carl Vinson a appareillé avec une composante héliportée renforcée (SH60 Sea Hawk et CH53 Sea Stallion).

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Cette photographie prise le samedi 16 janvier d'un hélicoptère de l'USS Carl Vinson montre à la fois la difficulté de ce type d'opération humanitaire et l'utilité de l'hélicoptère. Des réfugiés haïtiens grimpent le long d'une route de montagne pour atteindre un sommet où ils pourront être ravitaillés par la voie des airs. Dans un relief aussi escarpé, et après un séisme ayant détruit les ports et les routes, seul l'hélicoptère peut désenclaver de tels espaces (source photographique - US Navy)

À bord du porte-avions, les installations sont à la mesure d’un équipage dont l’effectif (3200 hommes et femmes) n’est guère éloigné de celui d’une légion romaine, et ce qui compte particulièrement ce sont les moyens médicaux et sanitaires embarqués, dans lesquels il faut comprendre les indispensables médecins, chirurgiens, infirmiers, et psychologues. Disposant de trois blocs opératoires, le porte-avions a une capacité de plusieurs dizaines de lits en attendant l’arrivée sur les lieux, jeudi prochain, du navire hôpital géant USNS Comfort (T-AH 20) d’une capacité de 1000 lits et de 12 blocs opératoires.

Atlantic-ocean-3---June-2007.jpgLe USNS Comfort - ici dans l'océan Atlantique en juin 2007 - est, avec son sister-ship le USNS Mercy (T-AH 19), le deuxième navire hôpital de l'US navy (source photographique - US Navy)
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Un MH60S Knight Hawk des "Dragon Whales" à bord du USNS Comfort le samedi 16 janvier 2010, jour où le navire hôpital a appareillé de Baltimore pour rejoindre Haïti
(source photographique - US Navy)

   
Un tel bâtiment c’est une capacité à produire des milliers de repas par jour, alors que dans le même temps ces deux réacteurs nucléaires A4W Westinghouse peuvent produire de l’électricité dont le courant peut être raccordé à terre. L’atout inestimable réside, cependant, en la capacité journalière du porte-avions à pouvoir produire 15 000 hl d’eau potable. Ajoutons pour finir, qu’un porte-avions c'est aussi un état-major embarqué qui peut jouer le rôle de coordonnateur entre les différents acteurs de l’opération humanitaire, notamment dans la gestion d’un espace aérien encombré.

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L'eau est la ressource vitale qui conditionne l'existence des populations sur une durée moyenne de trois jours au-delà desquels la mortalité s'aggrave sensiblement. Encore faut-il que cette eau soit propre à la consommation. Comme tous les navires, le USS Carl Vinson dispose à son bord d'une véritable usine de dessalement d'eau de mer. Ici, un parachutiste américain distribue des bouteilles d'eau minérale (source photographique - Le Figaro)  
  
Ainsi, pour toutes les raisons que nous venons d’évoquer, on pourra se représenter l'impact psychologique positif pour des populations sinistrées à savoir qu’un porte-avions nucléaire américain vient de mouiller au large de leurs côtes. À cela s’ajoute l’accompagnement d’autres bâtiments de l’US Navy ayant chacun des capacités non négligeables en matière d’héliportage, d’accueil ou autre soutien. Le croiseur USS Normandy (CG 60), la frégate USS Underwood (FFG 36), une force amphibie composée des transports de chalands de débarquement USS Carter Hall (LSD 50) et USS Fort McHenry (LSD 43), et surtout du bâtiment d’assaut amphibie USS Bataan (LHD 5), qui est un héliport à lui seul, sont déjà sur zone. Au total, les États-Unis sont en train de déployer une force de plus de 12 000 hommes en Haïti soit plus que l'ensemble de nos forces engagées en OPEX dans le monde en ce moment même (10 000 hommes).

100117-N-6247V-155.jpgAéroport de Port-au-Prince, le dimanche 17 janvier 2010. Des marins du USS Carl Vinson et des parachutistes de la 82nd Airborne division débarquent alors que le ravitaillement aux victimes commencent à s'accumuler sur le tarmac (source photographique - US Navy)
   
L’action conjointe de la Marine nationale, dans le cadre de l’opération "Séisme Haïti 2010", est également honorable, même si elle ne peut se comparer (question d’échelle de puissance) à ce que font les Américains. Toujours est-il que nous aurions à gagner à nous inspirer de l’intérêt que ces derniers portent à la Mer depuis deux siècles…

La proximité des Antilles françaises, nous permet d’envoyer le Bâtiment de Transport Léger (BATRAL) Francis Garnier qui amène avec lui des engins de travaux du Génie, ainsi que des véhicules sanitaires en plus d’un fret important. Le Francis Garnier devrait arriver sur zone mardi 19. Dérouté, alors qu’il naviguait vers Toulon, le Transport de Chalands de Débarquement (TCD) Siroco devrait arriver à Haïti à la fin de la semaine. Disposant à son bord de 2 blocs opératoires et d’une cinquantaine de lits, il apporte également 4 hélicoptères (2 Puma et 2 Gazelle).

Américains comme Français déployent, donc, des moyens amphibies importants, car ces bâtiments sont particulièrement adaptés pour débarquer ou embarquer des personnels comme des moyens lourds. Disposant de radier, ils peuvent mettre à l’eau tout un ensemble d’embarcations.

Chargement-de-civieres.jpgCe sont nos Forces Armées aux Antilles (FAA) qui assurent, en ce moment, le pont logistique entre la France et Haïti. Un militaire des FAA est, ici, en train de décharger un lot de civières qui sera bientôt conditionné sur pallette et chargé dans un avion cargo C 130 Hercules. Seules les armées disposent des moyens et de l'organisation logistique nécessaires à ce type d'opération humanitaire à grande échelle (source photographique - Ministère de la Défense)

(1) Il existe un précédent avec le tsunami qui a ravagé le dimanche 26 décembre 2004 les côtes de l’Asie du Sud et du Sud-Est, plus particulièrement l’Indonésie. Le Président George W. BUSH avait alors envoyé sur place le porte-avions USS Abraham Lincoln (CVN 72). Ce fut l’opération “Unified assistance”.
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