29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 08:12

Le fait n'est pas nouveau. Il faut attendre qu'une catastrophe survienne pour que l'on finisse par admettre qu'il y avait un problème...

 

Lorsque l'hélicoptère EC-145 de la Gendarmerie nationale est pris sous le feu d'un orpailleur, mercredi matin, il effectuait une mission de sécurisation d'une vaste zone au-dessus du territoire de la commune guyanaise de Maripasoula (18 000 km2). Cette sécurisation constituait un préalable à l'installation prochaine de géologues dans un secteur réputé dangereux, du fait de la présence de nombreux chercheurs d'or organisés en communautés clandestines et armés. Cet incident, révélé par 7 impacts de munition sur l'hélicoptère et un premier gendarme blessé, a déclenché une intervention au sol de 36 soldats de l'Infanterie de Marine du 9e RIMa et de gendarmes du GI2G. L'embuscade dans laquelle ces derniers sont tombés peu après leur héliportage, a causé la mort de l'Adjudant Stéphane MORALIA, 29 ans, et du Caporal-chef de 1ère classe Sébastien PISSOT, 34 ans et père d'un enfant. Mortellement touché, le premier est décédé peu après son évacuation, alors que le second fut tué sur les lieux même en tentant de porter secours à un gendarme blessé. Leurs agresseurs s'attendaient à une intervention, et c'est visiblement une embuscade bien préparée qu'ils leur ont tendus.

 

Facteur aggravant, le journal Le Point révèle, aujourd'hui, que les armes des Marsouins n'étaient pas chargées contrairement aux gendarmes qui, eux, ont des armes prêtes à un emploi immédiat. Seul le chef de section du RIMa dispose de munitions qu'il peut distribuer à ses hommes en cas de nécessité. La raison demeure en ce que la Guyane est un département et que la France n'est pas en guerre... Le fait d'avoir des FAMAS et des fusils chargés n'aurait peut-être pas changé grand chose aux évenements de mercredi: les pertes ayant surtout été enregistrées dans le groupe de tête, celui qui est d'ordinaire le plus exposé dans ce genre de situation. Reconnaissons cependant que la distribution des munitions (en admettant que le chef de section ne soit pas lui-même touché dès le début de l'action) sous des tirs adverses, et dans le contexte de confusion qui s'ensuit, n'est pas idéal voire est de nature à amplifier les pertes de temps, les mouvements inutiles, donc les pertes humaines. Évoluer par ailleurs en milieu hostile sans possibilité immédiate de se défendre, n'est pas bon non plus pour le moral...

 

Ainsi, touchons-nous à ces contradictions qui pourraient n'être qu'exaspérantes si elles ne mettaient pas directement en danger la vie de nos militaires. Le problème est tout simplement celui du gaspillage potentiel de ces derniers, qui peuvent être sacrifiés dans des missions de sécurité intérieure aux côtés de policiers et de gendarmes sans disposer des mêmes moyens ni des mêmes règles d'engagement. Ces dernières ne sont pas uniquement en cause, mais se pose aussi la question de l'adaptation de nos forces armées (hors Gendarmerie nationale) dans leur déploiement sur les lieux publics de métropole dans le cadre du plan VIGIPIRATE par exemple. Qui ainsi n'a pas vu ces patrouilles armées de FAMAS faire leurs rondes dans les grandes gares parisiennes ou ailleurs? Et qui a pu penser qu'un seul de ces militaires pouvait faire usage de son fusil d'assaut dans des lieux urbains si denses? Le FAMAS ayant une portée pratique de 300 m et une munition de forte vélocité portant jusqu'à 3200 mètres, un tir en Gare du Nord, quelle que soit l'heure, serait catastrophique même de la part d'un bon tireur... De la Guyane à nos grandes métropoles, le bon sens commanderait d'adapter les armements et les règles d'engagement de nos militaires, sans attendre qu'un drame prochain fasse resurgir des questions que l'on aurait pu anticiper.

 

On le voit, les propos du journaliste du Point expliquant les raisons juridiques du non chargement des armes font voler en éclat la raison d'être du plan VIGIPIRATE, même si ce qui vient de se passer  à Maripasoula n'a rien à voir avec ce dispositif de sécurité. En effet, VIGIPIRATE repose essentiellement sur la dissuasion portée par nos militaires en armes. Or il n'est de dissuasion réelle parce que crédible, c'est-à-dire admettant en recours ultime l'usage de l'arme. Dès lors pour le(s) malveillant(s) - sachant tout ceci -, il est beaucoup plus facile d'anticiper sur les lieux, les cibles, voire de s'emparer assez facilement des armes de nos militaires... Le dispositif VIGIPIRATE coûte cher alors qu'il ne donne qu'une illusion de prévention et de sécurité. Il met sous tension des unités militaires désormais peu nombreuses et aux effectifs particulièrement comptés. En plus des OPEX et au détriment de leur coeur de métier, nos soldats n'ont jamais été aussi sont contraints par des services dont l'efficacité reste à prouver.

 

Quant à l'embuscade de mercredi, les orpailleurs ont ouvert le feu sur les Marsouins et les gendarmes avec des armes de guerre. Si la Guyane est politiquement comme juridiquement terre française, son environnement géographique et géopolitique, comme son contexte sociologique et culturel, ont peu à voir avec la situation de nos régions métropolitaines. Et les menaces comme les dangers autrement plus grands dans ce département éloigné sont connus depuis longtemps. À s'enfermer dans un discours normatif qui finit par oublier les réalités du terrain, on place nos forces armées dans des situations intenables.

 

 

Adjudant Stéphane MORALIA

Adjudant Stéphane MORALIA

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Caporal-chef de 1ère classe Sébastien PISSOT

 

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Alex 02/07/2012 23:47


Pour y avoir séjourné 3 mois, je peux vous dire que la Guyane est pourtant particulièrement plus renforcé au niveau des contrôles routiers et de la présence militaire. Je ne serais pas non plus
étonné qu'un groupe de légionnaire du 3ème REI de Kourou redescende sur les lieux suite à cette ambuscade avec cette fois l'artillerie qu'on lui connaît. La Guyane est le département de France le
plus surveillé avec les quatres armées présente, en plus des Sapeurs Pompiers de Paris, à la base pour sécuriser le centre spatial, mais également pour lutter contre l'orpaillage clandestin
(gendarmerie et légion étrangère). En ce qui concerne le plan VIGIPIRATE, il va de soit que ce n'est qu'une simple illusion, il y a peu de temps encore, j'entrais Gare de Lyon avec une
facilité déconcertante au milieu de la foule, un terroriste aurait pu faire la même chose entouré d'un ceinture d'explosifs et se faire sauter sans problème.

November Bravo 01/07/2012 13:30


gaspillage et dégueulasse sont les bons mots! faut arreter de tout faire porter sur les épaules de nos braves mecs, justes bons à se faire trouer la paillasse. nos hommes politiques sont des
irreszponsables! vigipirate est une bonne blague et un terroriste avisé frait facilement un carnage de nos jours avec pas que des civils.

bernard 29/06/2012 18:24


dacodac avec le pas du tout politiquement correct de votre article enseignant défense. vigipirate ça sert a rien sauf a faire peur aux petits voyous et delinquants et encore!! quand regarderons
nous enfin les choses en face et sans hypocrisie!!

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