21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 14:08

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La bataille de Trafalgar, la reddition du Bucentaure. Tableau d'Auguste MAYER (1836)

 

Le 21 octobre 1805, au large du cap Trafalgar (au sud de la ville espagnole de Cadix), eut lieu l’une des plus célèbres batailles navales des guerres de l’Empire. Confrontation entre une flotte britannique de 27 vaisseaux de ligne commandée par le Vice-Amiral Horatio NELSON, et une flotte franco-espagnole de 33 vaisseaux de ligne commandée par le Vice-amiral Pierre Charles Silvestre de VILLENEUVE, elle aboutit à une victoire tactique et stratégique anglaise, nonobstant la mort de son artisan au cours de la bataille même.

 

La bataille de Trafalagar est à situer dans le contexte de la troisième coalition européenne contre la France révolutionnaire et impériale. Au sein de ces coalitions, l’Angleterre demeure la puissance la plus déterminée à vouloir défaire NAPOLÉON Ier. Protégée du fait de sa position géographique insulaire, elle finance inlassablement ses alliés européens afin que ces derniers reconstituent leurs forces au lendemain des différents traités qui, depuis 1797, installent la puissance française au coeur de l’Europe.

 

C’est pour mettre un terme aux agissements hostiles de la “perfide Albion”, sur fond de guerre économique entre les deux puissances (1), que l’Empereur se prépare à une invasion des Îles britanniques. Alors que le Traité d’Amiens (1802) part en lambeaux, NAPOLÉON concentre, dès 1803 à Boulogne, ce qui sera bientôt appelé la Grande Armée. Une flotte de débarquement est mise sur pied, mais elle pose très rapidement une question tactique: celle de sa protection lors de sa traversée de la Manche. En d’autres termes, c’est la Royal Navy qu’il fallait neutraliser d’une manière ou d’une autre.

 

Le problème résidait dans le fait que la flotte de guerre française était dispersée dans différents ports (Brest, Rochefort, Toulon), surveillés chacun par une escadre anglaise. Rassembler cette flotte et l’amener dans la Manche où elle effectuerait sa jonction avec les forces de débarquement était l’objectif de NAPOLÉON. D’un point de vue opérationnel, cette manoeuvre était ambitieuse. Elle supposait de tromper la surveillance des Anglais, de sortir de la Méditerranée via Gibraltar pour l’escadre de Toulon (2), de rejoindre les Antilles où les forces navales françaises se concentreraient tout en attirant la Royal Navy, avant de revenir dans la Manche. C’était une vaste manoeuvre transocéanique de plusieurs mois qu’il fallait opérer.

 

Durant le printemps et l’été 1805, c’est à une véritable partie de cache-cache et de course poursuite que se livrent les flottes franco-espagnole et britannique. Parvenant à tromper l’escadre anglaise de Méditerranée commandée par le redoutable Horatio NELSON, de VILLENEUVE parvient à atteindre les Antilles. Talonné par la flotte de NELSON, l’amiral français met le cap sur l’Europe en juin mais se trouve bloqué aux approches du Golfe de Gascogne. Une bataille indécise au Cap Finisterre avec le Vice-amiral CALDER le 23 juillet, l’échec de la jonction avec une force française venue de Rochefort, les aléas du renseignement (qui repose en grande partie sur des rumeurs…) ont raison de de VILLENEUVE, qui renonce à poursuivre vers Boulogne et va s’enfermer dans la rade de Cadix plus au sud. C’est l’échec de la mission stratégique.

 

Les décisions de l'Amiral de VILLENEUVE sont lourdes de conséquences. Le temps perdu éclaire désormais différemment la scène stratégique où la pression austro-russe en Europe centrale change radicalement les plans de NAPOLÉON. Sans nouvelle de sa flotte, et tenant le débarquement en Angleterre irréalisable sur l’heure, celui-ci opère un basculement stratégique d’Ouest en Est. À marche forcée, la Grande Armée se dirige désormais vers la Moravie à partir du mois d'août, alors que de VILLENEUVE, en passe d’être relevé de son commandement, reçoit l’ordre de repasser en Méditerranée pour opérer un débarquement en Italie. C’est donc un amiral en sursis, qui sait ses forces moralement inférieures en dépit de leur supériorité numérique, qui donne l’ordre d’appareiller le 20 octobre 1805. La grande bataille est inévitable, car NELSON,  à bord de son vaisseau amiral, le HMS Victory, verrouille Cadix depuis plusieurs semaines. Les deux flottes se rencontrent le lendemain au sud-est du cap Trafalgar, non loin du détroit de Gibraltar.

 

Pour comprendre ce qu’est une bataille navale avant la Révolution industrielle, il faut savoir que la puissance de feu des bâtiments de guerre de l’époque se situe sur les côtés, où les canons sont alignés en sabord sur un, deux ou trois ponts superposés selon la taille du navire. Il n’existe pas encore de tourelles mobiles sur le pont à l’avant comme à l’arrière, ce qui ne se verra qu’à la fin du siècle. Le navire doit donc présenter son flanc babord ou tribord pour permettre l’emploi optimum de ses canons. Cette contrainte technique induit une tactique de combat linéaire, d’où l’appellation “vaisseau de ligne” pour désigner les gros bâtiments de guerre de cette époque. Dans une rencontre, les flottes évoluent sur des lignes parallèles afin de pouvoir utiliser leur artillerie latérale au mieux. Tangage et roulis ont aussi leur importance dans le réglage des tirs eu égard à l’état technique de l’artillerie navale. Deux écoles s’affrontent: la première qui préconise de tirer haut pour détruire mâts et voilures du bâtiment adverse afin de le désemparer. La seconde préconise de tirer bas au niveau de la coque. L’avantage de ce  dernier tir - hormis le fait qu’il créé des voies d’eau et fragilise la coque - est que les impacts projettent des éclats de bois qui blessent grièvement les marins et canonniers concentrés dans les ponts inférieurs. Les Français ont une préférence pour la première école de tir, les Britanniques pour la seconde. De manière générale, soit le bâtiment était coulé par incendie ou l'explosion de sa poudrière, soit il était capturé après un abordage suivi d'un combat d’infanterie au corps à corps.

 

À Trafalgar, Nelson refuse l’affrontement linéaire classique. Divisant sa flotte en deux colonnes, avec le vent en poupe (ce qui augmente leur vitesse), il coupe en deux la colonne franco-espagnole. Cette manoeuvre dite “barrer le T” a pour avantage de concentrer le feu latéral - de la colonne qui coupe la ligne adverse - sur des vaisseaux situés à la fois à babord et à tribord. Ces derniers engagés en file dans le sens de leur marche, présentent leur proue et leur poupe et ne peuvent donc se servir de leur artillerie. À l'inverse, les bâtiments qui barrent le T peuvent concentrer leurs feux sur les bâtiments adverses les uns après les autres. Ces tirs en enfilade étaient dévastateurs sur des ponts encombrés d'hommes (3). Les Anglais utilisaient de la mitraille (4) et, à Trafalgar, le HMS Temeraire décima l'infanterie française rassemblée sur le pont supérieur du Redoutable, au moment où elle s'apprêtait à se lancer à l'abordage du HMS Victory.

 

Débutant en milieu de mâtinée, la bataille s’acheva en milieu d’après-midi. La manoeuvre audacieuse de l’amiral britannique créa un effet local de surnombre au sein de la ligne franco-espagnole disloquée. Les bâtiments de l’Amiral de VILLENEUVE furent submergés un à un, et mis hors de combat. La lutte fut difficile aussi pour les Britanniques dont le navire amiral, le HMS Victory, sur le point de succomber, fut sauvé par l’intervention du reste de la colonne anglaise – HMS Temeraire en tête –, qui détruisit le Redoutable. C’est dans un échange de tir entre les fusiliers du Victory et du Redoutable, que Lord NELSON fut mortellement touché. Déjà considéré comme un héros de son vivant, celui-ci expira en fin d’après-midi sans avoir pu mesurer l’ampleur de sa victoire. Mis hors de combat, le Bucentaure, navire amiral français, fut capturé avec l’Amiral de VILLENEUVE à son bord. La flotte franco-espagnole avait perdu 21 bâtiments dont 17 étaient capturés (5). La Royal Navy n’avait perdu aucun bâtiment, et pour 446 marins tués au cours du combat 3243 marins français et espagnols avaient péri.

 

Hormis son retentissement, la victoire de NELSON à Trafalgar eut d’immenses conséquences dont certaines furent décisives. Elle sauvait l’Angleterre d’une invasion française sur le long terme, en détruisant la seule flotte de guerre dangereuse pour elle. La Marine française était, cependant, déjà largement désorganisée par la Révolution, et un désastre précédent - à Aboukir en 1798 – l’avait affaibli (6). La bataille de Trafalgar consacra surtout l’hégémonie navale britannique jusqu’à la Première Guerre mondiale. Ce faisant, cette hégémonie fonda une puissance coloniale et économique dont le monde d'aujourd'hui garde encore les traces. En privant NAPOLÉON de moyens d’action sur les mers et océans du globe, la victoire anglaise conforte la stratégie terrestre et continentale de celui-ci (7), ce qui devait - au-delà du Ier Empire - rester une tendance lourde de la doctrine stratégique française au détriment du développement d'une culture navale plus élargie.

 

Héros historique britannique, Horatio NELSON est présent dans tout le monde anglo-saxon, surtout les pays du Commonwealth où de nombreux noms de lieux lui rendent hommage. C’est cependant en Grande-Bretagne que l’on trouvera, au coeur de Londres, la très célèbre statue au sommet de la colonne de Trafalgar square. C’est à Portsmouth que le HMS Victory restauré – et qui fait toujours partie des bâtiments de la Royal Navy – pourra encore de nos jours être visité comme navire musée.

 

(1) Par son protectionnisme, l’économie française entrave le commerce anglais sur le continent européen. À partir de novembre 1806, cependant, l'Empereur NAPOLÉON décrète un "blocus continental" qui engendre une véritable guerre économique destinée à ruiner les intérêts britanniques en Europe.

(2) L’escadre de Toulon était la plus importante de la Marine impériale. Elle était commandée par de VILLENEUVE.

(3) Contrairement aux bâtiments de nos marines contemporaines, ceux de cette époque nécessitaient des équipages nombreux afin de manoeuvrer une voilure complexe et une artillerie de plusieurs dizaines de pièces dont le chargement se faisait par la bouche.

(4) En plus de leur artillerie navale classique, les Anglais utilisaient aussi des caronades. C’était des pièces d’artillerie à canon court et à chargement rapide, qui tirait soit des boulets creux soit de la mitraille à courte portée.

(5) Compte tenu de la complexité et du coût de fabrication d’un vaisseau de ligne, le capturer était préférable à sa destruction complète.

(6) Le royaume de France se lance dans un effort naval important au lendemain de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), qui voit la disparition de son premier empire colonial. Entrepris sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, ce rétablissement de la flotte de guerre est cependant stoppé par la crise révolutionnaire.

(7) Le désastre de Trafalgar étant, quelques semaines plus tard, atténué par l’éclatante victoire d’Austerlitz le 2 décembre 1805.

 

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"L’Angleterre attend de chacun qu’il fasse son devoir." Portrait de Lord Horatio NELSON par Lemuel Francis ABBOTT (1800) - National Maritime Museum à Londres

 

White ensignUnion Jack et croix de Saint George. Le White ensign est le pavillon de la Royal Navy


 

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commentaires

john-lewis 21/10/2012 19:19


Great! thx!


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