2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 10:54

TRIBUNE

 

Notre blog ne présente plus le Capitaine de vaisseau (R) Thierry GAUROY, habitué de nos colonnes, dont les billets sont toujours appréciés. L’officier de Marine nous livre, aujourd’hui, une analyse de la stratégie française de puissance qu’il lie à très juste titre à la recherche de la puissance navale et maritime. Un plaidoyer aussi classique qu’il est à rappeler avec conviction à des contemporains si peu sensibilisés au monde (d’avenir) de la mer.

 

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POUR UNE REFONDATION DE LA STRATEGIE FRANCAISE DE PUISSANCE

 

La France dispose du deuxième domaine maritime au monde hérité de la politique navale et d’exploration scientifique de Louis XVI. Saurons nous transformer cet atout en richesse économique. Certes, nous avons l’outil de recherche scientifique qu’est l’Institut Français de Recherche sur la Mer (IFREMER) mais saurons nous développer, dans l’avenir, ce potentiel économique et scientifique en consacrant une partie de la richesse produite à la puissance navale capable de faire respecter nos intérêts sur toutes les mers et en tous les lieux stratégiques du monde. Car la puissance navale et maritime est le meilleur potentiel pour assurer notre indépendance.

 

La France n’a plus de mobilité politique. Désormais, plus rien ne se fait par la France dans le domaine international hors du cadre des Nations Unies, de l’Alliance Atlantique ou de l’Union Européenne. La France n’a plus non plus la puissance démographique qu’elle a perdu à cause des guerres napoléoniennes et de la première guerre mondiale. Cette puissance démographique qui permettait d’occuper le terrain. La France a donc tout intérêt à rester l’alliée des grandes puissances continentales d’Europe et d’Asie en trouvant sa nouvelle frontière, son nouvel espace de mobilité stratégique en se tournant vers la mer et l’espace.

 

MOBILITE STRATEGIQUE, donc, grâce à sa force nucléaire sous-marine, mais dans une limite probable des 40 ou 50 prochaines années à cause de l’évolution de la gravitométrie qui permettra certainement de repérer les sous-marins en plongée profonde. Mobilité stratégique surtout grâce notre Aéronavale qui a un horizon beaucoup plus lointain, en l’état actuel de la science et de son évolution prévisible vers l’espace et vers la technologie des drones. Cette mobilité stratégique, nous ne la conserverons que si nous faisons l’effort de conserver un outil industriel performant fondé sur la mobilité de nos cerveaux et de notre enseignement supérieur. Car l’Aéronautique Navale nous permet de projeter notre puissance militaire partout dans le monde où nos intérêts sont en jeu, mais elle nous permet également de nous retirer rapidement, quitte à revenir tout aussi rapidement, avec le minimum d’empreinte au sol pour éviter l’enlisement.

 

Mais une puissance navale doit reposer sur un socle solide qui s’appelle la puissance maritime. La problématique actuelle c’est que notre Marine Marchande est encore un peu faible et notre activité portuaire du Havre n’a pas une assiette suffisamment large. En 20 ans, le trafic de marchandises du Havre est passé d’un rapport de un à deux, c'est-à-dire une croissance continue de 3,5% par an, pendant que celui d’Anvers-Rotterdam passait de 2 à 8. La faiblesse à laquelle nous devons remédier, c’est la qualité et la célérité de nos plateformes multimodales. Le projet de mise au gabarit européen de la liaison Seine Escaut par l’Oise prévoit de réduire le temps de transit à 20 heures du HAVRE à ANVERS, pendant qu’un porte conteneurs transitant par la Manche n’a besoin que de 12 heures. Aussi nous ne parviendrons pas avant longtemps à être concurrentiel mais nous devons néanmoins tenter l’aventure à titre de diversification de nos voies d’approvisionnements, car il n’est pas sûr que dans les dernières années du 21ème siècle, la circulation maritime du Pas de Calais ne sera pas saturée.

 

Nous devrions également tenter de mettre en place un système de pilotage relais le long de nos canaux, tous les 15 ou 20 km, avec un réseau de radio – balises pour permettre une navigation fluviale de nuit à flux continu. Ainsi, dès qu’une désorganisation temporaire des services de ROTTERDAM surviendra, nous serons en mesure de saisir des opportunités commerciales fructueuses. Nos plateformes multimodales devront être organisées comme des matrices à trois entrées et trois sorties, maritime, fluvial, et ferroviaire. La grande plaine de Picardie s’y prête bien.

 

Quand un pays a pris du retard en matière d’infrastructures logistiques, un siècle d’investissements et de montée en puissance n’est pas de trop pour revenir dans le circuit des pays les plus performants.

 

CV (R) Thierry GAUROY

Président du CCACR 77

 

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