13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 16:48

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Le Colonel Yvan GOURIOU, chef de corps du 27e BCA 

 

Le jeudi 8 novembre 2012, le Colonel Yvan GOURIOU, chef de corps du 27e Bataillon de Chasseurs Alpins (BCA) (1) et commandant du GTIA Tiger en Afghanistan, invitait une trentaine de personnalités au sein de son unité afin de les remercier du soutien apporté à ses soldats durant leur séjour en Kapisa (2): élus, présidents d’associations, journalistes, correspondants Défense, professeurs… L’enseignant Défense du Lycée Galilée comptait parmi ces diverses personnalités, représentant la quarantaine d’élèves qui, l’année dernière, avaient écrit des lettres aux soldats à l’occasion des fêtes de Noël.

 

Accueillis en matinée par le Lieutenant Annelise BAILLY, officier communication de l’unité, les invités se sont vus proposer un programme d’activité particulièrement intéressant qui, dans un premier temps, consista en une présentation générale de l’unité et de son engagement en Afghanistan.

 

Saint-Cyrien, le Colonel GOURIOU, 45 ans, est marié et père de deux enfants. Il est aujourd’hui le chef de corps d’un régiment dans lequel il a commencé sa carrière comme lieutenant et capitaine. Le 27e BCA est l’une des unités de combat constituant la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne (BIM), aux côtés du 13e BCA de Chambéry, du 7e BCA de Bourg-Saint-Maurice, du 4e Régiment de Chasseurs de Gap, du 93e RAM de Varces et du 2e REG de Saint-Chrystol. Les 1150 personnels du 27e BCA - dont 750 militaires du rang (3) - sont logés au Quartier Tom Morel situé sur la commune de Cran-Gevrier dans la banlieue d’Annecy. Le cadre montagnard du site indique d’emblée les conditions d’engagement pour lesquelles ces soldats sont entraînés. Tout en gardant leur vocation première - à savoir le combat d’infanterie à pied - les chasseurs alpins doivent en plus affronter la pente et des conditions climatiques extrêmes.

 

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Présentation d'un poste de tir missile Milan

 

Ces rudes combattants ne pouvaient mieux être pressentis pour affronter le cadre et les rigueurs du théâtre d’opération afghan, dont le Colonel GOURIOU affirme qu’ils lui rappellent la partie méridionale du massif alpin. Dans un exposé d’une grande clarté pédagogique, l’officier commandant le 27e BCA décrivit ainsi l’engagement de ses hommes en Kapisa et en Surobi, une province et un district sous responsabilité française jusqu’à aujourd’hui. Le centre de gravité du BG Tiger était situé sur la Forward Operating Base (FOB) de Tagab ayant pour mission de sécuriser l’axe Vermont, une route d’une soixantaine de kilomètres filant à l’est et au nord de Kaboul, et reliant la FOB de Tora au sud à la base aérienne américaine de Bagram au nord.

 

L’espace sur lequel le BG Tiger devait veiller est géographiquement réduit: à peu près 50 km sur 35, soit une surface de 1800 km2 environ dont la frange orientale correspond à de la très haute montagne avec des altitudes supérieures à 3000 mètres. La FOB de Tagab est située en face de deux vallées à fond plat, qui débouchent perpendiculairement à la vallée de Tagab dans laquelle se situe la route Vermont: la vallée d’Alasay au nord et celle de Bedraou au sud. Cette géographie de hauts sommets et de vallées ne dépaysaient pas les Alpins du Colonel GOURIOU. L’environnement militaire était en revanche beaucoup plus sensible avec une vallée d’Alasay située à seulement 2 km de la FOB et contrôlée à 50% par l’insurrection, et une vallée de Bedraou située à 5 km et contrôlée à 100% par les insurgés... La situation militaire du BG Tiger était d’autant plus délicate, que la FOB de Tagab se situe également sur une ligne de fracture ethnique et économique, traduisant une rivalité ancestrale entre Tadjiks au nord et Pashtouns au sud (4).

 

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L’ennemi que les chasseurs alpins du 27e BCA durent affronter, était à la fois omniprésent et très proche. La zone dangereuse commençait à seulement 1700 m de la sortie de la FOB, ce qui nécessitait une veille permanente rendue possible grâce à l’emploi d’un ballon d’observation. Sveltes ou trapus, adolescents ou quadragénaires, les insurgés observés et combattus par les hommes du BG Tiger sont avant tout décrits comme rustiques: “entre la charia et la charrue”. Leur objectif stratégique reste simple: saper l'autorité du gouvernement légal d’Hamid KARZAÏ en affaiblissant les forces de sécurité gouvernementales, en obtenant le départ de la coalition occidentale et en s'assurant le contrôle de la population. Pour les insurgés pashtouns, il s'agit aussi de préparer le rapport de force le plus favorable face aux autres ethnies pour l’après 2014. Les insurgés bénéficient de la connaissance du terrain. Ils sont bien informés, organisés et réactifs.

 

Le Colonel GOURIOU apporte, cependant, d’importantes nuances qui, malheureusement, sont trop souvent passées sous silence. Ainsi, l’organisation des insurgés se rapprochent bien plus de celle de bandes criminelles que de véritables unités au sens militaire du terme. Ils mènent une guerre de basse intensité où il leur est plus important de maintenir la pression sur l’adversaire que de le vaincre militairement. Par ailleurs, dans toutes les confrontations avec les Français, ils ont le dessous et leurs pertes sont bien plus lourdes qu'elles ne le sont rapportées dans les médias. En clair, s'ils disposent de l'initiative stratégique - puisqu'ils jouent le temps contre la coalition occidentale -, ils n'ont pas la supériorité tactique. Cela étant, cette situation - supériorité tactique mais échec ou semi-échec stratégique - pose la question cruciale de la capacité de l'Occident à gagner une guerre de ce type de nos jours.

 

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Le groupe de combat d'infanterie

 

La valeur des combattants français est indéniable nonobstant une faiblesse numérique qui leur interdisait la reprise du contrôle des vallées d’Alasay et de Bedraou (5). Cette valeur va de pair avec le soutien américain sur lequel l'ancien commandant du GTIA Tiger ne tarit pas d’éloges. Pour l’officier  - qui parle des soldats américains comme de véritables “frères d’armes” -, ce fut “un honneur de combattre à leurs côtés”. Courageux, aussi bien formés et entraînés que les combattants français, remarquablement professionnels et ayant foi en leur mission, les Américains ont à plusieurs reprises protégés et sauvés des soldats du BG Tiger. Leur soutien héliporté et aérien, comme leur puissance de feu, furent inestimables.

 

Suite à cet exposé particulièrement riche, les invités purent visiter les locaux du régiment se faisant ainsi une idée plus précise de la vie quotidienne d’un jeune engagé dans l’Armée de Terre d’aujourd’hui. La visite se poursuivit par une démonstration de parcours d’obstacles réalisée par un groupe de soldats. Ces derniers parcourant une distance de 500 m semée d’une vingtaine d’obstacles hauts, bas et profonds (aire de ramper, mur d’assaut, fosse, mur d’escalade…).


Pour finir, un groupe de combat entièrement équipé fut présenté. Du sergent au soldat en passant par les tireurs de haute précision et les pilotes de VHM LOG et de VAB à tourelle téléopérée, chacun présenta son équipement et son armement. Ce fut un moment privilégié où il fut possible d’essayer une partie de l’équipement et, surtout, de se rendre compte de son poids. Plus qu’une protection balistique, le gilet pare-balles - déjà très lourd (12 kg) du fait de l’ajout de quatre plaques de céramique – joue aussi le rôle de veste d’assaut en permettant l’emport de 8 chargeurs de munitions en plus de grenades, d’une radio et d’autres équipements. Le casque s’est également sensiblement alourdi avec l’ajout d’un système de vision nocturne et d’un écouteur. Quant au fusil d’assaut FAMAS, il n'a plus la simplicité du modèle d'origine, intègrant un système de rails qui permet de fixer une lunette et une poignée de compensation de tir en plus du système d’aide à la visée pirat. L’ensemble (6) est  au final très lourd à porter y compris pour un homme entraîné, et l’on imagine d'emblée les efforts que réclament une simple progression en tout terrain, la moindre ascension de pente, le moindre passage d’obstacle

 

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Deux tireurs d'élite en ghillie suit - dont un en version neige - étaient également présentés avec comme armement les fusils FRF2 et Hécate II

 

Journée enrichissante, cette visite du 27e BCA fut aussi l’occasion de rencontrer d’autres acteurs de l’Éducation à la Défense, notamment M. Guillaume YOUT, professeur agrégé d’Histoire en collège à la Roche-sur-Foron. Également impliqué dans l’Éducation et l’enseignement de Défense, M. YOUT connaît bien le régiment du Colonel GOURIOU avec lequel il a déjà mené plusieurs actions pédagogiques, bien relayées dans les médias locaux.

 

(1) Le terme “Bataillon” est ici synonyme de régiment.

(2) Le GTIA (ou Battle Group) Tiger, principalement armé par le 27e BCA, a succédé au GTIA Raptor en novembre 2011 avant d’être relevé par le GTIA Acier en mai 2012.

(3) 80% de ces militaires du rang résident effectivement au Quartier Tom Morel. Leur âge moyen est de 23 ans pour un contrat d'une durée moyenne de 5 ans.

(4) Le nord de la Kapisa correspond à un peuplement Tadjik à 80%. Il reste une région plus développée que le sud comme en témoigne le réseau électrique qui disparaît en Surobi. La conquête soviétique n’avait pu aller au-delà de la vallée de Tagab et, aujourd’hui, la présence occidentale avive dans cette région le clivage historique entre Tadjiks et Pashtouns (majoritaires dans la partie sud).

(5) Si le 27e BCA n’a enregistré aucun KIA (Killed In Action) sous le commandement du Colonel GOURIOU, d’autres unités du BG Tiger (notamment les 17e REG, 2e REG et 93e RAM) ont en revanche subi plusieurs pertes.

(6) À cette tenue de combat, il faut ajouter un sac portant le couchage, les vivres ainsi que des munitions supplémentaires…

 

Monument-aux-morts.jpgLe monument aux morts du 27e BCA. L'unité à perdu le Caporal-chef Nicolas BELDA en vallée d'Alasay le 14 mars 2009

Insigne 27e BCA

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