9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 08:50

Sarah WEST 2

L/C Sarah WEST (source - Royal Navy)

 

La féminisation des armées occidentales est désormais chose tout à fait courante et acceptée à la fois dans les opinions publiques et les institutions militaires. Preuve de cette évolution des mentalités, on commence à voir des femmes accéder à des grades généraux et des commandements significatifs, du moins ici en Europe car le phénomène est beaucoup plus avancé aux États-Unis depuis bien plus longtemps. Ainsi, et pour illustrer le propos, la Royal Navy à confier en novembre dernier le commandement de la frégate HMS Portland au Lieutenant commander Sarah WEST, 39 ans. La Marine britannique ayant ouvert son recrutement aux femmes en 1990, il aura cependant fallu attendre 21 ans pour voir une femme commander un bâtiment de combat.

 

En France, le taux de féminisation des armées touche aujourd'hui 15,15% des effectifs strictement militaires, soit aux environs de 50 000 femmes pour les trois armées confondues. Si elles sont bien représentées dans l'Armée de l'Air (11 700 femmes soit près de 22%), c'est le Service de Santé des Armées (SSA) qui rassemble proportionnellement le plus grand nombre de personnels féminins: près de 50%. Aujourd'hui, on compte 17 femmes nommées au grade d'officier général, et 32 sont pilotes d'avions ou d'hélicoptères dont 13 sur avions de chasse (Mirage 2000 et Rafale). Elles participent également aux différentes OPEX, notamment en Afghanistan (1). Hormis quelques exceptions, les unités combattantes leur sont encore fermées ainsi que l'arme sous-marine du fait du manque de place dans les sous-marins (2). D'une manière générale, si les "féminines" sont désormais devenues chose courante dans les armées occidentales, leur engagement au contact de l'ennemi comme leur mort au combat reste encore un sujet tabou en Europe contrairement aux États-Unis où 110 d'entre elles ont été tuées en Irak, 34 en Afghanistan, et que 865 militaires féminins américains furent blessés dans les deux conflits (3).

 

Katrina-HODGE.jpgLance corporal Katrina HODGE (source - MoD)

 

L'armée d'Israël - Tsahal (4) - a été l'une des premières armées à incorporer massivement les femmes dans ses rangs. La faiblesse numérique de la population juive, le caractère existentiel des guerres que le jeune État hébreu a dû soutenir depuis 1948, un environnement géopolitique qui lui reste fondamentalement hostile, explique cette précoce mise à contribution des femmes au sein des forces armées israéliennes. Contrairement à leurs homologues d'Europe occidentale, elles connaissent le combat. À l'occasion de la Journée de la Femme (8 mars), le tout nouveau site en français de l'Armée israélienne leur a rendu plusieurs hommages notamment à travers la vidéo ci-dessous.

 

(1) Nos amis d'outre-Manche illustreront symboliquement cet envoi de femmes sur des théâtres d'opérations particulièrement dangereux avec "Barbie combat" alias Katrina HODGE. Ancienne Miss England 2009 engagée dans le Winchester Royal Anglian Regiment, le Caporal HODGE a effectué un séjour en Irak avant d'être envoyé en Afghanistan...

(2) L'embarquement de personnels féminins sur des bâtiments nécessite des compartiments spécifiques. Or l'espace sur un navire reste particulièrement étroit et confiné a fortiori à bord d'un sous-marin.

(3) Cf. (Leo) SHANE, " More combat opportunities for women, but still no infantry", Stars and stripes, february 8, 2012. Les conflits irakiens et afghans ont par ailleurs clairement montré l'absence de lignes de front nettes. La zone des combats pouvant aussi bien se situer dans les territoires à pacifier qu'au-delà, le long des itinéraires logistiques par exemple. Cf. (Joshua E.) KEATING, "Quelle place pour les femmes dans l'armée?", Slate, 9 mars 2012. qui, partant de ce constat, réalise un tour du monde des femmes militaires, et montre qu'elles sont beaucoup plus exposés qu'on ne le pense aux misions de combat. L'auteur rappelle à juste titre des précédents historiques notamment en URSS.

(4) Cf. (Pierre) RAZOUX, Tsahal. Nouvelle histoire de l'armée israélienne, Librairie Académique Perrin, 2008, 707 p.


 

FREMM---Message-2.jpg

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Fiches et dossiers
commenter cet article
28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 11:28

Bold-Alligator-2012.jpg

Logo de l'exercice amphibie interallié Bold Alligator 2012

 

L’interopérabilité désigne la capacité de différentes armées a pouvoir opérer et manoeuvrer ensemble, ce qui est évidemment fondamental dans le cadre d’opérations multinationales. Eu égard à l’inégalité des armées entre elles, aux différences de cultures stratégiques et tactiques mais aussi à la complexité des matériels déployés, l’interopérabilité ne peut s’improviser ni se découvrir à l’occasion d’une crise ou d’un conflit. C’est donc l’enjeu de toute une série de grands exercices (terrestres, aériens et navals), qui rassemblent plusieurs pays, d’acquérir cette capacité à pouvoir faire travailler les états-majors entre eux, mais aussi à faire manoeuvrer des unités de nationalité différente, équipées de matériels divers.


Dans cette perspective, les États-Unis ont récemment joué une simulation navale et amphibie de grande ampleur, du 24 janvier au 13 février, au large de la Caroline du Nord. Habituellement organisé par l’US Navy et l’US Marine Corps (1), l’exercice Bold Alligator a pour vocation d’exercer les forces américaines à des exercices de débarquement en faisant travailler ensemble les marins et les Marines. Si les seconds sont administrativement rattachés au Département de la Marine, ils ne sont pas assignés aux mêmes missions que l’US Navy, constituant avant tout un corps de fusiliers marins qui disposent de ses propres blindés, avions et hélicoptères. Cela étant, la Géographie comme l’Histoire (notamment celle de la Deuxième Guerre mondiale) ont légué à la Marine des États-Unis, comme au corps des US Marines, une culture de la projection avec des moyens que l’on ne retrouve dans aucune autre armée. C’est ce savoir-faire en matière amphibie, unique au monde, que les Américains ont ouvert à d’autres pays - dont la France - à l’occasion de cette version 2012 de Bold Alligator.

Camp-Lejeune--feb.-2012-.jpg

US Marines observant l'arrivée sur la plage d'un AAV-7A1. Les Amphibious Assault Vehicles (AAV) sont les blindés transports de troupes de l'USMC. Portés dans les radiers des bâtiments d'assaut amphibie, ils flottent et se propulsent grace à des hydrojets, se rendant ainsi directement de la mer sur la terre. En 2003, ces engins furent utilisé comme blindés d'appui jusque dans Bagdad... (source - US Navy)


Les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la France ont donc participé à Bold Alligator 2012, faisant de celui-ci le plus grand exercice amphibie de ces dix dernières années, directement observé par les marines italienne, australienne, néo-zélandaise et canadienne. Pour les États-Unis, l’objectif est de maintenir une capacité de débarquement de vive force au terme d’une décennie où les US Marines ont surtout été engagés sur des théâtres d’opérations exclusivement terrestres (Irak et Afghanistan). Pour les pays alliés, ce fut la capacité à s’intégrer dans un assaut amphibie massif sous commandement américain qui fut jouée durant ces deux semaines. Après quelques jours d’entraînement, l’ensemble des forces simula un débarquement grandeur nature, non loin de la base des Marines de la côte Est – Camp Lejeune – en baie de Fort Story (Onslow beach), le 6 février. Si les États-Unis alignèrent l’essentiel de la flotte de débarquement (2), l’engagement de la France fut particulièrement remarqué à l’occasion de ces manoeuvres communes.

 

2012MTLN_10_1635.JPG

LCAC américain débarquant des véhicules français sur Onslow beach (source - ECPAD)

 

En effet, la Marine nationale intégra à Bold Alligator, le BPC Mistral L 9013 et l’Armée de Terre un Groupe Tactique Embarqué (GTE) armé par le 21e RIMa et la 6e Brigade légère blindée, soit au total plusieurs centaines d’hommes et presque une centaine de véhicules dont 3 blindés AMX 10 RC, 22 VAB, 20 VBL et un Engin du Génie d’Aménagement (EGAME). Plusieurs hélicoptères Gazelle et Puma de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT) étaient aussi présents. Surtout, le BPC Mistral embarqua un état-major d’une cinquantaine de personnels détachés de la cellule amphibie de la Force aéromaritime française de réaction rapide (FRMARFOR). La France fut ainsi le partenaire majeur de cet exercice qui vit également pour la première fois la mise en oeuvre du tout nouvel Engin de Débarquement Amphibie Rapide (EDA-R).


Destiné à remplacer les chalands de débarquement classiques, l’EDA-R est conçu comme un catamaran en aluminium de 30 m de long, capable de filer entre 18 et 25 noeuds avec une charge maximale de 100 tonnes. L’EDA-R dispose d’une plate-forme élévatrice centrale accessible par rampes aussi bien à l’avant qu’à l’arrière, ce qui en fait un engin particulièrement adapté aux manoeuvres terre/mer. Test opérationnel du nouveau véhicule, Bold Alligator fut aussi une vitrine pour les constructions navales françaises (chantiers CNIM et SOCARENAM) d’autant plus que la Marine américaine cherche en ce moment à renouveler sa flotte de Landing Craft Air Cushion (LCAC): un aéroglisseur de grande capacité monté sur coussin d’air, pouvant se mouvoir entre 40 et 70 noeuds ainsi que parcourir une certaine distance sur la plage. La consommation en carburant de ces engins est cependant élevée par rapport à l’EDA-R.


Marins de la Navy et de la Royale, US Marines et Marsouins, apprirent donc à opérer ensemble durant ces quelques jours où LCAC et EDA-R enchaînèrent les exercices d’entrée et de sortie dans les radiers des BPC Mistral, USS San Antonio et USS Wasp. Les deux marines eurent donc l’occasion de confronter et d’approfondir leurs savoir-faire, de comparer leurs matériels en action, de faire travailler mutuellement leur état-major amphibie.

 

2012MTLN_10_1747.JPG

L'EDA-R débarque un AMX 10 RC sur la plage d'Onslow beach. Le BPC Mistral est visible à l'arrière-plan (source - ECPAD)

 

2012MTLN_10_1073.JPG

L'EDA-R sortant du radier du BPC Mistral (source - ECPAD)


(1) Lire à ce sujet DSI, “Marines. Anatomie d’un corps d’élite”, hors-série 22, février 2012.
(2) Ont notamment participé à l’exercice le porte-avions USS Enterprise CVN 65, 4 bâtiments d’assaut amphibie dont les USS Wasp LHD 1, USS Kearsarge LHD 3 et surtout le USS San Antonio LPD 17. Celui-ci est le premier d’une nouvelle classe de Landing Platform Dock (LPD). Divers navires d’escorte et de protection ont accompagné cette task force permettant la mise à terre de 2000 US Marines de l’Expeditionary Strike Group 2 (ESG 2) et du 2nd Marine Expeditionary Brigade (MEB 2).

 

USS-Nitze-DDG-94.jpg

Tir canon du destroyer lance-missiles USS Nitze DDG 94 (classe Arleigh Burke) le 7 février 2012  (source - US Navy)

 

FREMM---Message-2.jpg

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Comptes rendus
commenter cet article
15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 13:30

Midway"First hit at Midway" par Paul RENDEL

1942-2012. Il y a 70 ans la Deuxième Guerre mondiale entrait dans sa troisième année. Le conflit est devenu planétaire. On se bat sur quasiment tous les continents: en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie. Mers et océans deviennent de véritables champs de bataille qui s’étendent désormais “au-delà de l’horizon” avec le développement sans précédent du combat aéronaval. Après une période de brutales conquêtes, les puissances de l’Axe se heurtent à un raidissement allié sur tous les fronts. 1942 est une année en suspens où les armes résonnent partout, et où de grandes batailles terrestres et aérovanales sont livrées. Le monde retient son souffle: l’Axe est-il sur le point de l’emporter ou assiste t-on au début du redressement allié?

Base navale britannique, gardienne du détroit de Malacca et verrou stratégique majeur, Singapour capitulait devant l’armée impériale japonaise le 15 février 1942. Depuis l’attaque surprise du 7 décembre 1941, qui a détruit une grande partie de la flotte américaine du Pacifique, les armées japonaises sont à l’offensive dans tout le sud-est asiatique. Leur avance foudroyante place, dès le début des hostilités, la Malaisie en position d’objectif stratégique majeur. En effet, la péninsule malaise commande l’un des détroits majeurs de la région (le détroit de Malacca), mais elle ouvre aussi la route de la Birmanie – et au-delà de l’Inde – à l’ouest et celle de l’Indonésie au sud. L’île de Singapour, justement située à l’extrémité méridionale de la Malaisie, se trouve plus particulièrement au cœur de la prochaine bataille. Reliée au continent par un pont enjambant le détroit de Johor, Singapour borde sur plus d’une centaine de kilomètres le détroit de Malacca, et abrite la plus grande base navale britannique d’Extrême-Orient.

L’Angleterre n’ignore pas la menace qui plane sur la Malaisie et Singapour (1), mais en 1942 la priorité stratégique est donnée à l’Atlantique et l’Afrique du Nord. Au bord de l’effondrement, les Britanniques n’ont pas les moyens nécessaires à la défense de leurs possessions asiatiques. À cette faiblesse, les Japonais vont créer la surprise en déjouant les prévisions et la planification de l’état-major anglais. En effet, ce dernier prévoit en toute logique un débarquement japonais de vive force en provenance de la mer. Le risque à terre pouvant être contenu, pense t-il, par la destruction du pont reliant Singapour à Johor, l’état-major s’apprête à livrer bataille au sud de l’île. L’essentiel des moyens de la défense britannique y est donc massé. Afin d’affaiblir la concentration navale nécessaire à un tel débarquement, la Royal Navy tente d’intercepter et de détruire les convois japonais en envoyant sur zone deux de ses plus gros bâtiments de guerre: le HMS Prince of Wales et le HMS Repulse. Le premier est un cuirassé de la classe King George V, et le second est un croiseur de la classe Renown. Surpris sans aucune protection aérienne, les deux bâtiments sont coulés par les avions japonais le 10 décembre 1941. Cette défaite navale britannique, intervenant alors que la bataille de Malaisie venait de commencer - et trois jours seulement après le bombardement de Pearl Harbor -, consacrait désormais la supériorité définitive de l’avion sur le cuirassé.

À la mi-janvier, l’ensemble de la péninsule malaise tombe donc aux mains de l’armée du Mikado, et le corps de bataille anglais se replie sur l’île de Singapour dont la bataille débute les 7 et 8 février. Contrairement à l’attente britannique, et nonobstant la destruction du pont principal, les Japonais surprennent la défense adverse en attaquant par la terre, c’est-à-dire par le nord-ouest au moment où la défense anglaise restait tournée vers le sud, vers la mer. La ville de Singapour, mise en état de siège par le Général Arthur Ernest PERCIVAL, est rapidement assiégée. Privée de tous secours, ayant épuisée ses munitions, à court d’eau potable également, la garnison anglaise capitule le 15 février 1942.

Iman, élève de 2nde 6, nous raconte « le pire désastre et la capitulation la plus importante de l'histoire britannique » selon les mots de Winston S. CHURCHILL.

 (1) Au moins depuis 1935.

Marine-de-guerre-imperiale.jpgPavillon de la Marine de guerre japonaise

La conquête de la Malaisie

Le jour même de l'attaque contre Pearl Harbor, le Japon lança son offensive générale dans le Pacifique. A l'extrémité sud de la Malaisie, se trouvait la grande base navale de Singapour emblème majeure de la présence occidentale en Asie. Le Japon chargea le général Tomoyuki Yamashita de la conquête de la péninsule. Il prévoyait l'attaque terrestre d'une partie de ses forces depuis le territoire de l'allié siamois (Thaïlande) et le débarquement du reste de ses troupes en plusieurs points de la côte est de la Malaisie. L'assaut fut déclenché le 8 décembre, quelques heures après l'attaque de Pearl Harbor. Dès le début de l'offensive japonais, les Britanniques furent contraints d’abandonner. Avec un fort avantage aérien  et navale, Yamashita ordonna de nombreux débarquements successifs sur les côtes Est et Ouest de la péninsule malaise. Durant tout le mois de décembre, Yamashita resta fidèle à sa tactique qui consistait à lancer un assaut frontal, souvent nocturne, à l'aide de petites unités soutenues par des chars; ensuite, il débarquait en force sur les flancs et les arrières de l'ennemi qui était contraint de se replier, une fois de plus, vers une autre position défensive.

 

L’assaut contre Singapour

Le 8 février 1942, plus de 400 canons japonais commencèrent à bombarder l'île. Le 9 février, les hommes de Yamashita s'étaient emparés de l'aérodrome de Tengah Le 11 février, les Japonais proposèrent aux Britanniques de se rendre mais Percival refusa. Le 14 février, tandis que Percival renonçait à une tentative de reconquête des réservoirs d'eau, les Japonais s'emparèrent de l'hôpital Alexandra où ils se livrèrent au massacre de la majeure partie des blessés et du personnel soignant. Percival renonça le 15 février à 18h10, au moment même où Yamashita envisageait de mettre un terme à son offensive et à se replier sur la péninsule.

 

Une défaite humiliante

 

La conquête japonaise de la Malaisie, longue de plus de 800 kilomètres, s'effectua en 70 jours au prix de 3.500 tués et environ 6.000 blessés, en plus de 30 blindés et 50 avions perdus. Les Britanniques perdirent au moins 9.000 tués et blessés en plus de 200 avions. Ce fut à coup sûr la plus grave défaite de toute l'histoire militaire britannique.

Tigre---Message-2.jpg

 

COMMÉMORATION 1942

 

Marjorie - Le Victory program (6 janvier 1942)

Ufkun - La fin de la conférence d'Arcadia (14 janvier 1942)

Nassima - La conférence de Wannsee (20 janvier 1942)

Repost 0
Enseignant Défense Iman - dans Agenda-Commémorations
commenter cet article
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 08:54
Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Éducation à la Défense
commenter cet article
29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 08:34

Kaboul---Dimanche-22-janvier-2012.jpg

Aéroport de Kaboul, le dimanche 22 janvier 2012. Les corps de nos quatre soldats sont levés pour être rapatriés en France (source - Joel SAGET/AFP, Le Figaro)

 

2011ECPA347G042 052

(source - ECPAD)

 

Les lettres de soldats aux lycéens de Galilée comme les photographies de presse montrent que l'hiver afghan est désormais bien là. Et c'est sous la neige que les soldats français - accompagnés de délégations des différents contingents de l'OTAN - ont rendu un dernier hommage dimanche 22 janvier 2012 à l'aéroport de Kaboul à leur quatre camarades des 93e RAM et 2e REG tombés sous les balles d'un soldat afghan renégat.

 

Depuis dix ans, les témoignages de mères, d'épouses, de compagnes et de proches de soldats tués en Afghanistan s'accumulent. Tous particuliers, ils témoignent cependant avec la même force de cette période à la fois douloureuse et "irréelle" qui s'écoule de l'annonce du décès à la fin des cérémonies; lorsque la famille se retrouve seule face à la solitude et à la conscience grandissante du vide laissé. Si, au-delà de la lettre des programmes dits d'Éducation civique, le Civisme républicain est réellement porteur de conscience et d'humanité, l'hommage rendu par les citoyens aux soldats tombés au combat devrait être naturel. Déclarations et sondages d'opinion réclamant le retour prématuré - voire accéléré - de nos troupes, quitte à compromettre des années d'efforts ne sont pas cet hommage. Bien au contraire, ils nient le sens et la valeur du sacrifice consenti.

 

Dans sa forme, l'hommage est d'abord institutionnel et se réalise en trois étapes. Les corps des soldats sont d'abord amenés à l'Hôtel des Invalides où ils reçoivent l'hommage de la Nation. Puis ils sont ensuite acheminés dans leur unité où ils reçoivent les honneurs militaires. À l'issue de cette deuxième et dernière cérémonie officielle, ils sont enfin remis aux familles qui débutent véritablement leur travail de deuil au terme de l'inhumation privée. Les hommages officiels pourront  paraître d'une pesanteur insupportable dans de telels circonstances. Ils sont pourtant d'une importance fondamentale en rappelant au pays que c'est bien plus qu'un simple citoyen qui vient de partir, mais un soldat qui a d'abord fait don de sa vie au pays. Il en devient un Héros et s'inscrit dans une geste sacrificielle qui n'appartient pas à la victime quelle que soit la destinée tragique de celle-ci.

 

C'est cela qu'une foule d'un millier de personnes a exprimé mardi dernier lorsque le cortège amenant les corps de l'Adjudant-chef Denis ESTIN, de l'Adjudant-chef Fabien WILLM, du Sergent-chef Sliven SIMEONOV et du Brigadier-chef Geoffrey BAUMELA, a traversé le Pont Alexandre III à Paris aux alentours de 11.30. Le convoi se rendait aux Invalides. La traversée d'un pont ce n'était pas beaucoup pour le dire et pour le montrer, mais un millier de citoyens c'était exceptionnel dans un pays si peu habitué à reconnaître la valeur militaire.

Pont-Alexandre-III--mardi-24-janvier-2012--copie-1.jpg

Le cortège funèbre traversant le Pont Alexandre III à Paris le mardi 24 janvier (source - Patrick KOVARIK/AFP, Le Figaro)

 

Groupe Facebook 2

IN MEMORIAM

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Éditorial
commenter cet article
28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 19:53

Jeudi-26-janvier-2012.jpg

 

Le jeudi 26 janvier 2012, l’Adjudant-chef N-TECH Laurent CLEMENT est venu sensibiliser un public de 60 élèves et étudiants de BTS du Lycée Galilée. Poursuivant le partenariat noué depuis l’année dernière entre l’établissement scolaire et le Groupement de Gendarmerie Nationale de Seine-et-Marne, le sous-officier a plus particulièrement développé, cette année, les risques liés aux réseaux sociaux alors qu’il avait davantage insisté, l’année précédente, sur les problèmes des blogs. À la fois pédagogue et prompt à répondre aux élèves à partir d’exemples très concrets, l’Adjudant-chef CLEMENT n’a pas cherché à inquiéter les élèves sur un sujet où malheureusement les dérives (harcèlement, injures, chantage, escroqueries…) augmentent sensiblement. En revanche, il les a clairement mis en garde expliquant à la fois son travail, les caractéristiques des réseaux sociaux, et les réflexes élémentaires de protection vis-à-vis de ces derniers.

 

Les unités N-TECH de la Gendarmerie nationale sont réparties sur tout le territoire à raison d’une unité par département. Ces gendarmes ne sont pas nombreux mais ils ont un savoir-faire de pointe et sont plus que jamais sollicités dans les diverses enquêtes. En charge de l’extraction de preuves numériques selon des protocoles particuliers, les gendarmes N-TECH travaillent aussi bien sur des infractions informatiques que sur des enquêtes plus classiques (viols et crimes par exemple) qui nécessiteraient un supplément d’enquête technique. Ils font ainsi parler le matériel même en mauvais état, disposant de moyens informatiques à la fois matériels et logiciels très performants. À partir d’un contenu d’ordinateur ou de téléphone portable, les N-TECH peuvent aider à déterminer les traits de personnalité d'un suspect ou d'une victime ou retrouver des traces perdues depuis longtemps.

 

À partir de cette présentation, l’Adjudant-chef CLEMENT a abordé la question complexe des réseaux sociaux (Facebook, MySpace…) qu’il a distingué des réseaux communautaires (1). Échangeant directement avec des élèves intéressés par le propos, le sous-officier a privilégié le réseau Facebook dans son approche, sachant que celui-ci est la plate-forme favorite des jeunes. Les chiffres donnent d’emblée le tournis: Facebook c’est aujourd’hui entre 750 et 800 000 000 de membres inscrits (2), plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaire annuel et 4 milliards d’ “objets” (3) échangés par jour. Les réseaux sociaux jouent beaucoup sur la méconnaissance de leur charte par les membres eux-mêmes. Lire une charte doit être un premier réflexe avant toute inscription. On y trouvera la mention  de l’âge légal d’inscription (4) mais aussi les conditions d’utilisation des données personnelles mises en ligne. Ainsi, et contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les bannières publicitaires qui constituent les recettes principales de Facebook, mais la vente des données personnelles des utilisateurs du réseau créé en 2004 par Mark ZUCKERBERG… La “gratuité” de l’inscription sur Facebook est donc relative: âges, goûts et intérêts des utilisateurs étant analysés et vendus à des fins d’études de marché et de campagnes publicitaires.

 

L’analyse de l’Adjudant-chef CLEMENT a, donc, permis de plonger rapidement le public scolaire dans la problématique de la sensibilisation à savoir qu’un individu ne prendra conscience de la défense de son entreprise et de son pays que s’il apprend déjà à se protéger lui-même. Ici, en l’occurrence, à travers la gestion des données personnelles mises en ligne. Soulignant les dangers de l’addiction aux réseaux sociaux, le gendarme a aussi insisté sur ceux liés à une exposition imprudente des photographies personnelles (88% des adolescents), des adresses courriel (68%) et des adresses postales (27%). Ces chiffres amènent aux conclusions suivantes:

  • L’intimité n’existe pas sur INTERNET, plus particulièrement sur les réseaux sociaux. Tout ce qui est mis en ligne n’appartient plus à l'individu, et est désormais vu de tous.
  • Le harcèlement, les indiscrétions, les injures, etc. ont toujours existé, mais avec INTERNET et les réseaux sociaux ils ne sont plus circonscrits à l’école ou l’entreprise. Ils deviennent ainsi permanents et violent l’intimité.
  • Il faut toujours contrôler les données que l’on met en ligne en ayant conscience du caractère irréversible de l’opération. Un “objet” ne "meurt" que s’il n’est plus téléchargé ni conservé, ce qui est toujours impossible à vérifier.

(1) Les réseaux sociaux rassemblent les internautes de la manière la plus large pour des rencontres et des échanges. L’objectif reste la socialisation alors que les réseaux communautaires (Tweeter par exemple) rassemblent davantage autour d'un centre d’intérêt commun. La distinction reste cependant fine, les réseaux communautaires constituant un type de réseaux sociaux.

(2) Dans ce nombre, il est à prendre en compte de nombreux doublons et inscriptions multiples pour un même internaute…

(3) Par objet, il faut comprendre les conversations, les photographies, les vidéos…

(4) 13 ans pour Facebook.

Tigre---Message-2.jpg

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Comptes rendus
commenter cet article
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 22:23

Dans le cadre de l'offensive Vistule-Oder, lancée le 12 janvier 1945, l’Armée soviétique libère la Pologne et, avec elle, les six camps d’extermination que les Nazis ont construits durant la guerre. C’est le 27 janvier que le plus grand et le plus emblématique d’entre eux, Auschwitz, est enfin libéré.

 

Ville frontalière austro-hongroise, Auschwitz se situait dans l’une des provinces les plus pauvres de l’empire : la Galicie. Au XIXe siècle, les flux migratoires avaient fait de cette bourgade un carrefour, donnant naissance au quartier périphérique dortoir de Zasole (1) caractérisé par des bâtiments en briques pouvant accueillir jusqu’à 3000 personnes. Ces bâtiments furent réutilisés par la suite par le 21e Régiment d’artillerie polonais, lorsque la ville devint polonaise au lendemain de la Première Guerre mondiale. En 1939, Oswiecim (nom polonais d’Auschwitz) est une ville de 10 000 habitants, dont 50% sont juifs. Elle est rattachée à la région de Haute-Silésie. Ce sont les infrastructures de Zasole et la qualité de la desserte ferroviaire reliant Cracovie à Berlin et Hambourg via Katowice et Breslau, qui vont déterminer le choix d’un premier camp de concentration en 1940.

 

À partir du printemps 1940, et sur la base de l’ancienne caserne du 21e Régiment d’Artillerie polonais, naît donc Auschwitz I Stammlager ou « camp souche » (2). Auschwitz est d’abord un camp de concentration auquel s’attache le nom du SS Obersturmbannführer Rudolf Franz Ferdinand HÖSS (1900-1947). Pur produit du système concentrationnaire nazi, HÖSS arrive à Auschwitz avec l’expérience des camps de Dachau et de Sachsenhausen. Il passera toute la durée de la guerre à agrandir et à organiser, ce qui n’était à l’origine qu’un seul camp, en un ensemble concentrationnaire s’étendant sur plusieurs km2. En octobre 1941, un organisme de la SS - la Zentralbauleitung der Waffen SS und Polizei Auschwitz – est spécifiquement affecté à la construction d’un chantier permanent, jamais achevé. Des villages entiers sont soit déplacés soit effacés de la carte, les marais alentours sont asséchés, des établissements agricoles et industriels sont installés. Les divers chantiers occupent 8000 détenus en 1942, 11 000 en 1943 et encore 4000 en 1944.

 

C’est ainsi qu’apparaît, en octobre 1942 à 7 kilomètres à l’est du Stammlager, un ensemble de dix camps auxiliaires regroupant la main d’œuvre servile nécessaire au fonctionnement de la grande usine d’essence et de caoutchouc synthétique de l’IG Farben : la Buna-Werke (3). Bâtis aux alentours du village de Monowitz (Monowice) vidé de sa population, ces camps constituent la partie stratégique et industrielle du complexe appelée Auschwitz III–Monowitz. À quatre reprises l’US Air Force - 15th Air Force basée à Foggia en Sicile - devait bombarder la Buna-Werke entre août et décembre 1944. Ce qui entre donc dans l’Histoire sous le nom d’ « Auschwitz » est, en fait, un vaste complexe concentrationnaire regroupant plusieurs camps entre la Vistule et la Sola sur 40 km2. L’ensemble est organisé en trois parties principales à partir de 1943 : Auschwitz I Stammlager, Auschwitz III-Monowitz et, surtout, Auschwitz II.

 

C’est la deuxième partie du complexe, Auschwitz II, qui est devenu le symbole même de la "Solution finale". Construit dès l’année 1941 à l’emplacement du village de Brzezinka (Birkenau en allemand) situé à 3 kilomètres à l’ouest d’Auschwitz, équipé d’installations de gazage/crémation dès 1942, recevant la spécification d’Auschwitz II en 1943, le camp d’Auschwitz-Birkenau est devenu le symbole du meurtre de masse ; celui qui par métonymie se confondra avec la Shoah. C’est dans ce camp que plus d’un million de Juifs furent assassinés sans distinction de sexe ni d’âge, et que l’appellation d’ « usine de la mort » s’est matérialisée dans toute son ampleur, du concept à la technique.

 

Encore visible de nos jours, le camp de Birkenau se présente comme un espace immense de 2340 m sur 720, soit 170 ha fermés par 16 km de barbelés. On y comptait 300 baraques tout usage confondu, parcourus par 13 km de fossés de drainage et 12 km de routes. Les convois ferroviaires venus de toute l’Europe y accédaient directement, mais n’allaient pas au-delà. Birkenau était un terminus et c’est sur le dernier quai – la Judenrampe située à 800 mètres du camp (4) – que la terrible « sélection » s’opérait. Sur les huit installations de gazage homicide construites dans l’ensemble du complexe d’Auschwitz, six se situaient à Birkenau : le bunker 1 dit la « Maison rouge », le bunker 2 dit la « Maison blanche » et les bâtiments KII, KIII, KIV, KV (K pour Krematorium). L’installation KI se situait au Stammlager et regroupait en sous-sol le block 11 et le crématoire 1. Par installation de gazage homicide, il faut comprendre une salle de gazage proprement dite mais aussi une infrastructure de crémation destinée à détruire les corps. Ce sont les installations KII et KIII qui iront le plus loin dans cette logique en intégrant de la manière la plus rationnelle les deux fonctions au sein d’un même bâtiment, selon un processus quasi industriel (dimension, linéarité, équipements lourds...). Ces installations furent aussi les dernières à être construites, prenant en compte les différents retours d’expérience du meurtre de masse.

 

À la fin de l’année 1943, l’essentiel de celui-ci est d’ores et déjà réalisé. Il ne reste pus qu’une dernière grande communauté juive, celle de Hongrie, relativement « protégée » jusqu’au printemps 1944, date où son extermination commence. Un document exceptionnel, appelé « L’Album d’Auschwitz », retrace ce dernier voyage des Juifs de Hongrie. Prises par les SS eux-mêmes (Ernst HOFFMAN et Bernhard WALTER), ces 193 photographies furent récupérées par une rescapée du camp de concentration de Dora (où il a été retrouvé), Lili JACOB (épouse ZELMANOVIC). Elles ne montrent pas l’extermination directe (le gazage) mais l’environnement et le processus qui la précèdent. Elles n’en constituent pas moins la preuve photographique de l’existence des installations de gazage homicide, ces dernières ayant été détruites par les Allemands avant l’évacuation du camp (5).

 

Le 27 janvier 1945, les soldats de la 60e Armée soviétique parviennent enfin dans la région et libèrent le camp de Birkenau évacué depuis peu par les SS. Plus d’un million de personnes ont été assassinées en ce lieu depuis l’entrée en fonction du camp, mais les soldats soviétiques ne trouvent que quelques milliers de prisonniers affamés et des entrepôts remplis à craquer de valises, de vêtements, de lunettes et de chaussures (l’ « Effektenlageer-Kanada ») que personne ne viendra réclamer. Espace à la fois "peuplé" et dépeuplé,  empli du vacarme des trains et des foules mais aussi de silence, Auschwitz-Birkenau, aujourd'hui, appartient à l'Histoire mais pas une histoire uniquement juive, polonaise ni même européenne. Il s'agit de l'Histoire de l'Humanité toute entière, qui continue et continuera d'interroger nos consciences tant qu'il y aura des hommes. À Birkenau, les corps n'ont pas seulement été tués. Ils ont été incinérés, et leurs cendres dispersées dans la Sola et la Vistule selon la volonté des Nazis qui désiraient jusqu’à effacer la mémoire de ces existences. Auschwitz-Birkenau est le plus grand cimetière du monde, mais un cimetière sans tombes.

 

Auschwitz-aujourd-hui-2.png

Le camp d'Auschwitz II Birkenau est encore nettement visible de nos jours à la sortie ouest de Brzezinka (Birkenau en allemand). L'espace a gardé les traces de cet immense camp aussi étendu que la ville voisine. L'ancienne gare de triage (Judenrampe), au sud de la gare de triage moderne, est elle aussi bien visible (source - Google Earth)


(1) Zasole est en fait un faubourg situé à moins d’un kilomètre au Nord-Est d’Auschwitz.
(2) La distinction entre Auschwitz I, II et III apparaîtra plus tard avec la création d’autres camps et l’élargissement d’une "zone d’intérêt". En 1940, on parle encore d’un simple camp de concentration.
(3) Le terme « Buna » désignant le caoutchouc synthétique nécessaire à l’industrie d’armement allemande.
(4) Avec l’augmentation du nombre de convois dès le printemps 1944 – une augmentation correspondant à la destruction en cours de la communauté juive de Hongrie – la voie ferrée est prolongée jusqu’à l’intérieur du camp où elle se divise en 3 sections : c’est la Banhrampe ou rampe principale.
(5) L’interdiction faite de prendre des photographies (d’où le caractère exceptionnel de l’album) et cette destruction des installations avant l’arrivée de l’armée russe, attestent que les premiers négationnistes furent les assassins eux-mêmes, bien avant ceux que Pierre VIDAL-NAQUET devait appeler « Les assassins de la mémoire ».

 

FREMM---Message-2.jpg

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Agenda-Commémorations
commenter cet article
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 09:09

Logo GTIA Tiger

Insigne du GTIA Tiger (Afghanistan 2011/2012)

 

Suite à l'action de soutien de plusieurs classes en fin d'année 2011, le Lycée Galilée vient de recevoir un courrier du GTIA Tiger répondant à l'envoi de lettres de lycéens à l'occasion des fêtes de Noël. À des "lettres aux soldats" répondent, donc, des "lettres de soldats", parfois personnalisées dans une réponse directe à un ou une élève, parfois de portée plus générale. Dans un environnement particulièrement dangereux - comme vient de le montrer l'actualité récente -, si différent de ce qu'ils ont pu connaître ici, en France et en Occident, ce sont d'autres jeunes - à peine plus âgés - qui prennent un temps très certainement compté entre deux missions pour répondre à nos futurs bacheliers. Les mots sont forts car ils sont sincères. Ils décrivent l'hiver afghan qui survient en ce moment même, et cette beauté de l'Hindu Kush dont les soldats ne peuvent pleinement profiter. Ils décrivent aussi ce que les événements leur font prendre comme recul. La solitude de l'homme face au danger ne leur laisse que cette camaraderie unique et exceptionnelle, inhérente au monde militaire. L'idée d'un engagement supérieur pourra aussi apparaître plus ou moins clairement au détour de quelques lignes, mais même inconsciente elle en fait d'ores et déjà des Héros non des victimes.

 

Icône pdf 1

Sergent Christopher (27e BCA)

 

Icône pdf 1

Caporal-chef Thomas (27e BCA)

 

Icône pdf 1

Caporal-chef Nicolas (27e BCA)

 

Icône pdf 1

Caporal Richard (27e BCA)

 

Icône pdf 1

Caporal Kévin (27e BCA)

 

Groupe Facebook 2

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Comptes rendus
commenter cet article
24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 08:55

Dans le cadre du Plan Hommage, le Sergent-chef Svilen SIMEONOV du 2e REG, l’Adjudant-chef Denis ESTIN, l’Adjudant-chef Fabien WILLM, le Brigadier-chef Geoffrey BAUMELA du 93e RAM, tombés en Afghanistan le vendredi 20 janvier dernier, recevront les honneurs de la Nation à l'Hôtel des Invalides en fin de matinée (12.00). Celles et ceux qui voudraient leur rendre un dernier hommage pourront le faire aujourd'hui sur le Pont Alexandre III où le convoi funèbre passera entre 11.30 et 12.00.

 

Groupe Facebook 2IN MEMORIAM

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Agenda-Commémorations
commenter cet article
21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 17:50

93e RAM-2e REG

 

4 soldats français ont été abattus hier aux environs de 8.00 (heure de Kaboul) par un soldat afghan. L’attaque, qui s’est produite dans la base opérationnelle avancée (FOB) de Gwan située dans la vallée de Tagab au sud de la Kapisa, a également blessé 16 autres militaires français dont le capitaine commandant le détachement. Les blessés ont été très rapidement héliportés vers les hôpitaux militaires français de Kaboul et américain de Bagram. 5 d’entre eux sont dans un état particulièrement grave et, dès aujourd’hui, un avion C135-FR conditionné MORPHEE devrait en rapatrier 12 en France.

 

Les militaires français effectuaient une séance de sport (course à pied) et ne portaient aucune protection balistique (1). Ils n’étaient pas non plus armés contrairement aux militaires américains qui, eux, pratiquent le sport avec une arme. Les 4 morts sont 3 sous-officiers et un militaire du rang. Tous exerçaient le rôle d’instructeur au sein d’une OMLT (Operationnal Mentoring and Liaison Team), ces unités en charge de l’encadrement et du soutien de l’Armée Nationale Afghane (ANA). Le soldat afghan qui a ouvert le feu avec un fusil d’assaut s’est enfui avant d’être capturé (2). Il s'appelle Abdul MANSOUR et appartient au Kandak 34, dont les militaires tués et blessés avaient en charge l’instruction.

 

Cette deuxième attaque “green on blue” (3) contre les forces françaises est particulièrement grave, car 1- elle survient quelques semaines seulement après une autre attaque de ce type et cause des pertes encore plus lourdes 2- elle compromet l’indispensable confiance entre les OMLT et l’ANA 3- elle est de nature à transformer l’engagement déjà fragile de notre pays en Afghanistan comme les déclarations quasi immédiates du Président Nicolas SARKOZY l’ont laissées entendre. D’emblée, les opérations des OMLT et POMLT françaises ainsi que le programme de formation des officiers afghans (EPIDOTE) ont été suspendues, et la menace d’un retrait accéléré et prématuré de nos forces du théâtre afghan a été clairement agitée. Cette menace est à relativiser cependant car, d’une part, la France reste liée à une coalition dont elle ne maîtrise pas tous les éléments du calendrier de retrait. D’autre part le retrait en tant que tel imposera une certaine lourdeur technique et logistique qui prendra un certain temps d’autant plus que le contexte tactique – comprendre la protection des FOB et des convois – reste actuellement tendu.

 

Le plus grave dans ce genre d’attaque, qui tend à se répéter, est inconstetablement la rupture de confiance qu’elle produit des niveaux divers. Une première rupture déjà au niveau des hommes qui font la guerre. Comment nos militaires peuvent-ils accomplir leurs missions si, désormais, à la menace adverse s’ajoute une insécurité grandissante en provenance de troupes “amies”? En entraînant une suspension des opérations conjointes avec l’ANA, l’Armée française risque à son tour de rompre un lien de confiance qui n’a pas toujours été facile à établir avec les Afghans. Elle risque, le temps de son retrait, de connaître ce que les Américains avaient connu en Irak à savoir - pour se protéger - un repli sur ses FOB, coupée de tous contacts avec la population. Ce qui n’est évidemment pas la meilleure des attitudes en matière de “conquête des coeurs et des esprits…” Bien plus grave, ce fait de guerre devenu événement médiatique en période électorale pousse à des déclarations (aussi bien du pouvoir que de l’opposition) faisant douter de la solidité de notre démocratie face à l’épreuve de la guerre fut-elle juste. Nonobstant l’action de Mme Françoise HOSTALIER, Député du Nord, sur le point de rendre un rapport parlementaire sur la transition afghane, les réactions politico-médiatiques illustrent davantage la perte de confiance de notre pays en sa capacité de résilience.

 

Qui est ce soldat afghan qui a ainsi ouvert le feu sur d'autres soldats sensés être ses compagnons d’armes? Les Taliban se sont empressés de revendiquer l’action comme ils l’avaient fait pour le “green on blue” du 29 décembre. Dans un premier temps et en l’absence d’informations précises, on pense immédiatement à une infiltration ou à l’action d’un renégat: ces fameux “soldats retournés” par les insurgés. Dans le cas présent l'information semble se vérifier, l'enquête établissant que le soldat afghan qui a tiré est bien un Taliban infiltré. Âgé de 21 ans, il s'était d'abord engagé dans les rangs de l'ANA avant de déserter puis de revenir s'engager après, pense-t-on, un séjour au Pakistan.  Il s'avère cependant que ce genre de situation, qui voit des soldats et des policiers afghans tourner leur arme contre leurs alliés, pourrait être beaucoup plus complexe. Un récent rapport de l’OTAN, rendu public par le New-York Times, recense sur une période allant de mai 2007 à mai 2011 26 attaques de ce type ayant causé la mort de 58 soldats occidentaux. L’étude ne porte que sur trois provinces et quelques centaines de témoignages, mais elle tente de dégager une tendance qui montre que ce genre d’attaques est en nette augmentation. Elles correspondraient à 6% des pertes de l’OTAN jusqu'à présent, et traduiraient de profondes incompréhensions culturelles (4) plutôt qu’une stratégie talibane concertée, quand bien même ce dernier calcul demeure t-il réel comme le montre l'attaque d'hier.

 

Le “caporal stratégique” (5) n’aura jamais été autant mis à l’épreuve qu'en Afghanistan, alors que beaucoup de soldats de l’ANA sont perçus comme des menteurs et des voleurs, des combattants peu fiables, et que ces derniers ne ressentent qu’arrogance de la part des soldats occidentaux. Dans un tel contexte - le fossé  linguistique et culturel aggravant les incompréhensions - la moindre altercation peut être vécue comme une humiliation à laquelle répondra une réaction de haine et une inévitable réparation d’honneur.

 

Le Sergent-chef Svilen SIMEONOV avait 34 ans. Il était marié et père d’un enfant. Avec lui, le 2e Régiment Étranger de Génie (2e REG) est de nouveau frappé après la perte de l’Adjudant-chef Mohammed EL-GHARRAFI et du Sergent Damien ZINGARELLI le 29 décembre dernier. L’Adjudant-chef Denis ESTIN avait 45 ans. Il était marié et père de deux enfants. L’Adjudant-chef Fabien WILLM avait 43 ans. Il était marié et père d’un enfant. Le Brigadier-chef Geoffrey BAUMELA avait 27 ans. Il était père d’un enfant. Tous trois appartenaient au 93e Régiment d’Artillerie de Montagne (93e RAM) dont ce sont les premières pertes en Afghanistan. “Défense et Démocratie” s’associe au deuil de l’Armée de Terre ainsi qu’à la douleur des familles et des proches de ces 79e, 80e, 81e et 82e soldats tombés pour la France en terre afghane.

 

C Sliven SIMEONOV

Sergent-chef Svilen SIMEONOV (2e REG)

C Denis ESTIN

Adjudant-chef Denis ESTIN (93e RAM)

C-Fabien-WILLM.jpg

Adjudant-chef Fabien WILLM (93e RAM)

Brigadier-chef-Geoffrey-BAUMELA.jpgBrigadier-chef Geoffrey BAUMELA (93e RAM)


(1) Au même titre que l’Adjudant-chef Mohammed EL-GHARRAFI et le Sergent Damien ZINGARELLI, tués dans des circonstances proches le jeudi 29 décembre dernier.

(2) Contrairement à l’attaquant du 29 décembre qui, lui, a été abattu.

(3) C’est ainsi que les Américains désignent ces attaques provenant de soldats ou de policiers afghans contre les forces alliées, les couleurs désignant les couleurs des deux armées: vert pour l’ANA et bleu pour l’OTAN.

(4) Le rapport de l’OTAN parle d’une “crise de confiance et d’incompatibilité culturelle” entre les soldats occidentaux et leurs homologues afghans.

(5) La notion de "caporal stratégique" a été énoncée pour la première fois par le Général Charles C. KRULAK du Corps des Marines des États-Unis, dans un article devenu célèbre: "The strategic corporal: leadership in the three block war", in Marines magazine, january 1999. Par cette expression, KRULAK désigne le rôle désormais majeur joué sur le terrain par les militaires les moins gradés dont l’attitude au sein des populations, et en présence des médias, peut induire des conséquences stratégiques et politiques imprévisibles. La notion n'est pas forcément négative et peut souligner une qualité de formation, d'initiative, d'action et de responsabilisation au plus bas niveau de la hiérarchie. Malheureusement, le "caporal stratégique" est davantage perçu  dans l'actualité comme le (ou les) soldat(s) qui, par leurs actions irresponsables voire condamnables,  jette(nt) l'opprobre sur une cause et s'avère(nt) contre-productif pour l'engagement stratégique. Le récent scandale montrant des soldats américains urinant sur des cadavres de Taliban en est un exemple concret, et l'ironie aura voulu que ces snipers appartiennent au Corps des US Marines... La scène étant, en effet, de nature à grossir les rangs de l'insurrection, à discréditer le rôle des États-Unis en Afghanistan et, in fine, à attiser la haine de l'Occident.

 

Groupe Facebook 2

 IN MEMORIAM

Repost 0
Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Comptes rendus
commenter cet article

Armée-Nation

  • : Défense et Démocratie
  • Défense et Démocratie
  • : Participer à la défense de la Démocratie et de ses valeurs en promouvant l'Éducation à l'Esprit de Défense au sein de l'École
  • Contact

ISAF - FINUL - Serval


Recherche

Archives