2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 21:28

IL Y A 68 ANS SE TERMINAIT LA BATAILLE DE STALINGRAD

 

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Prisonnier allemand sur le front russe

 

Il y a 68 ans se terminait l’une des plus grandes et des plus meurtrières batailles de tous les temps: la bataille de Stalingrad. Emblématique du tournant de la guerre sur le front de l’Est, la bataille de Stalingrad est, aussi, et encore de nos jours, considérée comme la “mère” de toutes les batailles urbaines. Par sa durée – d’août 1942 à février 1943 -, par la dimension symbolique que les deux dictateurs lui ont donné, par l’acharnement des combats et l’ampleur des pertes humaines aussi bien civiles que militaires, la bataille de Stalingrad figure incontestablement comme l’un des plus grands affrontements militaires de notre époque contemporaine.

 

Dans le cadre de la nouvelle offensive d’été allemande sur le front de l’Est, et au lendemain du coup d’arrêt porté par l’Armée rouge devant Moscou, le Groupe d’Armées B reçoit pour mission de percer dans une immense région au sud de la Russie, traversée par un long fleuve: le Don. Le Don, qui se jette en Mer d’Azov, décrit un large coude à l’endroit où les forces allemandes doivent progresser. C’est la “boucle du Don” dont le saillant se rapproche d’un autre fleuve situé plus à l’Est: la Volga. C’est sur la Volga, à peu près à la hauteur du saillant que forme le Don, que se trouve la ville de Stalingrad (Volgograd de nos jours).

 

La percée du Groupe d’Armées B a été planifiée dans une opération de “grand style” qui reçoit le nom de code “Fall Blau” (plan bleu). Mais changeant les objectifs stratégiques de l’opération Fall Blau, afin de s’assurer les gisements pétrolifères du Caucase, Adolf Hitler déroute vers le Sud une grande partie du Groupe d’Armées B – notamment ses moyens mécanisés -, laissant la VIe Armée du Général Friedrich Wilhelm Ernst PAULUS quasiment seule dans la boucle du Don. Cette réorientation stratégique des forces allemandes est connue sous le nom d’opération Braunschweig, et elle intervient le 23 juillet 1942. PAULUS reçoit alors pour mission de continuer vers l’Est, afin d’atteindre la Volga et de conquérir la ville de Stalingrad.

 

La VIe Armée fonce, donc, sur Stalingrad, flanquée au Nord par la IIIe Armée roumaine et au Sud par la VIIIe Armée italienne et la IVe Panzerarmee du Général Hermann HOTH. Face à elles, les 62e et 64e Armées soviétiques sont commandées par les généraux Kolpatchki, GORDOV et Vassili TCHOUIKOV. Peu aguerries, constituées de divisions aux effectifs numériquement inférieurs par rapport à leurs homologues allemandes, ces deux armées vont opposer une résistance acharnée qui va considérablement ralentir l’effort allemand. Repoussées dans et au Sud de Stalingrad à la mi-août, elles se battent avec l’énergie du désespoir, acculées à la Volga et ne recevant que très peu de renforts jusqu’en novembre. Ces derniers doivent, par ailleurs, franchir le fleuve pour les rejoindre, et sont constamment harcelés par les bombardements allemands.

 

Les troupes du Général Paulus atteignent les faubourgs de Stalingrad aux environs du 20 août 1942. La ville est violemment bombardée par la Luftwaffe qui en détruit 80% du bâti urbain, et tue plus de 40 000 civils. La bataille change cependant de physionomie. Aux grandes manoeuvres mécanisées dans la boucle du Don, succède un combat urbain où la progression est aussi lente que meurtrière, où la consommation en munition augmente de manière très importante. L’horizon et les obstacles qui s’offrent aux combattants n’ont plus rien à voir avec celui de la Blitzkrieg.

 

Alors que l’automne commence à se faire sentir, et qu’approche le terrible hiver russe, les combats atteignent une violence inouïe. Stalingrad est une bataille urbaine de très haute intensité. On se bat dans les rues, les maisons, les usines, jusque dans le réseau d’égoût. Il n’est pas rare qu’un même bâtiment soit occupé dans ses différents étages par Russes et Allemands qui se côtoient à quelques mètres à peine. Les positions changent de mains à plusieurs reprises, et la progression est de l’ordre de quelques mètres seulement. Mines, mitrailleuses, et snipers sont de véritables cauchemars, et les pertes humaines sont très élevées de part et d’autre. Lors d’une contre-attaque pour reprendre une colline névralgique surplombant la ville – le Kourgane Mamaïev -, les Soviétiques perdent 10 000 hommes en 24.00 (1). La 13e Division de Fusiliers de la Garde qui a mené l’assaut, afin d’empêcher l’artillerie allemande de s’installer sur cette colline (2), a cessé d’exister au soir de cette bataille. Véritable bataille au sein d'une autre bataille, l'assaut de Mamaïev - parmi tant d'autres exemples - permet de comprendre le coût humain global d'une telle confrontation. Du 16 au 17 septembre, alors que d'autres combats ont aussi lieu ailleurs dans Stalingrad, sur Mamaïev les Soviétiques perdent en moyenne 416 hommes par heure, soit 7 hommes environ tués ou blessés par minute durant 24.00.

 

De la rive Est de la Volga, les Soviétiques appuient avec l’artillerie les débris des 62e et 64e Armées enterrés dans les ruines de la ville. Du moins, ces ruines - impénétrables aux Panzer - offrent-elles maintenant de formidables obstacles à l’infanterie allemande. Celle-ci parvient, cependant, à contrôler 90% de la ville au plus fort de son avance, c’est-à-dire au début du mois de novembre. Le drapeau nazi flotte sur Stalingrad, et les défenseurs de plus en plus affaiblis sont, désormais, acculés dans un réduit avec la Volga dans le dos. Mais alors que l’hiver s’installe, l’armée allemande est épuisée. La logistique de la VIe Armée est compromise par la poursuite de l’offensive en direction du Caucase, alors que le combat urbain a considérablement augmenté les besoins en munitions.

 

Pire, la Wehrmacht ne se doute pas de l’ampleur de la contre-offensive soviétique qui s’amorce, et qui se prépare minutieusement depuis plusieurs mois. Au-delà de l’horizon de la ville, loin vers l’Est, troupes et armements s’accumulent dans deux directions offensives, l’une au Nord de Stalingrad, la seconde au Sud. L’artisan de cette contre-offensive est le Général Gueorgui Konstantinovitch JOUKOV, qui déclenche l’opération Uranus le 19 novembre 1942. Attaquant par le Nord et par le Sud, loin derrière Stalingrad et la VIe Armée, JOUKOV frappe les armées roumaine, italienne et hongroise. Mal équipées, notamment en armes anti-chars, ces dernières sont rapidement submergées et perdent pied, ce qui isole les forces du Général PAULUS. La progression des armées soviétiques est dès lors fulgurante. Le 23 novembre, soit moins d’une semaine après le déclenchement d’Uranus, les forces du Général Constantin ROKOSSOVSKI au Nord, et celles du Général Nikolaï Fiodorovitch VATOUTINE au Sud font leur jonction à Kalatch à soixante dix kilomètres environ à l’Ouest de Stalingrad. La ville de Kalatch est un point névralgique dont le pont permet le passage du Don.

 

L’initiative a changé de camp. Épuisés par une bataille urbaine meurtrière de trois mois, privés de tout soutien logistique efficace pour poursuivre une telle lutte, les soldats allemands sont encerclés et luttent, désormais, pour leur survie. La ville de Stalingrad, conquise au 9/10e, devient dorénavant un piège mortel pour la VIe Armée. Refusant toute idée de percée et de retraite, Hitler ordonne une résistance sur place qui sera fatale aux forces de PAULUS. Très vite, ces dernières n’ont plus les moyens de faire face aux puissants assauts de l’Armée rouge. La Luftwaffe tente de ravitailler le “Kessel” (3) tout en évacuant des dizaines de milliers de blessés (4), mais le pont aérien est définitivement affaibli avec la perte des aérodromes de Morozovskaïa et de Tatzinskaïa. L'opération Wintergewitter (“Tempête d’hiver”) représente la dernière chance pour établir une jonction avec la VIe Armée et briser l’encerclement. Du 12 au 23 décembre 1942, le Maréchal Erich von MANSTEIN organise dans des conditions extrêmement difficiles une contre-offensive de grande ampleur. La IVe Panzerarmee du Général HOTH tente de créer un couloir d'évacuation pour la VIe Armée, mais l'effondrement de la VIIIe Armée italienne menace, à son tour, l'armée de secours d'un autre encerclement. Pour se protéger, MANSTEIN est obligé de colmater de toute urgence son flanc droit, ce faisant il n'a plus les forces nécessaires à la poursuite de Wintergewitter qui est, donc, un échec.

 

La VIe Armée est désormais à l’agonie. Affamées et privées de munitions les forces allemandes ne peuvent résister à l’étau russe qui se resserre de jour en jour (opération Petite Saturne), alors que la ville est reprise quartier par quartier par la 62e Armée qui reçoit enfin des renforts substantiels (5). L’opération Cercle termine la bataille de Stalingrad. Elle débute le dimanche 10 janvier 1943, par un déluge d’artillerie délivré par 7000 canons, mortiers et lance-roquettes. Le dimanche suivant, le dernier aérodrome de Stalingrad, Pitomnik, tombe aux mains des Soviétiques. Les poches de résistance allemandes sont alors liquidées les unes après les autres. Le 31 janvier, le secteur Sud capitule. Le Général PAULUS qui vient juste d’être fait Maréchal par Hitler, tombe aux mains des Soviétiques avec son état-major. Le 2 février 1943, c’est le secteur Nord qui annonce sa reddition. La bataille de Stalingrad est terminée.

 

Victoire soviétique incontestable, la bataille de Stalingrad entre dès lors dans l’Histoire avec des chiffres terribles: 490 000 soldats soviétiques ont été tués, 600 000 blessés. 450 000 soldats allemands ont été tués ou blessés, et 94 000 d’entre eux ont été capturés. Seuls 5% rentreront en Allemagne après la guerre. La Wehrmacht a laissé sur le champ de bataille 6000 canons, 1500 blindés, 60 000 véhicules. Les hommes qu’elle a perdu étaient, pour bon nombre, les vétérans des campagnes de 1940 et de 1941. Ils sont irremplaçables. Sur la route qui mène cependant à Berlin, de longues années de combats particulièrement sanglants et meurtriers attendent encore l'Armée rouge. Aucune autre armée que l’Armée soviétique n’aura, durant ce conflit, payé aussi cher la victoire finale, et la bataille de Stalingrad aura illustré sa force morale exceptionnelle (6).

 

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Érigé sur la colline Mamaïev, le mémorial de la bataille de Stalingrad rappelle le sacrifice des 490 000 soldats soviétiques.  Typique de l'art monumental stalinien, cette allégorie de la "Mère-Patrie" est haute de 82 mètres. Dominant la ville de Stalingrad/Volgograd cette colline a vu mourir 10 000 soldats russes le 16 septembre 1942. Elle est un symbole parmi d'autres de l'acharnement des combats

 

 

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(1) L’effectif d’une division soviétique correspondait à 10 000 hommes, alors que les divisions allemandes en comptaient le double. Moins nombreuses, ces dernières étaient plus lourdes. Selon Anthony BEEVOR, 10% des fusiliers de la division soviétique qui est montée à l'assaut de Mamaïev le 16 septembre n'avaient pas de fusils.

(2) Le contrôle de cette colline aurait permis aux Allemands de tenir la Volga sous les feux de leur artillerie, et d'empêcher ainsi la traversée de renforts soviétiques.

(3) Littéralement “chaudron”. C’est par ce terme que les Allemands désignaient les poches d’encerclement sur le front Est.

(4) 250 000 parviendront à être sauvés.

(5) Saignées à blanc, les 62e et 64e Armées soviétiques recevront le titre honorifique de 62e et 64e Armées de la Garde à l’issue de la bataille.

(6) Pour qui s'intéresse à la bataille de Stalingrad, deux ouvrages incontournables sont à lire: l'excellent (Anthony) BEEVOR, Stalingrad, Éditions de Fallois, 1999, 606 p. et le tout aussi excellent (Jean) LOPEZ, Stalingrad, la bataille au bord du gouffre, Economica, 2008, 460 p.


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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 14:15

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Le MV Beluga Nomination est un cargo frigorifique allemand, ex BBC Ireland

 

Sur le front de la piraterie maritime, l’actualité ne connaît malheureusement pas de répit. Alors que nous relations récemment l’assaut donné par la marine sud-coréenne pour libérer le tanker/chimiquier Samho Jewelry, vendredi 21 janvier, c’est un cargo frigorifique allemand qui est tombé entre les mains des pirates le lendemain au large des îles Seychelles. La prise du MV Beluga Nomination, avec ses 12 hommes d’équipage, a donné lieu à un affrontement qui ne s’est, cependant, pas aussi favorablement terminé que pour le Samho Jewelry. 

 

Pris en chasse par un bâtiment de commandement et de soutien de la marine danoise affecté à la Task force OTAN - le HDMS Esbern Snare L17 - et un bâtiment garde-côtes seychellois, le Beluga Nomination a tenté de gagner la Somalie, lorsqu’un combat a eu lieu mercredi 26 faisant au moins un mort du côté des pirates mais aussi deux morts au sein de l’équipage. La version des faits quant à l’ouverture du feu et les causes directes de la mort des membres de l’équipage diffère selon l’armateur, les forces multinationales ou les autorités des Seychelles. Toujours est-il qu’au cours de l’action, d’autres marins ont réussi à prendre la fuite, mettant à l’eau un canot de sauvetage. Deux marins ont ainsi pu être récupérés vendredi 28, mais deux autres étaient toujours portés disparus à ce jour.

 

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HDMS Esbern Snare L17

 

Fait important, un tanker GPL singapourien capturé par les pirates depuis le 24 octobre, 2010, le MV York, a rejoint hier le Beluga Nomination, toujours poursuivi, afin de s’interposer entre le cargo allemand et les forces multinationales. Ces dernières n’osant ouvrir le feu sur un tanker. Cette tactique qui est d’utiliser une prise pour ravitailler un autre navire pirate, l’utiliser comme bâteau mère ou comme bouclier dissuasif également, est désormais devenue courante. Elle illustre l’efficace organisation de la piraterie dans cette région du monde où, si les pirates ne sont souvent que de pauvres hères, les commanditaires à terre ont, eux, une vision plus globale de la situation, et ils mettent en place une véritable stratégie opérative. Cette interposition a d’emblée permis au Beluga Nomination de s’échapper avec le York.

 

Hier, c’est un autre tanker allemand battant pavillon libérian, le New York Star, qui a fait l’objet d’une intervention de la marine néerlandaise. S’écartant de son convoi et du bâtiment de guerre qui assurait sa protection (1), le New York Star est abordé par les pirates vendredi 28. Ces derniers prennent pied sur le navire mais ne parviennent pas à en prendre le contrôle, ce qui laisse le temps à la frégate néerlandaise anti-aérienne De Ruyter, et au destroyer russe Admiral Vinogradov, renseignés par des avions de patrouille maritime australiens, d’organiser la riposte. Hier (samedi 29), des forces spéciales néerlandaises ont été directement héliportées sur le New York Star, libérant l’équipage et reprenant le contrôle du tanker. On ne sait pas s’il y eut des combats directs avec les pirates, mais il semblerait que ces derniers aient évacué le navire juste avant l’assaut.

 

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Le destroyer russe Admiral Vinogradov

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Le tanker New York Star

 

Que ce soit dans le cas du Beluga Nomination ou du New York Star, il est à remarquer le rôle joué dans le dispositif de protection anti-pirate par la “citadelle”, même si l’issue pour le cargo allemand correspond davantage à un échec contrairement à la situation du tanker. Dans un article précédent, nous avions souligné l’importance de la rapidité d’intervention des forces militaires de l’OTAN, de l’EUNAVFOR comme de l’US Navy pour secourir les bâteaux attaqués par les pirates. La superficie du théâtre d’opérations fait, cependant, que les forces multinationales peuvent se trouver très loin des lieux où les attaques se produisent. Lorsque le Beluga Nomination est abordé, le bâtiment de l’EUNAVFOR le plus proche se situe à 1000 milles de distance, qui plus est accaparé par une autre mission: celle de l’escorte d’un navire du Programme Alimentaire Mondial (PAM). La frégate De Ruyter se trouve à 600 milles du New York Star, en Mer d’Arabie, lorsque l’alerte est déclenchée par le SSAS (2) du tanker. Il lui faut naviguer 22.00 à pleine vitesse pour rallier la zone d’intervention.

 

Dans ce genre de situation, tout ce qui peut faire gagner du temps est capital. La “citadelle” désigne le centre nerveux d’un navire, à savoir son château et la passerelle lorsque ces deux endroits ont subi des aménagements permettant à l’équipage de s’y replier dans une sécurité relative, le temps que les secours interviennent. La passerelle étant le lieu où se trouvent les appareils de commandement du navire, il est important qu’elle tombe le plus tard possible aux mains des pirates. Plus long sera le temps où l’équipage pourra exercer son contrôle sur la navigation du bâteau (et ses moyens de communication), plus ce temps jouera contre les pirates même montés à bord.

 

Pour que la citadelle fonctionne, il faut bien évidemment que les armateurs en acceptent le principe, que les équipages soient entraînés à réagir dans ce contexte, et qu’ils en aient aussi le temps. Techniquement, le navire doit subir une transformation: les points de passage obligés au château et à la passerelle devant être réaménagés et renforcés. La passerelle, en elle-même, peut recevoir des tôles doublées jusqu’à 10 mm d’épaisseur et des vitres à l’épreuve des balles.

 

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La frégate néerlandaise De Ruyter F804 de la classe des Sept Provinces

 

Sur le Beluga Nomination, la citadelle n’a pas changé le cours des événements (3). Qui plus est, les armateurs et commandants des navires de commerce semblent partagés quant à la mise en oeuvre de ces citadelles. Pour certains, le calibre 7,62 M 43 (7,62 x 39 mm) des Kalashnikov vient rapidement à bout des serrures et verrous, ainsi que les RPG 7. Ces derniers étant des armes antichars d’origine, ils sont par définition conçus pour pénétrer les blindages donc, a fortiori, des tôles fussent-elles renforcées. On pourra, cependant, rétorquer qu’utiliser un RPG dans un lieu confiné et cloisoné comme la coursive d’un navire n’est pas une bonne idée, l’arme – comme la plupart des lance-roquettes – nécessitant un dégagement de plusieurs mètres à l’arrière du tube. Par ailleurs, l’impact, s’il se fait à quelques mètres de distance d’une porte ou d’une cloison, comporterait de graves risques pour le tireur lui-même.

 

La solution pour forcer une citadelle ressemblerait davantage à une charge d’explosif comme les forces spéciales ont l’habitude d’en utiliser pour forcer les portes plus ou moins blindées. C’est cette option qui, semble t-il, a été utilisée sur le Beluga Nomination. Sur le New York Star, en revanche, la citadelle a joué son rôle, retardant suffisamment les pirates le temps que le De Ruyter puisse lancer l’assaut héliporté. Quoi qu’il en soit, les faits nous montrent une fois de plus qu’il n’existe pas de parade absolue devant un abordage de vive force. Si l’existence d’une citadelle et du SSAS sont des solutions non négligeables, la proximité d’unités militaires, et leur capacité à déployer très rapidement des unités de commandos, restent indispensables pour dissuader ou neutraliser une force pirate.

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(1) Le destroyer russe Admiral Vinogradov 572. Spécialisé dans la lutte anti-sous-marine, l’Admiral Vinogradov appartient à la classe Udaloy, celle-ci correspondant aux destroyers américains de la classe Spruance.

(2) Le SSAS ou Ship Security Alert System est un système d’alerte silencieux monté à bord des navires marchands. Il se présente sous la forme d’un coffret électronique et d’une antenne, activés à partir de deux boutons: l’un situé obligatoirement sur la passerelle du navire, le second en un lieu choisi par l’armateur. Il faut une pression de 30 secondes sur l’un de ces deux boutons pour activer un signal d’alerte immédiatement relayé par satellite, et transmis à l’autorité de sécurité située à terre.

(3) La citadelle du Beluga Nomination a, cependant, tenu deux jours avant de céder, d’où l’actuelle polémique en Allemagne sur la passivité des forces militaires durant ces deux jours.

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 13:51

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Le destroyer coréen Choi Young (à gauche) ravitaillant à la mer

 

Ancien professeur de Droit international, ancien ministre et actuel député du Pas-de-Calais, le socialiste Jack LANG a rendu ce lundi un inquiétant rapport concernant le développement de la piraterie au large des côtes somaliennes. Travaillant en tant que conseiller juridique de l’ONU sur cette question, il a remis son rapport à M. BAN Ki-Moon. Avec la mondialisation économique et la maritimisation des échanges, la piraterie a connu un développement sans précédent durant ces dernières décennies. Que ce soit dans le détroit de Malacca, dans le Golfe de Guinée ou au large de la corne de l’Afrique, pour ne citer que les lieux les plus problématiques, elle constitue un véritable fléau qui mobilise désormais des moyens militaires lourds (1).

 

La difficulté de lutter contre ce mal endémique est connue: il faut coordonner des moyens internationaux toujours insuffisants eu égard aux superficies maritimes à surveiller. Bien plus, il faut tarir la source même du mal qui se trouve à terre et non en mer (instabilité géopolitique, mal développement…). À cela, ajoutons aussi les insuffisances juridiques internationales qui favorisent l’impunité et l’audace des pirates. À l’heure actuelle, on assiste à un processus de professionnalisation, d’amplification et d’intensification de la piraterie qui, selon le rapport LANG, s’il n’est pas rapidement stoppé, pourrait atteindre un point de non retour. Au-delà de la Somalie, la piraterie a atteint un niveau record en 2010 avec une augmentation de 10% du nombre des attaques (445 dans le monde entier) correspondant à la capture de 53 navires et plus d’un millier de marins.

 

Écoutant l’Automatic Identification System (AIS), un système de géolocalisation non crypté, pour repérer les navires passant au large de leurs côtes, déployant des “bateaux mères” qui permettent à de rapides skiffs d’abordage d’opérer bien au-delà de leur rayon d’action, maniant un armement de plus en plus lourd, les pirates obéissent à des commanditaires à terre, qui finissent par organiser une véritable économie grise. C’est le processus de professionnalisation que souligne le rapport de M. LANG.

 

Face à cette menace, la communauté internationale tente de mettre en place toute une série de parades, qui vont de l’embarquement à bord des navires marchands de contractors ou d’équipes militaires, à la riposte directe de bâtiments de guerre. Le cas le plus problématique étant la prise d’otages et leur rapide libération avant que les pirates ne les dispersent à terre. Ainsi avons-nous tous en mémoire, les cas des voiliers Le Ponant et Tanit en avril 2008 et avril 2009.

 

Chimiquier Salmho Jewelry

Commandos sud-coréens à l'extérieur de la passerelle du Samho Jewelry

 

Un autre exemple de combat livré contre les pirates, et qui devrait rester dans les annales de la lutte anti-piraterie contemporaine, est l’assaut donné par une unité de commandos sud-coréens (l’unité Cheonghae) peu après la capture, le 15 janvier dernier, d’un navire battant pavillon maltais: le Samho Jewelry. Qui plus est ce dernier étant un tanker (chimiquier), d’autres risques pouvaient venir s’ajouter à la prise en otage de ses 21 membres d’équipage (essentiellement des Coréens).

 

Croisant sur zone, un destroyer de la marine coréenne, le Choi Young, fut immédiatement mis en alerte ainsi que l’unité de forces spéciales Cheonghae qui se trouvait à son bord. Une vidéo et une photographie mises en ligne par la marine coréenne nous montre un assaut de vive force, qui a été effectué le vendredi 21 janvier. Le château du tanker criblé d’impacts de balles laisse supposer un échange de tir intense. Isolant le Samho Jewelry en brouillant ses communications, éprouvant la réactivité des pirates en effectuant plusieurs survols par des hélicoptères, la marine coréenne a fini par lancer une attaque meurtrière pour les pirates. Si tous les membres de l’équipage furent libérés sains et saufs, et si le capitaine du navire fut blessé dans l'action, huit pirates furent abattus et cinq autres appréhendés.

 

(1) L’opération Atalante au large de la Somalie mobilise trois Task Forces relevant de trois commandement différents: l’Union européenne, l’OTAN, les États-Unis. Lire aussi l'interview du Contre-amiral Philippe COINDREAU par Mer et Marine.

 

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 10:24

Bannière ASAF

 

Dans le paysage des associations soutenant la communauté de Défense et désirant vivifier le lien Armée-Nation, nous connaissions déjà Solidarité Défense de l’Amiral Jacques LANXADE avec laquelle nous avions eu plusieurs fois l’occasion de travailler. Avec les mêmes objectifs mais se situant sur le terrain de l’information du citoyen, l’Association Soutien à l’Armée Française (ASAF) est également à citer.

 

Créée en 1983 et présidée par le Général (2S) Henri PINARD-LEGRY, l’ASAF se donne pour mission de défendre l’honneur de l'Armée et des militaires. Des militaires qui, comme chacun le sait, ne peuvent s’exprimer aussi librement que leurs concitoyens sur leurs missions et les conflits dans lesquels ils sont engagés. Cette expression limitée n’est pas signe d’un quelconque autoritarisme prétendument inhérent à l’essence de l’institution militaire.

 

La nature profonde de l’engagement du soldat, sa finalité guerrière, le fonctionnement même de la bataille moderne quel qu’en soit le niveau (stratégique, opératif, tactique), imposent un silence de bon sens sur une information qui, si elle était divulguée sans mesure ni retenue, menacerait et paralyserait le moindre principe d’action. Donc l’efficacité même de nos armes et de notre politique. Tout ne peut pas être dit à n’importe qui, ni à n’importe quel moment, et l’affaire WikiLeaks montre on ne peut mieux les dangers de “révélations” inconsidérées aussi bien aux plans militaires que diplomatiques.

 

Le silence n’est cependant pas absolu, et il n’empêche pas une réflexion intellectuelle dans les rangs, souvent de haut niveau, et plus que jamais encouragée par les hautes autorités. Ainsi, le 24 juin dernier devant l’une des dernières promotions du Collège Interarmées de Défense (CID), le Chef d’État-major des Armées (CEMA), l’Amiral Édouard GUILLAUD, demandait aux officiers stagiaires de ne pas être “que des militaires militaro centrés.” “Vous êtes des citoyens avant tout, mais qui revendiquez votre spécificité, votre identité et votre intelligence de métier. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place. C’est bien là notre rôle politique, au sens littéral du terme.”

 

Plus récemment, le jeudi 20 janvier 2011, le Ministre d’État et Ministre de la Défense nationale, Alain JUPPÉ, encourageait “une réflexion originale et audacieuse” de la part des stagiaires de la nouvelle École de Guerre. “Cette capacité de réflexion intellectuelle doit commencer à s’exercer dès aujourd’hui. Je sais que votre encadrement vous encourage à écrire et à publier, dans l’esprit de responsabilité qui a toujours été celui de nos Armées. Je souhaite que vous poursuiviez ces efforts dans une démarche pragmatique et constructive et que vos articles soient le fruit de la pensée la plus innovante possible” a t-il affirmé.

 

Le silence n’est donc qu’une apparence, une forme nécessaire, et il ne correspond nullement à un endormissement doctrinal ni intellectuel. Il est vrai, cependant, que les récentes affaires DESPORTES et MATTELY montrent à quel point la liberté de parole (ou son absence relative) au sein des Armées peut faire polémique. On ne transforme pas une culture ainsi du jour au lendemain et, depuis la Guerre d’Indochine au moins, l’Armée française a compris combien le silence pouvait être aussi sa meilleure protection face aux aléas de la vie politique. D’aucuns regretteront cette liberté de parole que l’on trouvera chez les militaires américains, et ils n’auront pas tort à condition de tenir compte de la culture sociale sur laquelle se construit justement le lien entre la Nation et son Armée de ce côté de l’Atlantique.

 

En portant la défense de ce lien sur le terrain de l’information, nul doute que l’ASAF accomplit un travail exemplaire. Constituée d’anciens militaires mais aussi de civils intéressés par les questions de Défense, l’ASAF cherche à expliquer à nos concitoyens toute la complexité de l’Esprit de Défense de nos jours au sein d’une société démocratique et hédoniste, qui se vit trop souvent à travers les mirages de la “transparence” informationnelle et communicationnelle où les perversions que sont la démagogie et le voyeurisme ne sont jamais très éloignées l’une de l’autre. Ajoutons-y également l’émotion lorsqu’elle se vit comme une fin en soi, se substituant à toute analyse de raison, intellectuelle et critique.

 

Aller au devant de l’opinion publique pour expliquer à nos concitoyens ce que nos militaires en activité ne peuvent eux-même expliquer pour les raisons que nous venons de décrire plus haut, voilà une tâche de fond de la plus haute importance, car au-delà c’est la résilience même de notre société qui se joue face à des conflits dont tous entendent parler sans forcément en comprendre les causes, les effets ni les conséquences. L’ASAF redonne ainsi la parole à nos militaires, fut-elle indirecte, et elle le fait avec une élévation morale, sans confusion aucune, avec un courage et une honnêteté, que l’on ne trouve malheureusement pas dans d’autres associations, notamment une qui se réclame pourtant de la défense des droits des militaires.

 

“Défense et Démocratie” reproduit la première lettre mensuelle de l’ASAF pour cette année 2011. Elle est une réflexion juste, que nous voudrions porter à la connaissance de nos lycéens, de leurs parents et de tous nos lecteurs. Le sujet soulevé n’est pas nouveau, mais il est plus que jamais d’actualité et mériterait de faire l’objet d’un enseignement à part entière au sein de l’École de la République.

 

Groupe Facebook 2

 

Lettre de l’ASAF 11/01

 

« Ne pas subir »

(Maréchal Jean de Lattre de Tassigny)

 

Médias et guerres asymétriques (1)

 

La liberté d’informer est un droit imprescriptible de nos démocraties. Les pays où elle peut s’exercer librement représentent à peine un tiers des États membres des Nations Unies. Elle constitue un formidable atout de nos systèmes politiques, indispensable élément d’ouverture et de connaissance, condition essentielle des choix démocratiques, et inestimable garantie contre les abus et le retour des dictatures.

 

Autant dire qu’elle doit être protégée contre vents et marées. Mais cette liberté d’informer a un prix. Ceux qui ont la charge et le privilège de la mettre en œuvre ont en effet la responsabilité éthique et morale d’en faire bon usage. C’est d’autant plus vrai que le pays est confronté à la menace d’une crise économique et sociale majeure et que ses forces armées sont engagées dans une guerre difficile en Afghanistan et au Sahel, contre un ennemi dont les repères moraux, religieux, politiques et sociaux sont à des années lumière des nôtres.

 

En d’autres termes, aujourd’hui plus que jamais, il est important de résister à la dictature du tirage ou de l’audimat qui privilégie d’abord l’émotion, le sensationnel, la démagogie ou le voyeurisme et donne une image biaisée des enjeux et de la réalité. Sans compter que l’obsession du scoop contribue parfois à mettre nos forces en difficulté, faisant la part belle à leurs adversaires, dont il arrive qu’on brosse un tableau scandaleusement positif.  Cette tendance est vécue comme une véritable trahison par un nombre croissant de Français.

 

Tout le monde garde en mémoire le sordide reportage de Paris Match, réalisé peu après le combat d’Uzbin, qui coûta la vie à 10 militaires français. Nos concitoyens l’ont unanimement condamné tant il était insultant pour nos soldats. Les terroristes, dont on connaît pourtant la cruauté et qui tiennent lâchement en otage leur population, étaient présentés sous un jour honteusement flatteur.

 

De retour en France, les militaires du 8e RPIMa, durement éprouvés par la mort au champ d’honneur de huit de leurs jeunes frères d’armes, avaient mal vécu l’insidieuse polémique lancée par de faux experts convoqués par les médias qui glosaient à perte de vue sur la jeunesse des paras, leur insuffisante préparation, la faiblesse de leurs protections et la responsabilité de leurs chefs.

 

Récemment encore, nombre de médias ont relayé une polémique sournoise, sur les conditions exactes de la mort d’un des deux jeunes Français pris en otages au Sahel, allant jusqu’à mettre en cause non seulement la décision prise par la France, mais également les forces qui ont mené l’opération. Preuve d’une approche démagogique de ces affaires d’otages, certains médias laissent parfois croire que les terroristes pourraient généreusement libérer nos deux journalistes retenus en Afghanistan ou qu’ils épargneront les touristes capturés au Sahel, alors que ces prisonniers constituent à la fois une monnaie d’échange politique (les dernières menaces d’Al Qaïda le montrent) et l’instrument d’une formidable propagande à laquelle se prêtent complaisamment les médias français.

 

Ce travail de sape quotidien, sous couvert de libre information, mine l’opinion publique en instillant le doute et la lassitude. À terme, cette complicité pourrait même être de nature à infléchir la politique française pour un coût dérisoire. En définitive, ce que l’on entend et voit dans nos médias sur ces conflits ne sert-il pas davantage nos adversaires que nos forces? Est-il acceptable que les communiqués d’AQMI, entreprise criminelle par excellence, soient diffusés au même titre que ceux des responsables de la nation?

 

N’est-il pas consternant de voir que certains médias ne mettent pas en cause les preneurs d’otages assassins des deux jeunes, mais plutôt les soldats français qui ont risqué leur vie pour les libérer? On pourrait même aller plus loin et s’interroger s’il est légitime qu’au nom de la libre information et de l’objectivité on se laisse aller à traiter sur le même plan, nos forces et les meurtriers de l’organisation terroriste d’AQMI.

 

Toute la nation doit participer à cette nouvelle guerre de 30 ans: il en va de sa liberté, de sa sécurité et de son honneur. Affichons donc clairement notre détermination en honorant comme il se doit les soldats tombés pour nous dans ces guerres qui ne veulent pas dire leur nom. Au passage, les professionnels de l’information seraient également bien inspirés de résister au corporatisme qui semble faire de leurs collègues journalistes victimes des terroristes ou des Talibans, une caste à part, digne de la compassion particulière de la nation. Alors que les soldats français, pourtant envoyés en Afghanistan par la République, où ils sont engagés pour notre sécurité, n’ont droit, quand ils sont tués au combat ou blessés, qu’à quelques maigres entrefilets dans les journaux et à d’éphémères et laconiques brèves aux informations télévisées, y compris sur celles des chaînes de l’Etat.

 

Commémorer les soldats sacrifiés dans un combat pour notre sécurité avec au moins autant de constance et de recueillement que les journalistes chargés de l’information et victimes de leur métier ou que des touristes surpris au cours de leurs vacances, voilà qui serait la preuve que notre esprit de défense se porte bien, et que tous ensemble, nous sommes déterminés à ne pas subir la loi de la terreur. Mais nous pourrions faire plus pour ceux qui sont morts pour notre sécurité. Pourquoi ne pas projeter la nuit, sur les piliers de l’Arc de Triomphe, le visage de ces soldats? Ils doivent être connus, reconnus et fièrement honorés par l’ensemble des Français; leur mort n’est pas un fait divers, c’est un sacrifice accepté par et pour la France.

 

(1) Lire également un précédent article: "Guerre et opinion publique".

 

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 11:43

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Le Lieutenant-colonel Philippe MARIE et l'Adjudant BOUCHENY devant les élèves et les étudiants du Lycée Galilée

 

Dans le cadre de l’Éducation à l’Esprit de Défense, et en partenariat avec le Groupement de Gendarmerie de Seine-et-Marne, l’Enseignant Défense du Lycée Galilée a organisé, le mardi 18 janvier 2011, une rencontre de deux heures dont l’objectif était de sensibiliser un public de lycéens de Terminale et d’étudiants en BTS à l’Intelligence économique. 70 élèves et 3 enseignants, accompagnés d’une journaliste du quotidien Le Parisien, ont donc assisté à une conférence du Lieutenant-colonel Philippe MARIE. 

 

Assisté par l’Adjudant BOUCHENY, le Lieutenant-colonel MARIE pilote la Cellule Intelligence Économique de la Gendarmerie Nationale pour le département de Seine-et-Marne (CIEGN) (1). En mars 2009, il avait participé à un colloque, où son intervention sur la question de l’espionnage économique et industriel avait été déjà remarquée. Mais alors que la sensibilisation portait jusqu’à présent sur les milieux de l’entreprise - le colloque ayant été organisé par la Chambre de métiers et de l'artisanat de Seine-et-Marne Sud -, pour la première fois l’attention s’est déplacée en amont sur un public scolaire.

 

Envisagée depuis juin dernier et organisée depuis le mois d'octobre, cette nouvelle action pédagogique a pris une dimension particulière dans le contexte récent de l’affaire Renault. Alors qu’il existe une prise de conscience dès les années 1980 sur la question, et qu’une École de Guerre Économique (EGE) est fondée en 1997 (2), la France est restée paradoxalement en retard en matière de culture de Défense économique par rapport à d’autres pays comme les États-unis et le Japon. Ces derniers ayant mis en place de véritables stratégies en la matière dans les années 1980. Aujourd’hui, la pression s’est accentuée avec d’autres États dont les politiques d’espionnage économique sont devenues systématiques, voire particulièrement agressives. Si l’on pense notamment à la Chine, des pays comme la Russie et Israël ne sont pas en reste. Ainsi, on estime qu’actuellement en Russie 58% du personnel politique et administratif est issu du monde du renseignement…

 

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C’est avec le Ministre de l’Intérieur, Nicolas SARKOZY, que l’on assiste dans les années 2000 à la véritable montée en puissance d’une politique et d’une stratégie en matière de Guerre et d’Intelligence économiques. La définition d’une Défense plus que jamais globale, la prise en compte du Renseignement en tant que fonction stratégique majeure dans le dernier Livre blanc de la Défense (2008), ne peuvent que conforter notre initiative de sensibilisation dès le lycée. Comprendre les enjeux généraux, prendre de bonnes habitudes face au “risque digital”, savoir se protéger sur les réseaux sociaux, induisent des comportements qui ne peuvent attendre l’entrée dans la vie d’entreprise. Une vie d’entreprise qui concernera la grande majorité de nos actuels élèves, quelle que soit leur filière ou leur orientation. L’École de la République ne pourrait remplir pleinement sa mission d’Éducation à l’Esprit de Défense, si elle ignorait la question devenue cruciale de la défense des entreprises et du patrimoine scientifique et industriel.

 

C’est à cette sensibilisation que s’est attaché le Lieutenant-colonel MARIE. Prenant soin de définir les notions, l’officier a d’emblée précisé l’origine anglo-saxonne du terme “intelligence” au sens renseignement/sécurité. L’ "intelligence économique”, expression à la mode donc galvaudée, est d’abord à prendre au sens de “sécurité économique”. Définissant également les différents niveau d’intervention de l’intelligence économique (stratégique, opératif et tactique), le Lieutenant-colonel MARIE a insisté sur la réalité économique mais aussi humaine d’une entreprise. Partant, il a fait comprendre aux élèves et aux étudiants présents en quoi la défense de leur future entreprise pourrait les concerner directement. Lorsque l’on travaille plusieurs années au sein d’une même entreprise, cette dernière accompagne forcément une situation matérielle et un projet de vie. La destruction d’une entreprise c’est aussi la destruction d’emplois, dont l’actualité économique nous montre souvent la désespérance sociale qu’elle produit.

 

La Gendarmerie nationale est une actrice majeure en matière d’intelligence économique, car sa connaissance du terrain et des acteurs socio-économiques à l’échelle locale est irremplaçable. Alors que les grandes entreprises disposent de moyens pour financer une stratégie d’intelligence économique, il n’en est pas de même pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME) ainsi que les Très Petites Entreprises (TPE) (3). Or, 88% des entreprises de Seine-et-Marne sont des PME et des TPE. Le tissu économique d'un des départements de la première région de France est donc particulièrement vulnérable. Il l’est d’autant plus que beaucoup de ces PME/TPE sont des sous-traitants dont les savoir-faire peuvent être uniques.

 

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Le Lieutenant-colonel MARIE a donc mis en avant l’action de sensibilisation de la Gendarmerie auprès des chefs d’entreprise, auxquels elle propose une méthode destinée à inventorier les vulnérabilités afin de pouvoir y apporter des parades. C’est le programme PEGASE ou Préparation de l’Entreprise par la Gendarmerie à l’Amélioration de la Sécurité Économique (4). Dans un exposé bien construit, vivant et nourri d’exemples particulièrement concrets, l’officier de Gendarmerie a aussi expliqué les notions de "cryptage", de "sas de sécurité informatique", et il a attiré l’attention des élèves et des étudiants sur les comportements élémentaires de sécurité – dans les trains par exemple - et de protection concernant leur personne, mais aussi concernant leur avenir dans le monde du travail et de l’entreprise.

 

L’Enseignant Défense remercie le Groupement de Gendarmerie de Seine-et-Marne, qui n’a pas ménagé sa peine depuis le début de cette année scolaire pour sensibiliser le public lycéen à son devoir de Défense. Défense du citoyen à titre individuel avec l’intervention de l’Adjudant-chef Laurent CLÉMENT sur la cybercriminalité. Défense du citoyen en tant que travailleur solidaire de son entreprise avec l’intervention du Lieutenant-colonel Philippe MARIE. Avec le thème de l’intelligence économique, si peu abordé dans le milieu scolaire, l’Éducation à l’Esprit de Défense au Lycée Galilée a franchi un nouveau pas.

 

(1) Joignable au 01 64 71 71 89 ou 01 64 71 71 11.

(2) Date à laquelle se met aussi en place dans les textes de loi une véritable Éducation à la Défense (loi n° 97-1019 du 28 octobre 1997).

(3) Une TPE emploie un effectif inférieur à 10 salariés.

(4) Sur le site de la Préfecture de Seine-et-Marne, on trouvera aussi une rubrique dédiée à la sécurité économique.

 

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  Réseau et sas de sécurité informatique


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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 09:42

  “CEUX QUI NOUS DÉFENDENT ONT BESOIN PARFOIS DE NOUS" 


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L'Amiral Jacques LANXADE le jeudi 13 janvier 2011

 

Jeudi 13 janvier dans la Salle des Colonnes du Gouveneur des Invalides se tenait la traditionnelle cérémonie de présentation des voeux de l’Amiral Jacques LANXADE, Président de l’association Solidarité Défense.

 

Solidarité Défense avec qui le Lycée Galilée travaille depuis deux années, est une association née dans les années 1990. Alors que la France était engagée à la fois en ex-Yougoslavie et au Liban, le nombre de morts et de blessés dans nos rangs augmentait, et mettait en perspective l’indifférence de la société française vis-à-vis du sacrifice de ses militaires. Solidarité Défense est née en 1994 pour revitaliser le lien entre la Nation et son Armée, pour permettre au plus grand nombre d’exprimer un soutien actif envers la communauté de Défense. C’est pourquoi, Solidarité Défense se présente dès ses origines comme une émanation de la société civile en soutien aux Forces armées.

 

L’association a depuis grandi, soutenue par des ministères (dont celui de l’Éducation nationale avec qui elle a signé une convention) et nouant de nombreux et efficaces partenariats avec diverses entreprises. Elle a aussi fédéré autour d’elle d’autres associations telles que l’ANFEM, l’ARIA, la FNASOR, l’ADOSM…

 

Réunissant autour de lui les principaux représentants de ces différentes institutions et associations, l’Amiral LANXADE a souhaité reconduire ses actions de soutien dont la confection et l’envoi de milliers de colis aux soldats en OPEX à chaque Noël. Loin des caméras et de la scène médiatique, Solidarité Défense (avec d’autres associations comme Terre Fraternité et la CABAT) apporte aussi un soutien à la fois matériel et moral aux épouses et familles des soldats tués ou blessés. Espérant que le nombre de ces soldats soit le moins élevé possible pour l’année qui s’ouvre, l’Amiral LANXADE n’a pu cependant cacher son pessimisme alors que les combats se poursuivent en Kapisa.

 

Le Président de Solidarité Défense a terminé sa présentation des voeux pour l’année 2011, en souhaitant que la société civile comprenne davantage le sens de l’engagement de nos forces armées dans le monde et, notamment, en Afghanistan, où les risques mortels sont les plus élevés. Que cette compréhension participe à la réduction de cette indifférence envers l’engagement militaire et les sacrifices souvent élevés que celui-ci réclame. Une indifférence dont les responsabilités politiques se traduisent directement dans la hiérarchie des souffrances qu’opère le traitement médiatique de l’actualité. Travaillant depuis des années à la mise sur pied d'une fondation Armée-Nation, qui serait un espace de rencontres et d'échanges entre la société civile et les Armées,  Solidarité Défense a organisé à la fin de l'année dernière un colloque sur "La place du soldat dans la société d'aujourd'hui".


Étaient notamment présents autour de l’Amiral LANXADE le Général de Corps d’Armée Bruno DARY, Gouverneur militaire de Paris, le Général d’Armée Bruno CUCHE, Gouverneur des Invalides, le Général d’Armée (2S) Bernard THORETTE, Président de l’association Terre Fratenité, le Contre-amiral (2S) Serge THÉBAUT, Délégué général de l’Union des Associations de l’IHEDN. Par leur présence pour la deuxième fois, Madame Marie-Martine SALLES, Proviseure du Lycée Galilée et Monsieur Nghia NGUYEN, Enseignant relais Défense du Lycée Galilée, représentaient la contribution de l’Éducation nationale au soutien à nos soldats.


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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 13:44

Le jeudi 20 janvier prochain, les Forces armées informeront les lycéens de Galilée sur les carrières militaires. Ce rendez-vous annuel se faisait, ces derniers temps, à l’occasion des portes ouvertes de l’établissement (1), et il permettait par la même occasion de présenter aux parents des élèves de 3e (les futurs élèves de 2nde) ce qu’est l’Éducation à la Défense. Rendez-vous, donc, dans le hall d’accueil du lycée, le jeudi 20 prochain.

 

Autre actualité: celle des lycées de la Défense qui ouvrent en ce moment la saison des inscriptions pour 2011/2012. Ces lycées accueillent chaque année près de 4000 élèves: enfants de militaires, de fonctionnaires, et autre élèves désirant présenter un concours d’entrée dans une école militaire à l’issue du baccalauréat.

 

Réputés pour la qualité de leur instruction, les lycées militaires sont administrativement rattachés aux trois armées (Terre, Air, Mer). L’Armée de Terre compte parmi les plus prestigieux: le Prytanée (2), Saint-Cyr-l’École (à ne pas confondre avec l’ESM Saint-Cyr), Aix-en-Provence, Autun… Le régime est l’internat, et le cycle peut démarrer dès la 6e pour certains établissements. Au-delà, il se poursuit jusqu’aux classes préparatoires (les “corniches”) aux grandes écoles militaires. Pour plus de renseignements, l'Enseignant Défense invite les élèves à cliquer sur la photographie ci-dessous.

 

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Lycée militaire d'Autun (source - MINDEF)


(1) Les portes ouvertes du Lycée Galilée auront lieu le samedi 12 mars prochain.

(2) Le Prytanée la Flèche ouvrira ses portes le samedi 22 janvier 2011. Quartiers Gallieni et Henri IV de 14.00 à 18.00.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 10:39

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Le mardi 11 janvier 2011, l’Enseignant Défense du Lycée Galilée a accueilli l’Adjudant Laurent CLEMENT de l’unité N-TECH du Groupement de Gendarmerie Nationale de Seine-et-Marne. L’objectif de cette rencontre était de sensibiliser les classes de 2nde 6 et de 1ère S2 (50 élèves au total) aux questions des risques liés au cyberespace et à l’utilisation d’INTERNET.

 

Spécialiste de cybercriminalité, expert en analyse des matériels informatiques (notamment les disques durs) et des réseaux, l’Adjudant CLEMENT participe quotidiennement à de très nombreuses enquêtes, qui l’ont, notamment, amené à s’intéresser aux publics scolaires. La qualité de son exposé, les exemples particulièrements concrets qui lui ont permis d’illustrer son propos, ont beaucoup intéressé les lycéens à en juger par les nombreuses questions.

 

Privilégiant la question des blogs et des réseaux sociaux, le sous-officier ne pouvait mieux toucher ce jeune public. Sur un ton juste soulignant les menaces réelles sans pour autant verser dans une crainte irraisonnée, il a abordé les thèmes de l’agression sexuelle, du vol de données, de l’usurpation d’identité, du harcèlement… À partir d’un exemple d'enquête, le gendarme a présenté un blog particulièrement fréquenté par de jeunes garçons, dont l’auteur réel (un homme mûr) se faisait passer pour une adolescente, photographies suggestives à l’appui. Il a aussi insisté sur le fait qu’une enquête en apparence localisée sur la Seine-et-Marne pouvait, avec les facilités offertes par l’INTERNET, avoir des implications géographiques beaucoup plus larges. Mettant en exergue le réseau social Facebook, l’Adjudant CLEMENT a aussi donné aux élèves dix recommandations essentielles afin de se protéger, à défaut d'avoir pensé à paramétrer les 55 mesures de confidentialité de tout compte sur ce site.

 

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Au même titre que l’ “Intelligence économique” (1), la cybercriminalité est un thème dont on entend beaucoup parler dans les médias, qui mobilise des structures spécialisées, mais qui ne semble pas faire l’objet d’une sensibilisation concrète dans l’enseignement secondaire. Pourtant, ce sont deux aspects fondamentaux de notre Défense globale aux côtés de la Défense au sens militaire stricto sensu. La cybercriminalité renvoie à des notions de cyberdéfense et de cyberprotection d’abord à l’échelle des individus. Lorsque les citoyens comprennent la nécessité de se protéger jusque dans leur intimité, ils opèrent un premier pas vers une Défense élargie à l’ensemble de la société. Bref, il nous a semblé essentiel d’en parler à nos jeunes esprits.

 

Acteur de terrain de premier ordre, la Gendarmerie nationale forme ses enquêteurs à la mesure d’un large spectre de menaces. Ces dernières évoluant rapidement, le Centre National de Formation de la Police Judiciaire (CNFPJ), installé dans l’École de Gendarmerie de Fontainebleau depuis 1987, offre des formations continues et d’expertise aux gendarmes exerçant une activité de police judiciaire. Certaines de ces formations sont réalisées en partenariat avec des structures universitaires, et constituent de véritables cursus diplômants. C’est le cas, notamment, des personnels N-TECH dédiés à la lutte contre la cybercriminalité depuis le début des années 2000.


L’Enseignant Défense remercie l’Adjudant CLEMENT, dont l’intervention montre la polyvalence de la Gendarmerie que ce soit dans l’action contre le crime et la délinquance, ou la prévention et la formation en direction des plus jeunes. Une intervention qui illustre, une fois de plus, tout l’intérêt que la communauté éducative trouvera à travailler avec la Défense pour la protection de tous.


(1) L’Enseignant Défense consacrera une sensibilisation sur ce thème la semaine prochaine auprès de deux classes de Terminale.

 

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 06:52

 Insigne RICM

Hier après-midi, dans la vallée de Tagab (sud de la Kapisa), un 53e soldat français a été tué. Effectuant une opération de dépannage, et alors qu’il guidait un VAB,  le Caporal-chef Hervé GUINAUD du Régiment d’Infanterie de Chars de Marine (RICM de Poitiers) a été mortellement touché par une explosion dont l’origine n’est pas encore précisée. Si deux autres militaires ont été légèrement blessés, le soldat a succombé à ses blessures peu après. Hervé GUINAUD, 42 ans, était marié et était père d'un enfant. Nous saluons ce nouveau sacrifice, et témoignons de notre soutien auprès de la famille et des proches de ce soldat.

 

L’engagement de nos forces en Afghanistan dure bientôt depuis dix ans, et des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent quant à l’utilité de ce conflit, et la manière dont il est mené. L’hebdomadaire “Marianne” de cette semaine ouvre ainsi un dossier sur le sujet: “Que fait la France en Afghansitan? Le débat interdit.” Dans ce dossier, le journaliste Jean-Dominique MERCHET, spécialiste des questions de Défense connu pour son opposition à cette intervention, nous livre une nouvelle réflexion: “L’Armée française en Afghanistan: une mission coupée de la Nation?”

 

Avec cette première disparition au combat de l’année 2011, nous rappelerons que nos militaires travaillent à une mission de paix, de stabilisation et de reconstruction dans un pays particulièrement difficile, au-delà duquel c’est toute une zone, incluant le Pakistan voisin, qui joue aussi le rôle de poudrière internationale.

 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 16:36

LE LMTGH-OB EN AFGHANISTAN 


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LMTGH-OB (source - MINDEF)

 

Largages et parachutages ont toujours posé un problème de précision aux armées de l’Air. Soit l’avion privilégie une relative sécurité en volant à haute altitude et le largage perd en précision; soit il privilégie la basse altitude et la précision, mais cela se fait au détriment de sa sécurité. Militaires et historiens se souviennent ainsi du “carpet bombing” américain durant la Deuxième Guerre mondiale et jusqu’à la Guerre du Vietnam, où l’US Air Force substituait la sauvegarde de ses pilotes et appareils à l’imprécision de ses bombardements à haute altitude. Cela avait pour résultat des frappes de saturation sur de vastes zones où le tri entre les objectifs réels et les destructions non désirées était impossible. Durant la Guerre du Vietnam, lors de la bataille de Khê Sanh (janvier/avril 1968), on vit cependant des largages réalisés au ras du sol où des avions cargos Hercules et Providers utilisèrent le système LAPES (Low Altitude Parachute Extraction System) à moins de 10 m au-dessus de la piste d’atterrissage et sous le feu de l’ANV pour ravitailler les US Marines.

 

Aujourd’hui, en Afghanistan, nos forces armées ont réussi le pari de faire les deux, c’est-à-dire opérer un largage à très haute altitude, tout en étant capable de loger une cargaison de matériel ou de vivres sur un point d’impact d’un rayon pouvant être inférieur à 300 m. Cette technique d’aérolargage est résumée sous l’acronyme LMTGH-OB pour “Largage de Matériel à Très Grande Hauteur en Ouverture Basse”.

 

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Palettes sur le point d'être embarquées dans un C 160 Transall (source - MINDEF)

 

L’Afghanistan ne pouvait qu’inciter à la mise au point de cette technique peu coûteuse, offrant une grande souplesse tactique, mais nécessitant un savoir-faire éprouvé. Un relief montagneux et cloisonné du pays, la menace permanente des tirs d’armes légères (fusils d’assaut et RPG), celle des missiles air-sol portatifs, donnent toute son intérêt au LMTGH-OB qui permet de ravitailler de jour comme de nuit, sans repères visuels ni appareils de vision nocturne, des OMLT isolées. De plus, la voie des airs permet de s’affranchir d’un réseau routier qui, s’il existe, n’en demeure pas moins pollué par de nombreux IED.

 

La technique d’aérolargage LMTGH-OB consiste en un largage de précision d’une charge comprise entre 500 et 1200 kg à une altitude de 7500 m (24 000 pieds). L’avion C 160 Transall (ou C 130 Hercules) se cabre légèrement, permettant à la palette de matériel de glisser sur des rails jusqu’à sa sortie par la porte arrière. Dès la sortie de l’avion, deux parachutes s’ouvrent et assurent la stabilisation du chargement, qui chute à une vitesse d’environ 45 m/s. Arrivé à une altitude de 500 m, six parachutes principaux se déclenchent à leur tour permettant l’atterrissage de la charge dans une zone de 300 m déjà prédéfinie. Plus l’ouverture de ces derniers est tardive, plus la précision du point d’impact sera grande, l’effet de dérive n’ayant pas le temps de jouer. Des LMTGH-OB auraient été déclenchés à 150 m, selon ce principe du HALO (High Altitude Low Opening) employé par les chuteurs opérationnels.

 

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Parachutistes du 1er RTP réglant les déclencheurs vario-barométriques de la palette (source - MINDEF)

 

L’ensemble ne se présente pas de manière particulièrement sophistiquée. Le matériel est arrimé sur une palette en bois classique. Les parachutes sont, ensuite, fixés et reliés à un système de déclencheurs vario-barométriques: la platine de libération. Réglés sur un niveau de pression précis, ces déclencheurs permettent la rupture de drisses conçues pour ne résister qu’à un certain seuil de tension,  ce qui libère les parachutes principaux. On comprendra que les questions de pression atmosphérique, comme la connaissance des vents sur la zone de largage, sont fondamentales pour la mise au point et le fonctionnement du LMTGH-OB.

 

Un logiciel a été, entre autres, développé pour permettre le calcul complexe du “point de relaxation”, c’est-à-dire les coordonnées où l’avion cargo doit opérer le largage. Ces calculs prennent en compte les relevés en temps réel du centre de météorologie de Toulouse. Celui-ci établit une carte des vents avec un maillage prévisionnel de grande précision (2km2), permettant aux équipages d’avoir une idée très précise des vents qu’ils vont rencontrer sur la zone de largage. La connaissance des pressions atmosphériques est importante pour le déclenchement des parachutes comme nous venons de le voir, mais aussi parce qu’un vol à haute altitude comporte des risques pour l'organisme, notamment celui de l'aéroembolisme qui voit la formation de bulles d'azote dans le sang. Les personnels embarqués doivent être adaptés aux variations de pression, ce qui nécessite un palier d'accoutumance  (dénitrogénation) avant la dépressurisation liée à l’ouverture de la porte arrière. Pilotes comme équipes de largage opèrent avec des kits à oxygène ainsi que des masques, et un médecin est intégré à toutes les missions au-dessus de 5500 m.

 

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Préparation de la platine de libération (source - MINDEF)

 

Le LMTGH-OB est une véritable opération à la fois interarmes et interarmées. Il nécessite de très bonnes communications air-sol entre l’avion et l’unité à ravitailler, mais il fait aussi travailler étroitement l’Armée de l’Air et l’Armée de Terre. Les pilotes sont issus de l’Escadron d’Utilisation et d’Appui Tactique (EUAT 1/61 Touraine) basé à Orléans. C’est au sein du 1/61 Touraine qu’a été mis au point cette technique d’aérolargage, et ses personnels sont des spécialistes du “travail sous oxygène”. Les équipes de largage sont constituées de soldats du 1er Régiment du Train Parachutiste de Toulouse. Spécialisé dans la livraison par voie aérienne, ce régiment gère le fret militaire sur la base de Douchanbé (Tadjikistan), qui est l’une de nos portes d’entrée logistique en Afghanistan. Ce sont les hommes du 1er RTP qui conditionnent les palettes, les embarquent et les larguent.

 

Le LMTGH-OB, on le voit, est une compétence précieuse pour le théâtre d’opérations afghan. Il nécessite un travail de spécialistes dans plusieurs domaines, et peu d’armées sont capables de maîtriser une telle précision de largage. En Afghanistan seuls les Américains et les Italiens sont capables de parachutage de précision qu’ils opèrent, cependant, à basse altitude. Les forces armées françaises offrent la possibilité de réaliser le même type d’opération avec une sûreté appréciable en ce qui concerne les armes que les Taliban peuvent actuellement déployer contre la menace aérienne. Le premier LMTGH-OB a été effectué à Oruzgan le 21 août 2008, et la procédure a été homologuée en Afghanistan la même année. D’abord utilisé pour le compte de nos propres forces, le LMTGH-OB vient d’être autorisé et étendu à l’ensemble des forces de l’ISAF.

 

LMTGH-OB

(Source - MINDEF)

 

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