15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 07:57
Calendrier 2010
    La revue de l'Armée de Terre, "Terre Information Magazine", que les élèves peuvent consulter au CDI vient de faire paraître son nouveau calendrier pour l'année 2010.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 11:23
PACIFISME ET GUERRE JUSTE SELON LE PRIX NOBEL DE LA PAIX 2009

    «Dire vouloir la paix ne suffit pas à l'obtenir (…). Si la paix est l'objectif, la guerre est parfois justifiée.»


Président Barack OBAMA, Prix Nobel de la Paix – Oslo, jeudi 10 décembre 2009

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Le jeudi 10 décembre dernier, le Président des États-Unis, Barack OBAMA, recevait à Oslo le Prix Nobel de la Paix. Jeune président démocrate, premier président de couleur à entrer dans l’histoire des États-Unis, Barack OBAMA bénéficie d’une popularité, ici en Europe mais aussi ailleurs dans le monde, qui tranche singulièrement avec le repoussoir que représentait son prédécesseur, George W. BUSH. Son élection le 4 novembre 2008 s’est accompagnée, partout dans le monde, de manifestations telles que l’on a pu parler d’une véritable “obamania”.

    La haine vouée à George W. BUSH s’est, en fait, très largement confondue avec l’arrivée d’un président, dont beaucoup ont voulu noyer dans le symbole qu’il était l’hyperpuissance qu’il représentait. À ce titre, ils n’ont pas compris que Barack OBAMA était tenu à des invariants structurels et fonctionnels, qui feraient qu'il resterait avant toute chose LE Président des États-Unis.

    Le discours d’Obama à Oslo fut un grand discours (1), aussi bien salué par les Républicains que par les Démocrates aux États-Unis. L’humilité du 44e Président des États-Unis devant un Prix Nobel qu’il n’a pas demandé, la subtile conscience entre le symbole qu’il incarne et ses responsabilités font que, finalement, la polémique (2) ne peut que désabuser ceux qui n’ont voulu voir en lui qu’un symbole sans fonction parce que leur vision du monde est celle d’un monde en noir et blanc, privé de sa réalité et de sa complexité.

    L’Amérique n’est pas seulement le leader de l’Occident, la puissance qui nous a entraîné dans la guerre en Afghanistan. Lorsque le Président OBAMA parle de “guerre juste” à Oslo, nous aurions grand tort de ne pas nous sentir concernés de près comme de loin.

(1) Lire l'intégralité du discours.
(2) Cf. Sa décision récente d’envoyer un renfort de 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan.

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EXTRAITS DU DISCOURS DE BARACK OBAMA, PRIX NOBEL DE LA PAIX – OSLO, JEUDI 10 DÉCEMBRE 2009

    (…) Je suis le commandant en chef d'une nation engagée dans deux guerres. L'une de ces guerres touche à sa fin. L'autre est un conflit que l'Amérique n'a pas voulu, dans lequel nous sommes engagés avec 43 autres pays, dont la Norvège, pour nous défendre et défendre tous les pays de nouveaux attentats.

    Nous sommes en guerre, et je suis responsable du déploiement de milliers de jeunes Américains partis se battre dans une terre lointaine. Certains tueront, d'autres seront tués. Alors je viens ici avec le sens aigu du coût d'un conflit armé, plein de questions difficiles sur les rapports entre guerre et paix, et nos efforts pour remplacer l'une par l'autre.

    Je me réserve, comme tout chef d'Etat, le droit d'agir unilatéralement si nécessaire pour défendre mon pays.

    (…) Nous devons repenser les notions de guerre juste et les impératifs d'une paix juste. (...) Nous devons commencer à admettre la dure réalité: nous n'éradiquerons pas le conflit violent de notre vivant. Il y aura des moments où les pays, agissant individuellement ou de concert, considéreront que l'usage de la force est non seulement nécessaire mais moralement justifié.

    Ma présence ici étant la conséquence directe de toute l'oeuvre du Dr King, je suis l'héritage vivant de la force morale et de la non-violence (...). Mais en tant que chef d'Etat ayant prêté serment de protéger et défendre mon pays, je ne peux être guidé par leurs seuls exemples (...). Je ne peux rester sans rien faire face aux menaces pesant contre le peuple américain.

    Car ne nous trompons pas: le mal existe dans le monde. Un mouvement non-violent n'aurait pas pu arrêter les armées d'Hitler. Les négociations ne peuvent pas convaincre les dirigeants d'Al-Qaïda de déposer les armes.

    Quelles que soient nos erreurs, les faits sont là: les Etats-Unis d'Amérique ont aidé à garantir la sécurité du monde pendant plus de six décennies avec le sang de nos citoyens et la force de nos armes. Alors oui, les instruments de la guerre ont un rôle à jouer dans la protection de la paix. Et pourtant cette vérité doit coexister avec une autre: la guerre, pour justifiée qu'elle soit, est la promesse d'une tragédie humaine.

    Je crois que la force peut être justifiée par des raisons humanitaires (...) L'inaction déchire notre conscience et peut mener à une intervention ultérieure plus coûteuse. C'est pourquoi tous les pays responsables doivent reconnaître le rôle que peut jouer l'armée dotée d'un mandat précis pour protéger la paix.

    (…) Dans un monde où les menaces sont plus diffuses et les missions plus complexes, l'Amérique ne peut pas agir seule. La paix exige la responsabilité. La paix entraîne le sacrifice. C'est pourquoi l'OTAN reste indispensable. C'est pourquoi nous devons renforcer les missions onusiennes et régionales de maintien de la paix et non laisser cette tâche à quelques pays.

    La paix n'est pas seulement l'absence de conflit visible. Seule une paix juste fondée sur les droits inaliénables et la dignité de chaque individu est vraiment durable (...) Une paix juste ne suppose pas seulement des droits civiques et politiques, elle doit inclure la sécurité économique et des débouchés. (…)

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 11:04
AFGHANISTAN: QUELLE STRATÉGIE POUR RÉUSSIR?

    “S'il est impossible de fixer une échéance à un éventuel retrait, les conditions politiques qui permettront, à terme, un désengagement sont connues. Disposer d'un Afghanistan en mesure de s'assumer lui-même, doté d'un gouvernement légitime s'appuyant sur la confiance de sa population et de forces de sécurité nationales capables d'assurer la paix, la sécurité et la stabilité intérieure et extérieure pour poursuivre le développement amorcé grâce à un financement pérenne de la communauté internationale.”

Extrait du rapport d'information de MM. Josselin de ROHAN, Didier BOULAUD et Jean-Pierre CHEVÈNEMENT (22 septembre-1er octobre 2009)


    Avec l’intensification des combats et l’engagement de troupes supplémentaires de la part des États-Unis comme de leurs alliés, la guerre d’Afghanistan s’inscrit dans une durée de plus en plus longue. Lancée en 2001 au lendemain des attentats du 11 septembre, l'intervention occidentale est en passe d’atteindre la durée de l’invasion soviétique (décembre 1979-février 1989), et peut-être la dépassera.

    Ces éléments posent avec acuité une redéfinition stratégique de l’engagement occidental et, plus particulièrement, français dans ce pays. En effet, les effectifs militaires français sont allés sans cesse croissant depuis 2001, atteignant aujourd’hui 3700 militaires présents sur et autour du théâtre d’opérations afghan. Les pertes sont également croissantes même si elles n’ont encore rien à voir avec celles de nos alliés américains, britanniques et canadiens.

    En revanche, l’impact médiatique de ces pertes, sans commune mesure avec leur réalité militaire, déplace le champ de bataille dans l’opinion publique française: les affaires LE PAHUN et MOREL l’illustrant très récemment. Dans ce contexte, l’explication auprès de nos contemporains des enjeux que pose notre engagement en Afghanistan - enjeux pour ce pays mais aussi pour l’équilibre régional, la sécurité internationale et, in fine, notre propre sécurité -, est à comprendre comme une partie à part entière du conflit. Notre conviction est que ce conflit afghan se déroule autant en Kapisa et Hemland qu’au sein de nos démocraties.

    Concernant ce travail pédagogique indispensable à toute prise de position pour ou contre cette guerre, nous recommandons vivement la lecture du Rapport d'information réalisé par MM. Josselin de ROHAN, Didier BOULAUD et Jean-Pierre CHEVÈNEMENT - mandatés par la Commission des affaires étrangères du Sénat - dont le sujet est “Afghanistan : Quelle stratégie pour réussir ?” Le grand intérêt de cette mission sénatoriale, qui s’est déroulée du 22 septembre au 1er octobre 2009, est qu’elle inscrit directement les évènements afghans dans un équilibre régional plus vaste qui touche au premier chef le Pakistan mais aussi l’Inde et l’Iran.

    Gageons que dans une période de sondages simplistes et d’atteintes aussi irresponsables qu’irrespectueuses envers nos forces armées, cette étude sera lue avec profit par le plus grand nombre.



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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 22:50
Badge de présentation de Nadia MOREL sur le site Vannes-Projet-Citoyens
   
    Il est des attitudes qui révoltent jusqu’au plus profond de nous-même, et des paroles toujours surprenantes tant on ne pouvait les imaginer de personnes censées donner une façon d’exemplarité. Des attitudes et des paroles qui font qu’un enseignement peut se transformer en une véritable CAUSE. Tel est le cas de notre mission - l’éducation à l’Esprit de Défense – revue à la lumière d’un fait qui s’est produit le lundi 16 octobre dernier.

    Ce jour-là, se tenait à Vannes (Morbihan) un conseil municipal au cours duquel une minute de silence fut demandée en hommage aux combattants du 3e RIMa tombés cette année en Afghanistan (1). À cette occasion, les élus de gauche comme de droite se levèrent à l’exception de Madame Nadia MOREL. Élue de l’opposition, inscrite sur la liste Vannes-Projet-Citoyens (VPC), Nadia MOREL, âgée de 37 ans, est également Professeur des écoles et mère de trois enfants. Refusant de se lever lors de cette minute de silence, elle a, depuis, justifiée sa position dans la presse locale, affirmant: “Je ne me suis pas levée effectivement. Je suis antimilitariste et pacifiste. Je respecte le métier de soldat, mais pas le combat meurtrier sur un sol qui n'est pas le nôtre.” (2)

    Dans le journal Le Télégramme, elle ajoute également: “À titre privé, j'ai de la peine pour les familles des victimes. C'est une chose terrible que la mort de ces soldats. D'un autre côté, c'est un métier qu'ils ont choisi. Je suis personnellement pacifiste. Je respecte le fait que des gens puissent avoir une attitude différente de la mienne. Mais je n'adhère pas à la minute de silence qui s'est déroulée lors du conseil municipal. Tous les jours, il y a des gens qui meurent à Vannes. On ne fait pas de minute de silence pour autant.” (3)

    Cette attitude est consternante à plus d’un titre. Alors que nous écrivions récemment sur la vigueur du lien Armée-Nation aux États-Unis, voilà que cette affaire - qui commence à prendre une dimension nationale au même titre que le dépôt de plainte des familles des soldats tués à Sper Kunday – illustre on ne peut mieux la faiblesse de ce lien dans notre pays, partant l’urgente nécessité de le reconstruire. Un pays où une élue confond l’engagement militaire, voulu par le Chef de l’État en Afghanistan, avec le devoir de solidarité de la Nation envers ses fils envoyés au combat. Quand bien même se dit-elle pacifiste, Nadia MOREL comprend-elle vraiment ce qui se passe en Afghanistan où nos soldats sont justement envoyés pour pacifier non seulement un pays mais une région du monde de grande instabilité?

    Point de guerre d’expansion ni de guerre coloniale pour les plus puissantes armées d’Occident qui mettent leurs moyens au service de la paix et de la construction de la Démocratie. D'aucuns en souriraient quant à ce dernier point, certes, mais cela est un autre débat. Toujours est-il que le phénomène est suffisamment inédit et récent dans l'histoire du monde pour être affirmé et souligné une fois de plus, à savoir que des soldats occidentaux se battent et meurent au nom d’un droit international dont on se demande comment Madame MOREL l’enseigne auprès de ses élèves.

    Car c'est ici que l’affaire se révèle la plus désespérante, à savoir que l'élue en question est aussi Professeur des écoles, c’est-à-dire enseignante dans le cycle primaire. D’emblée et d’enseignant à enseignant, je ne peux m’empêcher de lui poser la question de savoir quelle histoire peut-elle bien enseigner à son très jeune public? Son pacifisme la conduit ainsi à désapprouver “le combat meurtrier sur un sol qui n’est pas le nôtre”, mais dans ce cas comment étudier l'histoire de notre pays durant les deux guerres mondiales? Que dit-elle au sujet des milliers de soldats américains, canadiens et britanniques – pour ne citer que ceux-là – venus mourir en France pour prix de sa liberté d'aujourd'hui dans des combats autrement plus meurtriers que les embuscades afghanes? Mais peut-être n'en parle t-elle pas.

    Comment cette enseignante, qui opère une confusion intellectuelle entre ce qui relève du fait divers (4), et ce qui touche à une situation de conflit à l’échelle internationale, peut-elle enseigner ou préparer à l'enseignement de l’Histoire, du Droit, du Civisme, de la mondialisation, tels que les programmes scolaires le demandent? Si le territoire national n’est plus menacé comme il a pu l’être en 1870, en 1914 et en 1940, il peut encore l’être de nos jours mais d’autres manières. La Défense reste la Défense, mais les champs de batailles se sont déplacés, voire ont changé de nature, et les menaces ont muté. Or, les déclarations de l’élue VPC de Vannes offensent le métier d’enseignant par l’incapacité profonde qu’elles révèlent à comprendre le monde et les conflits d’aujourd’hui.

    Si un enseignement peut venir en appui d'une cause (du fait de la grande liberté pédagogique des professeurs), il reste avant tout un enseignement avec un cadre et des objectifs clairement fixés par la loi républicaine. Ainsi en est-il de l’enseignement de la Défense, de l’éducation à l’Esprit de Défense, de la sensibilisation de notre jeunesse aux problèmes de Défense en France comme en Europe, telle que la loi n° 97-1019 du 28 octobre 1997 les fonde de manière OBLIGATOIRE. Cette loi, étayée par plusieurs protocoles d’accord entre les Ministères de la Défense, de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, insiste particulièrement sur l’importance du cycle primaire où les symboles nationaux doivent être appris par les élèves. Or, nous sommes en droit, devant les arguments que nous présente Madame MOREL, de nous interroger sur son attitude face à des parties du programme scolaire qui iraient à l’encontre de ses convictions (“pacifisme”, “antimilitarisme”...).

    Nadia MOREL n'est pas représentative d'un monde enseignant qui, aujourd’hui et fort heureusement, ne confond plus ses salles de classe avec la section ou la cellule d’un parti politique. Elle n’en reste pas moins le reflet de cette minorité de pédagogues pervertis qui - n’aidant pas nos enfants à comprendre l’actualité, alors que cela est justement leur métier - inflige un mal incommensurable aux hommes et aux femmes qui défendent notre pays.

    La vie locale à Vannes n’est pas celle que l’on peut connaître à Kaboul. La France n’est pas l’Afghanistan au même titre qu’un État de droit apaisé ne peut être comparé à un pays où règne l’anarchie tribale. Un fait divers, si désolant soit-il ici dans notre pays, n’a rien à voir avec ce qui s’est passé à Sper Kunday le 18 août 2008. Un accidenté de la route n’est pas un héros, comme les soldats du 3e RIMa tués en Afghanistan ne sont pas des victimes mais de véritables HÉROS. Cette somme atterrante de confusions de la part d’un professeur, réduit sa "peine” proclamée à l’endroit des “familles des victimes” à une pure pétition de principe si ce n'est une rhétorique hypocrite.

    Une comparaison ne vaut que par la qualité et la pertinence des éléments qu’elle met en relation. Nadia MOREL ne compare rien car elle ne comprend rien. L'hommage lui est inutile car elle ne peut saisir ni le sens ni la valeur du sacrifice. Pire, en tant qu’élue et Professeur des écoles, elle est une HONTE pour notre pays et l’Éducation nationale (5).



(1) Vannes, dans le Morbihan, est la ville garnison du 3e RIMa. Les militaires tués sont: le Sergent-chef Johan HIVIN-GÉRARD, le Caporal-chef Thomas ROUSSELLE, le Caporal Johan NAGUIN, le Caporal Antony BODIN et le 1ère classe Kevin LEMOINE.

(2) “L’élue Nadia Morel, cible des anciens combattants”, Ouest-France du jeudi 29 octobre 2009.

(3) “Minute de silence. L’attitude de Nadia Morel critiquée”, Le Télégramme du jeudi 29 octobre 2009.
(4)
Ibid. “Tous les jours, il y a des gens qui meurent à Vannes. On ne fait pas de minute de silence pour autant.”
(5) Une pétition est actuellement en ligne dont l'auteur - L'Association Nationale de Soutien à nos Soldats en Opération (ANSSO) - demande à Nadia MOREL "des excuses ou la démission".

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 09:57
LE LIEN ARMÉE-NATION AUX ÉTATS-UNIS


    Dans un bel article paru dans l’édition du journal Le Figaro d’aujourd’hui, la journaliste Laure MANDEVILLE nous décrit la force du lien Armée-Nation aux États-Unis à travers les honneurs militaires rendus au Sergent-chef Nekl B. ALLEN tué en Afghanistan au mois d’octobre, et qui laisse derrière lui une veuve et trois enfants.

    Alors que le Président Barack OBAMA vient d’annoncer officiellement, devant les cadets de l’Académie militaire de West Point, l’envoi d’un renfort de 30 000 hommes en Afghanistan, alors que cela va bientôt faire une décennie que l’Amérique est en guerre, force est de reconnaître qu’elle nous donne une leçon en matière de solidarité entre la Nation et ses forces armées. Nous pouvons ainsi émettre des réserves quant au bien fondé et quant à la méthode que les États-Unis mettent en avant dans leur lutte afghane comme irakienne, plus particulièrement à l’endroit de ce dernier conflit. Il n’y a cependant pas qu’en France que les sondages désapprouvant l’envoi de troupes supplémentaires progressent. L’Amérique, elle aussi, doute de l’issue de la guerre en Afghanistan. L’Amérique, elle aussi, connaît ses crises de conscience, et affronte des difficultés économiques.

    Certes, elle reste l’ “hyperpuissance” comme la “nation indispensable” selon les termes d’Hubert VÉDRINE et de Madeleine ALBRIGHT. Elle sait cependant, la première, toute la relativité de sa puissance au moment où les guerres afghanes et irakiennes usent le potentiel humain et matériel de l’US Army, le tout sur fond de crise avec l’Iran, et de montée en puissance de la Chine.

    Bien évidemment la puissance économique comme scientifique de l’Amérique reste réelle, et nous aimons la mettre en exergue afin de mieux cacher nos faiblesses, voire occulter la nécessaire réflexivité à notre amélioration. Cependant, la douleur de M. LE PAHUN, par exemple, ne peut se mesurer uniquement à des questions matérielles tels que des gilets pare-balles américains plus efficaces que les gilets pare-balles que portaient nos parachutistes dans la vallée d’Uzbin. Car 5300 fils de l’Amérique sont tombés depuis 2001 en Afghanistan et en Irak, et les pertes que subit l’armée la mieux équipée au monde sont sans commune mesure avec les pertes françaises encore aujourd’hui. La guerre est avant tout un choc de volontés, et une question de détermination politique avant d’être une affaire technique…

Fallen soldiers... Du Vietnam à l'Irak, près de trente ans séparent ces deux photographies. L'US Army a, depuis, profondément changé ainsi que le regard de la société américaine sur le conflit vietnamien. Pourtant, c'est le même cérémonial qui est rendu aux camarades tombés au combat

    Les jeunes Américains ont connu l’individualisme inhérent à la société de consommation bien avant nous. Ils ont aussi connu la professionnalisation des armées vingt ans avant la France. L’Amérique doute en Afghanistan, et les longues hésitations stratégiques du Président OBAMA l’ont amplement montré ces derniers mois. Pourtant, dans ce pays que nous aimons tant critiquer pour ce qu’il est, un vétéran ou un blessé est encore regardé et salué comme un HÉROS et non comme une victime. Chaque soldat tué reçoit un hommage individuel et reconnu par la société au cours d’une cérémonie que le cinéma a popularisé plus d’une fois, et qui a, très certainement, émue la journaliste du Figaro ce mardi 8 octobre 2009 au cimetière militaire national d’Arlington (Virginie).


    Bref, l’Amérique est encore l’une des rares démocraties occidentales où l’on peut désapprouver une guerre sans pour autant tourner le dos à l’Armée. Un pays où les familles pleurent autant – si ce n’est davantage qu’ailleurs – les pères et les fils absents; où certaines familles contestent la politique du Gouvernement, mais ne remettent pas en cause le lien entre la Nation américaine et ses forces armées. Un pays où, dans l’épreuve, quoi qu'il en soit la Nation est SOLIDAIRE. Où le fameux “support our troops” reste un geste de civisme et de solidarité que l’on soit républicain ou démocrate.

    La France devrait s’en inspirer.


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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 10:07
JUDICIARISATION, MÉDIATISATION ET DEMANDE DE RENFORTS
   
    Ce mois de novembre vient de s’achever sur deux interventions médiatiques venant enrichir le débat et la réflexion sur ce que l’on appelle désormais la judiciarisation de la guerre et des opérations militaires. D’abord une nouvelle interview de Joël LE PAHUN, père de l’un des dix soldats tués lors de la bataille de Sper Kunday le 18 août 2008, sur la radio RTL. Dans cette interview, réalisée le lundi 30 novembre avec le journaliste Vincent PARIZOT, M. LE PAHUN affine le point de vue de sa démarche et met directement en cause le Chef d’État-major des Armées.


    Le même jour, à l’occasion de la cérémonie de prise d’armes d’automne, le Président Nicolas SARKOZY, Chef des Armées, a prononcé un discours où il a rendu hommage aux 21 militaires français tombés en Afghanistan au cours de cette année. Comme en écho à l’extension de la plainte de M. LE PAHUN - qui concerne dorénavant sept familles de combattants tués à Sper Kunday -, le Chef de l’État a rappelé “la singularité de l’engagement militaire” ainsi que sa volonté de maintenir l’effort de défense “en dépit de la crise économique”. Il a aussi réaffirmé la détermination de la France à soutenir le processus de stabilisation et de pacification en Afghanistan.

    Cette actualité immédiate mettra particulièrement en relief les pressions que les États-Unis exercent actuellement sur notre pays (1) pour qu’il envoie de nouveaux renforts en Afghanistan. Les États-Unis portent, en effet, l’essentiel du poids de ce conflit alors qu’au même moment le Président OBAMA affronte une situation intérieure difficile. 929 soldats américains sont déjà tombés en Afghanistan, et un renfort supplémentaire de 30 à 40 000 soldats devrait être envoyé très prochainement sur ce théâtre d’opérations.

(1) Cf. L’entretien téléphonique de jeudi dernier entre Hillary CLINTON, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et Bernard KOUCHNER, Ministre des Affaires étrangères. L’entretien d’hier, également, entre Barack OBAMA  et Nicolas SARKOZY.



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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 17:17
POINT DE VUE

    Peut-on traiter des faits de guerre comme de simples faits divers? La mort au combat d'un soldat est-elle à mettre au même niveau que celle d'un accident de la route ou d'un réglement de compte crapuleux? La justice d'un État de droit peut-elle s'appliquer à un conflit qui, par définition, est une situation de non droit?

    Voilà quelques unes des graves questions qui se cachent derrière ce que l'on appelle désormais la "judiciarisation" de la guerre et des opérations militaires. La décision de la famille LE PAHUN, comme celle de la veuve du Sergent PENON, de porter plainte contre les officiers commandant la mission du 18 août 2008, relève de la recherche d'une faute à tout prix comme si la guerre n'existait pas, comme si être militaire n'était qu'un métier, comme si le sens profond de l'engagement des jeunes soldats était ignoré.

    À cette recherche vaine mais dont les effets médiatiques peuvent être dévastateurs, deux chercheurs de l'Institut Thomas More ont opposé une analyse dans le journal Le Figaro du lundi 23 novembre dernier. La pertinence de cette analyse - qui s'interroge sur le rapport
que la société entretient avec l’engagement militaire - viendra en écho aux propos du Capitaine de vaisseau (R) Thierry GAUROY postés dans les colonnes de ce blog il y a quelques jours.

    Parce que nous pensons que tout soldat tué au combat dans l'exercice de sa mission est un HÉROS - et non une victime -, notre réflexion sur le lien Armée-Nation ne pouvait être que stimulée par l'analyse d'Antonin TISSERON et Thibault FOUILLEN que nous reproduisons ci dessous.


MORTS EN AFGHANISTAN: LA NATION CONTRE L’ARMÉE?

    Le 18 août 2008, dix soldats français tombaient dans une embuscade dans la vallée d’Uzbin, en Afghanistan, et révélaient de manière brutale à la nation que, oui, ses soldats pouvaient encore mourir. Cette affaire qui émut le pays relança par ricochet la polémique sur la pertinence de l’envoi de militaires en opérations extérieures, ici sur un théâtre particulièrement dangereux. Aujourd’hui, deux des familles de ces soldats morts au combat décident de porter plainte pour « mise en danger délibérée d’autrui » contre une hiérarchie militaire qui, estiment-elles, n’a pas suffisamment préparé l’opération.

    Il ne nous appartient pas de juger de la légitimité de cette action en justice, qui émane de familles en deuil aspirant à connaître la vérité sur ce drame. Néanmoins, ce recours devant le tribunal aux armées de Paris (TAP) laisse planer, par-delà les interrogations sur le manque de moyens des combattants français engagés en Kapissa, le spectre d’une réalité politique et sociale préoccupante qui force à s’interroger sur la manière dont l’engagement militaire est désormais perçu par la société française.

    Ce recours devant les tribunaux ne vise « pas le président de la République, son gouvernement ou le chef d’état-major des armées » mais, selon les familles, « des individus qui n’ont pas assumé leurs responsabilités ». Il met à nu une réalité sociale symptomatique de notre société postmoderne, celle du déni de la mort, qui entre en contradiction flagrante avec l’engagement du soldat. Les militaires savent qu’ils sont amenés à être envoyés sur des théâtres d’opération, à combattre et à risquer leur vie pour leur mission. L’action militaire – létale par essence – fait que le soldat est à tout moment confronté à la mort et, dans une armée professionnelle, l’engagement se fait nécessairement en connaissance de cause.

    Dans une société largement hédoniste, qui ne reconnaît plus la relation verticale aux institutions et qui détourne le regard devant la mort et les morts, la recherche de responsables devient la solution la plus évidente pour affronter une réalité qui, elle, ne l’est pas.

    On peut aussi voir, deuxième élément d’analyse, que ce sont les conséquences de l’individualisme qui s’insinuent dans la relation entre la nation et son armée. L’individualisation du métier de soldat, fondé sur l’engagement volontaire et non plus sur l’indistinction contraignante de la conscription, permet à la société, non seulement de remettre en cause le bien-fondé de sa mission, mais son choix même de s’être fait soldat.

    En discutant la légitimité d’une mission donnée – ce qui est parfaitement admissible dans le champ du débat politique et n’est pas neuf –, on s’interroge sur l’individu qui s’est fait soldat et qui remplit cette mission. Et on arrive là au coeur du délicat problème posé par la démarche de ces familles devant la justice. Car, chose peu rapportée, cette démarche a été très mal accueillie par les soldats engagés en Afghanistan qui, sur INTERNET en particulier, l’ont qualifiée en l’apprenant d’ « injure », de « honte » , voire de « traîtrise à la mémoire » de leurs compagnons tombés à Uzbin (1). Outre le risque de saper le moral des troupes engagées, ils ont en effet estimé qu’une telle action ne pouvait que décrédibiliser les forces françaises auprès de leurs alliés et renforcer le sentiment de faiblesse de la France dans le conflit.

    N’y a-t-il pas là un grave risque de divorce entre la société ? Lorsque le ministre de l’Immigration Éric Besson relance le débat sur l’identité nationale, on ne peut que repenser à Uzbin et à la judiciarisation d’un drame certes humain, mais aussi national. Il n’y a pas si longtemps encore, l’armée faisait partie intégrante de la communauté spontanée des valeurs nationales et républicaines. C’est cela, ce lien d’évidence entre la nation, son armée et les soldats qui la composent, qui est en train de se dissoudre. Chacun doute de l’autre et l’incompréhension grandit. À la question « Pourquoi serait-on prêt à mourir aujourd’hui ? », qui répondrait encore « Pour la nation » ? Personne… sauf les militaires sans doute. C’est pourquoi la plupart ressentent un profond malaise devant la remise en cause de leur métier et du don éventuel de leur vie qui en fait pleinement partie. Certains expliquent que, de retour d’opérations à l’étranger, ils se sentent incompris jusque dans leur foyer, jusque parmi leurs proches qui ne perçoivent plus le sens de leur engagement et la raison qui les pousse à servir la France au péril de leur vie.

    Le débat sur l’identité nationale ne devrait-il pas être l’occasion de s’interroger sur l’avenir du lien que la nation entretient avec son armée ? N’y aurait-il pas lieu de réfléchir, avec tact et respect à l’égard de familles évidemment meurtries, sur ce que peuvent apporter de souhaitable des démarches telles que celles qu’elles ont initiées devant la justice et dont la multiplication menace non seulement la cohésion de l’armée comme institution, mais aussi son rôle dans et au service de la nation ? Ce débat, que nous ne croyons pas injurieux pour leurs familles, nous le devons aux soldats morts à Uzbin.

Antonin TISSERON et Thibault FOUILLEN

(1) NDLR - Jean-Dominique MERCHET sur son blog "Secret Défense" rapporte le propos d'un soldat suite à cette affaire: "
A mes parents, à ma famille, Je suis engagé, je suis conscient des risques de mon métier, je les assume. Si un jour je ne reviens pas, merci de ne pas faire honte à ma mémoire en engageant ce genre d'action."


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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 19:13

    Aujourd’hui se déroulait, dans la base navale de Toulon, la 7e édition de la Journée annuelle du Sous-Marin (JSM), une journée dédiée à nos forces sous-marines. La France est une puissance sous-marine de premier ordre avec 4 Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins (SNLE) et 6 Sous-marins Nucléaires d’Attaque (SNA). Les premiers sont de grosses unités de 110 sous-mariniers. Ils constituent le fer de lance de notre dissuasion nucléaire. Leur propulsion est nucléaire, leur armement également (1). Les seconds - de taille plus réduite (72 sous-mariniers) - sont à propulsion nucléaire, mais leur armement reste conventionnel. Les SNA sont particulièrement polyvalents avec, cependant, la mission majeure d’assurer la sécurité des SNLE en mission ou à l’entraînement.

    Forte de 3600 hommes et de 10 bâtiments, les forces sous-marines françaises sont, donc, organisées en deux parties. Les 4 SNLE sont le coeur de la Force Océanique Stratégique (FOST) qui, elle, constitue la deuxième composante de nos Forces Nucléaires Stratégiques (FNS). C’est cette composante navale qui est la plus importante, et c'est sur elle que se fonde l’essentiel de notre capacité de dissuasion. La Marine est l'Armée qui, aujourd'hui, permet plus que jamais la sanctuarisation du territoire national, alors que la France continue de rester un pays de culture et de tradition continentales.

    C’est le Vice-Amiral d’Escadre Jean-François BAUD, commandant la FOST, qui a présidé aujourd’hui cette 7e JSM dont le thème était l' "Histoire du sous-marinier”. À cette occasion était invité Alexandre SHELDON-DUPLAIX, un chercheur du Service Historique de la Défense (SHD) que l’Enseignant Défense connaît bien pour le croiser régulièrement dans les fonds d’archives du Département de la Marine sis dans le château de Vincennes. M. SHELDON-DUPLAIX est, par ailleurs, l’auteur d’une très récente “Histoire mondiale des porte-avions.”


(1) Les missiles M45 seront très bientôt remplacés par des M51. Les M45 et M51 sont des missiles balistiques stratégiques mer-sol à changement de milieu de type MIRV (Multiple Independently targetable Reentry Vehicle). Les missiles MIRV sont des vecteurs emportant plusieurs ogives, et capables de frapper simultanément plusieurs objectifs.



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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 10:01
GUERRE ET STATISTIQUES

MIROIR ET TROMPE-L'OEIL

    Une organisation israélienne de défense des Droits de l’Homme, B’Tselem, vient de publier un bilan de deux décennies de guerre entre Israéliens et Palestiniens. Selon les statistiques de cette organisation 7398 Palestiniens ont été tués en vingt ans contre 1483 Israéliens, soit un total de 8881 morts. Ce calcul ne comptabilise pas les victimes des affrontements interpalestiniens, ni ceux avec le Hezbollah au Liban (1).

    Ce qui ressort de cette étude, c’est que le conflit israélo-palestinien - rapporté à sa permanence médiatique depuis vingt ans, ainsi qu’à la violence quasi quotidienne des images télévisuelles – ne reste finalement qu’un conflit de très basse intensité avec un ratio de 1,2 morts par jour depuis deux décennies. Rapportés aux populations respectives, les chiffres de l’organisation B’Tselem ne sont également pas significatifs avec un ratio de 1 pour 100 côté palestinien, et 1 pour 600 côté israélien.

    En effet, pour les spécialistes, l’un des critères permettant de définir une typologie des conflits est le seuil d’intensité de ces derniers. Ce seuil d’intensité est, entre autres, révélé par l’ampleur ou non des pertes humaines quotidiennes. On comprendra aisément que les deux guerres mondiales ont été des conflits de très haute intensité, dont les pertes (militaires comme civiles) se sont chiffrées en millions d’individus dans des périodes de temps, somme toute, assez courtes en comparaison à l’affrontement entre Israéliens et Palestiniens.

    Certes, la froideur des nombres n’enlève rien à la cruauté de la situation, et d’un point de vue humaniste comme moral, la guerre – quelle qu’elle soit - restera toujours un échec pour l’Homme, puis la naissance de l'activité guerrière jusqu'à nos jours. Une vie est une vie, et rien ne saurait la remplacer. Ce que montrent en revanche les statistiques, c’est une relativisation nécessaire, d’une guerre à l’autre, de la notion de pertes. De 1914 à 1918, l’Armée française perdait chaque jour près de 980 hommes! Avec 4365 soldats tués depuis le début de son engagement en Irak, en mars 2003, l’armée américaine atteint un ratio de 1,7 mort par jour. Rien à voir, donc, avec la réalité chiffrée de la Guerre du Vietnam pourtant distante d’à peine une trentaine d’années, et avec laquelle les médias ont d’emblée voulu établir une comparaison.

    Et si de notre point de vue français, nous faisions le calcul du nombre de nos morts en Afghanistan depuis l’automne 2001, nous arriverions à un ratio de 0,01 mort par jour… Cette statistique - encore plus dérisoire eu égard aux deux autres conflits du Moyen-Orient cités précédemment - est pourtant relayée sans commune mesure dans les médias par des critiques en méconnaissance de cause de notre engagement en Afghanistan et des réalités militaires. Relayée également par une judiciarisation inédite des opérations militaires.

    La France qui ne fait plus de guerres de conquête, s’est engagée en Afghanistan comme ailleurs - et aux côtés d’autres nations démocratiques - dans la stabilisation de l’ordre mondial, si ce n’est dans la construction d’une paix globale. En ce sens, ce qui se passe en Afghanistan peut être considéré à bien des égards comme une guerre juste à défaut d’être la lutte la plus efficace ou la mieux adaptée pour reconstruire un Afghanistan stabilisé et pacifique. Cela est, cependant, un autre débat que nous n’avons pas à ouvrir sur ce blog.

    En revanche ce que nous pouvons remarquer, c’est que c’est au moment où nous sommes engagés dans une guerre dont le motif est loin d’être moralement condamnable au regard de l’Histoire ancienne et présente; que c’est au moment où nos pertes militaires n’ont jamais été aussi faibles sur un engagement d’aussi longue durée; que c’est à ces moments là que nous sommes le moins prêts à vouloir défendre nos valeurs… Bref, on ne soulignera on ne peut mieux - et à travers quelques chiffres simples - la fragilité et la faiblesse morale de notre société.

(1) Cf. Lire le compte-rendu du rapport par Jean-Dominique MERCHET.



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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 06:44
POINT DE VUE

Cour d'honneur des Invalides le jeudi 21 août 2008. L'hommage est rendu aux dix soldats tombés à Sper Kunday le lundi 18 août
   
    Le Capitaine de vaisseau (R) Thierry GAUROY - qui a déjà participé à plusieurs reprises à la réflexion de notre blog (1) - est le Président du Comité de Coordination des Associations des Cadres de Réserve de Seine-et-Marne (CCACR 77). Cette association - ainsi que l'AOR de Melun du Chef d'Escadrons (H) François COLOMBANI - participe directement à l'Éducation à l'Esprit de Défense au sein du Lycée Galilée. C'est le lien permanent avec ces deux associations qui permet, aujourd'hui, de parler d'un "pôle" relais Défense dans cet établissement scolaire.
   
    Issu des fusiliers marins, aujourd'hui officier dans la réserve opérationnelle, homme de grande culture également, le CV GAUROY est un observateur attentif du monde de la Défense et de la Marine en particulier. À ce titre, il ne pouvait rester indifférent face à la médiatisation de l'action judiciaire des familles de Julien LE PAHUN et de Rodolphe PENON.

(1) Cf. Un précédent article et une participation active aux forums avec les élèves.



MORT D’UN SOLDAT ET ACTION JUDICIAIRE
   
    La « judiciarisation » de l’acte de prise de  décision au sein des forces armées me choque profondément et je l’avais écrit, il y a neuf ans, dans la Revue Maritime, à l’occasion de la mise en examen de trois officiers supérieurs de marine qui étaient de permanence au Commandement Opérationnel de la Marine à la Préfecture Maritime de BREST lors du naufrage de l’ Erika en décembre 1999, ce pétrolier qui a provoqué une énorme marée noire.

    Je suis encore plus choqué par le procès que Monsieur Joël LE PAHUN intente à trois officiers de la chaîne de commandement dont dépendait son fils Julien mort en service commandé le 18 août 2008 dans une vallée perdue de la lointaine Afghanistan, alors qu’il permettait à la France d’honorer ses engagements à l’égard de ses alliés dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationales.

    Je ne veux pas non plus accabler un père qui souffre, et de la pire des souffrances, celle de la perte d’un fils. Je ne veux surtout pas m’immiscer dans les rapports familiaux complexes entre un père et son fils qui ont conduit Julien LE PAHUN à s’engager dans l’armée et à aller ensuite jusqu’au bout de son engagement.

    Je voudrais simplement tenter de comprendre les mécanismes sociétaux qui conduisent à cette action judiciaire d’un père contre les chefs militaires directs de son fils combattant.

Je vois dans ce phénomène deux causes principales :

1) les médias
2) l’action sociale de nos autorité politiques et militaires

    Et je vois également un remède dans l’action d’associations telles que notre Comité de Coordination des Associations de Cadres de Réserve de Seine et Marne ou telles que l’Association Solidarité Défense présidée par l’Amiral Jacques LANXADE.

1) Les médias sont responsables de cet état de fait parce qu’à mon sens, ils vont bien au-delà de leur rôle d’information et d’éducation à la problématique militaire. Il est normal qu’un journaliste aille sur un théâtre d’opérations et explique à ses lecteurs ou télé auditeurs les enjeux tactiques, stratégiques et géopolitiques d’un combat, dans le strict respect d’une certaine confidentialité afin de ne pas nuire à la conduite des opérations en cours.

    Mais qu’il aborde dans son compte rendu une conception intimiste de l’information en s’invitant dans une famille et en étalant au grand jour la souffrance de parents ou d’une fratrie, est inacceptable. Même Jean RENOIR qui était cinéaste et non journaliste a traité la question avec beaucoup plus de pudeur, sans porter atteinte au caractère sacré de la souffrance et de la mort d’un soldat.

2) Nos autorités politiques et militaires n’auraient peut-être pas du inviter la famille LE PAHUN à se rendre en Afghanistan. Elles auraient probablement du se contenter de leur écrire, peut-être de leur faire une visite privée pour les assurer de leur soutien et de leur compassion mais sans médiatisation aucune. La médiatisation de cette souffrance humaine devrait, à mon sens, être réservée à la seule « sacralisation » de la mort d’un soldat au service de la France et de la Paix. Et bien entendu, comme je le dis plus haut, à l’explication des enjeux tactiques et stratégiques du combat qui se mène. C’est aussi cela que donner du sens à la vie et à la mort d’un soldat.

3) L’association Solidarité Défense fait un travail admirable de terrain pour le soutien moral et l’accompagnement des soldats engagés au combat et surtout de leurs familles, mais aussi à destination de jeunes lycéens, encadrés par certains de leurs enseignants tels que Monsieur le Professeur Nghia NGUYEN du lycée Galilée de COMBS LA VILLE (77), en les aidant à devenir acteurs et non plus seulement spectateurs de la vie sociale de notre pays.

    Ce n’est pas un hasard si l’association Solidarité Défense est actuellement présidée par l’Amiral Jacques LANXADE, homme de grand talent doué d’une grande expérience du commandement. Je me souviens que ce Grand Marin d’Etat et de Guerre, lorsqu’il commandait la frégate De Grasse, tolérait parfois qu’un des hommes de l’équipe machine monte à la passerelle, pendant une opération, mais exigeait de lui, le silence le plus absolu et cela pour trois raisons :

- ne pas perturber le travail en cours qui demandait beaucoup de concentration de la part de tout l’équipage
- permettre à l’heureux élu d’apprendre par l’observation directe, les enjeux de la mission en cours
- permettre la sacralisation de l’instant, et donner ainsi du sens à la mission.

    Alors loin de moi l’idée de jeter la pierre à l’un quelconque des responsables de ces deux organes vitaux de la société que sont la presse et les autorité politiques et militaires, et qui donnent leur vie et leur temps au service besogneux de la France. Mais je pense que nous devrons à l’avenir tenir compte de ces trois remarques pour éviter la multiplication des actions judiciaires de ce type. Je sais que l’on va me rétorquer que le débat judiciaire va permettre de faire de la pédagogie à l’égard du grand public. Je réponds à cela que ce n’est pas la mission du pouvoir judiciaire qui a peu de moyens. Les moyens de la justice, dans l’attente d’une amélioration quantitative, devraient être concentrés sur l’accomplissement qualitatif de ses missions de base de régulation de la société civile.

    Chacun sa mission.

    Pour pérenniser tant l’esprit de défense, la sacralisation de la vie et la mort du soldat, que l’action entreprise par Monsieur le Professeur Nghia NGUYEN en soutien de l’action de l’association Solidarité Défense, il conviendrait peut être que, dans les lycées qui le souhaitent, le Conseil de la Vie Lycéenne organise tous les six mois une action concrète par les délégués lycéens élus, telle que celle de confection de colis de Noël pour nos soldats ou la participation, hors période de commémoration solennelle, au ravivage de la Flamme à l’Arc de Triomphe.

Capitaine de vaisseau (R) Thierry GAUROY
Président du CCACR 77
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