15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 07:45
INTERVIEW EXCLUSIVE DU COLONEL GOYA
PAR LE BLOG DÉFENSE ET DÉMOCRATIE


    Le Colonel Michel GOYA, que nous avons déjà présenté à plusieurs reprises sur ce blog, est une personnalité militaire française dont la réflexion et la perspicacité sont d’une incontestable richesse pour nos forces armées. Issue du corps des sous-officiers, il devient officier par le recrutement interne (EMIA). De l’Infanterie mécanisée, il poursuit sa carrière dans l’Infanterie de Marine, passant d’une culture métropolitaine à une culture de la projection. Entrant dans le métier des armes durant la Guerre froide, il la poursuit dans un contexte international en mutation profonde à partir du début des années 1990, participant notamment à de nombreuses OPEX.

    Michel GOYA, que le blog Défense et Démocratie a pu interviewer en exclusivité sur la situation en Afghanistan, est l’auteur d’ouvrages remarqués et maintes fois salués dans la presse: “La chair et l’acier. L'armée française et l'invention de la guerre moderne (1914-1918)” (2004) et “Irak, les armées du chaos (2003-2008)” (2008). Il est, aujourd’hui, directeur de recherche à l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire de Paris  (IRSEM), ainsi que titulaire de la chaire d'action terrestre du Centre de Recherche des Ecoles de Coëtquidan (CREC).
Soldat afghan et soldat français d'une OMLT (Operational Mentoring and Liaison Team)

INTERVIEW

Défense et Démocratie - Mon Colonel, vous revenez d’Afghanistan où vous venez de passer plusieurs semaines dans le cadre de l’opération Epidote. Pouvez-vous nous parler de cette opération, et nous dire ce que l’on peut entendre par la notion d’ “afghanisation”?

Colonel Michel GOYA - L'opération Epidote représente la contribution française à la formation de l'armée afghane. Forte d'une soixantaine d'hommes et de femmes, cette opération se concentre plus particulièrement sur la formation des officiers, depuis le cours des chefs de section jusqu'à l'équivalent local du Collège Interarmées de Défense, sans oublier des cellules spécialisées au sein de l'école du renseignement et de l'école de la logistique. Au total, les deux-tiers des officiers de ce pays ont été formés dans le cadre de l’opération Epidote. Actuellement, la très grande majorité des cours sont assurés par les Afghans eux-mêmes et les Français ont surtout un rôle de conseil (mentoring).

    L’opération Epidote contribue donc pleinement à ce qu’on appelle l’afghanisation du conflit, c’est-à-dire sa prise en compte progressive par l’Etat afghan au fur et à mesure de la montée en puissance de ses instruments régaliens.

2- Peut-on dire que la France dispose d’une doctrine éprouvée en matière de guerre contre-insurrectionnelle? Dans l’affirmative, quels en sont les principes?

    La France bénéficie d’une très longue expérience en matière de « guerre au milieu des populations », qu’il s’agisse des opérations de la conquête coloniale ou des guerres d’Indochine et d’Algérie. En même temps, ce dernier conflit a constitué un tel traumatisme pour les militaires français, que ceux-ci se sont longtemps refusés à aborder ces questions, même si nous continuions ponctuellement à mener des opérations de contre-guérilla en Afrique. Ce n’est que très récemment, et sous la « pression afghane » que le Centre de Doctrine d’Emploi des Forces a rédigé un nouveau manuel de contre-rébellion (terme préféré à contre-insurrection qui désigne un phénomène où la population civile a un rôle actif).

    Les principes qui y sont dégagés ne sont finalement pas très nouveaux : les opérations ne sont que la mise en application d’un projet politique et celles-ci comportent trois axes d’effort parallèles : sécurisation, administration, développement, afin de faire adhérer la majorité de la population au projet politique et à la détourner des organisations de contestation armées. Privées du soutien de la population, celles-ci sont condamnées à dépérir. Les actions militaires de combat contre les rebelles armés ne sont que la partie spectaculaire d’un processus beaucoup plus large, long et exigeant. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la difficulté à mettre en œuvre ces principes au sein d’Etats étrangers et souverains, dans un cadre multinational et sous leadership américain.

3- Qu’est-ce qui nous distingue de nos alliés américains en matière de contre-insurrection?

    Sur les principes, il n’y a rien qui nous distingue véritablement des Américains, ne serait-ce d’ailleurs que parce que ces derniers s’inspirent beaucoup de nous et des Britanniques. Dans la pratique les choses sont assez différentes, car la culture militaire américaine, centrée sur la destruction rapide de la force armée adverse par un déploiement massif de moyens matériels, est inadaptée à ce type de conflit.

    Simultanément, comme la nation française ne fait pas le même effort pour sa défense que la nation américaine, nous sommes condamnés à rester des acteurs secondaires à côté des Américains, et à attendre que ceux-ci modifient leur comportement pour obtenir des résultats efficaces. Cela a été en partir le cas en Irak, ce qui a permis de rétablir en 2007 une situation largement compromise, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire en Afghanistan. C’est la tâche que s’est fixée le nouveau commandant de la coalition, le Général Mc Chrystal.

4- Avec l’Afghanistan, les forces armées françaises redécouvrent une situation de guerre. Quel en est l’impact sur les hommes, le matériel, la doctrine d’engagement de nos forces?

    Le métier des armes n’a jamais cessé d’être violent et dangereux. Rappelons qu’en 1978 lorsque nous menons simultanément une opération à Kolwezi, au Zaïre, et surtout au Tchad, nous perdons 33 soldats en quelques semaines. Plus de 100 soldats français sont morts au Liban depuis 1978. À Sarajevo en 1993, j’ai vu un soldat français tomber sous les balles ou les éclats d’obus en moyenne tous les six jours pendant six mois. Il est vrai cependant qu’avec l’engagement français dans la province de Kapisa en Afghanistan, nous nous retrouvons véritablement dans une situation de guerre face à un ennemi d'autant plus redoutable qu'il est incrusté dans la population locale.

    Cela demande évidemment plus d'exigence en matière d'équipement de nos soldats mais aussi et surtout en matière d'entraînement, la grande difficulté n'étant pas d'ailleurs de mettre en oeuvre de puissants moyens de destruction, mais à utiliser très finement ceux-ci des effets très précis sans toucher la population. Un soldat français porte sur lui de quoi tuer 800 personnes, mais, malgré le stress, il n’utilisera qu’une fraction infime de cette puissance et de manière très maîtrisée, car il sait qu’une seule erreur de sa part peut avoir des conséquences négatives très importantes.

5- Les soldats ont-ils le sentiment que le pays et les médias comprennent leur présence et leur action en Afghanistan?

    Les soldats français en Afghanistan ne comprennent pas que l’on ne s’intéresse à eux que lorsque l’un d’entre eux est tué. Il y a un décalage énorme entre les efforts déployés sur tout le théâtre et la représentation qui en faite en France, comme si d’une part on n’osait dire aux Français que nous sommes en guerre et d’autre part que les médias, notamment télévisuels, ne savaient plus se dégager de l’immédiateté émotionnelle pour traiter de problèmes de fond. C’est très frustrant.

6- Que répondre à ceux qui pensent que la guerre est beaucoup trop longue depuis 2003 et que cela est synonyme de défaite militaire?

    À force de se concentrer sur le spectaculaire, nous avons simplement oublié que les opérations de stabilisation sont généralement longues. Nous sommes restés en Bosnie pendant dix-sept ans et nous sommes au Kosovo depuis dix ans. Il est vrai que ces opérations n’étaient que très épisodiquement violentes et accédaient donc assez peu au « 20 heures ». Encore une fois, la lutte armée contre les mouvements de rébellion n’est que la partie émergée de l’iceberg, cachant une transformation profonde de l’Etat afghan, qui à terme donnera le succès. Tout cela est très lent. Depuis 1945, il faut en moyenne quatorze ans pour conclure un conflit de ce type. L’opération militaire britannique en Irlande du nord aura duré vingt-huit ans et coûté la vie à 700 soldats. Il faut être pleinement conscient que la guerre en Afghanistan durera encore plusieurs années et qu’elle sera coûteuse, mais le djihadisme international d’Al Qaïda s’en trouvera éradiqué.

Propos recueillis par l'Enseignant Défense
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Enseignant Défense Enseignant Défense - dans Comptes rendus
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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 09:43
    Dans le cadre d’une Éducation et d’une sensibilisation aux questions de Défense, plus que jamais nécessaires, l’Association des Officiers de Réserve de la Région de Melun (AOR) et la Maison du Combattant et du Citoyen (MCC) – partenaire du Lycée Galilée - organisent une conférence-débat dont le sujet sera:


LA NOUVELLE RÉSERVE MILITAIRE
PAR CEUX QUI LA
VIVENT


    La Réserve – qui désigne le potentiel humain et technique que la société civile met à disposition des forces armées – a subi de profondes mutations depuis le passage des armées au format de métier. De deux types – opérationnelle (militaire) et citoyenne (civile) -, la Réserve est l’expression la plus achevée du lien entre la Nation et l’Armée. Opérationnelle et active aux États-Unis, elle monte en puissance dans notre pays en dépit d’un contexte budgétaire peu favorable.

    La conférence-débat présidée par le Député-Maire de Combs-la-Ville, M. Guy GEOFFROY, se tiendra à la Maison de quartier des Quincarnelles le samedi 17 octobre 2009 à 16.00. Elle illustrera et informera tous les Citoyens de Combs-la-Ville qui s’interrogent sur la Défense et son articulation avec la société civile.

    L’Enseignant Défense invite vivement les élèves du Lycée Galilée – notamment ceux de Terminale –, ainsi que leurs parents, à venir assister et participer à cette conférence-débat.

Réservistes du 22e Bataillon d'Infanterie de Marine à l'instruction

PROGRAMME DE LA CONFÉRENCE-DÉBAT

1- Accueil par le Général (2S) Serge AUZANNEAU, Président de la Maison du Combattant et du Citoyen de Combs-la-Ville (MCC)

2- Introduction par le Chef d'escadrons (H) François COLOMBANI, Président de l'Association des Officiers de Réserve de la région de Melun

3- Exposé du Lieutenant (R) Thomas FRESSIN sur “La vie concrète d'un chef de peloton commandant une unité de réservistes au sein d'un régiment”

4- Exposé du Lieutenant-colonel (R) Alain LEGRIS sur “L'expérience d'un officier de réserve en opération  extérieure (Kosovo)”

5- Débat et conclusion

    La conférence-débat, dont l’accès est entièrement gratuit, est organisée avec le soutien du:

* Comité de Coordination des Associations de Cadres de Réserve de Seine-et-Marne  (CCACR 77)
* Délégué Militaire Départemental de Seine-et-Marne (DMD 77)
* Directeur Départemental de l'Office National des Anciens Combattants (ONAC)
* La Société d'Entraide des Membres de la Légion d'Honneur (SEMLH)
* Lycée Galilée de Combs-la-Ville

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Enseignant Défense Général (2S) Serge Auzanneau - dans La Maison du Combattant
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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 16:17
LE PAKISTAN ET LA GUERRE EN AFGHANISTAN

Situation régionale du Pakistan
   
    Ce que l’on appelle, aujourd’hui, la Guerre d’Afghanistan concerne et touche particulièrement un deuxième État, dont l’équilibre – ou le déséquilibre – géopolitique conditionne la paix dans cette région du monde voire au-delà. Il s’agit du Pakistan. Pour la plupart de nos élèves, ainsi qu'une grande partie de nos concitoyens qui peinent à percevoir les enjeux du conflit afghan, l’intrusion de la question pakistanaise est de nature à rendre l’actualité de la région encore plus incompréhensible.

    Les liens entre les deux pays ont, pourtant, toujours été étroits, et leur frontière commune particulièrement poreuse. Dès sa création l’État pakistanais vit une situation de guerre larvée avec son voisin indien dont il s’est détaché à partir de 1947. Ce rapport conflictuel avec l’Inde a, dès le début, fait envisager l’Afghanistan comme un espace de repli pour le Pakistan, qui ne dispose pas de profondeur stratégique en cas de guerre majeure.

    La religion musulmane est également un lien fort entre les deux États. L’Islam est notamment la religion de l’ethnie pachtoune (l’ethnie des Talibans), fortement représentée des deux côtés de la frontière: la fameuse Ligne Durand du nom de Sir Henry Mortimer DURAND, le signataire britannique qui trace cette limite en 1893 en accord avec l'Émir Abd UR-RAHMAN.

Localisation de l'ethnie pachtoune
   
    Inversement, le Pakistan a pu représenter un sanctuaire en cas de menace pour les Afghans. Ce fut notamment le cas durant la guerre soviétique (1979), où de nombreux camps de réfugiés sont apparus à proximité de la Ligne Durand, dans une zone montagneuse et frontalière située au Nord-Ouest du Pakistan, non loin de la capitale Islamabad. C’est dans cette région peuplée de tribus pachtounes – et appelées “zones tribales” – que s’est déplacée une partie du conflit qui débute au lendemain des attentats de septembre 2001.


    Le Pakistan est un État structuré, au sens moderne, à l’inverse de son voisin afghan. Il est, cependant, un État dont l’identité s’est construite dès le début sur un fondement religieux. Ce fondement religieux a pu être affaibli au profit d’une logique géopolitique plus marquée avec le détachement du Bangladesh (anciennement Pakistan oriental). L’islamisme fait, cependant, partie de l’histoire et de la société pakistanaise, expliquant une proximité ressentie et vécue des Pakistanais bien plus forte à l’endroit des Afghans, des Pachtounes et des Talibans que des Occidentaux.

    Pourtant, durant toute la Guerre froide, le pays a fait figure d’allié de Washington face à la poussée soviétique (appartenance au CENTO et à l’OTASE). De nombreux Pachtounes servent dans l'armée et l’Interservice Intelligence (ISI) – les services secrets pakistanais -, et c’est l’ISI qui a puissamment soutenu et encadré les Talibans afghans durant la guerre soviétiques et, par la suite, lors de la mainmise de ces derniers sur le pouvoir. Le jeu de l’ISI a été, pendant, longtemps de contrôler l’Afghanistan par l’intermédiaire des Talibans.

Abdul Qadeer KHAN est l'homme qui a donné la bombe atomique au Pakistan
   
    Ce qui vient singulièrement compliquer la situation est que le Pakistan dispose de l’arme nucléaire depuis 1998. C’est le scientifique pakistanais Abdul Qadeer KHAN qui permet au Pakistan de sanctuariser désormais son territoire face à l’Inde. Considéré comme un véritable héros dans son pays, longtemps protégé par le pouvoir en place, KHAN est également l’un des principaux responsables de la prolifération des armes nucléaires dans le monde. La crise qui oppose, actuellement, la communauté internationale avec l’Iran trouve une grande partie de son origine dans les transferts de technologie que KHAN a permis.



    Pays à la fois hymalayien et tourné vers l’Océan Indien, islamiste et puissance nucléaire, le Pakistan fait donc partie d’un “arc nucléaire” qui part de l’Iran et rejoint la Chine en passant par l’Inde. L’équilibre des relations qu’il entretient avec ces trois autres pays constitue, donc, un enjeu majeur pour la stabilité mondiale. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer l’actuelle crise afghane.

    Particulièrement tolérant à l’endroit des Pachtounes et des Talibans, dont les réseaux d’intérêt sont, ici, transfrontaliers, Islamabad subit depuis 2001 une très forte pression des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme mondial. Un terrorisme mondial dont l’Afghanistan des Talibans fut le sanctuaire, soutenu par Islamabad, avant que l’opération Enduring Freedom (OEF) ne les en chasse. Depuis, un grand nombre de Talibans se sont réfugiés dans les zones tribales (1), difficile d’accès, mais, surtout, situées du côté pakistanais de la frontière.

    Ce que l'on appelle les "zones tribales" - tribal areas - désigne une région étendue au Nord du pays, essentiellement à l'Ouest du principal fleuve: l'Indus. Ces régions montagneuses constituent depuis le XIXe siècle une marge incontrôlée réagissant aux poussées des deux grands empires de l'époque: la Russie au Nord et la Grande-Bretagne au Sud. Cette dernière, installée en Inde, tente à plusieurs reprises de soumettre l'Afghanistan afin de faire barrage à l'influence russe. C'est un échec, et les Britanniques ne parviendront jamais à soumettre véritablement les tribus afghanes. L'accord qui fixe la Ligne Durand, en 1893, prend acte de cet état de fait. En dépit d'une victoire militaire lors de la deuxième guerre anglo-afghane (1878), les Britanniques renoncent à une occupation directe de l'Afghanistan. La frontière qu'ils délimitent avec l'Émir Abd UR-RAHMAN, achète la neutralité de ce dernier face aux Russes mais elle coupe l'ethnie pachtoune en deux. Côté britannique de la Ligne Durand les tribus pachtounes sont divisées en 7 agences auto-administrées à charge pour elles de veiller à la sécurité de la frontière. C'est la naissance de ces zones tribales qui avaient, donc, à l'origine pour mission de protéger l'Empire britannique des Indes.

    Aujourd'hui, les zones tribales ont été léguées au Pakistan avec leur tradition de quasi-indépendance vis-à-vis de l'autorité d'Islamabad. Cet espace par lequel transitait l'aide occidentale à ceux qui combattaient l'occupation soviétique était, donc, tout désigné pour constituer le terreau d'une nouvelle insurrection, le nouveau sanctuaire des Talibans. Les troupes de la coalition ne peuvent les atteindre directement à l’exception des drones américains qui quadrillent l’espace aérien, et traquent en permanence les chefs talibans. Baïtullah MEHSUD, chef historique du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) - ou Mouvement des Talibans du Pakistan -, a ainsi été abattu par un tir de drone Predator le 5 août dernier. Ces frappes aériennes créent, cependant, de vives tensions entre Islamabad et Washington.


    Des zones tribales, et plus particulièrement de la région du Waziristan située au Sud des zones tribales, les Talibans lancent des offensives en Afghanistan. Ils tentent de couper les voies d'approvisionnement de l'OTAN qui passent par ces régions, mais ils s’en prennent également à l’État pakistanais à travers plusieurs vagues d’attentats. L’objectif étant de déstabiliser un État qui soutient officiellement la lutte contre Al Qaeda, et qui reste militairement comme économiquement soutenu par les États-Unis. Par ailleurs, le nouveau chef du TTP, Hakeemullah MEHSUD, tout en cherchant à venger la mort de Baïtullah MEHSUD, tente de dissuader l’armée pakistanaise de déclencher une nouvelle offensive contre son fief situé au Sud-Waziristan.

Taliban dans la vallée de Swat
   
    En effet, sous la pression de Washington, les Pakistanais ont récemment décidé de reprendre l’initiative dans ces zones tribales, dont la progression et l’enracinement des Talibans commençaient à devenir problématique. Instaurant la charia et des tribunaux islamiques, notamment dans les districts de Swat, de Buner et de Lower Dir – distants d’une centaine de kilomètres seulement de la capitale pakistanaise -, les Talibans avaient fini par s’aliéner une grande partie de la population de ces régions. Profitant de ce contexte favorable, l'armée pakistanaise engagea une épreuve de force directe en mai 2009. La bataille de Swat fut un affrontement important de plusieurs semaines entre les forces pakistanaises et les Talibans, ces derniers utilisant les populations comme bouclier. Cependant, la prise de Mingora, chef-lieu de Swat, marqua la victoire pakistanaise.


Soldats pakistanais pendant la bataille de Swat
   
    Le plus difficile reste, cependant, à accomplir. Depuis 2004, le Waziristan est devenu une véritable enclave du TTP, échappant au contrôle d’Islamabad. Combattants étrangers du Jihad (Arabes, Ouzbeks, Tchétchènes…) y affluent, et s’organisent autour des tribus des Wazir et des Mehsud. L’armée pakistanaise ne disposant pas du même appui des populations que dans la vallée de Swat, y a déjà essuyé deux défaites en janvier 2004 et en janvier 2008.


    Ces zones tribales sont, donc, des enclaves en territoire pakistanais. Elles menacent directement l’équilibre politique et social (2) de l’État pakistanais, et la grande crainte des chancelleries occidentales est de voir le Pakistan ainsi que son arsenal nucléaire basculer dans une révolution islamiste dont les Talibans et Al Qaeda seraient les maîtres d’oeuvre. La lutte que mènent les forces américaines et de l’OTAN contre les Talibans en Afghanistan ne peut, donc, passer que par la réduction préalable de ces zones tribales pakistanaises. En résonnance mutuelle, les situations afghane et pakistanaise sont étroitement liées. Leur évolution conditionne incontestablement l’équilibre des relations internationales.


(1) Dont peut-être les chefs et idéologues d'Al Qaïda: Oussama BEN LADEN, Ayman AL ZAWAHIRI et le Mollah Mohammad OMAR.
(2) Sans occulter le risque de “talibanisation”, la société pakistanaise reste profondément anti-occidentale. Les Pakistanais sont majoritairement sunnites, mais 20% de la population sont cependant chiites.
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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 19:25

L’embuscade du vendredi 4 septembre dernier – axe Bagram/Nijrab, qui avait frappé un convoi du 3e RIMa et tué les Caporaux NAGUIN et ROUSSELLE - vient de faire une nouvelle victime. Faisant partie des 9 autres soldats blessés dans l’action, le Sergent Johann HIVIN-GÉRARD, très grièvement brûlé, vient de mourir aujourd’hui à l’hôpital militaire de Percy (Clamart, Hauts de-Seine).

Engagé depuis 1999, promu sous-officier en 2004, et vétéran de nombreuses OPEX, le Sergent Johann HIVIN-GÉRARD était marié et père d’un enfant. Son épouse est, actuellement, enceinte d’un deuxième enfant.

Nous nous associons à la douleur de sa femme et de sa famille, comme nous l’avons fait pour les 35 autres militaires français tués en Afghanistan depuis 2001. Ces morts, mais aussi les blessés dont on ne parle pas, la souffrance des familles, nous renforcent dans notre conviction que l’Éducation à la Défense est plus que jamais une nécessité, nonobstant des réflexes antimilitaristes encore perceptibles dans la communauté scolaire.

 La refondation du lien entre la Nation française et ses forces armées est un combat essentiel. Si notre blog parvenait à faire vivre cette Idée à l’échelle d’une petite commune de France, il aura rempli sa mission.

Aux soldats tombés, à leurs camarades blessés et mutilés, aux familles de ceux qui servent en Afghanistan, nous exprimons notre reconnaissance.

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 18:10
AFGHANISTAN 2009 : SITUATION ET STRATEGIE EN DIX QUESTIONS


Travail dirigé

    À partir de l’article de Pauline FRÉOUR sur « Le fonctionnement des forces étrangères en Afghanistan », l’interview du Général Stanley McCHRYSTAL réalisée par le journaliste Renaud GIRARD du Figaro, et l'interview du Colonel Michel GOYA réalisée par notre blog "Défense et Démocratie", répondez aux questions suivantes :

1.    Qui est le Général McCHRYSTAL et pourquoi a t-il remplacé le Général McKIERNAN ?
2.    En quoi l’insurrection afghane est-elle complexe à combattre ?
3.    En quoi le Pakistan joue t-il un rôle dans ce conflit ?
4.    Combien y a t-il de soldats occidentaux en Afghanistan et comment expliquer l'existence de plusieurs commandements ?
5.    Lorsque le Général McCHRYSTAL fait référence à LYAUTEY et GALULA, de qui parle t-il et pourquoi ?
6.    Comment l’échec des troupes soviétiques, autrefois, et les difficultés de la guerre actuelle sont-ils analysés ?
7.    Comment le Général McCHRYSTAL définit-il cette guerre et quelles sont selon lui les clés de la victoire  ?
8.    Que signifie l’expression « afghanisation de la guerre » ?
9.    Quelles sont les contradictions de la sécurisation des populations afghanes selon McCHRYSTAL ?
10.    Comment le Général McCHRYSTAL voit-il l’armée française ?
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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 08:59
LA COLÈRE DES PROCHES DE JULIEN, TUÉ LUNDI – LE PARISIEN DU MERCREDI 20 AOÛT 2008


    "J’ai juste envie de dire que faire un choix c’est facile, l’assumer c’est autre chose. J’ai juste envie de dire que la mort est devant moi et qu’elle est terrifiante." Voilà ce que Julien Le Pahun a écrit sur son blog le 16 juillet dernier, à la veille de prendre l’avion pour rejoindre les forces de l’OTAN en Afghanistan. Ce jeune soldat du 8e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMa), est l’un des dix combattants tués lundi dans une embuscade des talibans, à une cinquantaine de kilomètres de Kaboul.

    À quelques heures de rencontrer le chef de l’Etat pour l’hommage solennel aux Invalides (Paris), ses proches et parents, réunis hier au domicile familial à Montévrain, ne cachaient pas leur colère et leur « rancoeur » devant le destin de Julien. « Les images qu’on nous montre à la télévision ne reflètent pas la réalité, estime le père du soldat, Joël Le Pahun. La vérité, c’est qu’on envoie des gamins se faire tuer comme des cibles au ball-trap. Pourquoi est-ce que des jeunes de 20 ans, formés depuis six mois ou un an, se retrouvent sur ce terrain, le plus difficile ? Qu’est-ce qu’ils défendent exactement là-bas ? » Toutes ces questions, Joël Le Pahun compte les poser aujourd’hui à Nicolas Sarkozy, qui doit rencontrer les familles des victimes en marge de la cérémonie parisienne.

    « La mort est devant moi, elle est terrifiante », a écrit Julien sur son blog

    Marine, la petite soeur de Julien, âgée de 17 ans, jurait hier « ne pas avoir envie de parler au président et aux politiques ». Tout comme ses amis, elle préfère se souvenir du jeune homme sociable et rigolard, plus que du soldat engagé en juin 2007 au prestigieux RPIMa de Castres (Tarn). « L’armée l’a changé, notent-ils. Ces derniers mois, il semblait beaucoup plus tendu que d’habitude, comme aux aguets, même quand il dormait. Les soldats, à force, ne sont plus des hommes. Ils deviennent des armes. »

    Peu intéressé par les études, Julien avait lâché l’école à 17 ans. « Il pensait qu’il ne lui restait que l’armée, racontent ses amis. Il a passé les tests sans conviction, mais quand il a été admis chez les parachutistes, il était tellement fier qu’il a voulu continuer. » L’Afghanistan était sa première mission. Avec un téléphone portable acheté à Kaboul, il restait en contact quotidiennement avec sa famille et ses copains. « Il n’avait pas le droit de raconter précisément ce qu’il faisait, raconte son frère Aurélien, âgé de 15 ans. Mais en substance, on comprenait que c’était horrible. » Selon son père, le jeune homme semblait particulièrement tendu à la fin de la semaine dernière : « Vendredi, il était en larmes après une sortie près de Kaboul, relate-t-il. Il me disait que s’il y avait eu des talibans dans ce défilé où ils patrouillaient, ils seraient tous morts. »

Julien
   
    Travail dirigé

1- À partir des informations contenues dans cet article, dites qui est Julien et ce qu'il faisait.
2- De quel événement le journal Le Parisien nous parle-t-il?
3- Quelles sont les personnes qui apparaissent dans cet article. Quels sont les différents points de vue?
4- À qui s'en prend le père de Julien et quels sont ses arguments?

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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 17:22
MORT D'UN 31e SOLDAT FRANCAIS

Comme nous l'annoncions avant-hier, un convoi militaire français de 7 véhicules ayant pour mission de sécuriser l'axe Nijrab/Bagram a été attaqué à l'IED. L'attaque a eu lieu à mi-parcours, dans les environs du village de Showkhi. Constitué d'éléments d'Infanterie de Marine et du Génie, le convoi comptait une cinquantaine de soldats. Dans l'action, un VAB fut détruit et son pilote - le Caporal Johan NAGUIN - fut tué sur le coup. 9 autres militaires furent blessés dans cette action dont 4 très grièvement. Ils furent rapatriés d'urgence par un avion médicalisé de l'US Air Force sur la base américaine de Ramstein en Allemagne, un vaste hub cargo d'où ils furent acheminés à l'hôpital de Landstuhl. C'est à Landstuhl (au Sud-Ouest de Ramstein) que se trouve, en effet, le plus grand hôpital militaire américain hors États-Unis qui, depuis 2003 notamment, accueille de nombreux blessés en provenance d'Irak et dispose d'un service de traumatologie grave.

Caporal-chef Thomas ROUSSELLE
   
Sur les 4 soldats grièvement blessés, les diagnostics médicaux ont été, dès vendredi, pessimistes pour deux d'entre eux. Ainsi, venons-nous d'apprendre le décès du Caporal-chef Thomas ROUSSELLE du 3e RIMa, qui était le radio-tireur du VAB détruit. L'IED a donc visiblement frappé la partie avant du véhicule. Mort des suites de ses blessures, le Caporal-chef ROUSSELLE était marié et père d'une fille de 3 ans. Le Caporal Johan NAGUIN était, lui, père d'un garçon de 18 mois.

Caporal Johan NAGUIN

Rapatriement en France des corps des Caporaux Johan NAGUIN et Thomas ROUSSELLE le mardi 8 septembre 2009 (source: Le Figaro)
   
Nous saluons le 3e RIMa déjà endeuillé par la mort au combat d'Anthony BODIN, et nous nous associons à la douleur des épouses et des familles de Johan NAGUIN et de Thomas ROUSSELLE. Alors que l'issue de la guerre en Afghanistan reste très incertaine, et que le chiffre de nos pertes va en s'accroissant, plus que jamais le lien entre la société civile et les forces armées a besoin d'être renforcé. Au-delà de la mort de nos soldats, c'est la fragilité de nos sociétés civiles surmédiatisés qui est directement visée par nos ennemis "sans visages". Nos opinions publiques, oublieuses et versatiles, peuvent rendre inutile un sacrifice que nos soldats, eux, ont accepté depuis longtemps. Travaillons à ce que cela ne se produise pas.

Vallee-d-Alasai-2---Vendredi-6-fevrier-2009.jpg
Soldats français en vallée d'Alasay. Sur le VAB au deuxième plan, on distingue bien le radio-tireur servant une mitrailleuse de 12,7 mm. Buste dehors, il est particulièrement exposé en cas d'explosion d'un IED.  Des tourelles téléopérées commencent à équiper les VAB dont la haute garde au sol et la "légèreté" de la caisse atténueraient les effets de souffle d'un IED.  Inversement, la faiblesse du blindage en fait un véhicule vulnérable

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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 06:38
COMMEMORATIONS

    À l'occasion de la commémoration de la libération de la ville de Melun (1), le Capitaine de vaisseau (R) Thierry GAUROY nous rappellera ce que fut la bataille de la Baie de Chesapeake, une confrontation navale décisive de la Guerre d'Indépendance américaine qui eut lieu le 5 septembre 1781. La proximité de la date de cette bataille et de celle relative à la commémoration de la libération de Melun, le fait que cette dernière fut le fait de troupes américaines, expliquent le propos du Commandant GAUROY, que nous publions sur notre blog.

    Officier de réserve particulièrement engagé dans ses activités militaires, le Capitaine de vaisseau GAUROY n'est pas un inconnu pour nous. Le 7 mai dernier, en effet, à l'occasion de la JNR 2009 il prononça une allocution remarquée devant les élèves du lycée Galilée.

LA BATAILLE DE LA BAIE DE CHESAPEAKE (5 SEPTEMBRE 1781)

    "Melun Val de Seine fête la Libération de Melun dimanche 6 septembre 2009. Ce décalage permet une mise en perspective historique. Car le 5 septembre est la date d’une grande victoire navale française de la baie de la Chesapeake au cap de Virginie. L’Amiral de Grasse, à la tête d’une très forte escadre de plus de vingt-cinq bâtiments, a permis aux troupes de Rochambeau de gagner la bataille terrestre de Yorktown.


    En arrivant suffisamment tôt dans la baie, il a eu le temps de débarquer le corps de troupe du Maréchal de Rochambeau, de laisser trois bâtiments pour interdire l’accès de la baie, et de ressortir, avec tout le reste de l’escadre, par vent bâbord arrière favorable, au moment où l’escadre britannique arrivait. Ce qui a dissuadé la flotte anglaise de jeter toutes ses forces dans la mêlée, à l’exception de quelques escarmouches.

    Ainsi, l’Amiral de Grasse a su remporter une victoire stratégique majeure qui a permis l’indépendance rapide des Etats-Unis d’Amérique. Cette victoire a été possible par la conjonction de trois facteurs que sont :

  • * La très forte cohésion des équipages de l’escadre,
  • * un entraînement intensif du personnel,
  • * et le sens du temps qui assure un déroulement efficace des préparatifs pendant plusieurs semaines.
    Ainsi la victoire est tombée comme un fruit mûr avec le minimum de pertes. Cette victoire a permis de préserver la flotte dont le financement avait été coûteux pour les finances publiques.

    L’escadre de l’Amiral de Grasse est ensuite revenue très vite vers les Antilles afin de préserver les positions fortes de la France dans cette région face au Royaume-Uni britannique.

    Ainsi, nous comprenons mieux la portée du mot célèbre des troupes américaines arrivant en renfort en France en 1917 et le 6 juin 1944. « La Fayette nous voilà ».
   
    Puisse le partenariat franco–américain continuer de demeurer un « marché gagnant–gagnant » comme il l’a été dans le passé."

CV (R) Thierry GAUROY, Président de la Fédération des Réservistes de Seine et Marne

(1) La ville de Melun fut libérée le 25 août 1944 par la 7e Division blindée américaine du Brigadier Général Robert W. Hasbrouk.

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 15:04
UN MARSOUIN TUÉ EN AFGHANISTAN

    Aujourd'hui à 7.00 du matin (heure locale), un convoi militaire français ayant pour mission la sécurisation de l'axe reliant les deux bases de Bagram et de Nijrab (région de Showkhi), a été frappé par une attaque à l'IED.

    Les IED (Improved Explosive Device) - également appelés Engins Exposifs de Circonstance (EEC) ou encore "roadside bombs" par les Américains - sont des engins explosifs artisanaux souvent enterrés sur le bord des routes empruntées par les patrouilles ou les convois militaires. Fabriqués à partir de munitions explosives récupérées (bombes, obus, roquettes...), ils peuvent être plus ou moins complexes selon le procédé de mise à feu ajouté par les artificiers. De forte puissance et difficilement détectables, ils sont particulièrement dangereux pour les troupes de la coalition en Afghanistan.

    C'est en Irak, que les IED ont révélé leur terrible efficacité face à une armée américaine que les insurgés ne pouvaient attaquer frontalement. 70% des pertes américaines ont ainsi été le fait des IED bien plus que des combats. Peu de véhicules sont capables de résister aux IED. Les voitures habituelles sont totalement inefficaces et particulièrement vulnérables (HUMVEE, P4...). Les engins blindés légers (type VBL, VAB...) ne résistent pas non plus. En Irak, des IED ont même été capables de détruire des chars blindés M1 Abrams par le plancher. Seuls des véhicules de type MRAP (Mine Resistant Ambush Protected) peuvent opposer une parade efficace avec une coque en V, une garde au sol élevée et un blindage renforcé. Cependant, ces véhicules sont particulièrement encombrants et gourmands en carburant. Ills mettent, par ailleurs, nos soldats dans une posture essentiellement défensive et les coupent du contact avec les populations.

    C'est donc un convoi du GTIA Kapisa qui a été frappé par un IED ce matin. Un VAB a été détruit et dans cette attaque un caporal de 24 ans du 3e RIMa, Johan NAGUIN, a été tué. 9 de ses camarades ont été blessés dont 4 très grièvement. À près d'un mois d'intervalle, le régiment de Vannes vient de perdre un deuxième soldat, portant à 30 le nombre de soldats français tombés en Adfghanistan depuis 2001.

    Notre blog s'associe à la douleur de la compagne du Caporal Johan NAGUIN ainsi qu'à celle des familles de ses camarades blessés.

NB - Lire aussi le communiqué du Ministre de la Défense, Hervé MORIN.

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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 18:46
LA FRANCE ENTRE EN GUERRE CONTRE L'ALLEMAGNE NAZIE

    La déclaration de guerre franco-britannique à l’Allemagne, le dimanche 3 septembre 1939, est l’aboutissement direct d’une série de coups de forces hitlériens au cœur de l’Europe. Elle est également le résultat d’un abandon moral des deux démocraties face à la politique agressive et expansionniste du IIIe Reich. Si Édouard Daladier fut plus lucide quant aux intentions profondes d’Adolf Hitler, son homologue britannique, Arthur Neville Chamberlain, dans la recherche d’une paix à tout prix, porte une lourde responsabilité dans le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.

    À deux reprises, l’Angleterre refuse ainsi le soutien indispensable à son allié français pour barrer la route aux dictatures. D’abord durant la Guerre d’Espagne puis, et surtout, lors de la crise de Münich (30 septembre 1938) qui sacrifie le Pays des Sudètes, donc la Tchécoslovaquie pourtant pays allié à la France. Ces accords de Münich divisent profondément l’opinion française entre d’un côté les partisans de la paix à n’importe quel prix, y compris en abandonnant le Pays des Sudètes à Hitler (les münichois), et de l’autre, ceux partisans d’une politique de fermeté face au dictateur allemand (les anti-münichois).

    Mais en France comme en Grande-Bretagne, les opinions publiques, hantées par l’hémorragie démographique du premier conflit mondial, sont minées par le pacifisme et sa mauvaise conscience. Plus grave, la crise culturelle et la crise économique du début des années 1930 se conjuguent pour affaiblir l’effort de défense. Si beaucoup pensent que l’armée française reste l’une des meilleures au monde – ce qu’elle était objectivement en 1918 -, le rapide réarmement allemand laisse penser à d’autres, dont Arthur Neville Chamberlain, que les démocraties ne sont plus en mesure de s’opposer militairement au Reich.

    Le 15 mars 1939, lorsque Hitler, au mépris des accords de Münich, finit de démembrer la Tchécoslovaquie - rayant cet État de la carte de l’Europe jusqu’en 1945 - Français et Britanniques comprennent clairement le danger mais il est alors trop tard. Les regards se tournent désormais vers la Pologne sur laquelle Hitler jette son dévolu, et pour laquelle la France et la Grande-Bretagne s’engagent fermement. Mais que vaut un tel soutien après la catastrophe de Münich ? Joseph Staline s’est empressé de répondre à cette question lorsque le 23 août 1939 il signe avec l’Allemagne nazie un pacte de non-agression…

    C’est donc la mort dans l’âme, que notre pays s’engage dans un nouveau conflit avec l’Allemagne, le 3 septembre 1939, deux jours après l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht. La mobilisation générale est décrétée. Elle se déroule sans difficulté majeure, mais l’atmosphère n’est pas du tout celle qui vit les départs des soldats au front en 1914. C’est déjà une autre époque, mais l’on veut croire que la guerre sera courte et que Hitler sera rapidement ramené à raison.

    D’emblée, la France a des atouts. Ses blindés sont aussi si ce n’est plus performants que les blindés allemands. En matière d’artillerie et d’aviation - avec le concours de l’allié britannique - le rapport de force est en notre faveur. Les deux marines, la Royale et la Navy, surclassent la Kriegsmarine en nombre d’unités. Cependant, sur le terrain, le soutien britannique reste lent à mettre en place, et la France perd l’ultime occasion de peser dans le conflit en portant un secours rapide à l’allié polonais qui fixe pourtant l’essentiel du corps de bataille allemand durant un mois.

    Pire que tout, la doctrine militaire française privilégiant de grandes unités - dont le soutien logistique ne suit pas - ainsi qu’une défense statique, est en régression face à une armée allemande qui met en pratique la mobilité et la concentration de ses unités mécanisées, et développe l’interopérabilité entre les forces terrestres et aériennes. La « Drôle de guerre » qui désigne cette période allant de l’effondrement de la Pologne au 10 mai 1940 – date du début de la campagne de France – est une perte de temps fatale qui laisse la Wehrmacht se redéployer à l’Ouest.

    À partir du 10 mai 1940, les combats sont désormais directement portés sur le sol français. En six semaines, notre armée est balayée nonobstant des actions de bravoure ponctuelles mais inutiles. Le recul de l’Histoire nous montre aujourd’hui combien « L’Étrange défaite » de Marc Bloch n’était, en fait, pas si étrange que cela. Toujours est-il que la rapidité de notre effondrement militaire et politique frappe le monde entier de stupeur. Sur l’ensemble du conflit, la France devait laisser entre 500 et 600 000 tués. Ce chiffre imprécis et bien en-deçà de celui des pertes de la Première Guerre mondiale laisse cependant apparaître une majorité de victimes civiles à la grande différence du conflit précédent.

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