5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 17:36
LA FIN D'UNE GUERRE, LE DÉBUT D'UNE ÈRE NOUVELLE

Le Maréchal Wilhelm Keitel signe l'acte de reddition des forces armées allemandes. L'Allemagne capitule sans condition mettant ainsi fin à la guerre la plus meurtrière de l'Histoire vécue sur le continent européen

    Le 8 mai 1945 à Berlin, l'Allemagne nazie capitule sans condition. Les signataires de cet acte sont : le Maréchal Joukov pour la partie soviétique, le Maréchal de l'Air Tedder pour les alliés occidentaux. Le Général Spaak et le Général français de Lattre de Tassigny signent comme témoins. La présence du général français, représentant le gouvernement de la France irrite le Maréchal Keitel, chef de la délégation allemande.

    Il faut noter que la veille, à Reims, a été signé un texte court de deux pages, un acte purement militaire "Act of Military Surrounder" qui stoppait les combats. Pour des raisons politiques, Staline exigea que l'acte final soit signé à Berlin.

    Ainsi prenait fin une guerre commençée en août 1939, qui avait atteint des sommets dans les domaines de la barbarie, de l'extermination industrielle progammée  des peuples, des massacres mais aussi des sommets dans l'ardeur des combats.

    Cette capitulation sans condition avait été décidée en janvier 1943, lors de la conférence de Casablanca elle avait reçu l'approbation de Staline à la conférence de Téhéran. Puis à Yalta en février 1945 les alliés lancèrent le projet de l'ONU et les deux grands (USA-URSS) se partagèrent l'Europe.

    La victoire fut célébrée. Elle avait coûté cher. On évalue les pertes civiles et militaires à plus de 45 millions de personnes (dont plus de 4 millions de personnes exterminées). Les grands vainqueurs sont les USA et l'URSS. Dès le lendemains des inquiétudes se font jour parmi les vainqueurs. Le 12 mai Churchill écrit àTruman
"La situation européenne m'inquiéte énormément. Un Rideau de Fer s'est abaissé sur le front soviétique". La suite montra combien il avait raison d'être inquiet.
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Enseignant Défense Général (2S) Serge Auzanneau - dans La Maison du Combattant
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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 09:21
Que se cache-t-il derrière les questions techniques ?

    Nous avons récemment vu les difficultés politiques que le gouvernement pouvait rencontrer à vouloir renforcer le dispositif militaire en Afghanistan. Ces difficultés – un débat houleux, un sondage défavorable et le dépôt d’une motion de censure par l’opposition socialiste – sont malheureusement renforcées par les limites techniques et tactiques de nos capacités militaires. C’est ce que révèle un article du journaliste Jean-Dominique Merchet.

Le Super Étendard de la firme Dassault aviation date des années 1970

    Alors que la France s’apprête à engager 3 avions
Super Étendard modernisés (SEM) de la 17 F à partir du mois de juin, le journaliste de Libération – s’appuyant sur les propos d’un connaisseur – se demande dans quelle mesure cet engagement n’est pas davantage un effet d’annonce plutôt qu’un réel coup de main donné à nos alliés. Pour cela, il part de la fiche technique du SEM et il montre que ce type d’avion est inapproprié aux missions que l’on va lui demander.

    Sans vouloir entrer dans des propos trop techniques, il faut comprendre qu’un avion qui part en mission est l’objet d’un compromis entre le carburant et l’armement à emporter. Ce compromis étant rapporté à la puissance de sa motorisation. Soit l’avion devra aller loin ou rester plus longtemps en vol, et il devra emporter plus de carburant au détriment de l’armement, donc au détriment des missions d’attaque ou de défense. Soit il privilégiera une mission d’attaque (appui au sol par exemple) ce qui lui fera emporter plus de bombes et moins de carburant…

    Si l’on fait ce bilan pour le SEM, et si l’on tient compte des conditions du théâtre afghan (1), soit l’avion emportera une seule bombe de 250 kg GBU 12 (2), soit il emportera un pod de désignation Damoclès (3). La couverture aérienne que les SEM fourniraient aux troupes au sol serait dérisoire, surtout lorsque l’on connaît les capacités des avions américains actuellement déployés en Afghanistan. Le
Fairchild A 10 Thunderbolt II Warthog, à lui seul, dispose de 11 points d’ancrage sous les ailes et le fuselage, lui permettant d’emporter 2 GBU de 250 kg, 14 roquettes et 1 canon Gatling alimenté de 1200 obus de 30 mm… Le McDonnell Douglas F-15 Eagle décollerait de Kandahar avec 8 JDAM.

Deux générations de chasseurs en formation: au premier plan deux Rafales, au second plan 3 SEM

    En d’autres termes, un F 15 américain accomplirait en une seule sortie la mission de 8 de nos SEM… Seul l’engagement d’avions
Rafale à la place des SEM, à Kandahar, pourrait permettre de rééquilibrer ce rapport qui fait douter sérieusement de l'efficacité de notre engagement auprès de nos alliés. Mais il semblerait que de sourdes querelles entre la Marine et l’Armée de l’Air conduisent à cette situation, sans même parler de la grande difficulté à sécuriser et ravitailler la base de Kandahar.

    Dans le même temps, la formation de nos pilotes de l’aéronavale - en l’absence d’un deuxième porte-avions - est soutenue par nos alliés américains. En juillet prochain, 6 Rafale de la
12 F et 2 Hawkeye de la 4 F iront à Norfolk (Virginie) où ils s’entraîneront à bord du porte-avions nucléaire USS Theodore Roosevelt CVN 71 (classe Nimitz). Ils seront intégrés au grand exercice annuel de l’US Navy JTFEX (Joint Task Force Exercice). Pilotes et avions seront accompagnés de leurs équipes de maintenance et testeront, à cette occasion, l’interopérabilité logistique avec les marins américains.

Le 12 avril 2007, dans le Golfe Persique, un Rafale du porte-avions Charles de Gaulle effectue un touch-and-go sur le USS John C. Stennis CVN 74. Le touch-and-go est une manoeuvre qui consiste, pour le pilote, à toucher le pont d'envol du porte-avions et à remettre la pleine puissance des réacteurs afin de redécoller. La manoeuvre est visible au début du film "Top Gun" de Tony Scott (1986). Les avions à droite sont desMcDonnell Douglas F 18 Hornet

(1) La base de Kandahar, au Sud de l’Afghanistan, d’où opèreront les SEM (et 3 Mirage 2000 D) est à 1000 m d’altitude. Il y fera 30° à partir du mois de juin.
(2) Les Guided Bomb Unit (GBU) sont des bombes à guidage laser. On trouvera aussi l’acronyme Joint Direct Attack Munition (JDAM) pour des bombes plus conventionnelles sur lesquelles sont adaptées des capteurs laser. Le concept de munitions guidées est mis au point durant la guerre du Vietnam (bombes Paveway et Walleye).
(3) Développé par la firme
THALES, le pod Damoclès est un désignateur laser de 3e génération qui permet à un avion de verrouiller une bombe ou un missile sur une cible.
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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 08:16
ENTRETIEN AVEC LE GÉNÉRAL VINCENT DESPORTES

    Le Général Vincent DESPORTES est le commandant du Centre de doctrine d'emploi des forces (CDEF) du Ministère de la Défense. Saint-Cyrien et Cavalier de formation, il est breveté de l'École Supérieure de Guerre et diplômé du War College. Vincent Desportes est également l'un des plus grands spécialistes français de l'armée américaine. Dans l'entretien suivant, il répond aux questions du journaliste Laurent Zecchini pour le journal Le Monde.

Laurent Zecchini - Où en est selon vous la réflexion sur le rôle que doit jouer la France dans le monde ?

Général Vincent Desportes - La prise de conscience d'une évolution de l'environnement international s'effectue en France avec retard parce que, situés au bout de la péninsule indo-européenne, nous nous sentons globalement en sécurité. Les Français ont de plus en plus de mal à faire le rapport entre l'effort de défense et leur propre sécurité, qui leur paraît un acquis. Le revers de la médaille du succès de l'Europe, c'est que les générations actuelles ne réalisent pas que si nous vivons dans cette situation de sécurité, c'est parce que nous avons réussi à écarter la menace par la défense. Je crois que si nous ne nous occupons pas davantage de défense, cette bulle artificielle de sécurité va éclater. Le risque sera alors que nous soyons devenus incapables d'assurer nous-mêmes notre propre sécurité.

•    Faut-il pour autant tomber dans un discours alarmiste sur les risques ?

    Non, bien sûr, mais on ne peut ignorer un double phénomène : premièrement, la violence se répand dans le monde, les crises et les affrontements armés, même s'ils sont à plus petite échelle, se multiplient. Deuxièmement, les dépenses de défense s'accroissent partout, sauf en Europe. Il y a une espèce d'autisme européen, qui ferme les yeux devant l'évolution guerrière du monde. Il y a un autre phénomène, les armées européennes sont dans leur majorité des armées professionnelles, et ce qu'on avait pu craindre en 1996 s'est produit : les Français sont moins intéressés par les problèmes de défense depuis que leur armée a été professionnalisée, et le lien entre l'armée et la nation s'est fragilisé.

•    Dans votre livre La Guerre probable (éd. Economica, 2007), vous dites que les armées ont de plus en plus pour mission de rétablir les "contrats sociaux"...

    Nous devons prendre conscience que nous sommes sortis de la parenthèse du XXe siècle, au cours de laquelle il y avait une sorte d'équivalence entre l'efficacité militaire et la destruction. Or c'est une dérive : à l'époque de la conquête coloniale, nos grands anciens, comme les maréchaux Lyautey et Gallieni, savaient que l'important n'était pas de détruire, mais bien de construire avec les élites locales le nouveau cadre politique leur permettant de remplir leur mission.

•    Si les soldats doivent assumer un rôle humanitaire, ne doivent-ils pas recevoir une formation différente de leur formation traditionnelle ?

    Cela demande surtout une formation complémentaire. La guerre n'abandonne jamais un espace qu'elle a conquis : cela veut dire que nous ne devons pas abandonner les formes de guerre que nous savons faire, parce qu'elles peuvent revenir. Nous devons former et entraîner nos soldats pour les guerres conventionnelles "d'hier", et en même temps pour les guerres nouvelles. Par ailleurs, nous autres soldats savons bien qu'il n'y a pas de "soldats-humanitaires", il n'y a que des soldats, avec une mission. C'est ce que, sur le terrain, on appelle le "paradigme de la réversibilité" : il faut être capables d'utiliser nos armes avec la plus grande violence, et, en même temps, de porter secours aux populations civiles. (...)

•    Les opinions occidentales sont-elles prêtes à accepter l'idée que leur tranquillité dépend de guerres qui se déroulent dans l'Hindu Kuch ?

    C'est la difficulté. Il appartient aux politiques et aux stratèges de marteler qu'il existe un lien fort entre ce que j'appellerai nos "batailles de l'avant" et notre sécurité intérieure. Hier, c'était assez facile, puisque l'adversaire était juste de l'autre côté des frontières. Aujourd'hui, les théâtres où nous devons intervenir sont loin du territoire national. Les Français doivent comprendre qu'il est bien plus aisé d'éradiquer les sources de violence à l'étranger que d'essayer de combattre celle-ci dans nos rues, nos quartiers et nos villes, si nous la laissons parvenir jusqu'à nous.

•    Vous n'êtes pas très éloigné de la conception américaine qui consiste à projeter la sécurité des Etats-Unis à travers le monde. Est-ce une sorte de "droit d'ingérence sécuritaire" ?

    C'est une question de fond, car on voit bien que la limite est difficile à trouver. Quel est notre droit à intervenir ? Je crois à la "prévention active", qui empêche la violence de se répandre. Et puis, par rapport à la morale du monde, la prévention est plus défendable que l'action répressive. Quant à la légitimité, c'est une question qui est davantage d'ordre moral : quand a-t-on le droit d'intervenir sachant que, dans un premier temps, l'intervention veut dire plus de violence, de morts et de destructions ? Ce que disait saint Thomas d'Aquin est toujours vrai : on a le droit d'intervenir si on est à peu près persuadé, en son âme et conscience, que le bien à venir est supérieur au mal passager que l'on va créer. (...)

•    La multiplication des crises entraîne un accroissement des opérations extérieures. C'est le moment où, en France, on s'oriente vers une réduction des effectifs. Est-ce cohérent ?

    Je ne pourrais pas comprendre qu'on affiche une ambition pour la France et qu'en même temps nous ne donnions pas l'exemple en ne maintenant pas notre effort de défense. La voix de la France, en Europe en particulier, ne sera entendue que si elle montre l'exemple. Si, à la fin du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, les capacités d'action militaire se trouvaient fortement réduites, de quel droit la France pourrait-elle exhorter ses partenaires à s'engager avec elle dans une défense atlantique et européenne renforcée et restructurée ?

•    Que demandent l'OTAN et les Américains à la France en Afghanistan ?

    Pas des gadgets électroniques, mais des troupes sur le terrain, c'est-à-dire de prendre une part du risque humain et du risque politique, au profit de l'effort commun. Que vaut le siège de la France de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies ? Hier, cela se mesurait essentiellement par le poids nucléaire stratégique, parce que le feu nucléaire était la mesure du poids politique. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est la capacité d'efficacité politique des nations, donc celle de pouvoir déployer rapidement des troupes efficaces sur le terrain, là où se règlent les crises. Il faut prendre garde aux effets de seuil. Si les effectifs diminuent en deçà d'un certain seuil, on devient vite une armée de deuxième rang.

•    Les militaires sont inquiets à propos du Livre blanc : ils ont le sentiment que c'est un exercice piloté depuis l'Elysée, sans véritable débat...

    On aurait pu imaginer que les militaires seraient davantage représentés à la commission du Livre blanc. Je ne peux, d'autre part, que constater qu'il n'y a pas véritablement de débat en France sur ce sujet. Or la démocratie appelle un tel débat. Une réforme de ce type doit reposer sur une vision. La vision gaullienne des années 1960, c'était l'indépendance et la dissuasion, l'une étant la condition de l'autre. En 1994, lors du précédent Livre blanc, la vision était celle de la professionnalisation et de la projection des forces.

    Aujourd'hui, on voit moins se dessiner une telle vision d'ensemble. J'espère qu'elle va se manifester, parce que, s'il n'y a pas de vision globale, nous aurons de grandes difficultés à faire adhérer la population française et les armées au modèle d'armée rénové qui va émerger du Livre blanc. On risque même d'avoir une réaction négative de la communauté militaire, avec le risque d'une politisation d'une institution qui y a jusqu'à présent échappé.

Propos recueillis par Laurent Zecchini pour le journal Le Monde du samedi 26 avril 2008

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 16:05

LA DÉPORTATION

 
Femme juive et gardes ukrainiens non loin du camp d'extermination de Belzec en Pologne

    Dimanche 27 avril 2008, nous commémorerons le souvenir des victimes et des héros de la déportation dans les camps de concentation et d'extermination. Ceux ci ont été créés par le systéme nazi dans un double but :

1- Transformer en esclaves par le travail les opposants au régime (les résistants en particulier)  sans souci des pertes en vie humaines.

2- Exterminer par des méthodes industrielles des populations entières : Juifs (Shoah) mais aussi Tziganes, homosexuels, handicapés.

    L'an dernier Monsieur NGUYEN, Professeur au Lycée Galilée, avait fait une conférence remarquable sur "La Solution finale", où il retraçait l'histoire de ce drame en cherchant à répondre à la question cruciale: "Comment  une société développée et de vieille civilisation européenne a-t-elle pu adhérer aux idées qui ont rendu possible le meurtre de masse au coeur de l'Europe du XXe siècle?"

    Le texte de cette conférence et le CD d'accompagnement sont disponibles pour consultation à La Maison du Combattant et du Citoyen.


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Enseignant Défense Général (2S) Serge Auzanneau - dans La Maison du Combattant
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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 10:41
À QUOI SERT LA DÉFENSE NATIONALE ?

Embarcations des pirates arrimées à l'arrière du Ponant. L'abordage vient d'avoir lieu, mais la présence de petits canots de ce type aussi loin des côtes somaliennes indiquent qu'ils ont été vraisemblablement mis à l'eau par un bâtiment base

    L’affaire du voilier Le Ponant vient de connaître son dénouement le vendredi 11 avril 2008, soit une semaine après sa capture par des
pirates somaliens. Elle illustre ces missions à charge de notre Défense nationale, et qui sortent du spectre des missions militaires classiques. Sauver plusieurs dizaines de ressortissants français à des milliers de kilomètres de la métropole, à la fois en pleine mer et en plein désert, voilà ce que fut l’enjeu de l’opération Thalatine (« Trente » en langue somalie), qui s’est achevée avec succès. La menace quant à elle ne correspondait ni à un État ni à une force militaire organisée, mais relevait davantage d’une criminalité régionale.

    Pour le détail des événements, je renverrais au récit qu’en font
Jean-Dominique Merchet pour le journal Libération, et Arnaud de La Grange pour Le Figaro. Des récits complets, réalisés par des spécialistes des questions de Défense. Ce qui est plus intéressant pour des élèves du secondaire - qui se posent la question de savoir à quoi sert une Défense nationale, et pourquoi coûte-t-elle nécessairement si cher - c’est de comprendre pourquoi et comment une telle opération a-t-elle pu être réalisée.

    La chose était loin d’être gagnée d’avance dès le début de la crise, le vendredi 4 avril dernier. 30 otages - 6 Philippins, 1 Ukrainienne, 1 Camerounais mais surtout 22 français dont 6 femmes - en pleine mer aux mains d’une douzaine de pirates armés. Il faut identifier la menace, et entrer en contact avec les pirates le plus rapidement possible. Des bâtiments de la Task Force 150 croisent dans la zone, et ce sont eux qui vont rapidement mettre le Ponant sous surveillance. La nationalité du Ponant comme celle de la majorité des otages, mettent notre pays au premier rang de la crise.

    À Paris, l’État-major des Armées (en relation permanente avec le Président de la République et le Premier Ministre) évalue rapidement la situation et les différentes options possibles : il faut négocier et gagner du temps, savoir le plus rapidement ce que veulent les pirates, tout en coordonnant les moyens d’action sur zone, et d’autres immédiatement mis en alerte en France et qui commencent à être dirigés vers l’Océan Indien. Il faut des communications en temps réel, capables de renseigner très précisément tous les acteurs de la chaîne de commandement.

L'aviso Commandant Bouan FG 97 en approche du Ponant par babord. Observer la hauteur des 3 mâts du voilier, gênant considérablement tout héliportage de commandos sur le pont supérieur

    Quant aux options, l’intervention de vive force est d’abord exclue de peur d’entraîner des pertes au sein des otages. Ces derniers sont nombreux, les terroristes le sont également. Le Ponant, avec ses 3 mâts de 45 mètres de haut, gêne tout héliportage et rendrait les hélicoptères particulièrement vulnérable à un tir de
RPG 7 par exemple. D’autre part, la prise d’assaut d’un navire est toujours une affaire très délicate : le combat se ferait dans un milieu clos et à bout portant, les recoins et les caches ne manquent pas...

    D’emblée tous les ingrédients d’un bon film d’action sont réunis, à cette différence près qu’il ne s’agit pas d’un film mais de la réalité. Veille par des bâtiments de guerre, mais aussi par des avions et des hélicoptères qu’il a fallu rapidement amener sur zone. Pendant ce temps, l’armateur – la
CMA-CGM - entre en contact avec les pirates, et s’apprête à verser une rançon de plus de 2 millions de dollars. Les assurances maritimes incluent dorénavant ce genre de risques et de frais dans leurs contrats…

Les zodiacs du GIGN ont abordé Le Ponant

    Nos forces spéciales les plus adaptées sont mises en alerte dans l’éventualité d’un assaut. Ce sont les
commandos de Marine et le GIGN. Ces soldats d’élite sont prépositionnés au pus près en quelques heures. Pour cela, ils sont parachutés en pleine mer à proximité de la frégate Jean Bart et de l’aviso Commandant Bouan chargés de les récupérer (manœuvre dite « tarpon »). Des plongeurs du commando Hubert font une reconnaissance sous-marine nocturne au milieu des requins et de courants violents. Le navire-école Jeanne d’Arc qui croisait par hasard entre Madagascar et Djibouti est dérouté. Il amène sur la zone d’opération son hôpital et ses hélicoptères.

    Lorsque la rançon est enfin versée, les pirates libèrent les otages et prennent la fuite, mais ils sont désormais privés de leurs boucliers humains, et s’exposent à une poursuite des forces spéciales françaises : 50 commandos de Marine et 10 gendarmes du GIGN prêts à emploi. Une partie des pirates est repérée dans le désert, et d’un hélicoptère un tireur d’élite détruit le moteur de leur véhicule (1), ce qui permet l’immobilisation et l’arrestation des pirates.

Les otages sont ramenés à bord des bâtiments de la Marine nationale

    Les enseignements de cette opération sont multiples. À commencer par la nécessité de disposer d’une Marine présente sur toutes les mers et tous les océans, comme le font les Américains. Ce sont 4 bâtiments de la Marine nationale - la frégate Jean Bart, l’aviso Commandant Bouan, le pétrolier ravitailleur Var et le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc - qui, présents sur zone, ont permis de réaliser l’opération du début à la fin. Sans navires de guerre, nous aurions été dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit.

La frégate anti-aérienne Jean Bart D 615 et son hélicoptère Panther, et Le Ponant

    Le deuxième enseignement concerne l’importance des moyens aériens : avions et hélicoptères. Des troupes ont été parachutées en pleine mer afin d’accélérer le déploiement des unités d’intervention. Des hélicoptères ont assuré la surveillance du Ponant et des pirates. C’est un avion de reconnaissance de la Marine (un Atlantique 2) qui a repéré le 4x4 des pirates dans le désert, et qui a coordonné son interception par les hélicoptères transportant les commandos.

Les otages libérés sont amenés par hélicoptère sur la Jeanne d'Arc. Les moyens héliportés et aériens sont indispensables à ce genre d'opération et ils ont bien failli manqué... À noter que l'Alouette III visible sur la photographie est un appareil dont la conception date de la fin des années 1950. On ne pourra mieux souligner le vieillissement du parc d'hélicoptères français

    Troisième enseignement, il faut disposer d’unités spéciales opérationnelles avec des combattants professionnels éprouvés et solidement formés. Ces derniers doivent disposer de matériels sophistiqués. Des hommes d’un grand sang-froid aussi. Alors que le véhicule des pirates aurait pu être détruit à distance par missile (ce qui était tout à fait possible), le Président Nicolas Sarkozy a préféré l’option de leur capture et de leur remise à la justice. Il fallait donc des hommes capables de réaliser cela.

L'acte final : les commandos de Marine arrêtent les pirates après avoir neutralisé leur véhicule 4x4. Au premier plan, l'hélicoptère Panther de la frégate Jean Bart

    Le quatrième enseignement de cette crise, est de montrer l’importance fondamentale des communications dans les opérations militaires modernes. L’opération Thalatine a mobilisé les moyens des trois armées - Terre, Air, Mer - qu’il a fallu coordonner très rapidement. Inutile de dire à quel point la numérisation intégrée des théâtres d’opérations est devenue une réalité du Président de la République jusqu’au niveau du commando dans le désert.

    Cinquième enseignement, le
Premier Ministre François Fillon a demandé, à l’issue de cette crise, la création d’une force internationale sous mandat des Nations-Unies pour, désormais, faire face à ce fléau qu’est la piraterie. Le phénomène n’est pas récent, et il est à regretter qu’il faille toujours attendre que le mal soit fait pour prendre conscience d’une menace. Quoi qu’il en soit, l’annonce du chef du gouvernement français indique qu’il ne peut y avoir de droit sans une épée pour le faire respecter.

    Le point commun à ces cinq enseignements est que pour monter une telle opération, les moyens ne s’improvisent pas, ni la formation des commandos, des marins et des aviateurs… Les affaires militaires ne peuvent s’organiser efficacement que dans le temps et la cohérence. Cela est à méditer dans un pays indifférent aux questions relatives à sa Défense, et où les réductions budgétaires continuent de frapper durement nos forces armées.


(1) Le tir aurait été réalisé avec un fusil américain Mac Millan TAC 50. Ces dernières années, les armées occidentales ont développé des fusils lourds (calibre 12,7 mm, équivalent 50 aux normes américaines) de grande précision dont l’objectif est anti-matériel (neutraliser des véhicules, des engins, détruire des explosifs…), voire d’atteindre à travers des murs. Ces armes sont fréquemment utilisées pour immobiliser les « Go fast », ces embarcations ou voitures très rapides utilisées par les trafiquants de drogues. Un coup direct à 2000 mètres détruit un moteur. Le
Barrett M 82 américain ou le Hecate II PGM français font partie de cette catégorie d’armes.


Fusil de précision Mac Millan TAC 50

Sources : pour les photographies les sites de l'ECPAD et de Mer et Marine. À lire également l'article de TANGUY (Jean-Marc), "Opération Thalatine", Raids, 264, mai 2008, pp.  18-29.

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 17:56
L’action sociale de l’Armée française en Algérie

Le Général Maurice FAIVRE durant sa conférence du samedi 5 avril 2008

    Officier de carrière et acteur de la Guerre d’Algérie, qu’il fit en tant que Capitaine, le Général (2S) Maurice FAIVRE est aussi un homme de Lettres et un Historien dont nous avons déjà présenté les principaux travaux.

    Grand connaisseur de l’Algérie française, sa maîtrise des fonds d’archives sur la question lui a valu, à plusieurs reprises, d’être chargé par le Gouvernement français de missions d’expertise.

    Mais Maurice FAIVRE c’est aussi une sensibilité et une humanité touchées au plus profond par les événements de cette période. Des événements qu’il n’a cessé, avec le temps, de vouloir dire et écrire. Ses travaux, d’une rigueur historique remarquable, contredisent bien des idées reçues sur la Guerre d’Algérie, sans avoir pour autant la reconnaissance et la portée médiatiques de ces dernières.

    La Maison du Combattant et du Citoyen présente le compte rendu de sa conférence réalisée le samedi 5 avril dernier à
Combs-la-Ville.

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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 18:07
PRISE D'OTAGES EN PLEINE MER

Vue aérienne du Ponant au cours de la prise d'otages. Deux pirates sont visibles sur le pont supérieur

    Un fait divers vient malheureusement illustrer notre récent dossier sur la nouvelle doctrine antiterroriste de la France. Un navire français, Le Ponant, revenait des Seychelles et se dirigeait vers la Méditerranée, le vendredi 4 avril, lorsqu’il a été capturé et dérouté par des pirates au large de la Somalie et du Yémen. Le Ponant est un voilier de luxe dont l’armateur est la société CMA-CGM. Son équipage, composé de 32 personnes, compte 22 Français (dont 6 femmes) en plus des autres membres ukrainiens et coréens.

    D’après les autorités somaliennes, les pirates venaient du port d'Harardeheere, pivot de la piraterie dans la région. Le bâtiment est depuis suivi et surveillé par un de nos navires de guerre : l’
aviso Commandant Bouan. Celui-ci fait partie d’une force internationale sous commandement américain, la Task Force 150 (1), dont la mission est de protéger les bâtiments de l’aide humanitaire (Programme Alimentaire Mondial) dans cette région infestée de pirates. Avec le détroit de Malacca en Asie, le Golfe d’Aden est la région du monde où la piraterie - sévissant de manière endémique - est la plus dangereuse.

Bâtiment de la Task Force 150 au large de la Somalie

    Le Premier Ministre
François Fillon a déclenché le plan PIRATEMER destiné à contrecarrer les menaces terroriste et criminelle sur les mers et les océans (opérations de contre-terrorisme maritime ou CTM). Le plan PIRATEMER fait partie d’un ensemble de plans anti-terroristes spécifiques élaborés par le Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN). Le SGDN est un service qui dépend directement du Premier Ministre. C’est de lui dont dépend, entre autres, le plan VIGIPIRATE.

    Au même titre que les autres plans de lutte anti-terroriste, PIRATEMER fait l’objet d’un contrôle opérationnel régulier afin d’entraîner la chaîne de commandement ainsi que les unités d’intervention spécialisées. Chaque année un exercice est organisé dans l’Atlantique
(exercice Armor), puis l’année suivante en Méditerranée (exercice Estérel). De manière générale, ce sont les hommes des unités de commandos de Marine (Commando Jaubert et Hubert) qui sont testés, ainsi que leurs collègues du Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN).

Hommes du commando de Marine Jaubert mis à l'eau à bord de zodiacs

    Les missions d’entraînement les plus fréquentes concernent les prises d’otages en pleine mer, comme c’est le cas en ce moment avec le Ponant, mais aussi des exercices de fouille, de désamorçage de mines et de pièges divers sur les navires. Plusieurs bâtiments de la Marine nationale et des hélicoptères sont à chaque fois mobilisés.

Hommes du Commando Jaubert à l'assaut de la passerelle d'un bâtiment au cours d'un exercice

    Cependant, pour le journaliste Jean-Dominique Merchet, une intervention de vive force est peu probable du fait 1- du manque de disponibilité d’unités capables de réaliser de telles missions CTM 2- de la difficulté d’un héliportage dans le cas de figure du Ponant (le voilier ayant trois mâts ce qui gênerait considérablement une approche par les airs) 3- quand bien même nos moyens en hélicoptères sur zone sont actuellement très limités, et il faudrait faire appel à des capacités de ravitaillement en mer ou à des moyens américains dont l’interopérabilité n’est pas assurée.

    En d’autres termes, pour M. Merchet, il ne reste plus qu’à négocier une rançon ce qui en dit long sur notre vulnérabilité face à de telles actions criminelles.

Commandos de Marine en approche d'un bâtiment au cours d'un exercice

(1) Le numéro 323 du magazine « Armées d’aujourd’hui » du mois  de septembre 2007, disponible au CDI, est consacré à la Task Force 150.

Sources : « À quoi sert le plan PIRATEMER ? », in Le Figaro du vendredi 4 avril 2008. « Les otages du voilier piraté vont bien », in Le Figaro du dimanche 6 avril 2008. LOUET (Sophie), « Le Ponant sous surveillance, pas de demande de rançon », in Le Monde du dimanche 6 avril 2008. MERCHET (Jean-Dominique),
« Le Ponant : pourquoi il ne devrait pas y avoir d'assaut à la mer », in Libération du dimanche 6 avril 2008.
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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 21:15
Le discours du Premier Ministre, François Fillon, à l'Assemblée nationale


    Le mardi 1er avril 2008, le Premier Ministre François Fillon s'est adressé à l'Assemblée nationale, ouvrant le débat sur le prochain renforcement de notre dispositif militaire en Afghanistan. Comme cela est toujours le cas en Démocratie, l'engagement des forces armées doit être justifié devant la représentation nationale.

    L'envoi d'un renfort de 1000 hommes sur le théâtre d'opération afghan est d'une urgente nécessité, à l'heure où les combats avec les
Talibans gagnent en intensité. L'OTAN qui a pris le commandement de l'ISAF depuis 2003, et qui agit sous mandat de l'ONU, manque de troupes pour stabiliser un pays qui - avec le Pakistan - constitue un des centres de gravité du terrorisme islamiste.

    Ces enjeux internationaux concernent directement
notre sécurité nationale, mais ils ne semblent pourtant pas bien compris par une partie des Français. Ainsi l'opposition socialiste vient-elle de déposer une motion de censure visant à empêcher l'envoi de ces hommes supplémentaires en Afghanistan, et un sondage BVA paru dans le journal le Sud-Ouest d'aujourd'hui indique que 68% de nos concitoyens sont également contre l'envoi de ce renfort.

    Le débat est donc ouvert au sein de notre démocratie. Afin de l'éclairer, nous mettons en ligne
le discours prononcé par le Premier Ministre, François Fillon, aujourd'hui même sur le sujet.


   
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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 09:51
La France est le pays de l'Union européenne qui, avec la Grande-Bretagne, participe le plus aux opérations militaires dans le monde. Ces missions d'interposition ou de stabilisation des États sont essentielles au maintien de la paix et de la sécurité à la fois pour le monde mais aussi pour notre pays. Que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie, nos soldats interviennent - et parfois se battent - pour assurer la sécurité de la France dans un espace plus que jamais mondialisé. Quand bien même peinons-nous à comprendre cette nécessité du fond de nos existences confortables, ils le font au nom d'une Idée, que le décès d'un sous-officier de 28 ans vient nous rappeller brutalement. Ce prix à payer pour vivre libre et en sécurité, quelles que soient nos situations personnelles, c'est l'idée même de la Défense nationale.

S-C-Gilles-Polin-2.jpgLe Sergent-chef Gilles Polin (source : blog Secret Défense)
  
Au-delà de Gilles Polin c'est donc le sens d'un sacrifice qui ne doit pas rester vain, et qui est à saisir par nos élèves. Notre pays va bientôt envoyer 1000 soldats supplémentaires en Afghanistan, portant à 2600 le nombre de militaires engagés sur ce théâtre d'opération. Or, en Afghanistan bien plus qu'au Tchad et au Soudan, se déroule une véritable guerre et la situation se dégrade rapidement - notamment dans le Sud du pays - faute de troupes suffisantes, faute aussi d'une réelle volonté politique à vouloir assumer la stabilisation de ce qui fut jusqu'en 2001 l'un des foyers les plus actifs du terrorisme  islamiste.

Les États-Unis, absorbés par le conflit en Irak, ont délégué la gestion de la lutte à l'OTAN. Mais avec la dégradation de la situation dans ce pays d'Asie centrale, et l'envoi d'un millier d'hommes supplémentaires au coeur des combats, les pertes humaines de l'armée française risquent d'augmenter mécaniquement dans les mois à venir.

Gilles Polin n'est pas le premier, il ne sera malheureusement pas le dernier, c'est cela qu'il faut comprendre dès à présent.

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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 10:20
LE TERRORISME : PRINCIPALE MENACE CONTRE LA SOCIÉTÉ


    Comment parler de Défense aujourd’hui sans faire référence au terrorisme islamiste ? Celui-ci est, en effet, actuellement défini comme la principale menace pour nos démocraties occidentales, la menace la plus directement dangereuse pour nos populations comme en témoigne la mise en place de dispositifs tel VIGIPIRATE. Si la France vient de se doter d’une doctrine de lutte en la matière, depuis 2006, il est important pour tous ceux qui ont en charge l’éducation à la Défense de faire comprendre de quoi il s’agit réellement. Le livre co-dirigé par Gilles Kepel, "Al-Qaida dans le texte" (2e édition (2008), permettra aux enseignants Relais Défense de réfléchir sur le sujet.


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