10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 09:52

 

Corps d'élite emblématique et symbole de la projection de la puissance militaire américaine dans le monde, le Corps des Marines fête aujourd'hui son 237e anniversaire. Créé le 10 novembre 1775, le United States Marine Corps (USMC) est, à l'origine, une unité de fusiliers marins. Dépendant directement du Président des États-Unis, les US Marines ont acquis une renommée mondiale avec les deux grands conflits mondiaux, surtout le deuxième sur le théâtre d'opérations du Pacifique. Depuis, des milliers de Marines ont été engagés et sont tombés, en Corée, au Vietnam, en Irak et en Afghanistan, pour ne citer que ces principaux conflits. Souvent confondu par le profane avec l'US Army - avec laquelle il est souvent en rivalité - l'USMC relève de la Navy et non de l'Army. De nos jours, il est une véritable armée dans l'armée, qui dispose de ses propres spécialistes, de ses avions, hélicoptères, engins amphibies, artillerie, blindés, drones... Prépositionnés dans le monde entier dans des bases à l'étranger, ou à bord de bâtiments de l'US Navy, les US Marines constituent une force de déploiement unique, et leurs interventions témoignent d'une culture stratégique de projection de puissance jusqu'à présent inégalée.

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 20:10

Midway

  "First hit at Midway" par Paul RENDEL

 

1942-2012. Il y a 70 ans la Deuxième Guerre mondiale entrait dans sa troisième année. Le conflit est désormais planétaire. On se bat sur presque tous les continents: en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie. Mers et océans deviennent de véritables champs de bataille qui s’étendent “au-delà de l’horizon” avec le développement sans précédent du combat aéronaval. Après une période de brutales conquêtes, les puissances de l’Axe se heurtent à un raidissement allié sur tous les fronts. 1942 est une année en suspens où de grandes batailles terrestres et aérovanales sont livrées. Le monde retient son souffle: l’Axe est-il sur le point de l’emporter ou assiste t-on au début du redressement allié?

 

Dernier événement de cette année de commémoration 1942-2012 à être présenté, l'opération Torch marque le grand tournant de la guerre sur le front occidental: l'initiative stratégique change désormais de camp. Torch est le premier grand débarquement allié à l'Ouest. C'est la deuxième grande opération aéronavale et amphibie après le débarquement de Guadalcanal dans le Pacifique (août 1942). Inaugurant une série de grandes opérations du même style, qui surviendront dans les mois suivants (en Sicile, en Italie puis en Normandie), l'opération Torch est le début de la reconquête alliée. Celle-ci, qui débute par la libération des territoires français d'Afrique du Nord, marque surtout le début de l'aguerrissement de l'armée américaine. Cette dernière devant bientôt rencontrer, et pour la première fois sur cette terre africaine, le redoutable adversaire allemand...

 

Laissons Ruben, élève de 2nde 6 lorsqu'il rédigea les lignes ci-dessous, aujourd'hui élève de 1ère STMG1, nous raconter le débarquement allié en Afrique du Nord. C'était le 8 novembre 1942.

 

**********

 

L’Opération Torch désigne le débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942 (Maroc français et Algérie). Ce débarquement marque le tournant de la guerre sur le front occidental, conjointement avec les victoires britannique à El Alamein et soviétique à Stalingrad. Mais, s'il est certain que l'Opération Torch a constitué une démonstration éclatante des qualités d'organisation et de la puissance navale des nations anglo-saxonnes, il est souvent méconnu que le succès n'en a été acquis que grâce au dévouement de la résistance française : celle-ci, par son putsch d'Alger du 8 novembre 1942, a réussi à y neutraliser pendant 15 heures le XIXe Corps d'Armée vichyste. L’ensemble des troupes terrestres alliées étaient placées sous la responsabilité du général Eisenhower qui effectuait, pour l'occasion, son véritable baptême du feu dans une opération majeure. Quant aux forces navales, le commandement en incombait à l’amiral Sir Andrew Cunningham auquel fut adjoint l’amiral Sir Bertram Ramsay qui avait établi du côté allié l'essentiel du plan d'attaque de l'opération Torch, à partir des notes militaires établies par le colonel français Jousse, membre de l'organisation de résistance d'Alger. Bien quelle a été une réussite cette opération a causé beaucoup de pertes dans les armée militaire 1346 morts et 1997 blessé et des conséquences politique d’où la création d’un gouvernement vichyste de l'Afrique française le 14 novembre 1942 par François Darlan.

 

Ruben

 

COMMÉMORATION 1942

 

Marjorie - Le Victory program (6 janvier 1942)

Ufkun - La fin de la conférence d'Arcadia (14 janvier 1942)

Nassima - La conférence de Wannsee (20 janvier 1942)

Iman - La chute de Singapour (15 février 1942)

William - L'opération Chariot (27 mars 1942)

Wissame - Le raid DOOLITTLE (18 avril 1942)

Émilie - La bataille de la Mer de Corail (4 mai 1942)

Camille - La bataille de Midway (4 juin 1942)

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 09:31

Michael BAGHIONI & Yann SIMEONI

Le Sergent Michaël BAGHIONI et le sapeur volontaire Yann SIMÉONI (source - Le Dauphiné)

 

Une intervention du SDIS (1) des Alpes-de-Hautes-Provence (04), samedi dernier à Digne-les-Bains, a coûté la vie à deux sapeurs pompiers dont le plus jeune, Yann SIMÉONI, n'avait que 16 ans. La jeunesse de ce dernier, dont c'était la première mission opérationnelle, ne peut que frapper. Cet événement  dramatique nous rappellera cependant des faits essentiels:

 

1- Nuit et jour, 24.00 sur 24 et sans aucun répit, des hommes et des femmes veillent sur notre sécurité. Ils sont gendarmes, policiers et, ici, pompiers.


2- Ces missions de sécurité impliquent des risques mortels qui, s'ils sont moins spectaculaires que ceux encourus par nos soldats en zone de conflit, n'en sont pas moins réels et quotidiens. Ils font de ces "gardiens" des héros à part entière. Il n'est pas de meilleure définition de l'héroïsme que d'accepter de donner sa vie pour autrui. Cela n'est jamais absurde et, bien au contraire, porte toujours un sens.


3- Plus qu'un ensemble de métiers, la Défense au sens global - dont la sécurité n'est que la déclinaison des aspects civils et intérieurs - est avant tout un engagement sacrificiel qui, s'il requiert l'ensemble des forces vives de la Nation, demeure avant tout l'engagement de la jeunesse. Vigueur et dynamisme sont les privilèges éphémères, néanmoins indispensables pour affronter les dangers les plus extrêmes. Cette réalité de bon sens est, cependant, altérée par le refus de nombre de nos contemporains de ne plus concevoir "l'âpreté de la vie" et, avec elle, la mort (d'un jeune comme de la jeunesse) quand bien même cette dernière devait-elle résulter de la confrontation ultime pour une cause juste.

 

Le sapeur Yann SIMÉONI a été tué avec le Sergent Michaël BAGHIONI, 35 ans, qui était son tuteur durant cette intervention. Un phénomène de flashover - terreur de tous les pompiers - serait très vraisemblablement la cause de ce drame. L'enquête devrait le confirmer, mais la mort de Yann nous montre d'emblée que l'héroïsme n'a pas d'âge. Encore mineur et scolarisé,  tombé à l'âge même du recensement, Yann SIMÉONI, par son exemple, ne pouvait mieux illustrer la substance fondamentale du "Parcours citoyen" et de l'enseignement de Défense.

 

Tous les jours, je croise dans ma salle de classe des "Yann" eux aussi pompiers volontaires, voire d'autres désirant suivre un parcours dans la réserve opérationnelle ou s'engager plus tard dans la carrière des Armes. Le décès en opération du sapeur Yann SIMÉONI est également une blessure pour l'enseignant que je suis. Il n'en est pas moins dépourvu d'un sens profond, inaltérable, qui honore et continuera d'honorer toutes celles et tous ceux qui tombent pour la France et les Français. À commencer par le sacrifice de son tuteur et des 5 pompiers du SDIS 04 (2) tués en mission depuis juillet 2010.

 

Défense et Démocratie s'associe au deuil du SDIS 04 ainsi qu'à la douleur des familles des sapeurs Yann SIMÉONI et Michaël BAGHIONI.

 

(1) Le Service Départemental d'Incendie et de Secours est la structure qui gère les pompiers à l'échelle départementale. Il est composé de pompiers professionnels assistés par des pompiers volontaires. S'ils accomplissent les mêmes missions que leurs collègues de la BSPP (Armée de Terre) ou du BMPM (Marine nationale), les sapeurs des SDIS restent des personnels civils.

(2) Le SDIS 04 est composé de 24 officiers commandant 41 pompiers professionnels et 1434 pompiers volontaires. L'ensemble est soutenu par 31 Personnels Administratifs Techniques et Spécialisés (PATS). En 2011, le SDIS 04 est intervenu 11 844 fois.

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 08:32

HMS Mounts BayLe HMS Mounts Bay (Bay class) s'apprête à recevoir dans son radier un engin de débarquement français. Ce bâtiment appartient à la Royal Auxiliary Fleet (RAF) qui est la flotte logistique de la Royal Navy. Le HMS Mounts Bay est un Transport de Chalands de Débarquement (TCD) ou Landing Ship Dock (LSD) - (Source - MINDEF)

 

Alors que nous rappelions ce dimanche la célébration de la victoire de Trafalgar, chère à nos amis britanniques mais douloureuse au souvenir de nos marins, voilà que du 17 au 26 octobre se déploie un bel exercice naval, aéronaval et amphibie franco-britannique en Méditerranée: Corsican Lion. Les temps ont décidément bien changé, et c'est dans le droit fil du Traité de Londres - dit aussi accords de Lancaster House du 2 novembre 2010 - que la Royale et la Royal Navy nous offrent un bel exemple de coopération interalliée et d'étroite interopérabilité dans la perspective d'une Défense européenne dont France et Grande-Bretagne sont les acteurs de premier plan.

 

C'est au large de la Corse que se sont rassemblées deux forces aéronavales et amphibies qui, depuis  la fin de la semaine dernière, enchaînent divers exercices sur le modèle de ce qu'avaient fait les Américains et leurs alliés (en plus grand) avec l'exercice Bold Alligator au mois de janvier. L'objectif est de pouvoir faire travailler les deux marines dans le cadre de la mise sur pied d'une force expéditionnaire conjointe rapidement projetable (Combined Joint Expeditionnary Force ou CJEF). Les moyens sont importants. Côté français le porte-avions Charles de Gaulle, le BPC Mistral et la frégate Chevalier Paul (classe Horizon), entre autres, sont déployés. Côté britannique, c'est le HMS Bullwark (bâtiment amiral), le porte-aéronefs HMS Illustrious, et deux frégates de type 23 (Duke class): le HMS Montrose et le HMS Northumberland. D'autres bâtiments amphibies et logistiques (pétroliers ravitailleurs, rouliers, etc.) accompagnent ces deux forces de combat.

 

2e-RIMa-sur-Offshore-Raiding-Craft.jpgMarsouins du 2e RIMa débarquant à partir d'un ORC (Offshore Raiding Craft) britannique

 

Ce type d'exercice est très important, car il permet de faire travailler ensemble des forces qui n'ont pas forcément les mêmes cultures. Ce sont des occasions où les états-majors peuvent confronter, améliorer,  perfectionner et valider leurs procédures, et où les unités opérationnelles apprennent à manoeuvrer et combattre ensemble en connaissance de matériels qui ne sont pas les leurs. La maîtrise de la manoeuvre interarmée (entre les moyens navals, aériens et terrestres) et interarmes (entre les armes au sein des marines, des armées de l'Air et de Terre), comme les échanges de savoir-faire entre les états-majors et jusqu'aux unités élémentaires du Groupe Tactique Embarqué (GTE), ne peuvent s'improviser au moment des crises, et les deux marines ont en mémoire le précédent de l'opération 700/Musketeer (1956).

 

207 ans après la bataille de Trafalgar, et 56 ans après la crise de Suez, le symbole de cet exercice franco-anglais est fort. L'Angleterre n'est plus la puissance maritime d'antan, et le Trafalgar day rappelle une gloire passée alors que la Marine française est aujourd'hui une force moderne - comparable en tonnage à son homologue britannique - avec, cependant, un important savoir-faire aéronaval que la Royal Navy a perdu dans le dernier quart du XXe siècle. L'heure est, cependant, à la coopération la plus étroite pour les deux marines alors que les coupes budgétaires menacent dangereusement leurs capacités futures, que les États-Unis se désengagent durablement de la défense de l'Europe, et que cette dernière demeure en panne. Les récents propos du CEMA, l'Amiral Édouard GUILLAUD, adressés à la Commission de la Défense de l'Assemblée nationale et rapportés par le journaliste Michel CABIROL, indiquent que pour que le "pooling and sharing" (1) fonctionne encore faudrait-il que les Européens soient en mesure de partager quelque chose. Or ce sont essentiellement la France et la Grande-Bretagne qui, aujourd'hui, sont en mesure de mettre en pratique un partenariat aussi efficace sur l'ensemble des 27 États membres de l'UE.

 

(1) Le pooling and sharing désigne la mutualisation des moyens de la Défense européenne. Le European Air Transport Command (EATC) en est un exemple opérationnel récent.

 

Section-B.-BOUQUIN.jpgMarsouins de la section BOUQUIN présentant le FAMAS félinisé à leurs homologues britanniques lors de l'exercice Corsican Lion (source - MINDEF)

 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 14:08

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La bataille de Trafalgar, la reddition du Bucentaure. Tableau d'Auguste MAYER (1836)

 

Le 21 octobre 1805, au large du cap Trafalgar (au sud de la ville espagnole de Cadix), eut lieu l’une des plus célèbres batailles navales des guerres de l’Empire. Confrontation entre une flotte britannique de 27 vaisseaux de ligne commandée par le Vice-Amiral Horatio NELSON, et une flotte franco-espagnole de 33 vaisseaux de ligne commandée par le Vice-amiral Pierre Charles Silvestre de VILLENEUVE, elle aboutit à une victoire tactique et stratégique anglaise, nonobstant la mort de son artisan au cours de la bataille même.

 

La bataille de Trafalagar est à situer dans le contexte de la troisième coalition européenne contre la France révolutionnaire et impériale. Au sein de ces coalitions, l’Angleterre demeure la puissance la plus déterminée à vouloir défaire NAPOLÉON Ier. Protégée du fait de sa position géographique insulaire, elle finance inlassablement ses alliés européens afin que ces derniers reconstituent leurs forces au lendemain des différents traités qui, depuis 1797, installent la puissance française au coeur de l’Europe.

 

C’est pour mettre un terme aux agissements hostiles de la “perfide Albion”, sur fond de guerre économique entre les deux puissances (1), que l’Empereur se prépare à une invasion des Îles britanniques. Alors que le Traité d’Amiens (1802) part en lambeaux, NAPOLÉON concentre, dès 1803 à Boulogne, ce qui sera bientôt appelé la Grande Armée. Une flotte de débarquement est mise sur pied, mais elle pose très rapidement une question tactique: celle de sa protection lors de sa traversée de la Manche. En d’autres termes, c’est la Royal Navy qu’il fallait neutraliser d’une manière ou d’une autre.

 

Le problème résidait dans le fait que la flotte de guerre française était dispersée dans différents ports (Brest, Rochefort, Toulon), surveillés chacun par une escadre anglaise. Rassembler cette flotte et l’amener dans la Manche où elle effectuerait sa jonction avec les forces de débarquement était l’objectif de NAPOLÉON. D’un point de vue opérationnel, cette manoeuvre était ambitieuse. Elle supposait de tromper la surveillance des Anglais, de sortir de la Méditerranée via Gibraltar pour l’escadre de Toulon (2), de rejoindre les Antilles où les forces navales françaises se concentreraient tout en attirant la Royal Navy, avant de revenir dans la Manche. C’était une vaste manoeuvre transocéanique de plusieurs mois qu’il fallait opérer.

 

Durant le printemps et l’été 1805, c’est à une véritable partie de cache-cache et de course poursuite que se livrent les flottes franco-espagnole et britannique. Parvenant à tromper l’escadre anglaise de Méditerranée commandée par le redoutable Horatio NELSON, de VILLENEUVE parvient à atteindre les Antilles. Talonné par la flotte de NELSON, l’amiral français met le cap sur l’Europe en juin mais se trouve bloqué aux approches du Golfe de Gascogne. Une bataille indécise au Cap Finisterre avec le Vice-amiral CALDER le 23 juillet, l’échec de la jonction avec une force française venue de Rochefort, les aléas du renseignement (qui repose en grande partie sur des rumeurs…) ont raison de de VILLENEUVE, qui renonce à poursuivre vers Boulogne et va s’enfermer dans la rade de Cadix plus au sud. C’est l’échec de la mission stratégique.

 

Les décisions de l'Amiral de VILLENEUVE sont lourdes de conséquences. Le temps perdu éclaire désormais différemment la scène stratégique où la pression austro-russe en Europe centrale change radicalement les plans de NAPOLÉON. Sans nouvelle de sa flotte, et tenant le débarquement en Angleterre irréalisable sur l’heure, celui-ci opère un basculement stratégique d’Ouest en Est. À marche forcée, la Grande Armée se dirige désormais vers la Moravie à partir du mois d'août, alors que de VILLENEUVE, en passe d’être relevé de son commandement, reçoit l’ordre de repasser en Méditerranée pour opérer un débarquement en Italie. C’est donc un amiral en sursis, qui sait ses forces moralement inférieures en dépit de leur supériorité numérique, qui donne l’ordre d’appareiller le 20 octobre 1805. La grande bataille est inévitable, car NELSON,  à bord de son vaisseau amiral, le HMS Victory, verrouille Cadix depuis plusieurs semaines. Les deux flottes se rencontrent le lendemain au sud-est du cap Trafalgar, non loin du détroit de Gibraltar.

 

Pour comprendre ce qu’est une bataille navale avant la Révolution industrielle, il faut savoir que la puissance de feu des bâtiments de guerre de l’époque se situe sur les côtés, où les canons sont alignés en sabord sur un, deux ou trois ponts superposés selon la taille du navire. Il n’existe pas encore de tourelles mobiles sur le pont à l’avant comme à l’arrière, ce qui ne se verra qu’à la fin du siècle. Le navire doit donc présenter son flanc babord ou tribord pour permettre l’emploi optimum de ses canons. Cette contrainte technique induit une tactique de combat linéaire, d’où l’appellation “vaisseau de ligne” pour désigner les gros bâtiments de guerre de cette époque. Dans une rencontre, les flottes évoluent sur des lignes parallèles afin de pouvoir utiliser leur artillerie latérale au mieux. Tangage et roulis ont aussi leur importance dans le réglage des tirs eu égard à l’état technique de l’artillerie navale. Deux écoles s’affrontent: la première qui préconise de tirer haut pour détruire mâts et voilures du bâtiment adverse afin de le désemparer. La seconde préconise de tirer bas au niveau de la coque. L’avantage de ce  dernier tir - hormis le fait qu’il créé des voies d’eau et fragilise la coque - est que les impacts projettent des éclats de bois qui blessent grièvement les marins et canonniers concentrés dans les ponts inférieurs. Les Français ont une préférence pour la première école de tir, les Britanniques pour la seconde. De manière générale, soit le bâtiment était coulé par incendie ou l'explosion de sa poudrière, soit il était capturé après un abordage suivi d'un combat d’infanterie au corps à corps.

 

À Trafalgar, Nelson refuse l’affrontement linéaire classique. Divisant sa flotte en deux colonnes, avec le vent en poupe (ce qui augmente leur vitesse), il coupe en deux la colonne franco-espagnole. Cette manoeuvre dite “barrer le T” a pour avantage de concentrer le feu latéral - de la colonne qui coupe la ligne adverse - sur des vaisseaux situés à la fois à babord et à tribord. Ces derniers engagés en file dans le sens de leur marche, présentent leur proue et leur poupe et ne peuvent donc se servir de leur artillerie. À l'inverse, les bâtiments qui barrent le T peuvent concentrer leurs feux sur les bâtiments adverses les uns après les autres. Ces tirs en enfilade étaient dévastateurs sur des ponts encombrés d'hommes (3). Les Anglais utilisaient de la mitraille (4) et, à Trafalgar, le HMS Temeraire décima l'infanterie française rassemblée sur le pont supérieur du Redoutable, au moment où elle s'apprêtait à se lancer à l'abordage du HMS Victory.

 

Débutant en milieu de mâtinée, la bataille s’acheva en milieu d’après-midi. La manoeuvre audacieuse de l’amiral britannique créa un effet local de surnombre au sein de la ligne franco-espagnole disloquée. Les bâtiments de l’Amiral de VILLENEUVE furent submergés un à un, et mis hors de combat. La lutte fut difficile aussi pour les Britanniques dont le navire amiral, le HMS Victory, sur le point de succomber, fut sauvé par l’intervention du reste de la colonne anglaise – HMS Temeraire en tête –, qui détruisit le Redoutable. C’est dans un échange de tir entre les fusiliers du Victory et du Redoutable, que Lord NELSON fut mortellement touché. Déjà considéré comme un héros de son vivant, celui-ci expira en fin d’après-midi sans avoir pu mesurer l’ampleur de sa victoire. Mis hors de combat, le Bucentaure, navire amiral français, fut capturé avec l’Amiral de VILLENEUVE à son bord. La flotte franco-espagnole avait perdu 21 bâtiments dont 17 étaient capturés (5). La Royal Navy n’avait perdu aucun bâtiment, et pour 446 marins tués au cours du combat 3243 marins français et espagnols avaient péri.

 

Hormis son retentissement, la victoire de NELSON à Trafalgar eut d’immenses conséquences dont certaines furent décisives. Elle sauvait l’Angleterre d’une invasion française sur le long terme, en détruisant la seule flotte de guerre dangereuse pour elle. La Marine française était, cependant, déjà largement désorganisée par la Révolution, et un désastre précédent - à Aboukir en 1798 – l’avait affaibli (6). La bataille de Trafalgar consacra surtout l’hégémonie navale britannique jusqu’à la Première Guerre mondiale. Ce faisant, cette hégémonie fonda une puissance coloniale et économique dont le monde d'aujourd'hui garde encore les traces. En privant NAPOLÉON de moyens d’action sur les mers et océans du globe, la victoire anglaise conforte la stratégie terrestre et continentale de celui-ci (7), ce qui devait - au-delà du Ier Empire - rester une tendance lourde de la doctrine stratégique française au détriment du développement d'une culture navale plus élargie.

 

Héros historique britannique, Horatio NELSON est présent dans tout le monde anglo-saxon, surtout les pays du Commonwealth où de nombreux noms de lieux lui rendent hommage. C’est cependant en Grande-Bretagne que l’on trouvera, au coeur de Londres, la très célèbre statue au sommet de la colonne de Trafalgar square. C’est à Portsmouth que le HMS Victory restauré – et qui fait toujours partie des bâtiments de la Royal Navy – pourra encore de nos jours être visité comme navire musée.

 

(1) Par son protectionnisme, l’économie française entrave le commerce anglais sur le continent européen. À partir de novembre 1806, cependant, l'Empereur NAPOLÉON décrète un "blocus continental" qui engendre une véritable guerre économique destinée à ruiner les intérêts britanniques en Europe.

(2) L’escadre de Toulon était la plus importante de la Marine impériale. Elle était commandée par de VILLENEUVE.

(3) Contrairement aux bâtiments de nos marines contemporaines, ceux de cette époque nécessitaient des équipages nombreux afin de manoeuvrer une voilure complexe et une artillerie de plusieurs dizaines de pièces dont le chargement se faisait par la bouche.

(4) En plus de leur artillerie navale classique, les Anglais utilisaient aussi des caronades. C’était des pièces d’artillerie à canon court et à chargement rapide, qui tirait soit des boulets creux soit de la mitraille à courte portée.

(5) Compte tenu de la complexité et du coût de fabrication d’un vaisseau de ligne, le capturer était préférable à sa destruction complète.

(6) Le royaume de France se lance dans un effort naval important au lendemain de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), qui voit la disparition de son premier empire colonial. Entrepris sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, ce rétablissement de la flotte de guerre est cependant stoppé par la crise révolutionnaire.

(7) Le désastre de Trafalgar étant, quelques semaines plus tard, atténué par l’éclatante victoire d’Austerlitz le 2 décembre 1805.

 

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"L’Angleterre attend de chacun qu’il fasse son devoir." Portrait de Lord Horatio NELSON par Lemuel Francis ABBOTT (1800) - National Maritime Museum à Londres

 

White ensignUnion Jack et croix de Saint George. Le White ensign est le pavillon de la Royal Navy


 

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 16:31

1

Il y a cinquante ans, le 14 octobre 1962, un avion-espion U2 américain révélait l’existence sur l’île de Cuba de sites de lancement de missiles balistiques. Ces derniers, aménagés par les Soviétiques, étaient destinés au déploiement de missiles stratégiques R12 (SS-4 Sandal code OTAN), alors en cours de transport d'Union soviétique vers Cuba (1). Capable d’emporter une charge militaire de 1 MT, le R12 était un missile d’une portée de 2000 km. Son déploiement, à 170 km seulement de la Floride, déclencha l’une des plus graves crises américano-soviétiques de la Guerre froide. Elle fut brève mais dura une dizaine de jours au cours desquels le monde crut à l'imminence d'un affrontement nucléaire entre les deux superpuissances. La crise de Cuba est à situer dans une longue série de crises majeures qui, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, façonna le monde en deux blocs antagonistes sur tous les continents; sur fond d'une course aux armements jamais connue jusqu'à présent. Elle est cependant la dernière où l’on perçoit un risque de confrontation directe entre les États-Unis et l’URSS. Désormais, la nécessité d’un dialogue destiné à éviter toute escalade nucléaire s’impose dans les relations internationales (2).

 

(1) Par voie maritime.

(2) La crise est à l'origine de l'installation d'un "téléphone rouge" entre Washington et Moscou.

 

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Carte d'époque montrant la portée des missiles soviétiques en territoire américain, s'ils étaient tirés de Cuba. Le SS-4 Sandal était un Medium Range Ballistic Missile (MRBM) qui pouvait toucher essentiellement le sud-est des États-Unis, dont une grande partie de la côte Est. Plus dangereux, le R14 (SS-5 Skean, code OTAN) était un Intermediate Range Ballistic Missile (IRBM) qui pouvait toucher l'ensemble du territoire américain ainsi que le Canada avec une charge militaire de 2 MT.

 

USSR

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:12

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Rendez-vous annuel désormais traditionnel, les Journées de la Sécurité Intérieure (JSI) se tiendront le samedi 6 octobre prochain pour leur édition 2012. Destinées à faire se rencontrer les citoyens et les acteurs de la Défense intérieure et civile au plan local, les JSI s'inscrivent pleinement dans l'Éducation à l'Esprit de Défense. À ce titre, l'Enseignant Défense du Lycée Galilée invite les élèves de l'établissement à venir à la rencontre des gendarmes, policiers, pompiers, ambulanciers et bénévoles de la Protection civile. Ces derniers tiendront des animations et des stands au centre commercial régional du Carré-Sénart de 11.30 à 17.00.

 

Ailleurs dans l'académie de Créteil, les manifestations auront lieu dans les jardins et le hall de la Préfecture pour le Val-de-Marne (de 11.00 à 16.00), et dans le centre commercial O'Parinor d'Aulnay-sous-Bois (de 9.00 à 13.00) pour la Seine-Saint-Denis.

 

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(Source - Le Point)

 

Mise à jour du dimanche 7 octobre 2012 - L'Esprit de Défense comme les métiers de la sécurité intérieure, ne pouvaient mieux être illustrés qu'en cette journée de samedi où, tôt le matin, une opération anti-terroriste était déclenchée dans plusieurs villes du pays, notamment à Strasbourg où une fusillade a eu lieu. Une cellule islamiste a, donc, été démantelée il y a quelques heures avec l'arrestation de onze personnes. Les djihadistes interpellés ne viennent pas de l'extérieur. Ils sont français et ne semblent pas avoir reçu un entraînement afghan comme ce fut le cas pour Mohamed MERAH. Issus des quartiers difficiles de nos villes, ayant souvent grandi à la frontière de la délinquance, ils se sont radicalisés sur place. À Strasbourg, trois policiers ont été blessés en tentant d'arrêter Jérémie LOUIS-SIDNEY, 33 ans, d'origine antillaise. Converti à l'Islam radical, cet ancien condamné de droit commun était armé et n'a pas hésité à ouvrir le feu sur les policiers avant d'être abattu.

 

Cette JSI 2012 sera, donc, une occasion particulière de saluer le courage de ceux qui assurent notre sécurité au quotidien.

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 08:21

ASAF - Algérie

 

Alors que l’année 2012 voit la commémoration du cinquantième anniversaire de la fin de la “guerre sans nom”, que les blessures sont loin d’avoir cicatrisées de ce côté de la Méditerranée comme de l’autre, l’Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF) vient de publier un petit fascicule intitulé: “Armée et Algérie 1830-1962” (1). Écrit par des historiens et des membres de l’ASAF, en partenariat avec le Service Historique de la Défense (SHD) et l’Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD), ce petit ouvrage a le mérite de resituer le rôle de l’Armée française en Algérie depuis le début de la colonisation jusqu’au départ définitif de la communauté européenne, soit une période de 132 années.

 

Si la Guerre d’Algérie (1954-1962) fut une épreuve nationale, aucune autre institution républicaine que l’Armée ne fut autant blessée, remise en cause et durablement marquée par ce conflit. De ces 132 années de colonisation, l’opinion publique ne retient aujourd’hui que les images et les idées reçues d’une confrontation meurtrière, qui divisa profondément la société française, et dans laquelle l’Armée aurait perdu son âme. Elle l’aurait perdue du fait de deux choses: le soulèvement d’une partie des siens contre la République et, surtout, l’usage de la torture contre les combattants du Front de Libération Nationale (FLN). Encore de nos jours, des réflexions comme celles du Général Jean-René BACHELET (2) ou du Colonel Benoît ROYAL (3), si elles partent de conflits plus contemporains, gardent en arrière-plan le contexte historique de la Guerre d’Algérie.

 

C’est donc avec une grande clarté, et dans un souci incontestablement pédagogique en direction des plus jeunes, que l’ASAF aborde l’action militaire française en Algérie. Le propos aborde tous les aspects, explique l’enchaînement des logiques dans la durée, et situe les responsabilités dans leur contexte. Bref, il s’agit d’un véritable regard sur l’Histoire où l’équilibre de l’explication ne laisse pas de place au parti pris, nonobstant un point de vue qui - naturellement de la part de cette association - privilégie celui de l’Armée française.

 

Ce que l’on retiendra est que cette dernière s’est liée dès le début à la colonie nord-africaine. Elle y a joué un rôle majeur de la conquête à la pacification, de son administration à son développement économique et social. Certains passages fourniront un éclairage substantiel sur des actions importantes tels le rôle social de l’Armée d’Afrique, la cartographie du territoire, son équipement en infrastructures, les actions sanitaires, le rôle des Sections Administratives Spécialisées (SAS), etc. Il est d’autant plus demandé à nos militaires, que le projet politique a toujours manqué de clarté dès les origines de la conquête. Durant des décennies, les militaires durent, ainsi, assurer seuls une administration qui fut pragmatique et toute en connaissance des populations locales. C’est l’avènement de la République, à la fin du XIXe siècle, qui bouleversa cette situation par une approche désormais résolument assimilatrice. Cependant, cette dernière ne parviendra jamais à résoudre la question de la citoyenneté, notamment du rapport de celle-ci à l’Islam. La question a son importance car elle induit d'emblée un double statut juridique (loi républicaine laïque et loi coranique), qui devait être une source profonde d’inégalité par la suite.

 

Si le séisme de la défaite de 1940 ainsi que les massacres de Sétif (1945) ébranlent les relations entre la France et sa colonie, c’est surtout l’instabilité intrinsèque des institutions de la IVe République et la faiblesse inhérente de son pouvoir exécutif, qui vont créer une situation d’impasse politique dont le conflit, qui éclate en novembre 1954, constitue le long et douloureux épilogue. L’Armée française va d’emblée se retrouver piégée dans une situation où il lui sera demander de faire tout ce à quoi elle n’a pas été préparée, à commencer par exercer des fonctions policières et de répression.

 

Les départements algériens ayant été juridiquement et administrativement définis comme étant la France, il ne pouvait y avoir d’état de guerre déclaré contre un ennemi extérieur identifié. Lorsque l’incendie se déclare à l’automne 1954, personne ne sait vraiment ce qu’est le FLN. Ce dernier est une création clandestine récente, dont la fondation (10 octobre 1954) remonte à quelques semaines précédant la Toussaint rouge (1er novembre 1954). Alors que le pouvoir exécutif est paralysé par l’instabilité ministérielle, que la situation lui échappe du fait d’un encadrement policier et sécuritaire inadapté sur le terrain, que les décisions sont prises dans un contexte de loi d’exception - puisqu’il n’y a pas d’état de guerre -, et que l’adversaire se présente à la fois comme terroriste et sans visage, l’Armée reçoit la mission de ramener la sécurité en Algérie.

 

Très rapidement la violence gagne en extension, et les militaires s’engagent dans une logique contre-insurrectionnelle qui voit l’augmentation sensible des effectifs sur le terrain, et dont la torture – si condamnable soit-elle d’un point de vue moral, et au demeurant comme la guerre en elle-même – n’est qu’un aspect auquel ne peut se résumer l’ensemble de l’action militaire française en Algérie. Par ailleurs, la question de la torture militaire (connue du pouvoir politique de l’époque) vient également en réponse à une terreur, des massacres aveugles, un non respect des prisonniers, et des mutilations particulièrement barbares auxquels se livre le FLN sans retenue aucune.

 

Mêlant efficacité tactique et répression (4), quadrillant le territoire avec l’action remarquable des SAS, l’Armée française finit par l’emporter. Elle a donc rempli sa mission, mais à un prix qui ne donne plus de sens à sa victoire. La IVe République a sombré avant même la fin du conflit, et le nouveau régime se dépêche d’y mettre un terme au détriment du sacrifice militaire. Un sacrifice désormais inutile, et qui est en soi un traumatisme pour une armée qui a vu tomber 23 196 des siens en plus des 4295 supplétifs qui ont cru en la cause française (5). Une armée qui s’est abîmée dans un gouffre politique, et dont on ne retiendra que l’action condamnable de ses tortionnaires, de manière unilatérale et trop souvent hors contexte. Pourtant, la torture n’a concerné qu’une partie et non l’ensemble des militaires. Beaucoup ont refusé cet avilissement lorsqu’ils y furent confrontés, comme on oubliera également que c’est l’Armée elle-même qui, par sa retenue, empêcha le succès du putsh des généraux.

 

À partir de 1962, l’opinion publique française se détourne de cette histoire franco-algérienne sans pour autant rompre avec une mauvaise conscience qui alimente jusqu’à nos jours une passion malsaine et une haine de soi, dont l’Armée subit régulièrement et facilement l’opprobre. Bien évidemment, tout doit être dit, et tous les dossiers doivent demeurer ouverts en pleine lumière (6). Il ne sera ainsi jamais question de nier l’usage de la torture par nos troupes en Algérie, mais l’écriture de l’Histoire reste un exercice difficile et à celui qui ne voudrait se focaliser que sur ce seul aspect, il deviendra impossible d’expliquer ce que fut à la fois l’Algérie française et la Guerre d’Algérie. Comment taire, en effet, la barbarie dans laquelle les indépendantistes algériens furent parmi les premiers à s’engager? Comment voiler les corps suppliciés de nos conscrits? Comment passer par “pertes et profits” la mémoire des Harkis et autres suspects qui furent massacrés dans les pires conditions par un FLN ivre de vengeance?

 

C’est pour rappeler que l’Histoire ne peut se conjuguer qu’avec la plus grande honnêteté, que l’ASAF a commis ce numéro spécial qui inspirera fort utilement les jeunes comme leurs enseignants (7).

 

(1) Cf. ASAF, “Armée et Algérie 1830-1962”, collection Mémoire et Vérité, n° spécial juin 2012, 114 p.

(2) Cf. (Jean-René) BACHELET, Pour une éthique du métier des armes: vaincre la violence, Vuibert, 2006, 184 p. La réflexion de cet officier a été concrétisée dans l'élaboration d'un Code du soldat que tout militaire français doit désormais faire sien lorsqu'il s'engage.

(3) Cf. (Benoît) ROYAL,  L’éthique du soldat français. La conviction d’humanité, Économica, 2008, 124 p. Benoît ROYAL est aujourd’hui général de brigade.

(4) Les militaires vont faire avec ce qu’ils ont, notamment avec une expérience contre-insurrectionnelle gagnée en Indochine où la torture fut aussi employée. Il est cependant intéressant de voir que les débats doctrinaux sur cette question peuvent s’opposer dès l’époque, quant à l’efficacité ou la contre-productivité de la torture. L’opposition classique faite entre un Roger TRINQUIER et un David GALULA en est une illustration. En Algérie, l’Armée française a, en fait, réalisé une synthèse des méthodes contre-insurrectionnelles, utilisant à la fois la torture, l’action psychologique comme l’action sociale afin de “gagner les coeurs et les esprits”.

(5) Cf. ASAF, op. cit. pp. 106-108.

(6) Ce qui fut fait avec l’ouverture des archives militaires dont rendent compte les travaux de l’historienne Raphaëlle BRANCHE.

(7) Avec la réforme des nouveaux programmes d’Histoire des classes de Terminales générales (2012-2013), la Guerre d’Algérie - déjà abordée en classe de Première - fait l’objet d’une étude sous l’angle du regard de l’Historien porté sur les mémoires de ce conflit. Malheureusement, certains manuels d’Histoire présentent ces “mémoires” de manière particulièrement partiale et à charge. C’est le cas, par exemple, du livre publié aux éditions Magnard qui intitule un dossier documentaire: “La torture et les crimes des armées” (pp. 84-85). L’ambiguïté du titre est renforcée par une phrase (une seule) qui pointe de manière allusive les responsabilités du FLN en matière de torture, ainsi que par un déséquilibre documentaire flagrant. Sur un ensemble de six documents, un seul concerne le FLN, et s’il s’agit d’une photographie montrant des enfants victimes d’un massacre, il n’est pas pour autant question de torture qui ne serait dès lors que le seul fait de l'Armée française... Toujours dans le même ouvrage, la définition du terme “Harkis” (p. 381) est particulièrement elliptique. Ainsi, s’il est dit qu’ “un grand nombre d’entre eux quittent l’Algérie pour échapper à la mort”, il n’est rien dit précisément sur les dizaines de milliers de Harkis qui furent massacrés par le FLN à partir de 1962, souvent dans des circonstances horribles.

 

 

TABLE DES MATIÈRES

 

I- L'Armée française et l'Algérie. Une histoire ancienne (1830-1945).

II- L'Algérie en 1954.

III- Une Armée qui veut gagner la paix (1954-1956).

IV- Une Armée contrainte à une guerre totale (1957).

V- Une Armée instrumentalisée (1958).

VI- Une Armée victorieuse (1959-1960).

VII- Une Armée traumatisée (1961).

VIII- Une Armée humiliée (1962).

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 06:01

Collecte de sang (octobre 2012)

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 13:31

Garde-republicain-a-cheval.jpg

 

Les samedi 29 et dimanche 30 septembre, la Garde républicaine ouvrira ses portes au grand public à Paris. Durant deux jours, de 9.00 jusqu’à 19.00, se dérouleront des manifestations spectaculaires tels le quadrille des baïonnettes, le carrousel des motocyclistes, celui des lances, etc. Des stands présenteront la vie et les missions des différentes unités avec leurs équipements et leurs armements, le tout sur fond de fanfare interprétant les marches les plus célèbres de notre répertoire. La Musique de la Garde Républicaine est l’une de nos meilleures formations musicales militaires avec la Musique principale de l’Armée de Terre. Entre tradition et modernité, entre missions de représentation liées au protocole et missions opérationnelles, la Garde républicaine décrira également sa longue histoire au fil des siècles en mettant en scène la Maison du Roy et les Grenadiers du Ier Empire.

 

Unité de prestige et de protocole, en charge de la sécurité des sièges du pouvoir (Palais de l'Élysée, Matignon, Parlement, ministères...), la Garde républicaine est une composante de la Gendarmerie nationale. Constituée de deux régiments d’infanterie et d’un régiment de cavalerie (1), elle est l’héritière de toutes les forces armées qui ont participées depuis le Moyen Âge à la protection du Roi et de sa cour, ainsi qu’à la protection de la Ville de Paris. Organisée en Garde républicaine de Paris depuis 1848, transformée en Garde républicaine depuis 1978, elle est depuis restée spécifiquement attachée à la capitale et à l’Île-de-France dont elle porte les armes sur son blason.

 

Particulièrement visible lors de la prise d’armes du 14 juillet, la Garde républicaine assure l’escorte du Président de la République lorsqu’il remonte les Champs-Élysées, et sa musique rythme le défilé à pied et des véhicules. Ses uniformes sont, en général, ce que les touristes étrangers gardent le plus souvent de leur passage à Paris en terme d’images officielles. Les Franciliens pourront donc, ce week-end, aller au-devant de ces gendarmes de prestige, qui les accueilleront sur l’Esplanade Saint-Louis entre le Château de Vincennes et le Quartier Carnot.

 

(1) Soit un effectif total de 3200 hommes.


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