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"C'ÉTAIT LE DERNIER"

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    C'était le dernier. Le dernier de ces vaillants défenseurs de notre beau pays, le dernier de ceux qui partirent un beau jour d'août 1914, le coeur joyeux, pour défendre Patrie et Drapeau, en pensant que la guerre serait brève et leur retour dans leur foyer imminent.

    Hélas la réalité fût tout autre. La Marne, Verdun, la Somme, le Chemin des Dames, tous ces hauts lieux de combats sanglants et meurtriers qui résonnent à nos oreilles comme le bruit des canons. Quatre années de misères pour nos braves « poilus », dans la boue, les tranchées, parmi les rats, sous la pluie des obus, avec la peur au ventre et l'espoir au coeur. Avec tout leur courage et leur détermination, avec la foi en des jours meilleurs, la reconquête de l'Alsace et la Lorraine, les actes de bravoure, la fraternisation (parfois même avec ceux d'en face), vous avez connu tout cela Monsieur Lazare Ponticelli. Cette terrible Guerre 14-18, celle qui laissa la France exsangue et privée de près d'un million et demi de ses fils, vous l'avez vécue, vous, le dernier de cette génération de défenseurs de la Patrie.

Lazare-2.jpgReconstitution historique pour M. Ponticelli

    Et qu'évoque-t-elle aujourd'hui à tous ces jeunes qui nous entourent ? Savent-ils que le prix de leur liberté et de leur bonheur de vivre dans un pays comme le nôtre, c'est à vous tous, ceux de 14, qu'ils le doivent ? Aucune famille française n'a été épargnée par cette grande guerre, celle qui devait être la der des der, et qui a laissé un nombre impressionnant de noms sur nos monuments aux morts. Rien que 59 pour notre commune de Combs-la-Ville qui, à l'époque, ne comptait que 1300 habitants.

    Vous avez parcouru un long chemin Monsieur Ponticelli, et maintenant, au bout de ce chemin il y a tous vos camarades qui vous attendent. Vous les avez enfin retrouvés. Jamais nous n'oublierons leur sacrifice, nous avons un devoir de mémoire, et cette année qui marquera le 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre, nous aurons tous une pensée particulière pour vous et, comme vous l'avez souhaité, pour tous vos compagnons d'infortune. Dormez enfin en Paix, vous l'avez bien mérité.

Luce LARCADE

Lazare-Ponticelli-copie-1.jpg Garde d'honneur légionnaire pour Lazare Ponticelli




LES MONUMENTS AUX MORTS

PAR MADAME LUCE LARCADE, CONSERVATRICE DU MUSÉE DE LA MAISON DU COMBATTANT ET DU CITOYEN


    C’est essentiellement après la Grande Guerre que s’est généralisé l’érection des monuments aux morts. Peu de communes en avaient édifié après la guerre 1870-1871. Ces monuments sont présents dans presque toutes les communes de France. Il est à noter de nos jours quelques monuments sont encore érigés dans de très petites communes qui en étaient dépourvues.

    D’une grande diversité, ils représentent à la fois la gloire nationale et la grande douleur des familles frappées par la guerre. Ces monuments présentent un style parfois naïf, mais sont toujours un témoignage d’art populaire, symbole de reconnaissance pour nos glorieux combattants.

    La loi du 25 octobre 1919 sur la “commémoration et la glorification des morts pour la France au cours de la grande guerre” établit le principe d’une subvention aux communes pour honorer le souvenir de leurs disparus. Le processus est alors engagé, complété par les modalités de l’aide de l’État par la loi de finances du 31 juillet 1920, qui fixe les barêmes et ouvre les premiers crédits. Mais malgré l’aide de l’État, de nombreuses communes, aux ressources modestes, dûrent se contenter de simples monuments, voire de simples stèles. Certaines communes s’associèrent pour réaliser un monument commun.

    Les monuments portent les noms des disparus, tantôt avec les prénoms, tantôt groupés par année de décès.

    Symbolisme

    Le thème de l’athlète nu écraisant l’aigle revêt la symbolique du combattant détruisant le barbare. La présence fréquente dans la statuaire de femmes en pleurs, exprime un sentiment pacifique voire antimilitariste.

    Les emblèmes les plus fréquents sont de connotation guerrière: croix de guerre, palmes, drapeaux, épées. Les croix de guerre symbolisent la reconnaissance officielle de la Nation pour les morts. D’autre part, les couronnes de lauriers, feuilles de chêne, rameaux d’olivier, symbolisent la gloire et la paix. La croix de guerre recouverte d’un voile allie le thème du deuil à celui de la guerre. Par contre, dans certaine province comme la Bretagne, la croix de guerre revêt un caractère ambigü. En fait, dans cette province liée au catholicisme, il n’est pas rare de retrouver sur un même monument, une croix et une croix de guerre.

Commune de Chemillé (Maine-et-Loire)

    Le coq, produit en grande série car peu coûteux, symbolise à la fois la fierté nationale, l’esprit belliqueux et le chant du triomphe. Dans l’immense majorité des cas, le coq des monuments aux morts est représenté seul, souvent perché sur un globe. Parfois, il écrase l’aigle allemande, toutes plumes hérissées, parfois il terrasse un dragon. Posé sur une croix à côté d’un enfant nu et casqué représentant “la relève”. Le coq associé à un bouclier orné d’une tête de méduse, symbolise à la fois la défense du pays et le combat victorieux.

    Le casque est un autre élément décoratif très utilisé. Il peut couronner une stèle, être gravé sur sa face antérieure, parfois seul, parfois sur une tête de soldat représentée de profil: dans ce cas, il est en général disposé dans un médaillon, souvent associé à des palmes ou des lauriers. Il représente tout simplement l’image collective des morts de la commune.

    Sur certains monuments, le fût du canon, la roue brisée et le casque allemand, symbolisent l’écrasement de l’ennemi. Le symbolisme est particulièrement vivant en Alsace. Sur beaucoup de monuments, il montre la réconciliation de la France et de l’Allemagne.


    La flamme symbolise le souvenir des morts qui ne saurait s’éteindre, peut-être aussi une allusion à la flamme qui brûle sur le tombeau du soldat inconnu.

    La guerre est également évoquée par els obus auxquels sont fixées des chaînes délimitant un périmètre autour des monuments. Certains y voient le symbole d’enchaîner la guerre à jamais.

    La statuaire

    Le modèle le plus répandu est celui du poilu simplement debout. Appuyé sur le canon de son fusil, il monte la garde, vigilant et résolu. Aucun détail de l’uniforme ne manque. Tenant dans sa main une palme ou une couronne de lauriers c’est le poilu triomphant, il s’agit là d’une des versions les plus diffusées. Il peut être représenté, fusil dans une main, drapeau dans l’autre ou, rayonnant de gloire, couronné par la République.

    On rencontre aussi le poilu terrassant l’aigle prussien et le soldat vainqueur la fleur au fusil et le poing fermé. On le rencontre aussi montant à l’assaut, le sujet favori étant le lancer de grenade.

Monument aux morts de la commune de Péronne
   
    Certaines scènes de guerre font de véritables monuments-épopées, sous forme de bas-reliefs. Soldats blessés ou mourants, ou morts, confèrent aux monuments une tonalité tragique. Beaucoup sont des oeuvres originales où l’artiste a voulu exprimer son émotion. Ces représentations parfois pompeuses, mais souvent poignantes, traduisent la barbarie de la guerre. Des femmes en pleurs, épouses, mères, victoires ou République, se penchent souvent sur les mourants, parfois ce sont des anges, lorsque la municipalité a voulu donner à son hommage une valeur religieuse.

    Quelques rares ensembles insèrent des poilus 14-18 à la continuité de l’Histoire de France. Devenus symbole de courage guerrier et de la volonté de défendre la terre natale, les Gaulois sont souvent mis à contribution. Avec les Gaulois promus au rôle de garants de la défense de la Patrie, le recours au passé mythique de la France permet d’illustrer la permanence de l’idée nationale.


    Les allégories féminines sont très en vogue au XIXe siècle et au début du XXe. Ce sont souvent des “Victoires”. Toujours élancées, ailes déployées ou au repos, elles sont souvent associées à des emblèmes complémentaires: couronnes, palmes, lauriers, rameaux d’olivier, feuilles de chêne. Elles sont souvent casquées et armées d’une épée, et demi-dénudées. Il est souvent difficile de faire la différence avec d’autres allégories féminines.

    L’effigie de la République est celle de Marianne, au bonnet phrygien, parfois un sein dénudé. Elle est porteuse de lumière et symbolise l’avenir et l’espérance. Ces représentations de la République sur les monuments aux morts sont relativement rares et témoignent toujours de la volonté politique d’afficher une idéologie.

    La famille est également un thème représenté sur les monuments aux morts, veuves de guerre portant le deuil, en voile noir ou costumes régionaux. Les enfants, surtout les garçons, sont également représentés. La prédominance masculine, comme le veut la mentalité de l’époque, évoque le thème du fils qui assurera “la relève”, tant pour soutenir les siens ans le deuil que pour assurer l’avenir du pays.

    Représentation particulière pour l’Alsace-Lorraine, les monuments sont neutres, dédiés aux morts de la guerre et portent les noms des soldats des deux armées sans aucune précision.


    La France de la guerre et de la victoire est républicaine et laïque. La plupart des monuments sont civiques et patriotiques. C’est aussi une France chrétienne, surtout dans certaines régions (Bretagne, Vendée, Savoie, Aveyron). Dans un grand nombre de paroisses, le clergé a pris l’initiative d’honorer les morts dans les églises. Mais le clergé et les fidèles ont aussi voulu sortir de l’église. Pour les autorités religieuses, le site idéal était le cimetière situé auprès de l’église paroissiale. L’emplacement dans le cimetière, loin de l’église, n’a pas forcément la même signification, car il correspond souvent aux désirs des familles des disparus.

    Symbolisme religieux, les sujets les plus évoqués sont: les anges et Jeanne d’Arc. Les anges, souvent de couleur blanche, ailes déployées, ils accompagnent le soldat dans la mort. Contrairement à la Victoire, l’ange est toujours décemment vêtu. Parfois investi de fonction guerrière, comme l’Archange Saint Michel, il terrasse le dragon.

    Jeanne d’Arc est le symbole même de la résistance à l’envahisseur. En mai 1920, canonisée par le pape Benoît XV, une fête nationale est instituée en son honneur. On la retrouve désormais sur de nombreux monuments aux morts.

    Ainsi, s’affiche la détermination d’associer la foi et le patriotisme. Pour les croyants et le clergé, la comparaison peut se faire entre le poilu se sacrifiant pour la Patrie et le Christ pour l’Humanité. Ils ont vécu le même martyre avec le même courage.

Monument aux morts de la commune de Montmirail
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Enseignant Défense

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