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Résumé de la conférence faite par le Général (2S) Maurice Faivre le samedi 5 avril 2008 au profit de la Maison du Combattant et du Citoyen de Combs-la-Ville

Les Généraux Serge AUZANNEAU et Maurice FAIVRE


Historique

    Dés le début de la conquête en 1830, le Général de Bourmont « garantit aux habitants de toutes les classes le respect de leur liberté, de leur religion, de leurs propriétés, de leurs commerces, de leurs femmes ». Un Agha des arabes fut  chargé des relations avec les chefs de tribus en même temps qu’était créé le corps des interprètes.

    En 1833 le Capitaine  Lamoricière créa le premier Bureau arabe et en 1837 la direction des affaires arabes vit le jour. Voici comment Charles-Robert Ageron décrit le fonctionnement de ces bureaux :

    «  Les Bureaux arabes », véritables gouvernants des tribus de 1844 à 1880 tentèrent d’associer les Musulmans au progrès économique. Au nombre d’une quarantaine en 1870, ils comprenaient 170 officiers. À chaque bureau était attaché : un médecin, un interprète, un kodja, deux commis sécrétaires un chaouch et un nombre variable de spahis et de mokhasnis. Ils voulaient sédentariser les pasteurs agriculteurs, constituer un paysannat  enraciné de petits propriétaires qui devraient en France la sécurité de leurs titres. Ils construisirent des villages indigènes, luttèrent contre le paludisme, améliorèrent l’économie indigène en introduisant du matériel agricole européen et des cultures nouvelles (coton, pommes de terre, tabac) et développèrent la culture de la vigne, du figuier et de l’olivier. Ils prônèrent la défense des forêts … »

    L’armée est à la base de tout : administration, police, documentation. Les préfets sont subordonnés aux généraux de division. Ce fut à l’instigation des Bureaux arabes que le sénatus-consulte de 1865 déclara français tous les indigènes algériens et, qu’il accorda la citoyenneté entière à tous ceux qui la demanderaient en renonçant à leur statut civil de droit  musulman. Peu nombreux furent ceux qui renoncèrent à leur statut coranique. Sous la pression des colons opposés au pouvoir militaire, les Bureaux arabes furent supprimés, à partir de 1870. Ils furent recréés au Maroc et subsistèrent jusqu’à l’Indépendance.

    Rappelons l’action de l’assistance médicale des Armées. En 1830 le Service de Santé débarque avec 250 officiers de santé et 5 hôpitaux de 500 lits chacun En janvier 1831 la vaccination contre la variole est imposée à Alger et dans les tribus voisines. En 1870, 4000 lits militaires sont transférés aux hôpitaux civils.

    L’Armée d’Afrique fut à la base de l’action sociale et éducative de l’Armée. Les officiers font confiance à leurs soldats et estiment que le droit du sang doit entraîner la reconnaissance des droits civiques. Le soldat considère le régiment comme un refuge, une famille, l’ordre militaire lui paraît plus juste que l’ordre civil. La mobilisation sélective des combattants d’Afrique, limitée par rapport à la ressource démographique procura aux armées françaises un appoint d’effectifs conséquent lors des deux guerres mondiales, des guerres d’Indochine et d’Algérie. La guerre 14/18 fut un « melting pot ». C’est après la Première Guerre mondiale que la scolarisation primaire décolle en Algérie. L’inégalité de traitement entre engagés autochtones et européens a provoqué de virulentes critiques de la part des généraux et des chefs de corps.



Renaissance du pouvoir militaire : les SAS

    En avril 1955 le Général Parlange est nommé responsable civil et militaire de la région des Aurès–Nemenchtas. Le Service des « affaires algériennes » est créé. Il est représenté sur le terrain par les « SAS », chefs des Sections administratives spécialisées. Leur mission était de reprendre contact avec la population des campagnes. Ils remplaçaient  le maire, l’administrateur. Ils gèrent chacun une population de 10 à 20 000 personnes. Ils sont aidés de sous-officiers, d’attachés civils, de médecins, d’instituteurs. En  1960, 1400 officiers et 650 sous officiers servent dans les SAS. Ils sont souvent appuyés par leurs épouses qui font le travail de l’assistante sociale. Ils sont protégés par des supplétifs locaux, les moghaznis.

    Leur action multiple dans ses aspects, fut la plupart du temps couronnée de succès Elle entraîna des réactions de la part du FLN. 70 officiers furent tués. « Les képis bleus comme on les appelait avec affection, écrit le Britannique Alistair Horne, formaient un corps d’hommes dévoués et courageux, qui savaient partout se faire aimer de la population et, qui, pour cette raison étaient l’unes des cibles principales du FLN ». Les assistantes des officiers SAS exercent une action éducative et sociale au profit des femmes et des enfants. Parallèlement à la politique officielle de nombreuses œuvres caritatives religieuses ou privées collaborent avec la Croix Rouge.



Action vers les jeunes et les femmes

    Partant d’une constatation que le droit islamique et le droit coutumier berbère ont des aspects incompatibles avec le Code Civil (mariage précoce, polygamie, répudiation…) les gouvernements et l’Armée se sont efforcés d’entreprendre une réforme profonde :

  • En 1957, une loi modifie le régime des tutelles au bénéfice des femmes, en 1955 le plan de scolarisation veut développer la scolarisation des filles.
  • En 1958, le droit de vote est accordé aux femmes
  • En 1959, l’action concertée du Général de Gaulle et du Général Salan aboutit le 4 février à l’ordonnance sur les mariages contractés par le personnel de statut civil local. Elle consacre  la protection de la femme et l’égalité des époux lors de la séparation. L’âge légal est porté à 15 ans en excluant la contrainte paternelle.

    L’opinion algérienne reste très partagée. Pour les jeunes, de nombreuses opérations de formation et de promotion ont été menées par les militaires. Elles commencent en 1956 avec la formation dispensée par le Service d’entraînement préparatoire aux réserves (SEPR) et la création en pleine bataille d’Alger, par le Général Massu des Centres de formation de la jeunesse algérienne (CFJA). Le 1er décembre 1959 est créé le Service de formation de la jeunesse  algérienne…

    Quelques mots sur les Equipes Médico-sociales Itinérantes (EMSI). Sur l’insistance de l’Armée, le gouvernement général créa un statut pour ces équipes constituées d’une responsable métropolitaine ou musulmane ayant un bagage social et paramédical et de deux auxiliaires musulmanes. Ces équipes étaient placées sous la responsabilité des unités  militaires chargés de leur sécurité. Elles ont accompli un travail humanitaire extraordinaire. Elles ont joué un grand rôle lors du rapatriement.

    Le bénévolat fut largement développé, en particulier par Suzanne Massu qui créa, dès 1957 l’ « association jeunesse » qui met sur pied les centres de jeunesse et les Foyers de Yaouled et en 1960 le «  mouvement de Solidarité Féminine » regroupant 60 000 femmes. Elle crée un centre pour la jeunesse à Pau en 1958.



Rapatriement et accueil en France

    Les «  Accords d’Evian » prévoyaient de façon explicite, qu’il n’y ait pas de représailles. C’est pourquoi il fut décidé de maintenir la plupart des supplétifs en Algérie. Huit jours avant le cessez-le-feu. M. Messmer leur a proposé le choix entre 3 solutions : l’engagement, le retour au village avec une prime, un contrat civil d’attente. Croyant aux promesses des deux gouvernements seules 5000 demandes furent effectuées.

    On sait ce qu’il advint. Le massacre des harkis et la fuite éperdue de ceux qui le pouvaient. L’indécision du gouvernement est patente. Le 26 mai le Ministre des Armées confie à l’armée le soin d’ouvrir pour 3 mois le Camp du Larzac et le 19 juin celui de Bourg-Lastic. 10 000 personnes sont rapatriées avant le 1er juillet. En septembre, l’approche de l’hiver impose d’ouvrir des camps à Rivesaltes et à Saint-Maurice-l’Ardoise. L’Armée de Terre fait diligence pour mettre en place les structures d’accueil : 1 officier  pour 100 rapatriés, des médecins, des instituteurs, des assistantes sociales. En septembre M. Pompidou décide l’ouverture de chantiers de forestages et diverses mesures de subsistances et de reconversion. C’est encore l’armée qui est chargée du transfert, de l’hébergement, de la préformation professionnelle. Au total entre 60 et 65 000 musulmans ont été rapatriés.

    La vie dans les camps a été très critiquée en particulier par des films. Le Général Faivre s’élève contre cette désinformation et projette des photos montrant la vie  quotidienne.



Commentaires

    Plusieurs questions sont posées. Un officier présent, le Colonel Bertrand, précise que le quadrillage du terrain organisait des zones de 100 km2 environ ou était stationnée une unité élémentaire (compagnie, escadron, batterie) soit 120 militaires, avec un médecin qui faisait toujours de l’assistance médicale gratuite au profit des populations civiles, souvent un instituteur (du contingent) organisait une école. Chaque commandant de quartier avait une responsabilité sociale.

    À voir également, les photographies de la conférence.


Échange entre les Généraux AUZANNEAU et FAIVRE

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