30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 12:15
LECTURES DE VACANCES, LECTURES AFGHANES

    Popularisées par le cinéma, les forces spéciales de la Marine des États-Unis - les US Navy SEALs - ont pour équivalent nos commandos Marine et nos nageurs de combat. Ce sont des combattants d’élite, d’un très haut niveau tactique et technique, capables également d’expertise sur le terrain en étant immergés au sein de populations hostiles comme c’est le cas en Irak ou en Afghanistan.

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    Marcus LUTTRELL fut l’un d’entre eux, et dans un livre co-écrit avec l’écrivain Patrick ROBINSON, paru aux États-Unis en 2007, il raconte son histoire et celle de la SEAL Team 10 engagée en Afghanistan en 2005. Les faits sont véridiques et valurent à son auteur une renommée mondiale. “Lone survivor” - en français “Le survivant” (1) – fut un best-seller dès sa sortie, l’année même où LUTTRELL se retira du service actif de la Navy.

    Né en 1975 dans une famille texane, patriote et élevé dans les valeurs de l’American spirit, Marcus LUTTRELL est un solide gaillard qui, dès sa prime jeunesse, s’habitue à une vie d’épreuves physiques qui l’amène à s’engager dans la Marine américaine, en 1999, avec le rêve de pouvoir rejoindre un jour l’élite des forces spéciales: les Navy SEALs.

    Ce rêve se réalise au prix d’une formation physique et mentale d’une dureté extrême, qui marque LUTTRELL à vie et occupe près de la moitié de l’ouvrage. Pendant plusieurs mois, celui-ci endure la formation de base de tous les aspirants SEALs: l’ENDOC et le BUD/S (Basic Underwater Demolition/SEAL school) avec sa redoutée “semaine d’enfer”. C’est au Naval Special Warfare Center de Coronado, une presqu’île située en face de la baie de San Diego (Californie), que s’enchaînent d’éprouvants exercices physiques: courses dans le sable, pompes, abdominaux, ports de charges lourdes (troncs d’arbre, canots…), mais surtout un contact permanent avec la mer. Les candidats s’entraînent en permanence dans et sous l’eau aux limites de la noyade et de l’hypothermie. L’eau doit devenir l’élément naturel de tout SEAL, là où elle constitue un obstacle pour toutes les autres unités de l’armée… Les abandons sont nombreux mais respectés de tous, les instructeurs sont vénérés.
Logo SEALInsigne des US Navy SEALs (le trident)

Marcus LUTTRELLMarcus LUTTRELL (le premier en partant de la droite)

    Au terme de sa formation, Marcus LUTTRELL devient un SEAL (promotion 228), il reçoit son Trident (l’insigne des US Navy SEALs) et sert comme infirmier. C’est un patriote marqué par les attentats du 11 septembre 2001, qui est engagé en opération en Irak d’abord puis en Afghanistan. C’est sur ce dernier théâtre d’opérations que va s’écrire véritablement son histoire.

    En Afghanistan, le travail de LUTTRELL et de son équipe est de traquer à la frontière avec le Pakistan, les groupes de Taliban ainsi que leurs convois logistiques. Le mardi 28 juin 2005, il est héliporté dans les montagnes de l’Hindu Kush, dans la province afghane de Kounar, avec trois autres commandos: le Lieutenant Michael P. MURPHY (chef d'équipe), le 2e classe Matthew G. AXELSON et le 2e classe (?) Danny DIETZ. C’est l’opération Redwing dont l’objectif est l’élimination d’un chef de guerre taliban important: Ben SHARMAK dans le texte, de son vrai nom Ahmad SHAH (2).

    L’opération tourne au désastre. Sur un terrain montagneux extrêmement difficile d’accès, sans couverture végétale pour se masquer, sous des trombes d’eau glaciale la nuit et un soleil écrasant le jour, et alors que leurs communications radio sont coupées, les quatre Navy SEALs sont découverts par trois bergers afghans dont ils sont persuadés qu’ils sont des informateurs talibans. S’engage alors une grave crise de conscience où la logique militaire voudrait que les bergers soient abattus afin de protéger la mission. Mais s'y oppose la logique humaine et morale, où l’absence de certitude pleine d’avoir à faire à des combattants empêche l’exécution des bergers. Ces derniers sont finalement relâchés sur l’avis décisif de Marcus LUTTRELL.

    Dans les heures qui suivent, le commando est repéré et attaqué par une force talibane de 150 combattants environ, peut-être non loin d’un volume de 200 combattants. Encerclés et submergés, les US Navy SEALs vont se battre comme des lions dans un rapport de force de 1 contre 30/35. Afin de mieux saisir ce qu’a pu être leur combat, il nous faut revenir à la bataille de Sper Kunday d’août 2008, où la section Carmin 2 a failli disparaître dans un combat à 1 contre 5… Ce jour-là, aucune force aérienne ne vint au secours des SEALs dans les temps. Tous furent tués à l’exception de Marcus LUTTRELL, blessé, mais qui fut sauvé par des villageois pachtounes en vertu de leur code de l’honneur (le pachtounwali), et plus particulièrement la tradition du lokhay warkawal (l’hospitalité et la protection de l’étranger).

    “Le survivant” est une histoire vraie à plus d’un titre. Dans les faits qu'elle retrace tout d'abord, mais aussi parce que l'on y retrouve cet esprit de camaraderie et de fraternité qui n’existe que dans le monde des soldats et des combattants. Un esprit de cohésion, de solidarité et de droiture (un Navy SEAL ne meurt jamais seul et n'est jamais abandonné par son équipe), que scellent les épreuves d'un entraînement impitoyable ainsi que le sang versé au combat. Au-delà, on y perçoit également le questionnement d’un soldat qui, avec bon sens et dans un langage cru, se demande si son pays est encore en mesure de gagner une guerre. La cause peut être juste, l’arsenal mis à disposition et les hommes choisis pour mener cette lutte peuvent être hors du commun, mais à partir du moment où la société n’accepte plus l’idée même de la guerre, plus aucun conflit ne peut être gagné (3). "Le survivant" est aussi une histoire vraie par l'humanité de ces paysans afghans qu'elle révèle au milieu d'un déchaînement de haine et de violence né d'un véritable choc entre deux civilisations.

    Marcus LUTTRELL est allé, depuis, revoir les familles de ses camarades tués au combat. Il est considéré comme un véritable héros aux États-Unis, et a été décoré de la Navy cross et du Purple heart. Mais au fond de lui-même, il reste un homme rongé et hanté par cette décision d’avoir libéré les trois bergers afghans ce jour de juin 2005.

Équipe du Lieutenant (SEAL) MURPHYMatthew Axelson (premier en partant de la gauche), Marcus LUTTRELL (quatrième en casquette) et Michael MURPHY (sixième). Tous les US Navy SEALs sur cette photographie sont morts au combat en Afghanistan à l'exception de Marcus LUTTRELL

Journal de Kaboul
    Dans un autre registre mais concernant toujours le conflit afghan, vient de paraître “Journal de Kaboul” (4) du Lieutenant-Colonel Geoffroy de LAROUZIÈRE-MONTLOSIER. Dans cet ouvrage, à la fois carnet de bord et récit de voyage, le Colonel de LAROUZIÈRE-MONTLOSIER, qui a été le commandant du Bataillon français à Kaboul (BATFRA), raconte le quotidien des missions de nos soldats en Afghanistan de septembre 2003 à janvier 2004. L’engagement de ces derniers n’est pas aussi spectaculaire que celui de la SEAL Team 10, mais il n’en comporte pas moins nombre de dangers mortels au quotidien, tel que peut nous le rappeler l’extrait que nous reproduisons infra.

    L’auteur, Saint-cyrien de formation, a exercé au sein du commandement de l’OTAN à Naples au lendemain de sa mission afghane. Il est aujourd’hui Professeur au Cours Supérieur d’État-Major (CSEM) de l’École militaire de Paris.

    Extrait de "Journal de Kaboul" (source - Ministère de la Défense)
   
    "Tout autre fut l’après-midi. À 13h30, alors qu’elle recherchait, comme nous, des roquettes pointées sur la ville, une patrouille canadienne a sauté sur une mine, et deux de nos frères d’armes de la Belle Province sont morts. Deux heures plus tard, à la suite de l’explosion d’un engin au passage d’un convoi militaire à Deh-Ya-Kub, sur la route Kaboul-Kandahar, la brigade m’a demandé d’inspecter cette zone située en secteur canadien. Avec l’accord du Repfrance, j’ai envoyé nos deux sous-officiers spécialistes en neutralisation d’explosifs (NEDEX), l’adjudant-chef Gervais et l’adjudant Drécourt – les seuls de la brigade capables de conduire ce type d’opérations compliquées – escortés d’une patrouille blindée, d’un groupe du génie et d’un médecin. L’ensemble était placé sous les ordres du lieutenant Cohelo, chef de la section du génie. Sur les lieux, ils ont repéré une roquette bourrée d’explosif et commandée par un téléphone sans fil. Le lieutenant a fait évacuer le secteur et bloquer la circulation à distance de sécurité, provoquant ainsi un gros embouteillage sur cette route très fréquentée. […] le maréchal des logis commandant la patrouille blindée a tenu tête pendant deux heures à un flot de véhicules et de passants en colère. Il a réquisitionné un Afghan parlant un peu anglais pour lui servir d’interprète auprès des passants qui cherchaient à passer outre ce frêle barrage. Pendant ce temps, les démineurs détruisaient cette saleté de roquette piégée.


    Quand je les ai vus revenir, épuisés, tellement humbles, j’ai pensé que nul autre métier ne suscitait de tels moments."

 


(1) LUTTREL Marcus et ROBINSON Patrick, Le survivant. 28 juin 2005, Afghanistan. Province de Kounar. Opération Redwing. L’histoire vraie et dramatique d’un commando de Navy SEAL infiltré au cœur des montagnes talibanes, Paris, Nimrod, 2009, 352 p.

(2) Ahmad SHAH échappa à l'opération Redwing, qui fut donc un échec. Il fut cependant abattu par l'armée pakistanaise en avril 2008.

(3) L'auteur s'en prend essentiellement à un type de médiatisation systématiquement négative des actions militaires, et à une classe politique que l'on devine facilement comme étant de sensibilité démocrate. Cependant, plusieurs passages de son livre décrivent un spectaculaire élan de solidarité (notamment à l'annonce de la mort supposée des quatre Navy SEALs) et de générosité, qui reflète la vigueur réelle d'un patriotisme profondément ancré dans la société américaine.

(4) de LAROUZIÈRE-MONTLOSIER (Geoffroy), Journal de Kaboul, Éditions Bleu autour, 2009, 202 p.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 11:04
AFGHANISTAN: QUELLE STRATÉGIE POUR RÉUSSIR?

    “S'il est impossible de fixer une échéance à un éventuel retrait, les conditions politiques qui permettront, à terme, un désengagement sont connues. Disposer d'un Afghanistan en mesure de s'assumer lui-même, doté d'un gouvernement légitime s'appuyant sur la confiance de sa population et de forces de sécurité nationales capables d'assurer la paix, la sécurité et la stabilité intérieure et extérieure pour poursuivre le développement amorcé grâce à un financement pérenne de la communauté internationale.”

Extrait du rapport d'information de MM. Josselin de ROHAN, Didier BOULAUD et Jean-Pierre CHEVÈNEMENT (22 septembre-1er octobre 2009)


    Avec l’intensification des combats et l’engagement de troupes supplémentaires de la part des États-Unis comme de leurs alliés, la guerre d’Afghanistan s’inscrit dans une durée de plus en plus longue. Lancée en 2001 au lendemain des attentats du 11 septembre, l'intervention occidentale est en passe d’atteindre la durée de l’invasion soviétique (décembre 1979-février 1989), et peut-être la dépassera.

    Ces éléments posent avec acuité une redéfinition stratégique de l’engagement occidental et, plus particulièrement, français dans ce pays. En effet, les effectifs militaires français sont allés sans cesse croissant depuis 2001, atteignant aujourd’hui 3700 militaires présents sur et autour du théâtre d’opérations afghan. Les pertes sont également croissantes même si elles n’ont encore rien à voir avec celles de nos alliés américains, britanniques et canadiens.

    En revanche, l’impact médiatique de ces pertes, sans commune mesure avec leur réalité militaire, déplace le champ de bataille dans l’opinion publique française: les affaires LE PAHUN et MOREL l’illustrant très récemment. Dans ce contexte, l’explication auprès de nos contemporains des enjeux que pose notre engagement en Afghanistan - enjeux pour ce pays mais aussi pour l’équilibre régional, la sécurité internationale et, in fine, notre propre sécurité -, est à comprendre comme une partie à part entière du conflit. Notre conviction est que ce conflit afghan se déroule autant en Kapisa et Hemland qu’au sein de nos démocraties.

    Concernant ce travail pédagogique indispensable à toute prise de position pour ou contre cette guerre, nous recommandons vivement la lecture du Rapport d'information réalisé par MM. Josselin de ROHAN, Didier BOULAUD et Jean-Pierre CHEVÈNEMENT - mandatés par la Commission des affaires étrangères du Sénat - dont le sujet est “Afghanistan : Quelle stratégie pour réussir ?” Le grand intérêt de cette mission sénatoriale, qui s’est déroulée du 22 septembre au 1er octobre 2009, est qu’elle inscrit directement les évènements afghans dans un équilibre régional plus vaste qui touche au premier chef le Pakistan mais aussi l’Inde et l’Iran.

    Gageons que dans une période de sondages simplistes et d’atteintes aussi irresponsables qu’irrespectueuses envers nos forces armées, cette étude sera lue avec profit par le plus grand nombre.



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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 10:07
JUDICIARISATION, MÉDIATISATION ET DEMANDE DE RENFORTS
   
    Ce mois de novembre vient de s’achever sur deux interventions médiatiques venant enrichir le débat et la réflexion sur ce que l’on appelle désormais la judiciarisation de la guerre et des opérations militaires. D’abord une nouvelle interview de Joël LE PAHUN, père de l’un des dix soldats tués lors de la bataille de Sper Kunday le 18 août 2008, sur la radio RTL. Dans cette interview, réalisée le lundi 30 novembre avec le journaliste Vincent PARIZOT, M. LE PAHUN affine le point de vue de sa démarche et met directement en cause le Chef d’État-major des Armées.


    Le même jour, à l’occasion de la cérémonie de prise d’armes d’automne, le Président Nicolas SARKOZY, Chef des Armées, a prononcé un discours où il a rendu hommage aux 21 militaires français tombés en Afghanistan au cours de cette année. Comme en écho à l’extension de la plainte de M. LE PAHUN - qui concerne dorénavant sept familles de combattants tués à Sper Kunday -, le Chef de l’État a rappelé “la singularité de l’engagement militaire” ainsi que sa volonté de maintenir l’effort de défense “en dépit de la crise économique”. Il a aussi réaffirmé la détermination de la France à soutenir le processus de stabilisation et de pacification en Afghanistan.

    Cette actualité immédiate mettra particulièrement en relief les pressions que les États-Unis exercent actuellement sur notre pays (1) pour qu’il envoie de nouveaux renforts en Afghanistan. Les États-Unis portent, en effet, l’essentiel du poids de ce conflit alors qu’au même moment le Président OBAMA affronte une situation intérieure difficile. 929 soldats américains sont déjà tombés en Afghanistan, et un renfort supplémentaire de 30 à 40 000 soldats devrait être envoyé très prochainement sur ce théâtre d’opérations.

(1) Cf. L’entretien téléphonique de jeudi dernier entre Hillary CLINTON, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et Bernard KOUCHNER, Ministre des Affaires étrangères. L’entretien d’hier, également, entre Barack OBAMA  et Nicolas SARKOZY.



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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 13:46
LA LUTTE CONTRE LES IED

L'IED (Improvised Explosive Devices) est un engin explosif fabriqué à partir d'une munition ou de produits divers. Souvent déposé ou enterré sur le bord d'une route, il est aussi appelé "roadside bomb" par les Américains
   
    Découverts de manière massive en Irak à partir de 2004, les IED sont devenus les armes et la riposte tactique les plus efficaces et les plus couramment utilisées contre les forces terrestres occidentales. Elles expriment très concrètement ce qu’est une guerre asymétrique dans la mesure où elles parviennent à peu de frais à infliger des dégâts matériels et physiques – sans parler du stress psychologique – à des armées ayant atteint un degré de sophistication et de puissance tel, qu’il est devenu quasiment impossible de les vaincre tactiquement et encore moins stratégiquement. Armes de pauvres dont l’impact psychologique, moral et médiatique est sans commune mesure avec des effets mécaniques, certes, destructeurs mais limités, les IED sont devenus la menace principale contre les troupes occidentales en Irak et en Afghanistan.

Déjà très présents dans les programmes du Future Combat Systems (FCS), les robots occupent désormais une place de choix dans la nutte contre les IED

    80% des soldats américains tués ou blessés en Afghanistan le sont par ces armes, également appelées “roadside bombs”. Plus de 60% des soldats français tués sur ce même théâtre d’opérations l’ont été par les IED. Finalement, nos pertes en combat direct ne concerne véritablement, depuis 2001, que les dix soldats tombés dans l’embuscade de Sper Kunday/Uzbin le 18 août 2008. Soit une minorité… Cette tendance incite désormais les armées occidentales à réfléchir de manière approfondie sur un champ de bataille où, si l’ennemi reste invisible, la menace de ce type d’engin explosif est permanente. Directement et massivement confrontés à la menace des IED en Irak, les Américains ont développé toute une gamme de brouilleurs d’ondes afin d’empêcher les mises à feu télécommandées (par téléphone portable par exemple), de robots pour la reconnaissance et le déminage à distance, de véhicules capables de résister aux explosions d’IED. Certaines charges sont tellement puissantes, qu’elles peuvent, en effet, percer le plancher d’un char M1 Abrams. Les Mine-Resistant-Ambush Protected-Vehicle (MRAP) sont ainsi conçus comme de lourds véhicules blindés à roues, avec une garde au sol très haute et dont la coque en V est capable de disperser le souffle d’une explosion.

Un MRAP de l'ISAF équipée d'une tourelle téléopérée


Logo de la JIEDDO
   
    Ces parades techniques plus ou moins heureuses, ne peuvent cependant faire l’économie d’un véritable effort théorique et intellectuel sur ce type de menace. Les États-Unis avaient déjà ouvert la voie avec l’Irak, en faisant travailler plusieurs groupes de réflexion sur la question dans le cadre d’un Joint IED Defeat Organization. La JIEDDO, qui fonctionnait jusqu’à présent comme une structure de renseignement sur la question, centralisait une multitude de rapports et d’enquêtes issus des services de renseignement comme des troupes sur le terrain, et en faisait des études de synthèses afin de coordonner les différentes réponses nécessaires à la lutte contre les IED.

Dispositif de mise à feu d'un IED à partir d'un téléphone portable
   
    L’importance et les moyens alloués à la JIEDDO n’ont cessé d’augmenter, et ce n’est pas l’actuel Secrétaire à la Défense américain, Robert GATES, qui inversera la tendance. Les États-Unis sont, en effet, en train de mettre sur pied un service encore plus vaste et mieux intégré (une "Task force") de lutte contre les IED avec la création d’une base de données qui prendra en compte non seulement les travaux de la JIEDDO mais également ceux de services et d’organismes jusque là indépendants et qui, néanmoins, travaillaient sur cette question. Car experts et militaires commencent à percevoir des différences majeures dans la fabrication et l’emploi de ces IED selon que l’on se situe en Irak ou en Afghanistan.

    La diversité des méthodes de fabrication, des engins et des mises à feu est déjà en soi une difficulté d’étude. Un IED reste par définition un engin artisanal et “de circonstance” selon le type d'explosif et les matériaux dont disposent les insurgés. Selon également leur savoir-faire. On s’est aussi aperçu que l’IED classique en Irak est constitué d'un ou de plusieurs obus d’artillerie, dont la mise à feu correspond à un mécanisme électronique. En Afghanistan, la fabrication des IED est bien plus primitive, reposant essentiellement sur des engrais (nitrate d’ammonium) avec comme détonateur une mine. Une autre différence tient aussi dans le réseau routier qui n’est pas aussi bien aménagé qu’en Irak. En Afghanistan, de nombreux IED sont déposés sur des routes non consolidées, voire dans des endroits où les routes sont quasi inexistantes.

Les IED peuvent être enterrés ou déposés à même le sol, sur le bas-côté d'une route ou d'un chemin sous un camouflage sommaire
   
    Les réseaux de fabrication de ces IED ne semblent, cependant, pas aussi bien organisés qu’en Irak où Washington a souvent pointé du doigt l’aide apportée aux insurgés par l’Iran, via l’intermédiaire de la Force Qods (les forces spéciales des Pasdarans). Ainsi, le Lieutenant-Général Thomas F. Metz, Directeur de la JIEDDO, affirmait récemment que si les IED étaient désormais les armes privilégiées par les Talibans, on ne trouvait pas encore en Afghanistan d’IED à effet dirigé aussi sophistiqués que ceux rencontrés en Irak, et de fabrication iranienne. Les IED à effet dirigé sont constitués d’une assiette en métal qui se transforme en un dard en fusion (principe de la charge creuse) capable de percer des blindages épais. Ce sont de loin les IED les plus meurtriers et les plus redoutés par nos soldats.


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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 07:45
INTERVIEW EXCLUSIVE DU COLONEL GOYA
PAR LE BLOG DÉFENSE ET DÉMOCRATIE


    Le Colonel Michel GOYA, que nous avons déjà présenté à plusieurs reprises sur ce blog, est une personnalité militaire française dont la réflexion et la perspicacité sont d’une incontestable richesse pour nos forces armées. Issue du corps des sous-officiers, il devient officier par le recrutement interne (EMIA). De l’Infanterie mécanisée, il poursuit sa carrière dans l’Infanterie de Marine, passant d’une culture métropolitaine à une culture de la projection. Entrant dans le métier des armes durant la Guerre froide, il la poursuit dans un contexte international en mutation profonde à partir du début des années 1990, participant notamment à de nombreuses OPEX.

    Michel GOYA, que le blog Défense et Démocratie a pu interviewer en exclusivité sur la situation en Afghanistan, est l’auteur d’ouvrages remarqués et maintes fois salués dans la presse: “La chair et l’acier. L'armée française et l'invention de la guerre moderne (1914-1918)” (2004) et “Irak, les armées du chaos (2003-2008)” (2008). Il est, aujourd’hui, directeur de recherche à l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire de Paris  (IRSEM), ainsi que titulaire de la chaire d'action terrestre du Centre de Recherche des Ecoles de Coëtquidan (CREC).
Soldat afghan et soldat français d'une OMLT (Operational Mentoring and Liaison Team)

INTERVIEW

Défense et Démocratie - Mon Colonel, vous revenez d’Afghanistan où vous venez de passer plusieurs semaines dans le cadre de l’opération Epidote. Pouvez-vous nous parler de cette opération, et nous dire ce que l’on peut entendre par la notion d’ “afghanisation”?

Colonel Michel GOYA - L'opération Epidote représente la contribution française à la formation de l'armée afghane. Forte d'une soixantaine d'hommes et de femmes, cette opération se concentre plus particulièrement sur la formation des officiers, depuis le cours des chefs de section jusqu'à l'équivalent local du Collège Interarmées de Défense, sans oublier des cellules spécialisées au sein de l'école du renseignement et de l'école de la logistique. Au total, les deux-tiers des officiers de ce pays ont été formés dans le cadre de l’opération Epidote. Actuellement, la très grande majorité des cours sont assurés par les Afghans eux-mêmes et les Français ont surtout un rôle de conseil (mentoring).

    L’opération Epidote contribue donc pleinement à ce qu’on appelle l’afghanisation du conflit, c’est-à-dire sa prise en compte progressive par l’Etat afghan au fur et à mesure de la montée en puissance de ses instruments régaliens.

2- Peut-on dire que la France dispose d’une doctrine éprouvée en matière de guerre contre-insurrectionnelle? Dans l’affirmative, quels en sont les principes?

    La France bénéficie d’une très longue expérience en matière de « guerre au milieu des populations », qu’il s’agisse des opérations de la conquête coloniale ou des guerres d’Indochine et d’Algérie. En même temps, ce dernier conflit a constitué un tel traumatisme pour les militaires français, que ceux-ci se sont longtemps refusés à aborder ces questions, même si nous continuions ponctuellement à mener des opérations de contre-guérilla en Afrique. Ce n’est que très récemment, et sous la « pression afghane » que le Centre de Doctrine d’Emploi des Forces a rédigé un nouveau manuel de contre-rébellion (terme préféré à contre-insurrection qui désigne un phénomène où la population civile a un rôle actif).

    Les principes qui y sont dégagés ne sont finalement pas très nouveaux : les opérations ne sont que la mise en application d’un projet politique et celles-ci comportent trois axes d’effort parallèles : sécurisation, administration, développement, afin de faire adhérer la majorité de la population au projet politique et à la détourner des organisations de contestation armées. Privées du soutien de la population, celles-ci sont condamnées à dépérir. Les actions militaires de combat contre les rebelles armés ne sont que la partie spectaculaire d’un processus beaucoup plus large, long et exigeant. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la difficulté à mettre en œuvre ces principes au sein d’Etats étrangers et souverains, dans un cadre multinational et sous leadership américain.

3- Qu’est-ce qui nous distingue de nos alliés américains en matière de contre-insurrection?

    Sur les principes, il n’y a rien qui nous distingue véritablement des Américains, ne serait-ce d’ailleurs que parce que ces derniers s’inspirent beaucoup de nous et des Britanniques. Dans la pratique les choses sont assez différentes, car la culture militaire américaine, centrée sur la destruction rapide de la force armée adverse par un déploiement massif de moyens matériels, est inadaptée à ce type de conflit.

    Simultanément, comme la nation française ne fait pas le même effort pour sa défense que la nation américaine, nous sommes condamnés à rester des acteurs secondaires à côté des Américains, et à attendre que ceux-ci modifient leur comportement pour obtenir des résultats efficaces. Cela a été en partir le cas en Irak, ce qui a permis de rétablir en 2007 une situation largement compromise, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire en Afghanistan. C’est la tâche que s’est fixée le nouveau commandant de la coalition, le Général Mc Chrystal.

4- Avec l’Afghanistan, les forces armées françaises redécouvrent une situation de guerre. Quel en est l’impact sur les hommes, le matériel, la doctrine d’engagement de nos forces?

    Le métier des armes n’a jamais cessé d’être violent et dangereux. Rappelons qu’en 1978 lorsque nous menons simultanément une opération à Kolwezi, au Zaïre, et surtout au Tchad, nous perdons 33 soldats en quelques semaines. Plus de 100 soldats français sont morts au Liban depuis 1978. À Sarajevo en 1993, j’ai vu un soldat français tomber sous les balles ou les éclats d’obus en moyenne tous les six jours pendant six mois. Il est vrai cependant qu’avec l’engagement français dans la province de Kapisa en Afghanistan, nous nous retrouvons véritablement dans une situation de guerre face à un ennemi d'autant plus redoutable qu'il est incrusté dans la population locale.

    Cela demande évidemment plus d'exigence en matière d'équipement de nos soldats mais aussi et surtout en matière d'entraînement, la grande difficulté n'étant pas d'ailleurs de mettre en oeuvre de puissants moyens de destruction, mais à utiliser très finement ceux-ci des effets très précis sans toucher la population. Un soldat français porte sur lui de quoi tuer 800 personnes, mais, malgré le stress, il n’utilisera qu’une fraction infime de cette puissance et de manière très maîtrisée, car il sait qu’une seule erreur de sa part peut avoir des conséquences négatives très importantes.

5- Les soldats ont-ils le sentiment que le pays et les médias comprennent leur présence et leur action en Afghanistan?

    Les soldats français en Afghanistan ne comprennent pas que l’on ne s’intéresse à eux que lorsque l’un d’entre eux est tué. Il y a un décalage énorme entre les efforts déployés sur tout le théâtre et la représentation qui en faite en France, comme si d’une part on n’osait dire aux Français que nous sommes en guerre et d’autre part que les médias, notamment télévisuels, ne savaient plus se dégager de l’immédiateté émotionnelle pour traiter de problèmes de fond. C’est très frustrant.

6- Que répondre à ceux qui pensent que la guerre est beaucoup trop longue depuis 2003 et que cela est synonyme de défaite militaire?

    À force de se concentrer sur le spectaculaire, nous avons simplement oublié que les opérations de stabilisation sont généralement longues. Nous sommes restés en Bosnie pendant dix-sept ans et nous sommes au Kosovo depuis dix ans. Il est vrai que ces opérations n’étaient que très épisodiquement violentes et accédaient donc assez peu au « 20 heures ». Encore une fois, la lutte armée contre les mouvements de rébellion n’est que la partie émergée de l’iceberg, cachant une transformation profonde de l’Etat afghan, qui à terme donnera le succès. Tout cela est très lent. Depuis 1945, il faut en moyenne quatorze ans pour conclure un conflit de ce type. L’opération militaire britannique en Irlande du nord aura duré vingt-huit ans et coûté la vie à 700 soldats. Il faut être pleinement conscient que la guerre en Afghanistan durera encore plusieurs années et qu’elle sera coûteuse, mais le djihadisme international d’Al Qaïda s’en trouvera éradiqué.

Propos recueillis par l'Enseignant Défense
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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 16:17
LE PAKISTAN ET LA GUERRE EN AFGHANISTAN

Situation régionale du Pakistan
   
    Ce que l’on appelle, aujourd’hui, la Guerre d’Afghanistan concerne et touche particulièrement un deuxième État, dont l’équilibre – ou le déséquilibre – géopolitique conditionne la paix dans cette région du monde voire au-delà. Il s’agit du Pakistan. Pour la plupart de nos élèves, ainsi qu'une grande partie de nos concitoyens qui peinent à percevoir les enjeux du conflit afghan, l’intrusion de la question pakistanaise est de nature à rendre l’actualité de la région encore plus incompréhensible.

    Les liens entre les deux pays ont, pourtant, toujours été étroits, et leur frontière commune particulièrement poreuse. Dès sa création l’État pakistanais vit une situation de guerre larvée avec son voisin indien dont il s’est détaché à partir de 1947. Ce rapport conflictuel avec l’Inde a, dès le début, fait envisager l’Afghanistan comme un espace de repli pour le Pakistan, qui ne dispose pas de profondeur stratégique en cas de guerre majeure.

    La religion musulmane est également un lien fort entre les deux États. L’Islam est notamment la religion de l’ethnie pachtoune (l’ethnie des Talibans), fortement représentée des deux côtés de la frontière: la fameuse Ligne Durand du nom de Sir Henry Mortimer DURAND, le signataire britannique qui trace cette limite en 1893 en accord avec l'Émir Abd UR-RAHMAN.

Localisation de l'ethnie pachtoune
   
    Inversement, le Pakistan a pu représenter un sanctuaire en cas de menace pour les Afghans. Ce fut notamment le cas durant la guerre soviétique (1979), où de nombreux camps de réfugiés sont apparus à proximité de la Ligne Durand, dans une zone montagneuse et frontalière située au Nord-Ouest du Pakistan, non loin de la capitale Islamabad. C’est dans cette région peuplée de tribus pachtounes – et appelées “zones tribales” – que s’est déplacée une partie du conflit qui débute au lendemain des attentats de septembre 2001.


    Le Pakistan est un État structuré, au sens moderne, à l’inverse de son voisin afghan. Il est, cependant, un État dont l’identité s’est construite dès le début sur un fondement religieux. Ce fondement religieux a pu être affaibli au profit d’une logique géopolitique plus marquée avec le détachement du Bangladesh (anciennement Pakistan oriental). L’islamisme fait, cependant, partie de l’histoire et de la société pakistanaise, expliquant une proximité ressentie et vécue des Pakistanais bien plus forte à l’endroit des Afghans, des Pachtounes et des Talibans que des Occidentaux.

    Pourtant, durant toute la Guerre froide, le pays a fait figure d’allié de Washington face à la poussée soviétique (appartenance au CENTO et à l’OTASE). De nombreux Pachtounes servent dans l'armée et l’Interservice Intelligence (ISI) – les services secrets pakistanais -, et c’est l’ISI qui a puissamment soutenu et encadré les Talibans afghans durant la guerre soviétiques et, par la suite, lors de la mainmise de ces derniers sur le pouvoir. Le jeu de l’ISI a été, pendant, longtemps de contrôler l’Afghanistan par l’intermédiaire des Talibans.

Abdul Qadeer KHAN est l'homme qui a donné la bombe atomique au Pakistan
   
    Ce qui vient singulièrement compliquer la situation est que le Pakistan dispose de l’arme nucléaire depuis 1998. C’est le scientifique pakistanais Abdul Qadeer KHAN qui permet au Pakistan de sanctuariser désormais son territoire face à l’Inde. Considéré comme un véritable héros dans son pays, longtemps protégé par le pouvoir en place, KHAN est également l’un des principaux responsables de la prolifération des armes nucléaires dans le monde. La crise qui oppose, actuellement, la communauté internationale avec l’Iran trouve une grande partie de son origine dans les transferts de technologie que KHAN a permis.



    Pays à la fois hymalayien et tourné vers l’Océan Indien, islamiste et puissance nucléaire, le Pakistan fait donc partie d’un “arc nucléaire” qui part de l’Iran et rejoint la Chine en passant par l’Inde. L’équilibre des relations qu’il entretient avec ces trois autres pays constitue, donc, un enjeu majeur pour la stabilité mondiale. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer l’actuelle crise afghane.

    Particulièrement tolérant à l’endroit des Pachtounes et des Talibans, dont les réseaux d’intérêt sont, ici, transfrontaliers, Islamabad subit depuis 2001 une très forte pression des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme mondial. Un terrorisme mondial dont l’Afghanistan des Talibans fut le sanctuaire, soutenu par Islamabad, avant que l’opération Enduring Freedom (OEF) ne les en chasse. Depuis, un grand nombre de Talibans se sont réfugiés dans les zones tribales (1), difficile d’accès, mais, surtout, situées du côté pakistanais de la frontière.

    Ce que l'on appelle les "zones tribales" - tribal areas - désigne une région étendue au Nord du pays, essentiellement à l'Ouest du principal fleuve: l'Indus. Ces régions montagneuses constituent depuis le XIXe siècle une marge incontrôlée réagissant aux poussées des deux grands empires de l'époque: la Russie au Nord et la Grande-Bretagne au Sud. Cette dernière, installée en Inde, tente à plusieurs reprises de soumettre l'Afghanistan afin de faire barrage à l'influence russe. C'est un échec, et les Britanniques ne parviendront jamais à soumettre véritablement les tribus afghanes. L'accord qui fixe la Ligne Durand, en 1893, prend acte de cet état de fait. En dépit d'une victoire militaire lors de la deuxième guerre anglo-afghane (1878), les Britanniques renoncent à une occupation directe de l'Afghanistan. La frontière qu'ils délimitent avec l'Émir Abd UR-RAHMAN, achète la neutralité de ce dernier face aux Russes mais elle coupe l'ethnie pachtoune en deux. Côté britannique de la Ligne Durand les tribus pachtounes sont divisées en 7 agences auto-administrées à charge pour elles de veiller à la sécurité de la frontière. C'est la naissance de ces zones tribales qui avaient, donc, à l'origine pour mission de protéger l'Empire britannique des Indes.

    Aujourd'hui, les zones tribales ont été léguées au Pakistan avec leur tradition de quasi-indépendance vis-à-vis de l'autorité d'Islamabad. Cet espace par lequel transitait l'aide occidentale à ceux qui combattaient l'occupation soviétique était, donc, tout désigné pour constituer le terreau d'une nouvelle insurrection, le nouveau sanctuaire des Talibans. Les troupes de la coalition ne peuvent les atteindre directement à l’exception des drones américains qui quadrillent l’espace aérien, et traquent en permanence les chefs talibans. Baïtullah MEHSUD, chef historique du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) - ou Mouvement des Talibans du Pakistan -, a ainsi été abattu par un tir de drone Predator le 5 août dernier. Ces frappes aériennes créent, cependant, de vives tensions entre Islamabad et Washington.


    Des zones tribales, et plus particulièrement de la région du Waziristan située au Sud des zones tribales, les Talibans lancent des offensives en Afghanistan. Ils tentent de couper les voies d'approvisionnement de l'OTAN qui passent par ces régions, mais ils s’en prennent également à l’État pakistanais à travers plusieurs vagues d’attentats. L’objectif étant de déstabiliser un État qui soutient officiellement la lutte contre Al Qaeda, et qui reste militairement comme économiquement soutenu par les États-Unis. Par ailleurs, le nouveau chef du TTP, Hakeemullah MEHSUD, tout en cherchant à venger la mort de Baïtullah MEHSUD, tente de dissuader l’armée pakistanaise de déclencher une nouvelle offensive contre son fief situé au Sud-Waziristan.

Taliban dans la vallée de Swat
   
    En effet, sous la pression de Washington, les Pakistanais ont récemment décidé de reprendre l’initiative dans ces zones tribales, dont la progression et l’enracinement des Talibans commençaient à devenir problématique. Instaurant la charia et des tribunaux islamiques, notamment dans les districts de Swat, de Buner et de Lower Dir – distants d’une centaine de kilomètres seulement de la capitale pakistanaise -, les Talibans avaient fini par s’aliéner une grande partie de la population de ces régions. Profitant de ce contexte favorable, l'armée pakistanaise engagea une épreuve de force directe en mai 2009. La bataille de Swat fut un affrontement important de plusieurs semaines entre les forces pakistanaises et les Talibans, ces derniers utilisant les populations comme bouclier. Cependant, la prise de Mingora, chef-lieu de Swat, marqua la victoire pakistanaise.


Soldats pakistanais pendant la bataille de Swat
   
    Le plus difficile reste, cependant, à accomplir. Depuis 2004, le Waziristan est devenu une véritable enclave du TTP, échappant au contrôle d’Islamabad. Combattants étrangers du Jihad (Arabes, Ouzbeks, Tchétchènes…) y affluent, et s’organisent autour des tribus des Wazir et des Mehsud. L’armée pakistanaise ne disposant pas du même appui des populations que dans la vallée de Swat, y a déjà essuyé deux défaites en janvier 2004 et en janvier 2008.


    Ces zones tribales sont, donc, des enclaves en territoire pakistanais. Elles menacent directement l’équilibre politique et social (2) de l’État pakistanais, et la grande crainte des chancelleries occidentales est de voir le Pakistan ainsi que son arsenal nucléaire basculer dans une révolution islamiste dont les Talibans et Al Qaeda seraient les maîtres d’oeuvre. La lutte que mènent les forces américaines et de l’OTAN contre les Talibans en Afghanistan ne peut, donc, passer que par la réduction préalable de ces zones tribales pakistanaises. En résonnance mutuelle, les situations afghane et pakistanaise sont étroitement liées. Leur évolution conditionne incontestablement l’équilibre des relations internationales.


(1) Dont peut-être les chefs et idéologues d'Al Qaïda: Oussama BEN LADEN, Ayman AL ZAWAHIRI et le Mollah Mohammad OMAR.
(2) Sans occulter le risque de “talibanisation”, la société pakistanaise reste profondément anti-occidentale. Les Pakistanais sont majoritairement sunnites, mais 20% de la population sont cependant chiites.
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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 08:21
LE SITE "DÉFENSE ET DÉMOCRATIE" A SON GROUPE "SOUTENEZ NOS FORCES ARMÉES" SUR FACEBOOK

Pour s'inscrire, cliquer sur le logo "Facebook"
   
    Site et réseau internes d’abord destiné aux universités (1) et aux entreprises, Facebook (2), créé en 2004 par l’Américain Mark Zuckerberg, est depuis devenu l’un des sites de réseautage social les plus populaires au monde.

    L’inscription y est gratuite et chacun peut, depuis 2006, y créer un compte personnel à commencer par nos élèves qui sont, ainsi, parmi les premiers à utiliser Facebook afin de s’y rencontrer ou de multiplier les connaissances.

    Le site garde, cependant et plus que jamais, son intérêt en matière de communication et de mise en réseau de personnes désirant faire connaître et faire vivre leurs idées que ce soit dans le monde politique, économique, associatif ou des passions personnelles.

    Notre blog “Défense et Démocratie” est, donc, particulièrement heureux d’annoncer à ses lecteurs la création d’un groupe “Soutenez nos forces armées”. Ce groupe est ouvert à tous, et propose de fédérer celles et ceux qui désirent réfléchir sur la refondation du lien entre l’Armée et sa Nation à travers le soutien à nos forces armées actuellement engagées dans le monde, et particulièrement en Afghanistan.

    Rejoignez donc notre groupe sur Facebook, invitez vos connaissances et faites-lui de la publicité!

(1) L’Université de Harvard fut la première à en bénéficier.
(2) Qui veut dire “trombinoscope” en français.
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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 21:11
DU CÔTÉ DES REVUES PÉDAGOGIQUES...


    La très utile revue bimensuelle TDC (Textes et Documents pour la Classe), que tous les professeurs connaissent, vient de faire paraître un numéro consacré aux “nouveaux enjeux de la Défense”.

    Parmi les articles, tous aussi intéressants les uns que les autres, portons une attention particulière pour le propos de l’Amiral Pierrick BLAIRON, Major général des Armées, qui fait le point sur les évolutions stratégiques induites par le dernier Livre blanc sur la Défense (2008).

    Philippe BOULANGER, Maître de conférences à Paris IV Sorbonne et auteur d’un ouvrage remarqué sur la “Géographie militaire”, nous livre une analyse sur “Le monde entre ordre et désordre”. Cette synthèse sera très utile pour problématiser les programmes de 3e et de Terminale. À remarquer également, l’article de Cyrille QUELLEC qui s’intéresse plus particulièrement aux évolutions de la Défense européenne.

    La partie de la revue consacrée aux aspects pédagogiques est toujours aussi riche en matière documentaire. Tout en précisant la place de l’Éducation à la Défense dans les programmes scolaires, elle propose deux exemples de séquences pédagogiques: la première liée à l’Éducation civique de 3e (“Citoyenneté, armées et défense de la Nation”), la seconde à l’Éducation Civique Juridique et Sociale de 1ère ("La Géorgie, une guerre aux portes de l’Europe”).

    À consulter donc, “Les nouveaux enjeux de la Défense”, TDC, n° 978, SCEREN/CNDP, 15 juin 2009.
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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 15:05
 Le 28 avril 2009, le site de l'association regroupant les anciens élèves de l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr a publié un témoignage sur les combats que livrent actuellement nos soldats en Afghanistan. Ce témoignage - dont nous mettons en ligne l’intégralité sur notre site - ne va pas sans nous rappeler l’expérience du Lieutenant-Colonel Michel GOYA, jeune lieutenant luttant contre les snipers à Sarajevo en juillet 1993.

Aujourd’hui, nous mettons en ligne l’expérience du Lieutenant Benoît DE GUILLEBON, Chef de la 1ère section de la 4e compagnie du 27e bataillon de chasseurs alpins, encore engagé en Afghanistan à l’heure où nous postons cet article. Benoît DE GUILLEBON est un officier saint-cyrien de la 191e promotion Lieutenant Brunbrouck (2004-2007). Il s’agit donc d’un très jeune chef de section, sorti de l’ESM il y a deux ans. L’officier qui ne doit pas être très éloigné de l’âge de 25 ans se trouve actuellement à la tête d’une section - une trentaine d’hommes environ -, en Kapisa où il fait l’expérience de la guerre. Ses propos comme ceux du Lieutenant GOYA nous montrent, une fois de plus, la complexité d’une situation de combat: le fameux “brouillard de la guerre”. Pourtant, l’officier garde suffisamment de lucidité pour, à la fois, remettre en ordre les événements du 7 mars 2009, et se pencher sur la formation tactique reçue en école militaire.

Servir dans l’Armée, ce n’est pas uniquement avoir des muscles… Il faut aussi être capable de comprendre le terrain et une situation de combat. Celle-ci se caractérise par une grande fluidité, et les capacités de “réaction/anticipation” dont nous parle le Lieutenant DE GUILLEBON sont constamment mises à l’épreuve, recherchant un équilibre permanent entre la théorie apprise dans les amphis de Coëtquidan et l’expérience du terrain. Le jeune chef de section nous décrit la guerre comme une science dont la MRT (Méthode de Raisonnement Tactique) est, à son niveau, ni plus ni moins qu’une méthode expérimentale confrontée en permanence à la réalité d’un combat mouvant et changeant. Donner un sens à sa formation, relier celle-ci à la pratique afin de la faire évoluer, empêcher toute sclérose intellectuelle qui ne pourrait conduire qu’à des désastres futurs, voilà d'autres enjeux auxquels nos militaires sont également confrontés à la lumière de l’engagement afghan (1).

Soldats français du 27e BCA héliportés par un CH 47 Chinook américain en Afghanistan le 1er février 2009 (source - Le Figaro)

(1) À ceux qui s’intéressent aux questions touchant à l’élaboration de la doctrine militaire, je renvoie aux travaux du Lieutenant-Colonel GOYA, qui, à l’heure actuelle, conduit un séminaire en Sorbonne sur le sujet. À lire: son livre, “La chair et l’acier”, dont le propos sur la Première Guerre mondiale reste étonnamment moderne sur la manière dont se construit une doctrine ainsi que les difficultés de son appropriation.

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 06:41
SNIPERS DANS SARAJEVO (1993-1994)

6 avril 1992 dans le centre de Sarajevo, un soldat bosniaque tente de protéger la foule d'un sniper serbe. Il devait être abattu quelques secondes plus tard

    Avec la fin de la Guerre froide, l’Armée française découvre de nouvelles missions face auxquelles beaucoup reste encore à définir en termes de pratique, de savoir faire, voire de doctrine. Jeune Lieutenant dans l’Infanterie de Marine, Michel GOYA, alors fraîchement sorti de l’EMIA de Coëtquidan, reçoit le commandement d’une section qui part rapidement pour les Balkans à feu et à sang depuis 1991.

    Cette mission à Sarajevo sous le casque bleu, de juillet 1993 à janvier 1994, devait inaugurer une longue série d’opérations extérieures (OPEX) pour cet officier, aujourd’hui Lieutenant-Colonel. Michel GOYA écrit déjà à cette époque. Il réfléchit et consigne sur un journal son expérience qu’il voudrait utile à l’Armée par la suite. Son récent passage de trois années à la DREX n’est finalement pas un hasard, et c’est à la suite de telles expériences qu’il fut aussi amené à s’interroger sur la peur au combat. En bref, les réflexions de Michel GOYA nous font comprendre à quel point la guerre est devenue, de nos jours et plus que jamais, une affaire d’intelligence et de mémoire en permanence renouvelées dans un environnement de brutalité et de mort.

    Le témoignage que ce chef de section nous livre, traduit tout cela : l’omniprésence du danger dès l’arrivée à Sarajevo, la menace insidieuse des « snipers » dont le faible nombre contraste avec des troupes bien plus nombreuses qu’ils mobilisent en permanence, la terreur qu’ils font planer sur les populations, l’environnement urbain qui les favorise et dont le jeune Lieutenant pressent qu’il est désormais le nouveau champ de bataille post Guerre froide. Il se retrouve en charge du dispositif anti-sniping de son unité, et toute l’initiative dont il bénéficie n’a d’égal que le vide tactique de l’Armée française face à cette guérilla d’un type nouveau pour elle.

    Le site Relais Défense du Lycée Galilée, ainsi que la Maison du Combattant et du Citoyen de Combs-la-Ville, remercient chaleureusement le Lieutenant-Colonel Michel Goya pour sa participation à l’Éducation de nos jeunes à travers son récit : « Une expérience de lutte contre les snipers à Sarajevo (1993-1994) ».

   
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