16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 15:26

USNS Montford Point T-MLP 1

 Le USNS Montford Point en rade de San Diego le 13 novembre 2012

Le samedi 2 mars 2013, au cours d’une cérémonie présidée par le Major-général Jim AMOS, Commandant du Corps des Marines des Etats-Unis, le bâtiment USNS Montford Point T-MLP 1 était baptisé dans la rade de San Diego. C’est dans les chantiers de la National Steel and Shipbuilding Company (NASSCO) de General Dynamics, que ce bâtiment révolutionnaire, inaugurant l’ère du “Sea basing”, fut mis sur cale le 19 janvier 2012. Le USNS Montford Point tient son nom du camp (en Caroline du Nord) où étaient rassemblés et formés, de 1942 à 1949, 20 000 US Marines d’origine afro avant qu’une loi abolisse la ségrégation au sein des forces armées en 1948.

D’un coût de 500 millions de dollars, le USNS Montford Point est une Mobile Landing Platform, c’est-à-dire une vaste plate-forme flottante de 239 mètres de long, 50 de large et un pont de 2300 m2. Conçue à partir d’un super tanker de la British Petroleum (BP) dont on a retiré les réservoirs - ce qui lui donne une silhouette caractéristique, « creusée » entre le château et la proue sur toute la longueur du navire –, bénéficiant de techniques de construction japonaises et sud-coréennes (1), cette plate-forme a pour mission non seulement de transporter, d’embarquer et de débarquer, mais surtout de pouvoir réaliser toutes ces opérations en pleine mer au profit d’une force navale.

En effet, le USNS Montford Point, dont l’entrée en service opérationnel est prévue pour 2015, pourra transporter le matériel d’une brigade et assurer les missions du ravitaillement d’une task force avec un déplacement à pleine charge de 80 000 tonnes, soit presque le déplacement d’un porte-avions de classe Nimitiz… La véritable révolution, cependant, consistera en sa capacité de transbordement d’un bâtiment à un autre. En effet, l’immensité du pont du Montford Point a été prévue pour recevoir des hélicoptères comme des convertibles V-22 Osprey, pour la manœuvre de nombreux véhicules qui embarqueront et débarqueront via une rampe, selon le système Roll-on/Roll-off. Un système de ballasts fait aussi de cette immense partie centrale du bâtiment un espace semi-submersible qui pourra s’immerger afin d’embarquer ou de mettre à l’eau trois hovercrafts de type Landing Craft Air Cushioned (LCAC), ou des SSC (Ship-to-Shore Connector) qui viendront les remplacer dans quelques années. LCAC et SSC seront situés dans trois logements modulaires, côté tribord.

En d’autres termes, le USNS Montford Point n’est ni plus ni moins qu’une base mobile destinée à affranchir une flotte de tous ports, soit que ces derniers ne soient pas sous contrôle, ou qu’ils soient inexistants sur le théâtre d’opération. Bâtiments de combat comme bâtiments logistiques de l'US Navy pourront accoster sur la MLP afin d’effectuer des transbordements lourds de matériels, de carburant, d’engins divers. Des centaines de US Marines transiteront pour être rembarqués dans les LCAC. Au milieu de l’océan, la MLP permettra d’opérer les ruptures de charge qui, autrement, nécessitaient un port. Point d’appui mobile, la MLP verrait une flotte se concentrer autour d’elle, pour se préparer à un débarquement de grande ampleur. Cependant, si le concept technique est révolutionnaire, c’est parce qu’il induit un concept stratégique encore plus révolutionnaire: celui d’organiser à la mer les flux logistiques indispensables à toutes les opérations navales comme aériennes et terrestres.

L’idée d’une base mobile à la mer n’est pas nouvelle en soi. La Guerre du Pacifique avait déjà donné une avance conceptuelle, tactique et technique aux Etats-Unis. Durant la Guerre d’Indochine, une partie de l’effort de guerre entre Tonkin et Cochinchine avait été réalisée par le navire-atelier Jules Verne, dont les missions allaient bien au-delà de simples missions de maintenance navale. Cependant, le « Sea basing » transporte une grande partie de la chaîne logistique opérationnelle en mer. Partant, on entre dans une véritable révolution de la guerre amphibie, du fait de l’échelle opérationnelle envisagée (le monde), et de la souplesse tactique que confère les bâtiments de la classe Montford Point. Appelées à devenir de véritable hubs navals, les MLP permettront un transfert direct des flux logistiques en mer, au plus près d’un théâtre des opérations tout en restant à l’abri, réduisant considérablement le coût de l’empreinte terrestre d’un corps expéditionnaire américain. Last but not least, les Etats-Unis pourront s’affranchir de contraintes politiques liées aux âpres négociations relatives à l’installation de bases de soutien sur un territoire étranger. Le cas du Pakistan et des entraves qu’il a imposé à la logistique otanienne en Afghanistan est un exemple concret de cette dépendance, que le Sea basing réduira sensiblement. Les forces armées américaines gagneront ainsi une plus grande indépendance d’action, et une souplesse de projection stratégique inégalée à l’échelle planétaire.

Avec les MLP, les bases de soutien seront désormais en mer et l’US Navy comme l’US Army pourront se projeter avec ou sans la possibilité d’utilisation d’un port. En réduisant significativement l’importance de ce paramètre majeur - incontournable jusqu’à présent dans toute planification logistique amphibie (2) -, les Américains transforment profondément la guerre sur mer. Le concept de Sea basing recouvre un ensemble de programmes et de matériels étudiés depuis le début des années 2000 par la Navy, notamment à travers des exercices réguliers Joint Logistics Over the Shore (JLOTS). Ces derniers permettent de définir les matériels qui permettront une meilleure interopérabilité entre, par exemple, les MLP et les besoins de l’US Army. La crise économique et les restrictions budgétaires ont, cependant, considérablement ralenti la plupart des programmes, et celui du Montford Point reste à ce jour la seule illustration véritablement achevée du Sea basing.

Lorsqu’il entrera en service, le  USNS Montford Point T-MLP 1 sera mis à disposition du Military Sealift Command (MSC), qui l’armera d’un équipage de 34 marins seulement. Deux sister-ships devraient être construits dans un avenir proche: le USNS John Glenn (livraison en 2014) et le USNS Lewis B. Puller (livraison en 2016).

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(1) Géantes mondiales de la construction navale, les firmes sud- coréennes - Hyundai, Daewoo, Samsung, STX, Hanjin… - se sont en effet spécialisées dans la course au gigantisme naval. De nos jours, elles en maîtrisent des processus industriels particulièrement délicats notamment dans la découpe rapide de l’acier.

(2) On se souviendra de cet effort technique que fut la construction de ports artificiels au large d’Arromanches durant les opérations du débarquement en Normandie en 1944. Mulberry 1 et Mulberry 2 avaient justement pour fonction de donner aux Alliés les ports, jetées et quais qu’ils n’avaient pas pour débarquer tout le matériel de l’armée qu’ils venaient de mettre à terre.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:27

 

Les forces armées américaines organisent chaque année, à l'approche des fêtes de Noël, l'opération "Toy drop" ou Randy Oler Memorial Operation Toy drop du nom du Sergeant 1st class Randall R. OLER (décédé le 20 avril 2004) qui en fut l'inspirateur. Ranger ayant servi dans les forces spéciales, Randy OLER eut l'idée d'organiser annuellement un lâcher de parachutistes dont l'objectif était de financer l'achat de jouets pour les enfants de familles défavorisées. La première opération Toy drop eut lieu en décembre 1998 à Fort Bragg, et le succès rencontré par le concept permit son renouvellement jusqu'à aujourd'hui, toujours à Fort Bragg (Caroline du Nord) mais également un peu partout dans le monde. À l'approche de Noël, les soldats offrent des jouets en échange de billets de loterie qui, pour les chanceux, leur permettra de réaliser un saut en parachute. Exercice de saut non opérationnel mais impliquant plusieurs centaines de parachutistes, Toy drop est aussi une opération internationale ouverte à d'autres militaires de nations alliées, et qui permet d'obtenir des brevets parachutistes militaires étrangers. L'opération est interarmée, mobilisant l'Army, l'Air Force mais aussi la Navy et l'USMC, ainsi que des agences civiles d'aide sociale. Les sauts sont réalisés devant un public qui, du coup, participe aussi au financement des cadeaux qui seront distribués aux enfants de la communauté militaire locale.

 

C'est sur cette dernière présentation de l'année 2012, que notre blog souhaitera un très joyeux Noël à nos forces armées mais aussi à celles en charge de notre sécurité intérieure, civile et économique. Un très joyeux Noël également à la communauté éducative du Lycée Galilée et à nos fidèles lecteurs.

 

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Parachutistes américains lors d'une opération Toy drop

 

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 13:33

 

Aimer l'ArméeVoilà un livre qui se lira très vite, le temps d’un court voyage, moins du fait de sa minceur et de l’étroitesse de ses pages, que du fait de la passion qu’il nous fait d’emblée partager. Le mot « passion », qui s'inscrit d'ailleurs dans le titre, trace bien la démarche de l’auteur (1).

 

Le Général d’armée Henri BENTÉGEAT, né en 1946, a été le Chef d’État-Major des Armées (CEMA) de 2002 à 2006. Ayant eu en charge l’organisation générale des Armées, il a donc exercé la plus haute fonction au sein de l’institution militaire. C’est au terme d’une carrière exceptionnellement riche, avec une vue d’ensemble particulièrement pénétrante du monde militaire, et aussi pour y avoir consacré toute sa vie, que cet officier de haut vol se livre dans ce petit ouvrage.

 

Un petit ouvrage mais un ouvrage qui dit tout, du moins l’essentiel sur l’engagement militaire. L’exercice n’est pas technique nonobstant la compétence du Guerrier. 161 pages n’y suffiraient de toute manière, quand bien même l’auteur illustre t-il son propos de façon concrète et globale à la fois, étant capable de nous faire vivre l’expérience d’un marin à bord d’un bâtiment, d’un pilote d’avion de chasse dans son cockpit, où bien celle d’un simple fantassin. Autant de mondes et de compétences divers, de missions également, que le talent et la hauteur de vue de l’auteur parviennent à ramener autour de quelques idées aussi simples qu’elles sont fortes. Tout ceci est, cependant, décliné autour d’un seul acte: celui d’aimer… Le métier des Armes est ainsi réfléchi à travers treize courts chapitres, dont le point commun est d’aimer une valeur inhérente à la vie de tout soldat qu’il soit sur terre, en mer ou dans les airs. Le texte se présente ainsi:

  • Aimer servir
  • Aimer cette vocation
  • Aimer l’honneur
  • Aimer l’attente
  • Aimer l’effort
  • Aimer le jeu
  • Aimer le cérémonial
  • Aimer la fraternité
  • Aimer la solitude
  • Aimer l’égalité
  • Aimer être nomade
  • Aimer la liberté
  • Aimer la paix et la guerre

Le propos est audacieux, car plus que décrire les grandes caractéristiques de l’engagement militaire, l’auteur nous en délivre les principes et les valeurs cardinales. Il tranche avec l’air du temps, qui mêle avec complaisance la carrière militaire à la mort, la destruction brutale et la haine, oubliant ainsi la belle phrase de Jean de LATTRE de TASSIGNY qui disait que « les raisons de vivre sont autant de raisons de mourir pour sauver ce qui donne un sens à la vie ». Les esprits repus de ces conventions bornées et reçues n’aimeront pas ce livre dès sa couverture, mais ceux qui auront le courage d’y engager la lecture, découvriront une humanité aussi étonnante que profonde. Car Henri BENTÉGEAT, homme de guerre et d’action, est également un homme d’une grande culture littéraire. Ayant profondément vécu le métier de militaire, de Saint-Cyr jusqu'aux plus hauts honneurs républicains en passant par les grands commandements, la poésie lui a été d’un recours manifeste afin de trouver l’équilibre dans les épreuves. D’emblée, c’est avec sensibilité - et servi par une réelle plume littéraire -, que l’officier nous prouve que l’on peut-être homme de guerre tout en étant en paix avec soi-même.

 

On l’aura compris, avec Henri BENTÉGEAT, s’engager sous l’uniforme, quels que soient la trajectoire des carrières, les fonctions exercées, les niveaux de culture et de conscience, c'est avant tout une affaire de Vocation. On ne pourra mieux comprendre le sens profond de ce mot au fil des pages, la transcendance qui lui est consubstantielle, comme l’on voudrait que cette vocation puisse aussi exister pour d’autres métiers, à commencer pour celui de Professeur. Si les enseignants ont leur noblesse, il ne leur sera cependant jamais demandé de sacrifier physiquement leur existence pour la mission, au même titre que les autres serviteurs de l’État, à l’exception des policiers et des pompiers. Comme les soldats, ceux-là ont « un statut particulier dans la multitude de ceux qui servent. »

 

À la lecture du Général BENTÉGEAT, on ne pourra s’empêcher de penser à un autre ouvrage, celui du Général Éric BONNEMAISON - Toi ce futur officier (2012) -, qui ne s’adressait cependant qu’à des étudiants futurs officiers. Henri BENTÉGEAT, lui, parle à l’ensemble de la Nation et lui dit ce qu’elle doit à ses soldats pour peu qu’elle comprenne la transcendance de leur engagement. Un livre remarquable, donc, qui se lira avec le cœur et l’âme.

 

(1) (Henri) BENTÉGEAT, Aimer l’Armée. Une passion à partager, Paris, Éditions Du Mesnil, 2012, 162 p.

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 14:59

Rapidité de la mise en batterie et du calcul du tir, précision de la frappe et mobilité, sont les caractéristiques du Camion Équipé d'un Système d'Artillerie ou CAESAR. Conçu et fabriqué par la firme NEXTER Systems, le CAESAR représente, de nos jours, le nouveau visage de l'artillerie française. Une arme incontestablement moderne avec ses tubes de 155 mm/52 cal. intégrés dans l'un des meilleurs systèmes de tir actuel au monde. Au hasard d'une vidéo illustrant les redoutables capacités tactiques du CAESAR, nous ne pourrons nous empêcher de faire un clin d'oeil amical au Général (2S) Serge AUZANNEAU, Président de la Maison du Combattant et du Citoyen de Combs-la-Ville, et... ancien artilleur.

 

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 10:17

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Depuis l’Antiquité, la guerre a suscité des réflexions théoriques destinées à améliorer l’usage des armes et des armées, à donner la victoire dans les meilleures conditions, à définir ce que pouvait être celle-ci. Traités et précis recherchant des règles et des modèles dans les batailles du passé ont fini par donner naissance à la science stratégique et à fonder le genre de l’Histoire militaire. Celle-ci montre, par ailleurs, que très souvent les modèles, scenarii et attentes stratégiques longuement élaborés dans les écoles militaires, marquent un retard par rapport à la prochaine guerre qu’ils avaient cherchée à anticiper. Voire que le propre d’un conflit est justement de développer une situation de contournement de tout ce qui avait pu être imaginé durant le temps de paix précédent.

 

Par le passé comme par le présent, une bataille reste avant tout marquée par une situation d’extrême confusion dont peu d’acteurs parviennent à saisir clairement le déroulement. De nos jours, en dépit des technologies modernes – et peut-être même à cause d’elles -, la multiplication des acteurs autres que militaires dans et autour de la bataille augmente comme jamais elle ne l’a été la complexité de la guerre. Le fameux “brouillard de la guerre” du théoricien prussien Carl von CLAUSEWITZ (1780-1831) reste toujours d’actualité que ce soit en Afghanistan ou ailleurs.

 

Partant, les efforts en matière doctrinale et de prospective de nos armées n’ont, eux aussi, cessé de grandir. N’en déplaise à ceux qui ne voient en l’institution militaire qu’un outil brutal, mais pour servir notre Défense d’aujourd’hui cet outil n’a jamais été aussi complexe et aussi en recherche d’un point de vue intellectuel. Essentiellement concentrés sur le site de l’École militaire de Paris, des organismes sont ainsi chargés de réfléchir sur les menaces et les conflits présents et futurs dans un contexte où les leçons du passé doivent plus que jamais servir la fluidité des crises contemporaines au-delà de toute sclérose intellectuelle. Les débats passionnés, outre-Atlantique comme ici, sur le bien fondé de la doctrine de contre-insurrection (COIN ou counter-insurgency) à la lumière de la guerre en Afghanistan - et de la redécouverte des écrits de David GALULA (1919-1967) – illustrent cette difficulté pour nos armées de trouver un point d’équilibre en matière doctrinale. Détecter les phénomènes de rupture tout en continuant à distinguer les permanences, orienter l’effort de Défense sur le long terme au travers d’une pensée doctrinale de haut niveau, capable de se renouveler, tels sont les objectifs de structures comme l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM), du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques (CSFRS), de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), etc. Ces institutions, dont certaines sont en relation étroite avec le monde universitaire, constituent les “têtes chercheuses” ou “rayonnantes” (1) en matière de doctrine et de conceptualisation.

 

Parmi ces “têtes chercheuses”, il est à remarquer l’originalité du Centre Interarmées de Concepts, Doctrines et Expérimentations (CICDE), de création récente (avril 2005), dont la mission est d’explorer de futurs éléments de doctrine, d’élaborer des concepts, d’en suivre l’expérimentation et de donner des recommandations capacitaires en vue d’une application opérationnelle rapide. Dirigé par le Général Vincent LAFONTAINE, le CICDE a été lui-même conçu pour faire face aux besoins d’une armée en pleine transformation doctrinale du fait de la fin de la Guerre froide, d’une interarmisation grandissante et de la numérisation de l’espace de bataille. Avec une grande autonomie de réflexion, se nourrissant sur un très large spectre d’informations aussi bien militaires que civiles, le CICDE fonctionne de manière collaborative sur des sujets aussi complexes qu’adapter les concepts doctrinaux français à ceux de l’OTAN, contribuer à l’architecture doctrinale de la Défense européenne, assurer la cohérence opérationnelle des forces… Organisant des colloques, le CICDE met en ligne certains de ses travaux sur son site. Si quelques uns peuvent paraître arides du fait d’une approche technico-conceptuelle poussée, d’autres sont en revanche parfaitement utilisables pour des enseignants désireux de comprendre le dynamisme doctrinal animant nos forces armées d’aujourd’hui.

 

(1) L’IHEDN, partenaire des trinômes académiques, constituent moins une structure de recherche – au sens “think tank” -, qu’une institution chargée de former des relais d’opinion tournés vers la société civile à des niveaux divers. Au cours de sessions régionales et nationales, les auditeurs participent cependant à des travaux de réflexion sur des sujets d’actualité, qui peuvent produire d’intéressantes conclusions en matière de prospective.

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 09:18

  Essais de décollage et d'appontage du F-35B (STOVL) à bord du bâtiment d'assaut amphibie USS Wasp

 

Le Joint Strike Fighter (JSF) F-35 Lightning II est un avion multirôle fabriqué par la firme aéronautique américaine Lockheed Martin. Le programme remonte aux lendemains de la Guerre froide, et devait répondre à la demande de l’armée américaine d’un appareil de supériorité aérienne décliné sous plusieurs modèles, ce qui pourraient le rendre adaptable aux missions de l’Air Force, de la Navy et du Corps des Marines. Le F-35 avait donc pour vocation de remplacer plusieurs modèles alors existants (F-16 Falcon, A10 Warthog, A6 Intruder, Sea Harrier…) par un seul et même appareil dont la structure serait modifiée selon qu’il soit appelé à agir à partir de bases terrestres (US Air Force), de porte-avions (US Navy), de bâtiments d’assaut amphibie (Corps des Marines). Le programme est d’emblée complexe: la Navy ayant besoin d’une version dont la cellule et le train d’atterrissage seraient renforcés par rapport à la version de l’Air Force. Quant aux Marines, il leur faut une version à décollage vertical (STOVL ou Short Take-Off Vertical Landing). Des exigences qui peuvent être contradictoires, car elles donnent des appareils dont les masses, les surfaces alaires, et les rayons d’action ne sont pas les mêmes (1) pour des missions qui peuvent être fort différentes. Deux projets furent donc mis en concurrence, dont celui de Lockheed Martin qui l’emporta, en 2001, sur le projet de la firme Boeing.

 

Le programme JSF F-35 Lightning II était donc lancé autour d’un concept d’avion multirôle de 5e génération (technologie furtive), destiné à remplacer la plupart des intercepteurs existants dans l’arsenal des États-Unis et de leurs alliés. Cependant, tout en confortant la position stratégique des premiers sur le marché de l’aéronautique mondiale, le programme JSF F-35 rend également les alliés des États-Unis plus dépendants technologiquement et économiquement. Dix pays ont été associés à ce programme selon trois niveaux de coopération technico-industriel (2). Le niveau de coopération le plus élevé concerne la Grande-Bretagne avec la firme BAE Systems en charge de la construction d’une partie du fuselage et de la mise au point de plusieurs systèmes. Mais aujourd’hui, le programme du Lightning II est très sévèrement critiqué. Les retards se sont accumulés, qui prévoient désormais un déploiement opérationnel du F-35 en 2019, soit avec près de dix ans de retard par rapport aux délais initialement prévus. La complexité du programme - liée à des demandes trop différentes en matière de conception – a aussi occasionné des surcoûts considérables de l’ordre de 75% par rapport au prix fixé en 2001! D’emblée, le F-35 est devenu l’un des programmes d’armement les plus chers de l’histoire des États-Unis. Comme si cela ne suffisait pas, une cyberattaque d’envergure a compromis, en 2009, les secrets de fabrication de l’appareil. Des informations liées à l’avionique et à la furtivité ont été dérobées, menaçant du coup l’ensemble du programme… Bref, le F-35 commencent à coûter très cher, non seulement aux Américains mais aussi aux pays qui s'y sont associés. L’avion présente des défauts techniques alors qu’il n’est toujours pas mis en service de manière opérationnelle si ce n’est au… cinéma (3). Quant aux alliés ayant aligné les besoins de leur armée de l’Air - voire de leur aéronavale comme c’est le cas pour les Britanniques - sur le F-35, ils en subissent aujourd’hui les délais d’attente comme la dérive financière, alors que leurs budgets R&D ne sont pas de même niveau que ceux du Pentagone, et qu’ils ne disposeront pas des codes sources de l’appareil.

 

Variantes-JSF.jpg

 À l’heure actuelle, les trois versions du F-35 existent à l’état de pré-série: 1- le F-35A CTOL (Conventional Take-Off and Landing) est la version de l’US Air Force 2- le F-35B STOVL est la version à décollage vertical pour les bâtiments d’assaut amphibie et porte-aéronefs (4) 3- le F-35C CV (Carrier Variant) est la version destinée aux porte-avions. Il semblerait cependant que cette dernière version ne soit plus destinée qu’aux seuls porte-avions américains depuis le renoncement britannique du jeudi 10 mai dernier. Londres vient, en effet, de remplacer l’achat de F-35C au profit de F-35B... Les conséquences de ce remplacement, opéré dans une conjoncture budgétaire particulièrement contrainte, sont considérables. Elles impliquent des choix structurels qui marqueront l’évolution de l’aéronavale britannique sur les cinquante prochaines années.

 

L’aéronavale britannique organisée autour de porte-avions classiques entre dans une phase de déclin avec la fin du deuxième conflit mondial. La thalassocratie britannique a vécu. A l’instar des autres pays européens, le Royaume-Uni subit un déclassement dans la redistribution des cartes de la puissance mondiale, ce que la Crise de Suez (1956-1957) confirme au grand jour. Pourtant novateurs à bien des égards en matière de porte-avions (5), les Britanniques vont – pour des raisons essentiellement financières – renoncer à ces derniers. Deux faits vont entériner ce renoncement majeur: l’abandon de la construction du Furious à la fin des années 1960, et le désarmement du HMS Ark Royal en 1979, dernier porte-avions classique de la Royal Navy qui n’est pas remplacé. Depuis les années 1980, la Royal Navy n’a donc plus de porte-avions, les remplaçant par des porte-aéronefs moins coûteux à construire et à mettre en service. Ceux-ci permettent de continuer à déployer un groupe aérien embarqué, beaucoup moins puissant cependant (6) et ne pouvant qu’utiliser des appareils à appontage vertical (Hawker Siddeley Harrier) de conception complexe et moins polyvalente que les appareils catapultés. Mais plus que le remplacement d’un type de bâtiment et d’un changement d’appareil, ce tournant transforme radicalement l’aéronavale britannique. Ce sont des savoir-faire technologiques et industriels lourds en matière de constructions navale et aéronautique qui sont désormais abandonnés. C’est une doctrine navale qui est également bouleversée: les pilotes anglais ne savent plus ni décoller ni apponter à partir de porte-avions classiques, ce qui leur interdit l’interopérabilité avec les États-Unis et la France, les deux seuls pays occidentaux qui continuent de déployer des porte-avions.

 

Les porte-avions ont des avantages considérables: plus puissants et “guerriers” que les porte-aéronefs, ils sont bien plus que des “capital ships” au sens tactique de l’expression, ils sont de vrais bâtiments de souveraineté. À la suite de James CABLE, l’historien Hervé COUTAU-BÉGARIE - récemment décédé - avait beaucoup insisté sur la dimension diplomatique des marines de guerre, notamment dans leur composante aéronavale. À ces aspects fondamentaux s’ajoutent le fait que le F-35C, initialement choisi par Londres, est de conception moins complexe que la version STOLV. Il dispose d’une meilleure autonomie, d’une plus grande capacité d’emport et, surtout, coûte moins cher que la version B. Alors pourquoi un tel virage de la part du Gouvernement britannique qui, revenant sur le choix initial du F-35C, opte finalement pour le F-35B?

PA-Queen-Elizabeth.pngDessin du porte-aéronefs HMS Queen Elizabeth actuellement en cours d'assemblage aux chantiers Babcock de Rosyth (Écosse). L'ilôt double est caractéristique de cette classe de bâtiments. Noter également le pont d'envol en tremplin.

 

C’est que le choix d’un appareil conditionne aussi la configuration du bâtiment qui va l’accueillir: porte-avions ou porte-aéronefs. Or, les avantages de la version C du F-35 se heurtent à l’essentiel à savoir la construction d’un porte-avions à catapulte, ce que la Royal Navy ne fait justement plus depuis trente ans. C’est aussi toute une nouvelle génération de pilotes à qui il faut réapprendre le décollage et l’appontage horizontal. Et derrière ces questions en apparence technique, se cachent, comme souvent c’est le cas, des questions plus profondes de doctrine et de stratégie; la Royal Navy devant redécouvrir l’emploi du porte-avions et de son groupe de combat. Tout ceci n'est pas insurmontable dans l'absolu, mais intervient à un moment où la Marine anglaise négocie un tournant délicat à l’endroit du choix et de la construction de ses futures plate-formes aéronavales. En lançant la construction du HMS Queen Elizabeth et de son sister-ship le HMS Prince of Wales à la fin des années 2000, la Royal Navy a pris acte de son erreur passée qui fut d’avoir abandonné les porte-avions, alors qu'aujourd'hui les pays émergents (Chine, Inde et Brésil) sont en train d’en construire ou projettent de le faire rapidement. La Grande-Bretagne a t-elle cependant les moyens de reconstruire des porte-avions?

 

Avec une longueur de 280 m et un déplacement en charge de 65 000 tonnes, le Queen Elizabeth et le Prince of Wales seraient les plus gros bâtiments de guerre d’Europe occidentale (7). Prévus pour une mise en service opérationnelle en 2016 pour le premier, et en 2019 pour le second, leur conception laisse le choix d'une construction pouvant évoluer vers un porte-avions ou un porte-aéronefs. Jusqu’à présent le plan initial prévoyait que le Queen Elizabeth serait livré en version porte-aéronefs (donc avec un pont d’envol en tremplin), pour un service limité le temps que le Prince of Wales soit mis à disposition mais en version porte-avions cette fois (c’est-à-dire avec un pont d’envol droit, des catapultes et des brins d’arrêt). Avec la mise en service du HMS Prince of Wales, le HMS Queen Elizabeth serait vendu à un autre pays. C’est ce plan initial qui vient d’être annulé par la décision de passer du F-35C au F-35B. Que la Grande-Bretagne soit consciente de son erreur stratégique est une chose. Qu’elle ait aujourd’hui les moyens de la rattraper en est une autre. La crise économique mondiale et le contexte de récession, qui frappent durement le Royaume-Uni, en ce moment, semblent avoir eu raison du porte-avions Prince of Wales, dont la conversion aurait généré des coûts très élevés en soi à défaut du moindre coût d’achat des appareils F-35C. Le HMS Prince of Wales sera donc très vraisemblablement un porte-aéronefs comme son prédécesseur qui, du coup, devrait être conservé au sein de la Royal Navy.

 

Par le Traité de Lancaster du mardi 2 novembre 2010, David CAMERON et Nicolas SARKOZY avaient sensiblement rapproché la Défense des deux pays. Une convergence s’était même dessinée en faveur d’un porte-avions anglais, qui aurait assumé la permanence à la mer en coopération avec le porte-avions français. La France n’ayant, en effet, pas les moyens de s’offrir un deuxième porte-avions, alors que la Grande-Bretagne désirait réintégrer le club des pays capables de déployer ce type de bâtiment. Cette mutualisation vient de subir un échec, car le choix anglais du F-35B marque à nouveau un renoncement au porte-avions, qui empêchera toute interopérabilité future avec les porte-avions américains comme avec porte-avions Charles-de-Gaulle. En revanche, les gros porte-aéronefs britanniques seront interopérables avec les bâtiments d’assaut amphibie du Corps des Marines, ainsi que les autres porte-aéronefs européens. Les marines étatsunienne et française resteront, donc, les deux seules à pouvoir interopérer à partir de porte-avions à catapultes, jusqu’à ce que le F-35C entre en service. Ce dernier étant en effet trop lourd pour l’actuel porte-avions français…

 

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(1) La version Navy du F-35 est plus lourde d’une tonne (à vide) que celle de l’Air Force.

(2) L’Italie et les Pays-bas sont ainsi chargés de l’assemblage des F-35 européens. Le Danemark, la Norvège, le Canada, l’Australie la Turquie, Israël et Singapour sont aussi associés.

(3) L’avion apparaît notamment dans les films “Die hard 4: retour en enfer” (2007) et “The Avengers” (2012).

(4) Plus petit et plus léger, le porte-aéronefs (bâtiments d’assaut amphibie américains, BPC français, Cavour italien ou Juan Carlos I espagnol) permet de déployer des hélicoptères et des avions en nombre plus réduit et moins lourdement armés. Ces derniers décollent à l’horizontale à partir d’un pont d’envol tremplin mais appontent verticalement.

(5) C’est la Royal Navy qui, la première, innove en matière de protection des pistes d’envol (ponts blindés), de pont oblique (qui permet les décollages et les appontages simultanés), de catapultes à vapeur (afin de multiplier la puissance au décollage d'avions plus lourds) et de miroirs d’appontage.

(6) Le différentiel de puissance tient au nombre d’appareils embarqués beaucoup moins nombreux que sur un porte-avions, mais aussi aux types d’appareils, de plus faible emport et de rayon d’action moindre sur un porte-aéronefs.

(7) Le porte-avions Charles de Gaulle mesure 261 m de long pour un déplacement de 42 500 tonnes en charge.

 

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 09:10


X-Men First Class Go Army par teasertrailer

 

Les liens entre le cinéma et le US Department of Defense (DoD ou Ministère de la Défense américain) aux États-Unis sont particulièrement étroits, ce depuis longtemps. Dès la Deuxième Guerre mondiale, des cinéastes s'étaient engagés afin de soutenir l'effort de guerre du Gouvernement américain, tournant documentaires, reconstitutions et fictions sur le conflit. John FORD (1894-1973) fut un exemple emblématique de cet engagement du fait de sa brillante carrière de cinéaste, mais aussi parce qu'il couvrit à la manière d'un reporter de guerre de nombreux théâtres d'opérations entre 1941 et 1945. Certes, on pourrait aussi trouver d'autres exemples dans d'autres pays où des cinéastes se sont  aussi engagés aux côtés de leur armée ou de leur gouvernement, notamment dans les oeuvres de Leni RIEFENSTAHL (1902-2003) ou de Veit HARLAN (1899-1964) et d'autres encore en URSS. C'est aux États-Unis, cependant, que cette interaction entre le 7e Art et le monde militaire devait se révéler, jusqu'à nos jours, la plus féconde et dynamique, fixant non seulement le genre du film de guerre mais contribuant également à forger une image positive des forces armées. Ce que nous appelons aujourd'hui par métonymie "Hollywood" a incontestablement fait (et continue de le faire) de la publicité  pour certaines firmes et matériels militaires, aidé au recrutement comme le montre la vidéo ci-dessus, et a valorisé la politique extérieure des États-Unis. On se souviendra, par exemple, de ce qu'a pu faire "Top Gun" (1986) pour le recrutement de l'US Navy; le film de Tony SCOTT étant considéré comme l'une des meilleurs affiches de recrutement de pilotes de l'aéronavale.

 

Y compris dans des scenarii n'étant pas a priori favorables à l'engagement militaire américain (le cinéma de la Guerre du Vietnam par exemple), l'héroïsme des Gi's est souvent mis en exergue, ce qui ne manque pas d'influencer en retour la fabrique du patriotisme américain. Cette influence et nulle part ailleurs aussi forte qu'au pays de l'Oncle Sam, car c'est ici que l'on comprit plus qu'ailleurs que le cinéma est aussi une industrie. Il est de bon ton de railler, de ce côté de l'Atlantique, des blockbusters produits justement dans une logique industrielle, qui substitueraient aujourd'hui la qualité scénaristique à une déferlante d'effets spéciaux. De fait, s'il est vrai que l'on trouve du bon comme du moins bon, - comme dans n'importe quel autre cinéma national, certes à une autre échelle -, force est de constater que seuls les États-Unis ont réussi à mettre aussi efficacement leur industrie cinématographique au service de leur Défense nationale, que ce soit par le biais de l'Histoire, de la fiction ou de la science-fiction. Avec tout le poids de sa magie, qu'il soit de guerre ou qu'il mette en scène des militaires dans des enquêtes policières, ou bien encore en faisant des forces armées de vraies vedettes face à d'inquiétants extra-terrestres, le cinéma américain a puissamment contribué à diffuser des représentations (admirées, enviées mais aussi détestées) de l'Amérique militaire dans le monde entier, tout en renforçant le lien entre les Américains et leurs soldats.

 

NB - J'adresse bien amicalement cette réflexion (toujours discutable) à Isabelle, Maxime, Charles, Anthony B. et Anthony I. Julia, Mathilde et Alexandre. Qu'ils lisent aussi cet article afin de nourrir leur réflexion pour le mémoire de fin d'année.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 08:50

Sarah WEST 2

L/C Sarah WEST (source - Royal Navy)

 

La féminisation des armées occidentales est désormais chose tout à fait courante et acceptée à la fois dans les opinions publiques et les institutions militaires. Preuve de cette évolution des mentalités, on commence à voir des femmes accéder à des grades généraux et des commandements significatifs, du moins ici en Europe car le phénomène est beaucoup plus avancé aux États-Unis depuis bien plus longtemps. Ainsi, et pour illustrer le propos, la Royal Navy à confier en novembre dernier le commandement de la frégate HMS Portland au Lieutenant commander Sarah WEST, 39 ans. La Marine britannique ayant ouvert son recrutement aux femmes en 1990, il aura cependant fallu attendre 21 ans pour voir une femme commander un bâtiment de combat.

 

En France, le taux de féminisation des armées touche aujourd'hui 15,15% des effectifs strictement militaires, soit aux environs de 50 000 femmes pour les trois armées confondues. Si elles sont bien représentées dans l'Armée de l'Air (11 700 femmes soit près de 22%), c'est le Service de Santé des Armées (SSA) qui rassemble proportionnellement le plus grand nombre de personnels féminins: près de 50%. Aujourd'hui, on compte 17 femmes nommées au grade d'officier général, et 32 sont pilotes d'avions ou d'hélicoptères dont 13 sur avions de chasse (Mirage 2000 et Rafale). Elles participent également aux différentes OPEX, notamment en Afghanistan (1). Hormis quelques exceptions, les unités combattantes leur sont encore fermées ainsi que l'arme sous-marine du fait du manque de place dans les sous-marins (2). D'une manière générale, si les "féminines" sont désormais devenues chose courante dans les armées occidentales, leur engagement au contact de l'ennemi comme leur mort au combat reste encore un sujet tabou en Europe contrairement aux États-Unis où 110 d'entre elles ont été tuées en Irak, 34 en Afghanistan, et que 865 militaires féminins américains furent blessés dans les deux conflits (3).

 

Katrina-HODGE.jpgLance corporal Katrina HODGE (source - MoD)

 

L'armée d'Israël - Tsahal (4) - a été l'une des premières armées à incorporer massivement les femmes dans ses rangs. La faiblesse numérique de la population juive, le caractère existentiel des guerres que le jeune État hébreu a dû soutenir depuis 1948, un environnement géopolitique qui lui reste fondamentalement hostile, explique cette précoce mise à contribution des femmes au sein des forces armées israéliennes. Contrairement à leurs homologues d'Europe occidentale, elles connaissent le combat. À l'occasion de la Journée de la Femme (8 mars), le tout nouveau site en français de l'Armée israélienne leur a rendu plusieurs hommages notamment à travers la vidéo ci-dessous.

 

(1) Nos amis d'outre-Manche illustreront symboliquement cet envoi de femmes sur des théâtres d'opérations particulièrement dangereux avec "Barbie combat" alias Katrina HODGE. Ancienne Miss England 2009 engagée dans le Winchester Royal Anglian Regiment, le Caporal HODGE a effectué un séjour en Irak avant d'être envoyé en Afghanistan...

(2) L'embarquement de personnels féminins sur des bâtiments nécessite des compartiments spécifiques. Or l'espace sur un navire reste particulièrement étroit et confiné a fortiori à bord d'un sous-marin.

(3) Cf. (Leo) SHANE, " More combat opportunities for women, but still no infantry", Stars and stripes, february 8, 2012. Les conflits irakiens et afghans ont par ailleurs clairement montré l'absence de lignes de front nettes. La zone des combats pouvant aussi bien se situer dans les territoires à pacifier qu'au-delà, le long des itinéraires logistiques par exemple. Cf. (Joshua E.) KEATING, "Quelle place pour les femmes dans l'armée?", Slate, 9 mars 2012. qui, partant de ce constat, réalise un tour du monde des femmes militaires, et montre qu'elles sont beaucoup plus exposés qu'on ne le pense aux misions de combat. L'auteur rappelle à juste titre des précédents historiques notamment en URSS.

(4) Cf. (Pierre) RAZOUX, Tsahal. Nouvelle histoire de l'armée israélienne, Librairie Académique Perrin, 2008, 707 p.


 

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 18:56

 

Issu de la biologie, le terme d’ “exosquelette” désigne ces squelettes “externes” que certaines familles d’animaux présentent généralement sous la forme d’une carapace (chéloniens, insectes, mollusques divers). La notion a d’abord été adaptée à l’être humain à travers le cinéma de science-fiction. Des films comme “Alien”, et plus récemment “Avatar”, ont ainsi mis en scène des exosquelettes, sorte de harnachement mécanique dans lequel le personnage s’intègre afin de surmultiplier sa force de levage ou de combat.


De nos jours, le concept d’exosquelette est devenu une réalité dont les progrès techniques, particulièrement rapides, intéressent aussi bien les applications militaires que civiles. On en voit d’emblée l’intérêt dans les deux champs. Pour les militaires il s’agirait de pouvoir faire porter des charges de l’ordre d’une centaine de kilos (voire 200 kg pour certains modèles) à un fantassin, ce sur de longues distances et plusieurs heures. Dans un contexte non guerrier, les exosquelettes représenteraient un formidable espoir de pouvoir faire marcher les paralysés, mais permettraient également des gains de productivité en matière de manutention, de transport, de dégagement d’obstacles…


Aux États-Unis, la DARPA travaille sur la question au moins depuis le début des années 2000, mais les obstacles techniques ont été importants. Nécessitant en premier lieu une réelle maîtrise de la robotique, le concept d’exosquelette pose aussi la question de la communication entre le corps humain et le système, la transmission de l’influx nerveux à la machine. La source d’énergie devant alimenter le système est également un défi de premier ordre. Les batteries devront être endurantes et légères pour des dimensions réduites, souples d’utilisation et peu consommatrices en énergie.


Miniaturisation et légèreté, faible encombrement et utilisation silencieuse dans un contexte tactique sont les difficiles équations à résoudre pour mettre au point un exosquelette militaire véritablement performant et opérationnel. Or, au début des années 2000, le rapport entre la masse que représente un soldat (équipements, arme et munitions) et le poids que pouvait alors soulever un bras robotisé était plus qu’insuffisant. Les systèmes robotisés (énormes) de l’époque ne parvenant à mouvoir que le dixième de leurs poids... On mesurera alors les progrès réalisés en la matière par la société japonaise Cyberdyne qui a récemment mis au point une armature robotisée ayant permis à un homme de gravir le Mont Saint-Michel avec un paralysé sur le dos en juillet dernier. Le HAL (Hybride Assistive Limb) de Cyberdyne pèse tout de même 25 kilos.


La France ne reste pas à la traîne dans le domaine des exosquelettes. La DGA (l’équivalent de la DARPA américaine) a ainsi commandé un prototype auprès de la société Rb3d, spécialisée dans “l’assistance aux gestes” et les programmes “COBOTS” ou robots “coopératifs”. Rb3d travaille sur des membres mécatroniques, c’est-à-dire des systèmes combinant à la fois la mécanique, l’électronique et l’informatique, dont la structure d’ensemble porte la charge à la place du corps humain. L’actuel modèle baptisé Hercule est ainsi en cours d’évaluation par la DGA en ce moment. Exosquelette de nouvelle génération, Hercule est capable d’actions réversibles au niveau de ses articulations et, comme le HAL japonais, il n’est pas commandé mais asservi ce qui veut dire qu’il détecte un mouvement et l’accompagne plutôt que d’attendre un ordre.


La question des exosquelettes militaires ne relève pas de la recherche d’un nouveau gadget technologique, mais d’un vrai problème soulevé récemment (et de plus en plus fréquemment) par les observations des médecins militaires. La tenue de nos combattants modernes n’a jamais été aussi lourde (40 kilos en moyenne), et dans un contexte tactique prolongé cela a des conséquences inquiétantes sur la santé des soldats. L’évolution dans des reliefs difficiles avec des charges permanentes particulièrement pesantes, de longues positions inconfortables par des températures extrêmes, finissent par user prématurément les articulations des soldats dont un nombre grandissant développent désormais des cas d’ostéoarthrite avant l’âge de 30 ans. Des rapports médicaux américains portant sur de jeunes hommes et de jeunes femmes de retour d’Irak et d’Afghanistan, montrent que ces derniers sont fréquemment atteints par une dégénérescence anormale des cartilages des genoux, de la hanche mais surtout de la colonne vertébrale. Beaucoup retournent ainsi à la vie civile avec des articulations de vieillard et la perspective de souffrances chroniques pour le reste de leur vie.


L’équipement du fantassin français, félinisé ou non, n’étant pas plus léger que celui du fantassin américain, la probabilité que nos soldats développent eux aussi ce type de dégénérescence est donc, elle aussi, élevée. Le poids - de l’arme et de l’armure autrefois, des munitions et des protections balistiques aujourd’hui - a toujours été la servitude de l’infanterie. Les exosquelettes ne résoudront certainement pas tous les problèmes, mais ils permettront sans nul doute dans un avenir proche (1) de soulager considérablement la charge de nos fantassins.

 

(1) L’exosquelette Hercule de Rb3d est actuellement en présentation au salon MILIPOL (le salon mondial de la sécurité intérieure) du 18 au 21 octobre 2011. Sa commercialisation est prévue pour 2014.

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 09:11

KABOUL SEPTEMBRE 2011, LE PARADIGME DE L’OFFENSIVE DU TÊT?

 

Kaboul---Infographie-2011.jpg

L'attaque des 13-14 septembre 2011 (source - Le Figaro)

 

Mardi 13 septembre 2011, deux jours après les commémorations du dixième anniversaire des attaques du 11 septembre 2001, les Taliban ont lancé un spectaculaire assaut dans la capitale afghane même. L’affaire n’est pas nouvelle: le Ministère de la Défense, l’hôtel Intercontinental et le British council avaient déjà fait l’objet d’attaques ces derniers mois. Cette fois, ce fut au tour du quartier général de l’OTAN/ISAF, de l’ambassade des États-Unis et de casernes de police, d’être l’objet d’une vague d’attaques suicides coordonnées. Les insurgés armés de mortiers et de lance-roquettes, en plus de leurs armements individuels, ont été identifiés comme appartenant au réseau Taliban Haqqani. Un réseau terroriste situé au Pakistan, lié à Al Qaida, et qui opère aussi en Afghanistan.

 

Aucun soldat occidental n’a été tué, mais une quinzaine de civils et de policiers afghans ont péri au cours de l’attaque. Les neuf Taliban ayant participé aux combats ont été abattus, les derniers d’entre eux étant éliminés mercredi matin. L’assaut Taliban en plein coeur de la capitale afghane n’a donc pas fondamentalement renversé le rapport de forces, ni changé quoi que ce soit d’un point de vue militaire stricto sensus.

 

Était-ce cependant le but des Taliban? L’effet recherché était avant tout médiatique et psychologique, en montrant aux caméras et aux médias du monde entier que la première ville du pays n’est pas à l’abri d’attaques dix ans après l’intervention occidentale. Pire, les symboles même de cette intervention et de la puissance occidentales peuvent être directement pris à partie, et ne sont nullement en sécurité. Peu importe que tous les combattants insurgés aient été éliminés, et que leur opération se soit soldée par un échec tactique complet. Seul compte l’effet médiatique et psychologique tel celui qui, au coeur de la bataille de Saigon en janvier 1968, décida du tournant de l’engagement américain au Vietnam, partant la défaite politique  de la grande puissance et de l'État qu'elle soutenait alors. L’offensive de 1968 du Général Giap peut être considérée à juste titre comme un paradigme.


 

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