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L'INDOCHINE FRANCAISE (1858-1954)
 
Un peu d’histoire: la conquête (1858-1897)


    Rappelons que dès le XVIe siècle des missionnaires, en particulier des jésuites se sont installés dans le pays. L’un d’eux est resté célèbre jusqu’à ce jour. Il s’agit de Monseigneur de Rhodes qui traduisit les pictogrammes vietnamiens en latin et permit ainsi l’utilisation de notre alphabet. Une rue d’Hanoï porte toujours son nom.


    La situation au milieu du XIXe siècle était très confuse dans la région. Le Cambodge - ou l’Empire khmer avait disparu au XVe siècle - et le Laos sont en voie de disparition au profit du royaume de Siam et de l’empire d’Annam. Ce dernier était vassal de la Chine et devait payer un tribut qui fut ponctuellement payé jusqu’à l’arrivée des Français.


    À la même époque l’Europe, en particulier l’Angleterre et dans une moindre mesure la France est en pleine industrialisation. Elle connaît une forte croissance démographique et un dynamisme économique élevé. Elle recherche des débouchés pour ses produits et des matières premières. L’Empereur Napoléon III soutient l’expansion économique vers la Chine et le Sud est asiatique il veut en outre protéger les chrétiens.

L'Empereur Napoléon III (1808-1873)


    L’Angleterre a déjà constitué un empire colonial colossal. Contre  la Chine, elle entraîna la France dans « la seconde Guerre des Boxers » (1858-1860). L’Amiral Rigault de Genouilly reçut l’ordre de faire une démonstration vigoureuse en Annam. Il débarqua à Tourane en 1858 et se sa propre autorité à Saigon pour assurer la protection des missionnaires. La France obligea l’empereur vietnamien Tu Duc à dénoncer le protectorat chinois et entra au Tonkin. Ainsi alors que Napoléon III n’avait conçu qu’une simple aventure commerciale les événements lui donnaient une vaste colonie.


    En 1883, l’Amiral Courbet entreprend la conquête de l’Annam et du Tonkin. La conquête est difficile aussi bien au Sud qu’au Nord. En 1885, après l’épisode dramatique de Langson qui entraîna la chute de Jules Ferry la Chine signait le traité  reconnaissant la tutelle française sur les régions Annam et, Tonkin. La France assurait un protectorat sur le Cambodge, le royaume d’Annam et le Tonkin et administrait directement  la Cochinchine.


Jules Ferry (1832-1893)


    Il faut attendre l’arrivée du Gouverneur général Paul Bert en 1897 pour voir mis en place un vrai plan de développement du pays et sa modernisation. Des banques, des hôpitaux, des écoles, des routes des ponts des voies ferrées sont réalisés. Sous l’impulsion de la France le territoire indochinois se transformait significativement, mettant en œuvre un véritable progrès de l’agriculture. Par la construction de réseaux hydrauliques et de digues, ou par le biais de grandes plantations d’hévéas (arbre à caoutchouc), de thé ou de café. Le sous-sol fut systématiquement exploité (houille, étain, antimoine), les industries textiles et alimentaires développées (1).


    Malheureusement, le poids de la fiscalité, la corruption omniprésente, la lenteur de l’alphabétisation  favorisaient les soubresauts nationalistes (2). D’autant que l’Indochine n’était pas une colonie de peuplement. La société coloniale se composait essentiellement, de fonctionnaires civils et militaires et de planteurs d’hévéas, d’entrepreneurs au nombre de 40 000 approximativement.


La période intermédiaire (1900-1939)

    Avec la France s’éloignent les disettes, l’insécurité, les épidémies (variole et choléra), et l’âpreté de la féodalité mandarinale. Mais dans le même temps apparaît une nouvelle société  : une bourgeoisie enrichie par le commerce et l’industrie, une classe moyenne formée de fonctionnaires et d’employés liés aux structures coloniales et  un prolétariat vivant du travail dans les mines ou  dans les plantations d’hévéas qui s’ajoute à la masse paysanne fidèle aux traditions. Malgré ces disparités sociales, grâce au progrès sanitaire, a la paix, à un niveau de vie en augmentation, la population passe de 18 à 23 millions d’habitants entre 1921 et 1936.


    Mais l’entre-deux-guerres vit le développement des idées nationalistes et surtout anticolonialistes avec l’appui du parti communiste et de la SFIO. La crise économique de 1929 aggrava la situation et dévalua la piastre. En 1930, le Parti Communiste Indochinois (PCI) organise la conquête et le contrôle des populations du Tonkin, de l’Annam et de la Cochinchine. Des émeutes éclatent. Elles sont réprimées, mais ils provoquèrent en France l’indignation des partis de gauche. Le gouvernement français chercha à s’appuyer sur l’élite annamite modérée. La conquête s’était faite contre les mandarins. La colonisation avait provoqué une mutation de la classe dirigeante et les nouveaux mandarins réclamaient leur place dans le système colonial. Pour n’avoir pas su les intégrer, la politique française rejetait une partie d’entre eux dans l’opposition et la révolte (3).


La perte de l’Indochine

    En 1931 le Japon attaque la Chine sans déclaration de guerre. La Chine nationaliste reçoit de l’aide des Etats–Unis par le Tonkin. En 1939, le Japon envahit les îles Paracels et Spratley pour intimider la France. Mais en Europe la guerre se profilait et la politique de défense de la France était tournée vers le théâtre  européen. Par ailleurs les forces militaires françaises sur place étaient très faibles (40 000 hommes) et très mal équipées. Or en novembre 1939 des divisions japonaises étaient au contact direct des forces françaises à la frontière chinoise.


    La défaite française de 1940 bouleversa l’équilibre des forces au profit du Japon qui adressa un ultimatum au gouverneur de l’Indochine, le Général Catroux, qui, en l’absence de directives gouvernementales et de l’appui des alliés, accepta de discuter des modalités du contrôle de la frontière avec la Chine. Il fut désavoué par Vichy qui le remplaça par l’Amiral Decoux. Celui ci refusa de suivre de Gaulle, mais prit une attitude ferme vis-à-vis des Japonais. Toutefois il ne put s’opposer à l’entrée et à l’entretien de 6000 hommes au Tonkin et de graves incidents eurent lieu en octobre novembre 1940 à la frontière chinoise. Simultanément des émeutes fomentées par le PCI eurent lieu en Cochinchine. Le Siam estima que le moment était venu de récupérer des territoires au Cambodge. Les forces françaises réagirent. Pour éviter la défaite du Siam le Japon proposa sa médiation.


    Le 29 juillet 1941 le gouvernement de Vichy fut contraint de signer un nouveau traité qui accordait au Japon  le droit d’utiliser nos bases navales et de débarquer 50 000 hommes. Mais tout en ayant des rapports cordiaux avec l’administration française les Japonais encourageaient les mouvements nationalistes et les campagnes antifrançaises. De son côté, l’Amiral Decoux, fidèle au gouvernement de Vichy mis sur pied une politique basée sur la suppression des assemblées élues, sur le recours croissant au personnel indigène et l'application du programme de la « Révolution  nationale ». Il s’efforçait de temporiser en attendant des jours meilleurs.


    En septembre 1944, le Général Mordant devint le chef de la résistance française. Compte tenu du contexte son action fut essentiellement tournée vers le renseignement. La situation était particulièrement confuse. Le 9 mai 1945 les Japonais attaquèrent, sans préavis les garnisons françaises et commirent des atrocités sur les civils et les militaires. Ils poussèrent l’empereur Bao Dai à déclarer l’Indépendance. Mais en août 1945 la capitulation japonaise permit à Hô Chi Minh et aux communistes de prendre le contrôle du pays. Bao Dai démissionna.


Hô Chi Minh (1890-1969)


    La conférence de Potsdam, à laquelle la France n’avait pas été conviée, avait divisé l’Indochine au niveau du 16e parallèle. Les Chinois au Nord pillaient le pays, les Anglais au sud soutenaient les Français. Les Américains regardaient sans intervenir La confusion était à son comble. Des incidents éclatèrent dans le sud. Jean Sainteny et le Général Leclerc entamèrent  des discussions avec Hô Chi Minh qui semblait ouvert à un accord. Mais les conférences de Dalat et surtout de Fontainebleau furent des échecs cuisants en raison de l’opposition du gouvernement à toute indépendance et unité du Vietnam. Et à l’action des extrémistes des deux bords. Le 19 décembre 1946, après une série d’incidents, le Vietminh lança une attaque sur le Tonkin. La guerre venait de commencer.



La guerre (1946-1954)

    Elle durera huit années. Commencée comme une action de décolonisation, elle se poursuivra dans le cadre de la Guerre froide comme un épisode de l’affrontement des deux blocs. Elle coûtera à la France 47 000 morts ou disparus. La métropole qui sort exsangue de la guerre se désintéresse des opérations d’Indochine  à 14 000 kilomètres. De plus, seuls les soldats professionnels sont concernés. Le parti communiste et ses organisations associées lance des action contre « la sale guerre ». Et pourtant la France représentée par son gouvernement, s’efforce de faire face :


-    En accroissant les forces militaires qui passent de 67 000 en 1946 à 180 000 en 1954, complétées par 57 000 supplétifs
-    En essayant de trouver des solutions politiques, accords de la Baie d’Along en 1948 accordant l’indépendance au Vietnam de Bao Dai…
-    Développement d’une armée vietnamienne

Artilleurs français

    La guerre se poursuit. Elle oppose le Viet-Minh qui mène une guerre révolutionnaire : contrôle des populations, formation politique, discipline de fer, embuscades, guérilla permanente, entrave des voies de communication. Les forces françaises, essentiellement concentrées dans les villes, sont moins mobiles. En 1950, la Chine est devenue communiste et soutient le Viet-Minh, qui peut alors passer à la deuxième phase de la guerre révolutionnaire en engageant de grandes unités. De 1950 à 1952, le Général de Lattre de Tassigny résiste victorieusement aux tentatives viets contre le delta du Fleuve Rouge au Tonkin.


Le Général Jean de Lattre de Tassigny (ci-dessus) et le Lieutenant Bernard de Lattre de Tassigny (ci-dessous). Père et fils devaient combattre ensemble en Indochine. Jean de Lattre verra, cependant, son fils mourir à la bataille de Ninh Binh le 30 mai 1951


    Malgré le soutien matériel des Américains, l’offensive se poursuit sur tous les fronts. Pour stopper l’offensive viet vers le Laos et casser son corps de bataille, le Général Navarre crée le camp retranché de Diên Biên Phû. Le Général Giap relève le défi par une mobilisation de tous ses moyens en particulier logistiques et l’appui de la Chine. Il concentre 70 000 hommes et plus de 100 piéces d’artillerie.

Parachutistes français dans la cuvette de Diên Biên Phû
    Le piége se referme sur les 15 000 Français qui, isolés, se battent avec courage et détermination. Les pertes des assaillants sont énormes, mais l’étranglement du camp retranché se poursuit. L’héroïsme des combattants atteint des sommets. Le Silence se fait sur le camp le 7 mai 1954. Sur les 10 300 hommes dont 4300 blessés faits prisonniers à Diên Biên Phû, seuls 3300 seront rendus. Les autres souvent laissés sans soins, épuisés, affamés, maltraités ont perdu la vie sur les routes qui conduisaient aux camps de détention.


Blessés français durant la bataille de Diên Biên Phû

    En France, le choc est énorme,le nouveau gouvernement de Pierre Mendès France signe les accords de Genève qui mettent fin au conflit (temporairement !). La France quitte le pays, mais l’influence française demeure.

(1) Cf. Histoire universelle.
(2) Cf. FÉRIER (Gilles), Les trois guerres d'Indochine, PUL, 2004, 168 p.
(3) Cf. GRAS (Yves), Histoire de la Guerre d'Indochine, Denoël, 1992, 609 p.

Mémorial dédié aux combattants de la Guerre d'Indochine. Le monument se trouve à Fréjus

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