/ / /
    UNE EXPERIENCE DE LUTTE CONTRE LES SNIPERS À SARAJEVO (1993-1994)

Récit du Lieutenant Michel Goya

Toutes les photographies, à l'exception de celle du complexe sportif de Skanderja (fournie par l'auteur), ont été ajoutées par l'Enseignant Défense à des fins d'illustration

Le complexe sportif de Skanderja où le Lieutenant Goya et ses hommes vont demeurer durant 6 mois de juillet 1993 à janvier 1994

Welcome to Sarajevo

    Le 7 juillet 1993, le détachement précurseur, organisé autour d’une compagnie d’infanterie de marine (1), pénètre dans Sarajevo. Nous sommes guidés par des éléments du BATINF 2 (2) vers notre future base, le complexe sportif de Skanderja, au cœur de la vieille ville musulmane. Les pavillons ravagés à l’entrée de la ville, les kilomètres déserts de « Sniper Avenue », le regard des habitants, les graffitis « Welcome to Sarajevo » ou « Apocalypse Now », sont autant d’images fortes qui nous mettent dans un état étrange, mélange d’angoisse et d’exaltation.

    Parvenu sur place, nous amenons au plus près nos camions et organisons une chaîne humaine pour décharger le matériel. Des coups de feu claquent autour de nous, les casques bleus du BATINF 2 font mine de ne pas les avoir remarqué. Nous sommes à quelques centaines de mètres de la ligne de front et ces tirs semblent être tout à fait banals aux « anciens ». Nous adoptons la même attitude et contrôlons nos sursauts pour ne pas perdre la face.

    Je pénètre dans le complexe sportif, qui m’apparaît comme un immense labyrinthe. En sortant, je traverse le gymnase et prends véritablement contact avec la réalité de la guerre. Au milieu du terrain de basket, je reconnais le médecin du bataillon et l’adjudant d’unité. Ils sont penchés sur un homme allongé et entouré d’un cercle rouge grandissant. Le capitaine P. essaye d’endiguer le flot qui s’échappe de la gorge. Le visage du blessé est tellement déformé que je n’arrive pas à l’identifier. Le caporal P. a été touché alors qu’il attendait seul au volant de son camion (point X sur le plan) (3). Malgré la gravité de sa blessure, il est parvenu à rejoindre les marsouins qui débarquaient le matériel. Là, deux hommes l’ont traîné à l’abri et ont tenté d’arrêter l’hémorragie en attendant le médecin.
    Je ne m’en rends pas compte, mais cette vision a déclenché en moi quelque chose. Je cours à l’extérieur où règne une certaine tension. Les tirs claquent par intermittence mais nous sommes incapables d’en déterminer l’origine, ni même de savoir s’ils nous sont tous destinés. Une rafale frappe le mur au-dessus d’un des mes groupes, placé en protection. La menace semble provenir de la zone A, un ensemble de bâtiments donc nous ignorons s’ils sont occupés par des civils. Il faut donc agir avec précision. Le chef du détachement donne l’ordre à un chef de section de placer ses trois tireurs d’élite, sur la plate-forme, face à la zone A et d’ouvrir le feu sur toute menace (voir croquis). N’ayant rien d’autre à faire, je récupère mes tireurs et je me joins à lui. Le troisième chef de section fait de même. Nous plaçons nos tireurs derrière les pots de fleurs et je me tiens debout, à côté d’eux, jumelles en mains. Je me sens très calme, presque euphorique, déconnecté du danger et en même temps « hyper-vigilant ». Nous faisons ouvrir le feu sur des cibles très fugitives. Pendant ce temps, la compagnie, à quelques mètres de là, continue imperturbablement de décharger le matériel. Je crois me souvenir que des journalistes étaient là, en train de nous filmer, ce qui n’a pas manqué sans doute d’influencer notre comportement.

    Nos tirs sont très maladroits. Je m’efforce d’employer un cadre d’ordre rapide inspiré des méthodes des chars (« à 2 heures, 300 (4), bâtiment blanc fenêtre de gauche, feu ») mais cela est vain. Nous ne connaissons pas précisément la distance, condition préalable à l’efficacité des tirs au FRF2 (fusil de précision dont la lunette nécessite d’être réglée à la distance de tir) et nos hommes n’ont jamais fait de tir en site positif ou négatif (5). Même avec des ordres rapides, l’acquisition des objectifs est trop longue face à des ennemis fugitifs et cachés. Surtout, nous restons liés à l’idée qu’il faut tirer sur des cibles visibles, comme au champ de tir. Nous cherchons à abattre des hommes sans comprendre que le but de ce combat est purement psychologique. Les miliciens bosniaques qui nous agressent cherchent, au mieux à nous empêcher de nous installer au milieu de leur secteur, au pire à nous tester. Il n’est pas exclu non plus que des snipers serbes de la zone B participent à la fête. Dans ces conditions et afin de montrer notre détermination, il faut mieux tirer massivement sur des zones, bien choisies, même s’il n’y a personne. À ces distances (300-400 m), nous aurions pu ainsi utiliser les fusils mitrailleurs « minimi » que avons perçu quelques jours avant de partir. Mais ces armes ne sont donc que grossièrement réglées (en tirant, depuis le bateau, sur des sacs poubelles jetés à l’eau), nous n’avons pas l’habitude de les employer et surtout nous avons peur de toucher des civils en « arrosant ». Nous restons ainsi à échanger des tirs jusqu'à le fin de l’après-midi, mais nous sommes trop vulnérables à l’extérieur et nous recevons l’ordre de nous replier dans le bâtiment. (…)

    Le soir même, réfléchissant à ces événements, nos lacunes me sautent aux yeux. Nous sommes certes partis sur ce territoire en quelques jours, sur décision politique, mais dans les mois précédant notre départ nous ne nous sommes jamais sérieusement entraînés à cette éventualité. Nous n’avons donc qu’une connaissance très limitée du milieu dans lequel nous sommes immergés et nous sommes englués dans des procédés inadaptés. Les chefs de groupe doivent diriger le feu de 8 armes différentes avec, réglementairement, un cadre d’ordre (une liste d’ordres successifs) différent pour chacune d’elle. Dans un contexte d’accrochages rapides, c’est parfaitement illusoire. L’entraînement au tir a consisté, pour la plupart de nos hommes, à ouvrir le feu « au poser » (tir de précision avec contrôle de respiration, de la pression du doigt sur la détente, etc…) sur des cibles au « garde à vous » à 200 mètres et jamais sans ordre. Maintenant il faut effectuer des tirs « réflexes », de sa propre initiative et sur des cibles « floues ».

    Nous en voulons à ceux qui nous ont envoyé  à Skanderja, au beau milieu de la 10ème brigade de montagne, une unité bosniaque commandée par Caço (prononcer Tsatso). Ce dernier est une sorte de Pancho Villa, qui n’hésite pas à racketter les civils pour acheter des armes et des munitions. Il a tué plusieurs de ses hommes qui mettaient en doute son autorité et égorgé le fils du chef des forces spéciales de la police de Sarajevo. Cet ancien guitariste, un peu proxénète, est capable aussi d’une grand courage physique. Nous le verrons, avec ses hommes, monter à l’assaut de la colline face à nous et se faire étriller par les tirs directs des chars serbes qui sont postés de l’autre côté de la colline. Il règne dans ce secteur de la ville en maître indépendant. Inutile de préciser qu’il ne voit pas d’un bon œil l’installation d’un bataillon français au milieu de son fief. (…)

    La première nuit, les sentinelles, qu’aucun barbelé ne protège, vivent un enfer sous des tirs permanents. Ne parvenant pas à dormir sur le sol dur du parking souterrain qui sera désormais notre zone de vie, je vais me promener. À l’extérieur, je vais rejoindre des marsouins postés dans un VAB. L’ambiance est surréaliste. Les combats sont furieux. Par les portes arrières du véhicule, je vois surgir un milicien surgir de l’autre côté de la rivière. Il porte un lance-roquette et mon sang ne fait qu’un tour, mais ce n’est pas à nous qu’il en veut mais au bâtiment du Parlement à quelques centaines de mètres de nous. La déflagration est impressionnante, mais le mur ne semble pas avoir beaucoup souffert. Je cours jusqu’à un autre VAB. Une faune misérable s’y est agglutinée. Des enfants proposent des revues pornos à mes soldats. Un homme me lance un « Do you want pic-pic » en faisant le geste d’une injection de seringue. Après lui, des filles viennent se vendre pour une boite de Coca cola. Nous les chassons mais d’autres reviendront tant que nous n’aurons pas installé des barbelés. Je me dis que les six mois seront longs. (…)

Carte de Sarajevo montrant le tracé de la "Sniper avenue"

L’échec de l’équipe d’alerte

    De retour au bâtiment, pour faire face à des attaques similaires à la veille, je propose de constituer une équipe d’alerte avec mes trois tireurs d’élite et de la placer à l’intérieur du bâtiment, près de la plate forme. Au « coup de sifflet », ils interviendront face à la zone A. Le soir, je constate que l’on a jamais fait appel à mon équipe alors que des marsouins ont été pris pour cible (ou ont cru l’être). Je remarque aussi que les tirs ne semblent plus venir de la zone A mais plutôt de la zone D. La situation est donc plus complexe que je n’imaginais. Je découvre que nous sommes face à des êtres humains, intelligents, expérimentés et qui n’ont pas spécialement envie de mourir. Après nos ripostes sur la zone A, les miliciens de Caço ont simplement changé de place. Ils sont plus prudents que la veille et ouvrent le feu de plus loin. La précision de leurs tirs a chuté, mais la pression qu’ils exercent sur nous est intacte. Nous avons au moins un temps de retard sur eux.

    Je propose donc de passer « à la vitesse supérieure » et de créer deux postes permanents de tireurs d’élite : le poste 1 dans le casino, face aux zones A, B et C ; le poste 2, dans le bâtiment principal face à la zone D. Il y aura toujours un tireur prêt à ouvrir de feu, jour et nuit ; les deux postes seront reliés par radio et sous mon commandement. Pour armer ces deux postes, les 9 tireurs d’élite de la compagnie me sont affectés.

    Nous nous installons pour la nuit dans ces deux postes. Celui dans lequel j’essaie de dormir n’a plus de fenêtre. Je peux entendre tout ce qui se passe à l’extérieur et en premier lieu les obus serbes qui tombent. Je sais que le toit est suffisamment épais pour y résister mais les civils aux alentours n’ont pas cette chance. Un obus de gros calibre tombe très près. L’explosion est terrible, mais marque la fin du pilonnage. Dans le silence qui suit, j’entends une plainte. C’est une femme qui pleure. Elle va pleurer ainsi toute la nuit sans que nous intervenions. Sur le moment le fait de ne pas être allé à son secours nous paraissait évident. Nous ne savions pas où elle était, la zone était hostile et nous n’avions pas le droit de pénétrer dans les bâtiments bosniaques. Maintenant en écrivant ces mots, je suis plus dubitatif. Nuit difficile.

Les postes

    Dès le lever du jour nous nous attelons à la tâche. Dans chaque poste, nous créons trois emplacements de tir. Chacun doit pourvoir accueillir un tireur, en position confortable, allongé ou assis dans un fauteuil en cuir. Le canon de l’arme ne doit pas être apparent et l’ouverture de tir est restreinte. Nous renforçons les murs. Chaque poste doit pouvoir accueillir trois tireurs simultanément en cas d’alerte maximum (cela n’arrivera jamais), sinon un seul est occupé en permanence et un autre sert de leurre. Nous plaçons un casque bleu et un bâton (pour simuler un canon de fusil) bien apparents. Nous espérons attirer ainsi les coups sur ce poste et repérer le tireur.

    Un problème se pose immédiatement. Le casque bleu est comme un gyrophare au-dessus de nos têtes. Je propose donc d’utiliser un couvre-casque vert au moment des tirs ; cela m’est refusé. J’inverse donc le raisonnement et décide de mettre un fond bleu sur tous les postes de combat de façon à « noyer » la couleur du casque. On tapisse donc chaque emplacement de tir de drapeaux ONU et de cartons bleus (les emballages vides de nos bricks d’eau). Je précise qu’avec la menace permanente des tirs d’artillerie la solution de placer les postes sur les toits n’a jamais été sérieusement  envisagée.

30 secondes chrono

    Simultanément à ces travaux, j’ouvre un cahier d’enseignements tactiques où je note tout ce que nous faisons, nos erreurs et nos réflexions. Fidèle à ma formation, je cherche à traduire ma mission en « effet majeur » simple et clair. Je pose donc comme but à atteindre : « un tir de riposte efficace dans les 30 secondes qui suivent une agression ». Il s’agit au mieux d’atteindre les tireurs, au pire de leur imposer des règles de prudence qui réduisent leur efficacité à zéro. Je cherche à décomposer le processus qui peut me permettre d’atteindre ce résultat afin d’en optimiser chaque composante. La séquence est en fait assez simple :

1- Constater l’agression
2- Acquérir l’objectif
3- Décider de la riposte
4- Riposter
5- Apprécier l’efficacité de la riposte

    Il s’agit maintenant de gagner du temps sur chaque étape. L’étape 3 (décider de la riposte) a posé des problèmes à de nombreux bataillons. Beaucoup de chef de corps se réservaient en effet la décision d’ouvrir le feu. Sans juger des motifs de cette décision, il faut constater que cela imposait forcément des délais qui réduisaient considérablement l’intérêt et l’efficacité de la riposte. Le bataillon n’avait pas ce problème puisque l’appréciation de l’opportunité de l’ouverture du feu était décentralisée au plus bas échelon. Vers la fin du mois de juillet, alors que le bataillon était au complet, deux miliciens surgirent sur le pont de Skanderja et « rafalèrent » sur la sentinelle. Le marsouin en faction n’a pas réagi. Cet incident fut donné à tout le bataillon comme exemple à ne pas suivre. La décision d’ouvrir le feu était donc à l’initiative des tireurs d’élite. En réalité ils n’osèrent jamais et me demandèrent toujours l’autorisation avant de tirer. Les autres étapes furent plus délicates à gérer.


Acquérir les objectifs

    Nous avons d’abord cherché à voir, c’est-à-dire à surprendre nos ennemis en « flagrant délit » d’agression. En permanence nous avions un tireur en train d’observer face à une direction dangereuse avec la lunette de son arme. La cellule renseignement du bataillon nous a prêté une caméra grossissant plusieurs centaines de fois et la nuit nous avons utilisé des caméras thermiques dans l’espoir de voir des départs de coups. Cette voie s’est avérée rapidement sans issue. Les snipers sont trop bien postés pour être visibles.

    Il reste alors le repérage par le son. Or, celui-ci s’avère beaucoup plus complexe que prévu. À l’intérieur du bâtiment on n’entend peu les tirs et à l’extérieur lorsqu’on est occupé, il est difficile de comprendre ce qui se passe. Alors que j’inspectais des travaux de mise en place de barbelés, j’ai soudain entendu quelqu’un hurler : « sniper » et tout le monde s’est enfui dans tous les sens. Je me suis posté derrière un engin du génie. Il me restait environ 8 mètres avant de pénétrer dans le bâtiment principal et d’être en sécurité. Mon cerveau s’est alors mis à fonctionner très vite. Je n’avais remarqué aucun bruit de détonation, le tireur devait donc être assez loin. Je n’avais pas, non plus, entendu de rafales. Il s’agissait donc probablement d’une arme à répétition avec lunette.

    Pour franchir, disons 300 mètres, une balle met environ 0,4 secondes. En admettant que le tireur est prêt à tirer et vise dans ma direction, il lui faudra environ 0,3 secondes pour appuyer sur la détente. Je dispose donc de 0,7 secondes. En ce laps de temps, un homme équipé (casque, gilet pare-balles, etc..) peut parcourir au maximum 5 mètres. Il me manque encore 3 mètres. Je décide donc d’attendre. Soit il tire à nouveau et le temps qu’il réarme et reprenne la visée, je pourrai foncer ; soit, il attend et sa vigilance va se réduire. Il lui faudra alors plus de temps pour acquérir l’objectif et appuyer sur la détente. J’attends donc une minute et je cours. En réalité, il est peu probable qu’il y eut le moindre tir sur nous ce jour-là mais je constate surtout que personne n’a pris la peine d’averti les postes anti-sniping et surtout, qu’il est presque impossible lorsqu’on est occupé, de déterminer avec précision l’origine d’un tir.

    Je remarque cependant que nous disposons d’observateurs permanents à l’extérieur de l’enceinte : les sentinelles. J’entreprends alors de coordonner l’action de la garde du site et de la cellule anti-sniping. Nous adoptons un réseau radio commun (personne n’y avait songé) et je demande que les sentinelles signalent le plus précisément possible les agressions. Les personnels du bataillon reçoivent la consigne de transmettre tout renseignement à la garde.

    Nous nous heurtons alors à un nouveau problème : les désignations d’objectif par radio, en ambiance de stress, sont des plus imprécises. Il nous faut plusieurs minutes pour comprendre ce que nous annoncent les sentinelles et identifier à peu près d’où viennent les tirs. Il faut trouver un moyen de supprimer ces distorsions. Je fais alors appel au bon dessinateur de la compagnie et je lui demande de dessiner tous les alentours du bâtiment de Skanderja à la fenêtre près. Son croquis est ensuite « renseigné ». Chaque bâtiment est baptisé d’un prénom et chaque fenêtre reçoit un numéro. Je prends un télémètre laser et calcule les distances de tous les bâtiments environnants. Le croquis est ensuite photocopié en de multiples exemplaires et largement distribué, avec une version réduite pour les sentinelles. Ainsi lorsqu’on entend sur le réseau : « tir, origine possible Alfred 2 », l’information est rapide et non déformée. De plus, l’étape 4 (le tir) est facilitée car j’impose à chaque tireur d’apprendre le croquis par cœur, en particulier les distances des objectifs. Lorsqu’il faut se mettre en position de tir et régler sa lunette on gagne ainsi de précieuses secondes.

    Le système me paraît au point, pourtant nous sommes toujours incapables de déterminer, parmi les centaines de tirs qui nous entourent ou nous survolent quotidiennement, ceux qui nous sont destinés et d’où ils viennent. Je trouve la solution dans le manuel du sous-officier de 1949.

Les phénomènes sonores

    Une balle se déplace à une vitesse qui dépasse largement celle du son (330 m/s). Comme tout objet supersonique cette balle déplace autour d’elle une onde qui se matérialise par un « bang » violent. Ce « bang » ressemble beaucoup à celui d’une détonation. Donc, celui qui ne connaît pas ce phénomène confond systématiquement bang et détonation de départ. Il s’ensuit des confusions sur l’origine des tirs. (…)

    Les anciens utilisaient le terme mnémotechnique TAC-SI-TO : TAC (bang)-SI (sifflement)-TO (détonation). S’il s’agit d’un tir en rafale, on aura quelque chose dans le genre : TAC-TAC-TAC-SI-TO. S’il ne connaît pas le phénomène, [le sujet visé] va confondre le bang de la détonation avec le départ du coup et sera persuadé que le tireur est à proximité de lui et au Nord. Il va donc réagir face à une mauvaise direction et surestimer le danger. S’il connaît le phénomène, il attendra le deuxième bruit, celui de la détonation. Celui-ci lui donnera l’origine du tir. En comptant les secondes il peut également estimer la distance. Bien sûr, si le tir est proche les deux bruits sont confondus.

    La méconnaissance de ce phénomène avait donné naissance au mythe des balles explosives pendant la Première Guerre mondiale. À Sarajevo, au BATINF 4, cela a conduit à des confusions pendant six mois, d’autant plus que le paysage urbain trouble les phénomènes avec des échos ou, au contraire des assourdissements. Quand le reste du bataillon est arrivé, j’ai fait un rapport à ce sujet mais j’ai dû mal le rédiger car les confusions ont perduré.

Sniper serbe

Les statistiques

    Jour après jour, le système se perfectionne. Comprenant qu’il est très difficile de prendre un tireur « en flag », j’essaie de concentrer la surveillance sur des zones précises en découvrant les postes de tir des snipers qui nous entourent.

    J’organise une patrouille dans la zone A pour déterminer les zones de tir possibles depuis ce secteur (et aussi, je l’avoue, pour provoquer une poussée d’adrénaline). C’était de cette position que les soldats de Caço nous avait agressé le jour de notre arrivée. Je constate qu’il s’agit d’un bâtiment en ruines, vide de tout habitant. Nous aurions pu être beaucoup plus violents. J’analyse les impacts de balles en essayant de déterminer leur direction d’origine. Je m’intéresse plus particulièrement aux objets percés par les tirs, et en plaçant un fil de fer entre les trous d’entrée et de sortie j’obtiens grossièrement un angle de tir. Les trous doivent être marqués pour éviter de refaire plusieurs fois les mêmes mesures (je viens d’y penser en rédigeant ce texte). Je fais des calculs de site pour déterminer les angles morts et les impossibilités de tir. En faisant l’hypothèse que les snipers utilisent des emplacements vides d’habitants, je parviens ainsi à localiser quelques zones probables d’origine des tirs que nous surveillons plus particulièrement. Sans succès.

    Après l’espace, je me concentre alors sur le temps. Je fais noter sur une fiche tous les renseignements possibles sur les tirs ennemis : origine probable, calibre et horaire. Je m’aperçois ainsi que les snipers, qui exercent leur « métier » depuis des mois, ont pris des habitudes. Ils tirent peu la nuit et pendant les horaires de repas. Je fais concentrer la surveillance sur les zones probables en fin de matinée et en milieu d’après midi. Nous ne voyons toujours rien.

    Je comprends alors qu’il est illusoire d’attendre une belle cible pour ouvrir le feu. Nous décidons alors de riposter, en aveugle, dans les fenêtres des zones probables d’origine des tirs. Le processus est alors simplifié. Il suffit alors d’annoncer « tir sur nous, origine probable Martin » pour déclencher un tir sur les fenêtres de ce bâtiment dans les secondes qui suivent. Mes tireurs ont du mal à le comprendre. Déjà très réticents à tirer sans ordre, ouvrir le feu sur des zones vides leur paraît très étrange. Un matin, je suis même obligé d’arracher le fusil d’un tireur pour ouvrir le feu à sa place. À cet instant, je m’aperçois qu’ils sont épuisés à rester ainsi en poste jour et nuit. J’entreprends alors de renforcer les effectifs pour permettre aux hommes de prendre plus de repos. Je crée un cours accéléré de tireurs d’élite. L’instruction est purement théorique et s’effectue dans le parking où nous vivons. De toute façon, le tir est très simple, il suffit de savoir afficher une hausse précalculée et de tirer dans une fenêtre.

Les mesures passives

    La dissuasion par une riposte immédiate ne suffit pas, il faut également réduire les possibilités de tir adverses et donc ses probabilités de coups au but. La mise en place des containers gêne considérablement la vision depuis les zones A et D. Il suffit alors d’éviter la plate-forme. La zone C, qui nous surplombe, est plus gênante mais finalement moins dangereuse car elle offre moins d’abris pour les snipers. L’ambiance stressante de la nuit nous pose problème. Les sentinelles se plaignent d’être poursuivies par les points lumineux de viseurs lasers, mais le plus stressant est d’aller aux WC « chimiques », qui, pour une raison qui m’échappe encore, ont été initialement placés dans la rue. Les trous dans les parois et l’idée que l’on peut se faire abattre dans cet endroit sont des plus déplaisants.

    Je fais donc installer, entre Skanderja et la zone B, des écrans avec les bâches plastiques vertes que nous utilisons pour nous protéger de la pluie sur le terrain. Il suffit de se déplacer entre ces écrans pour échapper aux vues de la zone C. Au matin nous récupérons nos bâches, trouées. Je fais également placer des grenades fumigènes au poste de garde, elles sont censées servir à masquer une récupération de blessés sous le feu.

    J’organise aussi régulièrement des patrouilles de nuit autour du site pour vérifier le dispositif de l’extérieur. Je cherche si des tireurs peuvent s’installer près de notre site et s’ils peuvent y pénétrer. C’est une mission dangereuse et nous progressons avec prudence, avec le maximum de puissance de feu et en liaison avec les tireurs d’élite. Au cours d’une de ces missions, je suis obligé de franchir un endroit où des enfants ont été pulvérisés par un obus quelques heures plus tôt. La nuit est assez claire pour savoir que je marche sur des trucs répugnants. J’en suis encore malade. Une autre fois, je longe les containers. Je m’arrête soudain saisi par une impression étrange. Je me retourne et me trouve nez-à-nez avec un homme, caché dans un interstice entre deux containers. Effrayé, je lève brusquement mon pistolet et lui plaque sur le front. Nous restons quelques secondes comme cela avant que je le chasse. (…)

Le démontage du premier dispositif

    Au bout d’une semaine de tâtonnements nous sommes enfin à peu près au point. Nous avons redécouvert que le combat se déroule avant tout dans le cœur et la tête des hommes. L’objectif des tireurs n’est pas de détruire le bataillon, mais de saper notre moral et d’entraver notre action. Il n’est donc pas nécessaire pour cela de nous causer de lourdes pertes, une menace permanente suffit. D’un autre côté, ces mêmes tireurs ne souhaitent pas particulièrement mourir. Ils adaptent leur attitude en fonction de la notre de façon à courir le moins de risques possibles. Après l’accrochage du premier jour, ils ont pu jauger notre détermination et notre armement. Alors qu’ils nous avaient attaqué à moins de 400 m, le lendemain ils tiraient de plus loin et d’une autre direction. À chaque fois que nous ouvrons le feu efficacement, c’est-à-dire dans la bonne direction, l’agression s’arrête. Cette dialectique finit par aboutir à un équilibre. Ils se contentent de nous harceler mais sans causer de pertes. De notre côté, nous n’avons certainement abattu aucun sniper pendant cette première semaine, mais nous avons réussi à réduire considérablement le danger. À partir du moment où nous avons ouvert le feu nous n’avons plus eu de perte.

    Un autre aspect est à souligner. Avant de partir à Sarajevo, j’avais rencontré des camarades qui en revenaient. J’avais été frappé par leur sentiment de frustration. La plupart d’entre eux avait eu l’impression de servir de cibles sans aucune possibilité de se défendre. Je peux affirmer, pour notre part, que nous n’avons jamais eu le sentiment de subir. La décentralisation de l’ouverture du feu et l’action de la cellule anti-sniping y sont pour beaucoup. (…) Au bout d’une semaine, constatant la fatigue des tireurs d’élite et le niveau très faible de la menace, nous décidons de démonter le dispositif. Durant le mois de juillet, il ne sera remis en place que le 17, pour protéger l’arrivée du gros du bataillon.

Naïveté

    Avant l’arrivée du gros du bataillon je prends la peine de mettre par écrit mon expérience récente, en prenant soin de lister mes erreurs et mes tâtonnements pour éviter leur reproduction. Je fais une copie pour chaque compagnie et le commandement du bataillon. J’ai la naïveté de croire que mon rapport sera lu et, mieux encore, assimilé. Quelques jours plus tard, je suis appelé d’urgence au PC (un étage plus haut). « On » s’est fait tiré dessus. Je reçois donc pour mission de « prendre un tireur d’élite, d’aller sur la plate-forme et d’abattre le sniper ». J’appelle un marsouin qui court percevoir son FRF2. Je pose ensuite quelques questions : Quelle est la direction d’origine du tir ? Qui peut me renseigner ? Qui s’est fait tiré dessus ? Est-on sûr que ce tir nous était destiné ? Personne ne peut me répondre. Je m’aperçois que l’agression a eu lieu il y a plus d’une heure. Il est évident que mon rapport n’a pas été lu.


La deuxième campagne d’anti-sniping

    Le 1er octobre, un mécanicien est blessé au ventre sur le parking de Skanderja (point Y). C’est une agression caractérisée. Le chef de corps décide de réactiver un dispositif anti-sniping dont l’organisation m’est confiée. Je ne procède pas de la même façon qu’en juillet car certains paramètres ont changé :

1- Le poste 2, qui est devenu un bureau, n’est plus disponible.
2- Je dois coordonner mon action avec d’autres unités, dont une n’appartient pas au régiment.
3- Nous disposons désormais d’armes beaucoup plus efficaces que le FRF2 : le VAB équipé d’un canon de 20 mm (VAB C20) et le fusil américain Mac Millan en 12,7 mm (6).

    VAB C20 et Mac Millan possèdent deux caractéristiques essentielles dans ce genre de combat : ils sont très précis jusqu'à 1000 m et surtout ils percent les murs. J’organise donc mes cellules autour d’eux et les FRF2 sont laissés à l’armurerie. Un VAB C20, placé dans le parking face à la zone D, devient le poste 3. Sur le poste 1 je fais installer un Mac Millan face aux autres secteurs dangereux. Chaque poste comprend un spécialiste de l’arme et des observateurs. Le poste 3 utilise les optiques du char, le poste 1 dispose d’une lunette astronomique grossissant 60 fois. Pour le reste, je reprends l’organisation de juillet.

    Le 2 octobre, une fois mes équipes en place, je me rends à l’endroit exact où le soldat a été touché et je me mets dans la position où il était lors de sa blessure. J’utilise les faisceaux laser d’un télémètre pour simuler les trajectoires possibles du tir. Je parviens ainsi à déterminer que le tir ne pouvait provenir que du centre de la zone E. J’ordonne à l’équipe du poste 1 de surveiller cette zone. À peine trente minutes plus tard, un milicien surgit d’un trou de combat au centre de la zone E et tire sur le poste 1. Le chef d’équipe me rends compte immédiatement par radio (7) et j’ordonne le tir. La détonation du Mac Millan est tellement impressionnante à l’intérieur de la pièce que plusieurs personnes croient qu’un obus est tombé sur le bâtiment. Le tireur envoie un projectile perforant et explosif (60 éclats) dans le poste hostile. Plus rien ne bouge dans le secteur.

    Le lendemain, j’organise une patrouille jusqu’à la zone sur laquelle nous avons tiré, pour essayer de voir le résultat. J’y rencontre des soldats bosniaques. Nous nous regardons hypocritement. Ils sont furieux en me voyant. Je les salue et me replie sur la Skandreja. En tirant depuis la ligne de front, ils ont sans doute voulu que nous ripostions sur les Serbes. Tactique aussi classique que celle consistant à tirer au mortier à partir de position collé au bâtiment principal du bataillon. Ils savent que les Serbes hésitent à frapper sciemment les Casques bleus (8)

    Pour organiser le dispositif, j’essaie, comme en juillet, de coordonner notre action avec le dispositif de garde. Après la blessure de mon capitaine, j’ai quitté ma section pour devenir officier-adjoint et je m’occupe plus particulièrement de la sécurité. Quand ma compagnie monte la garde, il n’y a bien sûr aucun problème (9), mais lorsque l’unité de logistique monte la garde, c’est plus compliqué, et avec la compagnie de génie, aucune coordination n’est possible. Ils refusent même l’idée d’un réseau radio commun. Le style très décentralisé du bataillon, où un simple lieutenant, parce qu’il a des idées, peut organiser la sécurité du site leur déplaît énormément. Nos cultures sont radicalement différentes et les frictions sont fréquentes.

    Je privilégie donc plutôt mes propres observateurs que je place à l’extérieur. Mon deuxième problème est de faire durer mon dispositif. Je commence d’abord par demander des renforts de spécialistes aux autres unités. Celles qui ne sont pas localisées à Skanderja n’en voient pas l’intérêt ; celles qui sont sur place ne sont pas des compagnies d’infanterie et ne sont que de peu d’utilité dans ce domaine. Je décide alors de concentrer la surveillance sur les « espace-temps » les plus dangereux et de démonter le dispositif à la tombée de la nuit. Cela nous a permis de tenir plus d’un mois mais cela a failli également nous coûter cher. (…)

Un coup au but

    Le dispositif est maintenu en place et fonctionne plutôt bien puisque chaque agression entraîne une riposte immédiate. La plupart des tirs ennemis proviennent de la zone B, le nid des snipers Serbes. Nous tirons à plusieurs reprises sur le bâtiment principal, y compris par des rafales d’obus de 20 mm sans qu’il soit possible de déterminer le résultat, mais, à chaque fois, l’agression cesse. Une fois cependant, un officier de liaison serbe à PTT building a avoué que nous leur avions abattu un homme, sans que cela l’émeuve d’ailleurs particulièrement. J’offre une bière à mon tireur d’élite.

    Fin octobre, le nouveau gouvernement bosniaque entreprend de faire le ménage dans ses unités mafieuses et Caço tombe, paraît-il, entre les mains du père de l’enfant qu’il avait égorgé. La menace bosniaque disparaît et les Serbes s’avèrent plus prudents. Le niveau de menace tombe très bas à partir de novembre et le dispositif anti-snipers est démonté.

    Sur ordre du chef de corps je mets toutes mes réflexions par écrit. Je songe à des méthodes que nous n’avons pas employées. Le fusil Mac Millan dispose d’un viseur de nuit avec un point rouge indiquant le point d’impact. Ce point rouge n’est visible qu’avec une lunette à intensification de lumière et à courte distance. Pour tirer avec précision sur B, il aurait été possible de poster une cellule de guidage dans les bâtiments vide de la zone A. Discrètement posté à proximité du bâtiment principal de B, le « nid des snipers », on pouvait espérer déceler quelque chose avec une caméra thermique. Il suffisait alors de guider par radio le tireur du poste 1 pour amener le point rouge sur l’objectif décelé et d’ordonner le tir.

    Lorsque je rends ma copie, je m’aperçois que l’anti-sniping a fait des émules. C’est apparemment une source de prestige. Une compagnie, positionnée plus à l’intérieur et peu affectée par cette menace se découvre une âme d’anti-snipers, sur le tard et après avoir refusé de m’aider lorsque je demandais des renforts. Elle avait déjà montée en épingle, devant des journalistes, une « victoire » au cours d’une mission, brisant ainsi un accord tacite entre tous les adversaires suivant lequel on peut se battre mais en dessous d’un certain seuil médiatique. Maintenant, ils présentent un document, présenté comme le fruit de leurs réflexion en matière de lutte contre les snipers et en réalité traduction d’un document américain.

Marre des murs

    J’écris à un camarade qui sert dans le régiment qui doit nous relever en janvier 1994, je me réjouis qu’ils aient, contrairement à nous, du temps pour s’entraîner correctement. Sa réponse me stupéfait. Alors que des troupes françaises sont présentes à Sarajevo depuis 1992, son régiment ne dispose d’aucune information. Je lui envoie donc autant de documentation que je peux et pas seulement en anti-sniping.

    Lorsqu’il me rejoint, au mois de janvier 1994. Je lui fais reconnaître la zone de Skanderja. En nous promenant sur les toits de la patinoire, des coups de feu claquent. Je prends soin de ne pas bouger (je suis quand même un vétéran !), alors que je le surprends à sursauter. Au mois d’avril, au cours d’une mission anti-sniping, il prendra une balle dans le ventre.

    Peu après cette opération, je suis parti deux années outre-mer. Dès mon retour, en 1996, je suis retourné à Sarajevo avec un autre régiment. Lorsque j'ai demandé quelles étaient les méthodes employées par cette unité contre les tireurs isolés, je constatais avec surprise qu'ils ne voyaient même pas de quoi je voulais parler. En passant à l'École de l’Infanterie, j'ai donc entrepris de retrouver mon dossier. Après de longues recherches, je l'ai trouvé dans un pile de documents. En les feuilletant, j'ai découvert qu'en juillet 1993, alors que nous étions harcelés jour et nuit et que je tâtonnais pour trouver une parade, l’autre bataillon français, à deux kilomètres de nous, terminait son mandat de six mois après avoir reçu 300 000 francs de la Mission Innovation pour étudier la question de l'anti-sniping et acheter du matériel adéquat. À aucun moment, ces deux bataillons français n'ont coopéré, alors, qu'ensemble, nous avons déploré deux morts et plus de soixante blessés de guerre.

    Quand j’étais enfant, la conquête de la Lune occupait le petit écran et mon imagination. Un jour j’ai vu un reportage de la NASA montrant une série de décollages de fusées complètement ratés. Le reportage se terminait ainsi : « vous comprenez maintenant pourquoi nous savons lancer des fusées. » Lorsque je me creusais la tête pour trouver une parade au harcèlement que nous subissions, j’ai repensé à ce petit film. L’élaboration d’un système tactique, aussi simple soit-il, obéit souvent au principe de l’échec initial suivi de nombreux tâtonnements.

    L’expérience que je viens de décrire n’a aucun autre but que de permettre à des hommes placés dans des situations ressemblantes de trouver plus vite que moi des solutions valables. Ces situations ressemblantes, beaucoup d’autres les ont connus à Sarajevo ou en Afrique. Je suis persuadé que d’autres les connaîtront encore. Un tireur armé d’un simple fusil à lunette, c’est l’arme de dissuasion du pauvre. Facilement dissimulés dans les ensembles urbains complexes, qui constituent désormais notre terrain d’action le plus fréquent, ces guérilleros urbains, sans uniformes clairs et aux camps incertains, sont, à n’en pas douter, une des menaces les plus probables pour les années à venir.

Lieutenant-Colonel Michel Goya

Un casque bleu français tente de couvrir une femme sur "Sniper alley" le 4 août 1994

(1) Environ 200 hommes.
(2) Bataillon d’infanterie français n° 2, stationné sur l’aéroport depuis presque six mois. L’appellation de l’époque était FREBAT, pour French Bataillon, transformée en BATINF quelques semaines plus tard.
(3) Nous aurons par la suite, une moyenne d’un blessé de guerre par semaine pendant six mois plus quelques accidents.
(4) La cible est face à nous, légèrement sur la droite, à 300 mètres.
(5) Vers le haut ou le bas. À l’époque, tous les tirs d’entraînement étaient horizontaux.
(6) Des tireurs ont été envoyés dans la poche de Bihac pour s’entraîner au maniement de cette arme.
(7) Je ne parviendrai jamais à les persuader qu’ils peuvent ouvrir le feu de leur propre initiative.
(8) De la même façon, le poste de commandement de Caço était collé au bataillon égyptien. Un jour, une patrouille de la compagnie du Quartier Général a pénétré dans la vieille ville et est tombée dans un embuscade. Elle s’est faite dépouiller de tout son équipement dont des véhicules. Les Serbes, en apprenant cela ont immédiatement déclaré qu’ils n’hésiteraient pas à tirer sur des véhicules ONU, puisque ceux-ci étaient désormais susceptibles d’être utilisés par des Bosniaques.
(9) La compagnie avait été envoyée sur le mont Igman après une percée serbe (des Bosniaques auraient vendu leur position). La compagnie avait reçu pour mission de s’interposer entre les deux adversaires. Nous gelions ainsi la victoire des Serbes qui pouvaient ainsi envoyer leurs troupes de choc sur un autre point du front après avoir brûlé, devant mes yeux, toutes les infrastructures olympiques. Les Bosniaques, qui voulaient reprendre le terrain perdu, nous ont donc attaqués. Ils ont été repoussés mais mon capitaine a pris une balle dans le ventre. Journée agitée.

Partager cette page

Repost 0
Enseignant Défense

Armée-Nation

  • : Défense et Démocratie
  • Défense et Démocratie
  • : Participer à la défense de la Démocratie et de ses valeurs en promouvant l'Éducation à l'Esprit de Défense au sein de l'École
  • Contact

ISAF - FINUL - Serval


Recherche

Archives