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  Explosion d'un EEC/IED au passage d'un convoi américain en Irak

 

Improvised Explosive Devices (IED) mais aussi Vehicle-Borne IED (VBIED), “roadside bombs”, Engins Explosifs Improvisés (EEI) ou de Circonstance (EEC) en français, les appellations ne manquent pas pour désigner ces fléaux du champ de bataille contemporain, particulièrement médiatisés avec la Guerre d’Irak de 2003 mais qui ont pu exister lors de conflits antérieurs. Dans les guerres récentes, ce sont moins les affrontements directs avec les guérillas, que les IED qui tuent ou blessent grièvement la plupart des soldats occidentaux. En Irak, 80% des 4400 soldats américains tués l'ont été du fait de ces engins non des combats.

 

Le principe d’un IED reste simple et illustre on ne peut mieux ce phénomène de contournement de la puissance sur le champ de bataille. Que ce soit en Irak ou en Afghanistan, les insurgés savent depuis le début des deux conflits qu’ils ne peuvent vaincre militairement les coalitions occidentales. En revanche, ils peuvent infliger à celles-ci des pertes qui, si elles restent insignifiantes eu égard aux conflits du passé, n’en demeurent pas moins démoralisantes et médiatiquement dévastatrices à peu de frais.

 

Enterrés au bord des routes, dissimulés dans les coffres des voitures ou dans les maisons, les IED frappent les convois militaires, fauchent les patrouilles, et tuent aveuglément des dizaines de milliers de civils se trouvant à proximité. Ils ralentissent considérablement la progression des unités militaires, qui doivent faire précéder tous convois par des éléments du Génie à pied. Ils nécessitent une surveillance et une dépollution permanente des axes de circulation ainsi que de leurs abords.

 

La diversité des IED ne connaît qu’une limite: celle de l’imagination des artificiers qui les produisent. Autant dire qu’il en existe une très grande variété ce qui complique singulièrement la recherche de parades d’un théâtre d’opérations à un autre. Cependant, il est une notion commune à tous les IED à savoir l’aspect artisanal de leur conception. Au-delà des engins eux-mêmes, on pourra distinguer d’autres constantes à travers l’existence de réseaux financiers et logistiques qui rendent possible la fabrication des IED. Les grandes opérations de l’Armée française en Kapisa, ces dernières années, ont essentiellement cherché à neutraliser ces réseaux en mettant à jour les caches d’explosifs et les ateliers de fabrication, en identifiant et en arrêtant les coordonnateurs locaux et les convoyeurs de munitions, en perturbant les lignes d’approvisionnement, etc.


IED.jpgObus d'artillerie et mine transformés en Engin Explosif de Circonstance (EEC/IED), retrouvés dans Bagdad

 

Les IED sont très souvent des munitions récupérées et intégrées dans une chaîne pyrotechnique artisanale - plus ou moins sophistiquée -, afin d’être réemployées comme mines ou bombes télécommandées. De nombreuses munitions non explosées peuvent être ainsi reconverties en IED: roquettes, bombes, obus, mines, grenades... Certaines chaînes pyrotechniques sont particulièrement complexes, et peuvent relier plusieurs munitions comme les “daisy chains” en Irak qui peuvent détruire simultanément plusieurs véhicules d’un même convoi. D’autres sont doublement piégées… En Irak, l’ampleur des stocks de munitions laissés par l’armée de Saddam HUSSEIN a contribué à une vague d’attaques IED d’une extrême violence, notamment dans le “Triangle Sunnite” (1). En Afghanistan, la présence de munitions de gros calibres étant moins importante, les insurgés ont davantage recours aux engrais chimiques: nitrate d’ammonium et de potassium. En revanche, le réseau routier afghan étant moins performant (rareté des routes goudronnées, pistes montagneuses) que le réseau irakien, les IED sont dispersés un peu partout y compris dans des lieux a priori peu fréquentés.

 

Les IED sont devenus particulièrement meurtriers avec la diffusion plus ou moins empiriques de savoir-faire pyrotechniques. En Irak, le processus de licenciement de l’ancienne armée de Saddam HUSSEIN rend incontrôlables des milliers de militaires capables d’encadrer les premières structures d’une insurrection multiforme. Ils n’est désormais plus rare d’assister à la destruction d’engins même blindés. Ces derniers étant particulièrement vulnérables aux charges détonant sous leur plancher, là où le blindage est le plus faible. D’autres IED, appelés Explosively Formed Penetrator (EFP), se présentent comme de véritables mines à effet dirigé de forte vélocité. Ils projettent un jet de métal en fusion capable de percer les blindages à courte distance. Ces EFP ne font que reprendre le principe déjà connu de la charge creuse (2), cependant mis en oeuvre de manière artisanale. Des IED seraient également capables d’abattre des hélicopères volant à basse altitude. Appelés Improvised Rocket-Assisted Mortar ou IRAM, ils mettent en oeuvre de très fortes charges explosives à partir d’un assemblage de tubes. Imprécis, leurs dégâts sont spectaculaires en cas de coup au but. D’aucuns ont ainsi attribué à un IRAM le tir qui détruisit le vendredi 5 août 2011 un CH 47 Chinook américain, tuant une trentaine de Navy SEALs.

 

La menace permanente des IED, et le contournement de la puissance (feu/protection) des armées occidentales que ces armes rustiques opèrent, ont rapidement amené à la recherche de parades globales, à la fois techniques et tactiques. Particulièrement concernés avec le conflit irakien, les États-Unis ont mis sur pied une Army IED task force dès octobre 2003, rapidement élargie en février 2006 en une structure interarmes pourvue de moyens importants: la Joint IED Defeat Organization (JIEDDO). La mission de la JIEDDO est de coordonner les moyens de lutte anti-IED par une remontée très rapide des informations, une analyse des menaces, un partage des expériences au sein de la coalition, et une réponse technique et tactique rapide à la demande des troupes sur le terrain.

 

En France, c’est dans l’enceinte de l’École du Génie (Angers) qu’un centre contre-IED (C-IED) a été inauguré le 1er juillet 2010. Certes plus tardivement et avec des moyens différents de ceux dont peut disposer la JIEDDO. Les sapeurs français disposent cependant d’un réel savoir-faire en matière de déminage, gagné notamment au Liban dans les années 1980. Destiné, lui aussi, à un élargissement au moins interarmées si ce n’est interministériel, le centre C-IED a pour vocation de former des spécialistes dédiés à la détection, la fouille et la destruction des IED. Cette dernière tâche incombe à des équipes de Neutralisation, d’Enlèvement et de Destruction d’Engins Explosifs dites NEDEX (3). Une expertise désormais poussée est recherchée au sein de nos forces, mais le centre C-IED formera aussi très bientôt des experts et des démineurs de la sécurité civile…

 

Sur le terrain, la panoplie anti-IED des troupes s’est depuis considérablement diversifiée. Si les moyens traditionnels que sont la baïonnette et le chien demeurent, de nouveaux véhicules spécifiquement conçus pour résister à de fortes explosions (cf. infra) ont fait leur apparition ces dernières années, accompagnés de robots. La mise à feu d’IED déclenchée à distance au moyen de téléphones portables a vu se développer des brouilleurs d’ondes (jammers), dont les antennes sont nettement reconnaissables sur la superstructure des engins blindés. Les Américains ont également pu déployer des moyens lourds classiques tel le blindé bulldozer assault breacher vehicle dérivé du M1 Abrams. Surtout, la combinaison des soldats des équipes NEDEX ou EOD s’est considérablement alourdie. Arme du déminage, le Génie a, par ailleurs, payé un lourd tribut dans la lutte contre les IED. En octobre 2011, sur les 75 soldats français tombés en Afghanistan depuis le début du conflit, 11 appartenaient à l’arme du Génie.

 

(1) Le Triangle Sunnite désigne une région qui couvre le nord-ouest de Bagdad, de Tikrit à Ramadi. Essentiellement peuplée par des tribus sunnites, cette région a été l’une des plus meutrières pour les Américains qui l’ont surnommée “Wild west”. C’est dans le Triangle Sunnite qu’eut lieu l’une des plus grandes batailles urbaines contemporaines en novembre 2004: la bataille de Falloujah.

(2) Les premières charges creuses furent les Panzerfaust allemands de la Deuxième Guerre mondiale.

(3) EOD ou Explosive Ordnance Disposal pour les Américains.

 
Brouilleurs-IED.jpgSoldats du 126e Régiment d'Infanterie dans Kaboul (6 mars 2008). Sur le toit du VAB est monté un brouilleur anti-EEC/IED. Il s'agit d'un appareil destiné à gêner l'explosion des EEC/IED commandés à distance

 

Les MRAP

Les effets des IED sont particulièrement meurtriers. Les hommes situés à proximité de la charge n’ont pratiquement aucune chance de survivre. Ceux qui s’en sortent sont mutilés dans la plupart des cas (membres et appareils génitaux). Les véhicules légers (voitures) ne sont d’aucune protection. En Irak, les HUMVEE ont rapidement reçu des plaques de blindage additionnel, mais cela a plus contribué à une usure prématurée des véhicules dont la structure et la suspension n’étaient pas conçues pour porter ce poids supplémentaire. Y compris le VAB français dont certains ont cru que la relative légèreté pouvait jouer en sa faveur en atténuant les effets d’une explosion. Force a été de reconnaître que le VAB comme le VBCI plus récent, et le Stryker américain, ne sont pas suffisamment blindés pour résister à nombre d’IED.

 

La première parade défensive est venue des États-Unis. Essentiellement diligentées par l'USMC, dès 2003, des études cherchent à mettre au point de nouveaux véhicules capables - à défaut de survivre à une attaque - de sauver les soldats à l’intérieur de l’habitacle. C’est la naissance du programme MRAP pour Mine-Resistant Ambush-Protected qui, d’emblée, devient un programme prioritaire. L’acronyme désigne, en fait, une famille de véhicules 4x4 et 6x6 lourds, particulièrement adaptés à la guerre d’embuscade et à un champ de bataille saturé de mines et de pièges en tout genre. S'inspirant de l'expérience sud-africaine, les MRAP sont des véhicules blindés (caisse et vitrage) conçus avec une garde au sol importante, et un plancher surélevé dont la forme en V dévie les effets d'une explosion directe à la verticale même du véhicule.

 

Les premiers MRAP sont déployés de manière opérationnelle à partir de l’année 2007. Baptisés Cougar, ils s’avèrent être une réponse satisfaisante face à la menace, et contribuent au développement rapide de toute une gamme de véhicules similaires. Perfectionnés, plusieurs types de MRAP embarquent des systèmes de caméras et utilisent des bras robots permettant des manipulations à distance. L’Armée française a acheté, en 2007 et dans l’urgence, ses premiers MRAP afin de protéger les troupes déployées en Afghanistan. Les Buffalo, équipés d’un bras de 7 mètres de long, sont de fabrication américaine mais sont épaulés depuis fin 2010 par les nouveaux Aravis de la firme Nexter systems. La surélévation sensible des MRAP par rapport au sol leur donne une silhouette haute et imposante. Protégés des IED, les soldats le sont aussi des tirs des armes légères, et peuvent riposter à partir de tourelles télé-opérées. L’Aravis dispose en plus de 7 caméras périphériques qui permettent d’observer avec précision ce qui se trouve autour du véhicule.


MRAP-HAGA.jpgLe MRAP désigne une famille de véhicule blindé particulièrement bien protégé contre les EEC/IED. D'un poids pouvant aller de 15 à 40 tonnes, ces engins ont sauvé la vie de nombreux soldats aussi bien en Irak qu'en Afghanistan

 

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Enseignant Défense

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