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LA DOCTRINE ANTITERRORISTE DE LA FRANCE

Le Livre blanc de mars 2006
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    En mai 2005 Dominique de Villepin, alors Ministre de l’Intérieur, lance une réflexion qui mobilise 6 groupes de travail autour de la menace terroriste qui pèse alors sur les démocraties occidentales, dont notre pays. Cette réflexion a pour objectifs d’analyser les natures de cette menace, et de proposer des dispositifs à la fois de prévention et de réaction en cas d’attaque. Le contexte international depuis le 11 septembre 2001 justifie ce travail, et souligne de manière urgente la nécessité pour la France de s’adapter à la menace terroriste. L’année précédente, le 11 mars 2004, un attentat dans Madrid tuait 191 personnes. Quelques semaines après le lancement de ce chantier par M. de Villepin, un autre attentat tuait 56 personnes dans la capitale britannique le  7 juillet.

Dominique-de-Villepin.jpgDominique de Villepin, Ministre de l'Intérieur puis Premier Ministre a donné à la France une doctrine antiterroriste
   
    Ce travail de réflexion aboutit en mars 2006 à la rédaction d’un Livre blanc d’une importance particulière puisqu’il donne à notre pays une véritable doctrine en matière de lutte antiterroriste. Le sujet est tellement grave, que M. de Villepin – devenu Premier Ministre entre-temps – décide de porter ce document à la connaissance du grand public. Le Livre blanc est très rapidement publié à la Documentation française.

    Ce document très officiel part donc d’un constat : la France figure parmi les premières cibles directement désignées par le terrorisme islamiste. 8 communiqués la désignent comme objectif. Ils permettent, par la même occasion, de dégager les motivations qui font que notre pays doit être frappé.

1- La France a un passé condamnable des croisades jusqu’à la colonisation.
2- L’État français affirme avec force le principe de laïcité (loi du 15 mars 2004 qui vise les signes religieux à l’école et plus particulièrement le port du voile), et cherche à organiser l’Islam selon un modèle national (création du Conseil français du Culte musulman en 2003).
3- La France entretient encore des forces militaires en terre musulmane (Djibouti et projet d’installer une base dans les Émirats Arabes Unis).
4- Elle combat les Talibans en Afghanistan.
5- Elle soutient des régimes considérés comme « apostats » au Maghreb.
6- Juges et services de renseignement français luttent avec détermination contre les terroristes afin de les neutraliser en amont.

World-Trade-Center.jpgLes attentats du mardi 11 septembre 2001 annoncent un nouvel ordre international marqué par le terrorisme global
   
    Les auteurs du Livre blanc sont très critiques envers l’intervention américaine en Irak. Ils soulignent que depuis mars 2003, cette guerre a radicalisé le discours d’Al-Qaida en validant ses slogans les plus simplistes. Il existe un lien direct entre la guerre en Irak et la sécurité de notre pays à travers l’engagement de djihadistes français, qui pourraient revenir en France avec une expérience du commandement et des combats particulièrement dangereuse dans les cités. Partant, 7 scenarii d’attaque sont définis par le Livre blanc :


1- Attentats à l’explosif dans les lieux publics.
2- Attentats suicides simultanés contre plusieurs objectifs.
3- Attaques transfrontalières sur des réseaux divers : réseaux d’énergie, informatique, de transport…
4- Attaque avec des produits radiologiques.
5- Attaque avec des produits chimiques.
6- Attaque avec des agents biologiques.
7- Tentative de détournement d’une arme nucléaire.

    D’emblée, tout un ensemble d’infrastructures sont définies comme sensibles et à protéger de manière active : tout ce qui touche à l’alimentation, à l’eau, à l’énergie, les transports, les institutions financières, les systèmes d’information et de communication, les centres de décision et de commandement. Plus que jamais la prévention et l’organisation des secours doivent être coordonnées : ce sont les plans PIRATE et ORSEC. Les plans PIRATE, de nature préventive, ont été ainsi déclinés depuis en de multiples variantes, chacune d’entre-elle devant répondre à une menace précise : PIRATOME (surveillance des matériels et des infrastructures nucléaires), PIRATOX (contre la menace chimique), BIOTOX (contre la menace biologique), PIRANET (contre la menace numérique), PIRATAIR (contre la menace aérienne)… À l’échelle du territoire, la coopération entre les institutions militaires et civiles est aussi renforcée. Ce sont les Préfets de département et de zone de sécurité qui ont l’initiative de déclencher les plans ORSEC avec la mobilisation des forces armées s’il le faut. Parallèlement à ces dispositifs, le Livre blanc conseille également des aménagements juridiques afin de faciliter la lutte contre le prosélytisme islamiste.

    Face à la menace terroriste, notre pays ne s’interdit aucun type de riposte militaire dans le cadre de l’article 51 de la Charte des Nations unies relatif à la légitime défense, y compris la riposte nucléaire si les circonstances le demandaient, et si la menace terroriste était évidemment d’ordre étatique. Les discours de l’ancien Président de la République, Jacques Chirac, à l’Ile-Longue le 19 janvier 2006, et de son successeur, Nicolas Sarkozy, à Cherbourg, le 21 mars 2007, ont réaffirmé l’attachement de la France à la dissuasion nucléaire.

L’Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste (UCLAT) ou Alliance base

    La guerre contre le terrorisme se fait loin des caméras et des médias. C’est une guerre secrète, une guerre de l’ombre, une guerre de services de renseignement. La nature particulièrement diffuse de la menace terroriste explique que les parades ne seront jamais pleinement efficaces, et il est à prévoir que tôt ou tard notre pays sera à nouveau frappé.

    Si les terroristes - ou ceux suspectés de l’être ou de le devenir - sont déjà surveillés sur le territoire national, l’essentiel de la menace est actuellement repéré, combattu, intercepté et neutralisé souvent au-delà de la France et de l’Union européenne. Ainsi existe-t-il plusieurs cercles de défense autour de notre pays, destinés à arrêter les terroristes avant qu’ils ne puissent frapper notre territoire. Nous avons également des intérêts situés à l’extérieur de nos frontières, et qui seraient, eux aussi, susceptibles d’être touchés. Ainsi, ce contexte explique l’engagement et la présence de nos soldats comme de nos services de renseignement parfois à des milliers de kilomètres de la métropole.

    En d’autres termes se battre en Afghanistan mais aussi ailleurs, assurer des missions de stabilisation d’autres États, c’est participer directement à la sécurité et à la Défense de la France. La France ne pourrait, cependant, assurer sa propre sécurité à elle seule dans un contexte de mondialisation des échanges de tout ordre. C’est en matière de lutte antiterroriste que les relations avec nos alliés s’expriment le plus fortement de nos jours, et où l’on assiste à une coopération de plus en plus poussée entre les agences de renseignement.

    Ainsi, dès 2002 sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, une cellule secrète antiterroriste avait déjà été mise sur pied avec l’aide de la CIA et du FBI américains. Cette cellule est depuis devenue l’Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste (UCLAT). Elle rassemble des personnels de différentes agences de renseignement occidentales dont des Américains – qui lui ont donné le nom d’ « Alliance base » -, des Britanniques, des Allemands, des Canadiens, des Australiens… Son Directeur est un officier français du renseignement : Christophe CHABOUD. L’UCLAT - dont l’existence n’a été révélée qu’en 2005 par le Washington Post - lutte essentiellement contre le terrorisme islamiste qu’elle tente de neutraliser en permettant le partage actif des informations entre les différents pays. Elle est actuellement située dans Paris, partagée entre l’École militaire, les Invalides et le VIIe arrondissement…

    L’UCLAT administre également la plate-forme technique d’une cellule d’écoute ultra-moderne destinée à intercepter les communications téléphoniques, courriels et SMS susceptibles d’intéresser la sécurité nationale. Cette cellule, capable aussi de remonter les différentes sources et d’accéder à la liste des sites INTERNET consultés par une adresse IP, est hébergée dans les nouveaux locaux des services de renseignement de la Police nationale à Levallois-Perret.


La restructuration du renseignement français

Fr-d-ric-P-chenard.jpgM. Frédéric PÉCHENARD (à gauche), Directeur de la Police nationale en mars 2008
   
    Parallèlement à la mise en place de l’UCLAT, les services de renseignement français sont en train de connaître une période de restructuration très importante avec la fusion prochaine des Renseignements Généraux (RG) et de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). Les deux organismes seront regroupés, dès le 1er juillet 2008, sous une même direction : la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI). L’objectif étant de centraliser davantage le renseignement afin d’éviter les pertes entre les différents services, de renforcer ce que Michèle Alliot-Marie - Ministre de l’Intérieur et responsable de la réforme - appelle « l’aptitude à l’anticipation », de réaliser aussi des économies d’échelle.

    La DCRI sera organisée en deux grands services : un premier pôle destiné aux tâches de renseignement concernant les « intérêts fondamentaux de l’État » et un second destiné à un renseignement plus général intéressant les faits de société. Le premier pôle concentrera l’essentiel des effectifs, soit plus de 3000 hommes sur les 4500 concernés par la réforme. Le contre-espionnage, le contre-terrorisme et l’intelligence économique seront leurs missions et du fait de la sensibilité de celles-ci, les agents disposeront de l’habilitation « secret Défense ». Le terrorisme islamiste est, bien entendu, visé au premier plan, mais aussi l’extrême gauche et l’extrême droite dont les actions peuvent être violentes. Les policiers du second pôle seront davantage affectés à la surveillance des contestations intérieures : agitation altermondialiste, agitation sociale de type mouvement anti-CPE, mouvements sociaux divers…

Michèle ALLIOT-MARIE : « Je veux mettre fin à la propagande terroriste » - in Le Figaro du 31 janvier 2008

MAM.jpgMichèle Alliot-Marie, Ministre de l'Intérieur en 2008

    Le Ministre de l'Intérieur s'inquiète des agissements d'individus isolés influencés par INTERNET et d'une menace d'attentat chimique. Michèle Alliot-Marie, qui sera entendue mardi par la commission des lois de l'Assemblée nationale, a décidé de réunir chaque semaine les responsables de la lutte antiterroriste.

LE FIGARO - Quelle est aujourd'hui la première menace terroriste pour la France ?


Michèle ALLIOT-MARIE - Le terrorisme islamiste est bien sûr notre première préoccupation. Des groupes liés à Al-Qaida, au Maghreb, au Liban ou dans la zone pakistano-afghane peuvent vouloir frapper des Français expatriés ou des militaires en opération. Ils peuvent chercher à perpétrer des attentats sur notre sol. Enfin, des fanatiques isolés et fragiles peuvent être manipulés en France même par ces groupes et devenir des kamikazes en puissance. Ce fut le cas il y a quelques mois pour un islamiste interpellé par la Direction de la surveillance du territoire dans l'est de la France.

Comment ces individus peuvent-ils être manipulés ?


    Parfois par les membres de réseaux, mais aussi par le biais d'INTERNET. On y trouve aujourd'hui la propagande terroriste mais aussi des conseils pour fabriquer des explosifs ou même des armes chimiques.

Craignez-vous particulièrement une attaque chimique ?


    Les groupes terroristes connaissent très bien le fonctionnement de nos sociétés et cherchent à y semer la terreur la plus dévastatrice et la plus médiatique. Une attaque chimique provoquerait un effet de panique.

Comment mieux lutter contre une telle utilisation d'INTERNET par les terroristes ?

    C'est une de mes préoccupations majeures, et l'une des priorités que j'ai assignées aux services. Cela nécessite du matériel supplémentaire, des effectifs spécialisés dans la lutte contre la cybercriminalité, des moyens juridiques. Je veux que nous puissions arrêter la propagande terroriste, découvrir les réseaux opérationnels, remonter jusqu'à eux et les empêcher de nuire.

    De nombreux sites INTERNET sont domiciliés dans des pays étrangers, et notamment aux États-Unis, ce qui rend leur interdiction plus difficile… J'irai prochainement aux États-Unis pour étudier avec les responsables américains comment renforcer notre efficacité antiterroriste, tout en respectant naturellement les libertés fondamentales. J'ai également régulièrement des discussions avec mes partenaires européens sur ce point.

Il y a quelques jours, un groupe de jeunes, présentés comme des «anarcho-autonomes», a été interpellé par les services de police qui les soupçonnaient de visées terroristes. Peut-on parler d'un retour du terrorisme d'extrême gauche ?

    C'est un phénomène limité mais incontestable. Depuis plusieurs mois, j'étais encore ministre de la Défense, j'ai souligné les risques d'une résurgence violente de l'extrême gauche radicale. Le passé nous a montré que la faiblesse des partis politiques extrêmes ouvre souvent la voie aux groupuscules terroristes comme Action directe, les Brigades rouges ou la Fraction armée rouge. L'anticipation est essentielle dans la lutte contre le crime en général et le terrorisme en particulier. Elle est la meilleure des protections. Dès mon arrivée à l'Intérieur, j'ai voulu une direction de la prospective et de la stratégie et j'ai chargé la future Direction centrale du renseignement intérieur de suivre tout particulièrement ces phénomènes.

Croyez-vous à une résurgence de tels groupes en France ?

    Nul ne peut le prévoir. Mais la situation évolue extrêmement vite. En quelques mois, depuis l'élection présidentielle, on est passé des slogans radicaux aux cocktails Molotov et aujourd'hui à la volonté de fabriquer de véritables engins explosifs.

A-t-on une idée de l'importance de cette mouvance violente ?

    Ce sont quelques dizaines d'individus rassemblés dans des petits groupes informels à l'idéologie assez sommaire. Ils se caractérisent par leur rejet de toute espèce d'expression politique démocratique et leur discours extrêmement violent. Autant de motifs qui m'ont poussée à renforcer leur surveillance par les services de renseignements et de police judiciaire.

Propos recueillis par Jean Chichizola et Marie-Amélie Lombard-Latune
Sources - CHICHIZOLA (Jean) et LOMBARD-LATUNE (Marie-Amélie), « MAM : Je veux mettre fin à la propagande terroriste », in Le Figaro du 31 janvier 2008. CORNEVIN (Christophe), « Comment l’Intérieur redéploie ses grandes oreilles », in Le Figaro du mercredi 12 mars 2008. DUMONS (Olivier), « Mise en place d’une super-cellule d’écoute antiterroriste en France », in Le Monde du 28 mai 2007. « La France abrite une cellule antiterroriste secrète en plein Paris », in Le Monde du 13 septembre 2006. « La France face au terrorisme. Livre blanc du Gouvernement sur la sécurité intérieure face au terrorisme. Secrétariat général de la Défense nationale (SGDN) », La Documentation française, mars 2006, 144 p. LECLERC (Jean-Marc), « La France tire les premières leçons des attentats ratés en Grande-Bretagne », in Le Figaro du 7 juillet 2207. LECLERC (Jean-Marc), « La fin des RG », in Le Figaro du 14 octobre 2007. LECLERC (Jean-Marc), « Menaces islamistes : la DST sur le qui-vive », in Le Figaro du 10 janvier 2008. SMOLAR (Piotr), « La France se dote d’une doctrine antiterroriste », in Le Monde du 7 mars 2006. ZECCHINI (Laurent), « L’exception française du renseignement », in Le Monde du 11 juillet 2006.
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