11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 08:21

VOYAGE D'ÉTUDE DU TRINÔME ACADÉMIQUE DE CRÉTEIL

CHERBOURG - LUNDI 8/MARDI 9 NOVEMBRE 2010

 

L'ACTION DE L'ÉTAT EN MER

 

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Statue équestre de l'Empereur situé à proximité du Cercle naval (cliquer sur la photographie pour accéder à l'album)

 

Organisé par le Trinôme académique de Créteil, un voyage d’étude rassemblant une trentaine de professeurs, documentalistes, personnels de direction et d’administration scolaire – tous relais Défense de leur établissement - a eu lieu les lundi 8 et mardi 9 novembre 2010. Ces “Journées du Trinôme académique” furent accueillies par la Préfecture maritime de Cherbourg, et eurent pour thème d’étude l’Action de l’État en Mer (AEM).

 

L’Action de l’État en Mer désigne un ensemble de missions impliquant la souveraineté de la France dans les Affaires maritimes. Interministérielle dans son principe, et faisant collaborer dans la pratique une grande diversité d’administrations, l’AEM revêt de nos jours une importance et une complexité sans cesse croissantes, à l’image du poids économique et stratégique qu’occupent les mers et les océans dans notre monde moderne.

 

Avec un domaine maritime de 11 000 000 de km2, la France dispose du deuxième domaine maritime mondial. Notre pays compte 5500 km de littoraux dans sa partie métropolitaine, auxquels il faut ajouter 1500 km de littoraux outre-mer. 90% des échanges mondiaux empruntent actuellement la voie maritime et, pour la France, cette part se monte en volume à plus de 70%. On pourrait multiplier ainsi, les chiffres et les exemples illustrant la maritimisation de notre économie, partant la dépendance grandissante de notre société vis-à-vis des problématiques maritimes, ne serait-ce qu’à l’endroit des flux pétroliers.

 

Cette importance fondamentale des affaires maritimes pose de redoutables problèmes en matière de sécurité, de réglementation, et de protection de nos intérêts vitaux. L’engagement de plus en plus fort du Ministère de la Défense (MINDEF) dans l’AEM, illustre on ne peut mieux le caractère global de la Défense d’aujourd’hui, même si l’AEM ne se confond pas avec les missions spécifiquement militaires de la Marine nationale. Cependant et face aux nouvelles menaces liées à l’accroissement du trafic maritime, l’AEM ne peut mieux exprimer la transversalité des questions de sécurité à travers un engagement coordonné et permanent de plusieurs ministères dont ceux de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, des Finances, de l’Intérieur, de la Justice… Avec l’engagement de la Marine nationale, la mise en oeuvre de ses moyens comme de ses capacités en mer comme à terre et dans les airs, le MINDEF se trouve en première ligne dans toutes les grandes missions de l’AEM à savoir:

 

1- La sécurité maritime et sauvetage en mer

2- La sûreté maritime et portuaire

3- La lutte contre les trafics illicites

4- L’action de l’Etat contre les rejets illicites en mer (pollutions volontaires)

5- La lutte contre l’immigration illégale par la voie maritime

6- La surveillance et le contrôle des pêches

 

Ce fut l’objectif de ce voyage d’étude fort riche, alternant conférences, échanges et visites sur sites, de sensibiliser une trentaine de personnels relais Défense de l’Académie de Créteil à l’AEM. On peut d’ores et déjà affirmer que cet objectif fut largement atteint à en juger les différents témoignages de satisfaction des uns et des autres…

 

Accueillis par le Capitaine de frégate CAGNARD, l'officier en charge des affaires générales auprès du  COMAR Cherbourg (1), et hébergés au Cercle naval de Cherbourg dans des conditions particulièrement confortables, les relais Défense ont, dès leur arrivée, visité le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage (CROSS) de Jobourg. Il existe sept CROSS qui se partagent par secteur la surveillance du littoral et de ses approches: Gris-Nez, Jobourg, Corsen, Etel, La Garde, zone Antilles/Guyane et la Réunion. Des sous-CROSS ont également été mis sur pied compte tenu de l’immensité de certains secteurs à surveiller. Situés en général en bord de mer – à l’exception de celui d’Etel -, avec une vue dégagée particulièrement impressionnante concernant celui de Jobourg, les CROSS ont un rôle de centre de coordination de sauvetage en mer à l’échelle nationale mais aussi internationale. Ils ont ainsi pour mission de:

 

1- Déployer et coordonner les recherches et sauvetage en mer

2- Surveiller la circulation maritime

3- Contrôler les pêches

4- Surveiller les pollutions

5- Difffuser des renseignements de sécurité maritime

 

À cette fin, ils assurent essentiellement une veille “auditive” permanente, prêts à déclencher une alerte “search and rescue” sur l’ensemble de leur secteur au moindre appel de détresse. Les procédures sont éprouvées avec un déploiement en quelques minutes de moyens publics mais, s’il le faut aussi, d’acteurs privés ou bénévoles comme la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM). Le CROSS dirige sur zone et coordonne tous ces moyens: patrouilleurs, avions de reconnaissance, hélicoptères… Il peut aussi dérouter des bâtiments ou des embarcations diverses passant à proximité de la zone de recherche. La capacité d’analyse de la situation comme la réactivité du CROSS conditionnent sensiblement des opérations toujours dangereuses, où au nombre des naufragés peuvent très rapidement s’ajouter des victimes dans les rangs des sauveteurs.

 

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Les relais Défense à bord du BBPD Vulcain

 

Car les zones de surveillance des CROSS de Jobourg et de Gris-Nez correspondent à l’une des zones maritimes les plus dangereuses au monde comme l’explique avec force d’exemples l’Ingénieur général des Douanes BURVIN. Partant d’une présentation générale de ce qu’est une Préfecture maritime – ses origines, son organisation, ses missions -, il montre rapidement aux relais Défense toute la complexité d’une région qui s’étend de la baie du Mont Saint-Michel à la frontière belge. C’est dans cet espace, communément appelé le “Channel”, à la fois une mer européenne et détroit international, que l’on observe un enchevêtrement de zones et de juridictions qui ne cesse d’interroger le sens juridique le plus aigu des spécialistes (2)…

 

Le Channel correspond, en effet, à une rare concentration de risques majeurs à l’échelle mondiale: 20 à 25% du trafic maritime planétaire y transitent, soit 600 navires par jour transportant 326 millions de produits dangereux constitués d’hydrocarbures à 60%. Ces flux permanents s’opèrent au-dessus de véritables réseaux de câbles sous-marins (fibres optiques et réseaux électriques), particulièrement denses à partir du Sud de l’Angleterre. Les terres ne présentent pas moins de risques avec une concentration de centrales nucléaires de part et d’autre du Channel (3), une usine de retraitement de déchets radioactifs à La Hague, quatre ports d’importance vitale pour notre économie: Le Havre, Boulogne, Dunkerque, Rouen.

 

Autre danger et non des moindres, celui des mines marines et des munitions abandonnées qui nous rappellent que la région fut un lieu d’affrontement majeur durant les deux guerres mondiales. Les mines sont de loin le danger le plus grave. Leur présence mobilise en permanence les unités de plongeurs démineurs de la Marine. Souvent invisibles et dérivantes, pouvant être remontées dans les filets des pêcheurs, celles de fabrication allemande sont encore de nos jours particulièrement réactives avec des piles pouvant fournir quelques volts plus de soixante ans après la fin du conflit… De l’avis de l’IG BURVIN, il faudra attendre encore cinquante années de campagne de déminage pour être définitivement débarrassé de ce fléau.

 

Last but not least, le Channel présente aussi des caractéristiques physiques particulièrement accidentogènes avec un marnage important, des vents et des courants qui peuvent être très violents. Ces paramètres conditionnent fortement toute navigation aéro-maritime et chaque saison, qu’elle soit touristique ou non, présente des risques spécifiques. Ces risques peuvent évidemment concerner les “ignorants” de la mer et de ses dangers, mais les professionnels de la pêche et du transport maritime, pourtant au fait des caractéristiques du milieu, paient également un lourd tribut à la mer comme le montrent la fréquence des accidents entre navires, les pollutions diverses qui peuvent en résulter, les marées noires, les pertes de cargaisons toxiques, les chutes de conteneurs en mer… Ces dernières menaces pèsent en permanence sur les sociétés et les économies littorales ainsi que sur les écosystèmes. D’où la nécessité pour l’État de disposer d’instruments d’expertises, quant à la prévention des risques de nature chimique ou radiologique.

 

C’est le Capitaine de frégate LEGOFF, Pharmacien des Armées, qui sensibilisa les relais Défense à cet aspect de l’AEM, en leur ouvrant les portes du Laboratoire d’Analyse, de Surveillance et d’Expertise de la Marine (LASEM) de Cherbourg. Les LASEM sont au nombre de trois, avec deux autres laboratoires implantés à Brest et Lorient. Assurant un soutien au profit des forces navales, ainsi qu’une surveillance et une protection de l’environnement, ils participent directement à l’AEM. Établissements scientifiques de haut niveau, ils opèrent des prélèvements aussi bien en milieu maritime que terrestre, dans les ports et sur une zone de dix kilomètres aux alentours des installations à risques (essentiellement les centrales nucléaires). Le dragage des ports permet ainsi des carottages sédimentaires riches en informations, car les boues jouent un rôle de concentrateur de pollutions. Le LASEM de Cherbourg, situé dans l’enceinte même de la base navale, étudie ces divers prélèvements à la demande de clients dont le principal est la Marine (90% des études). Il est organisé autour de deux unités: un pôle de chimie analytique et un pôle radiologique.

 

La visite du centre de stockage de déchets radioactifs de la Manche compléta très utilement la problématique des risques technologiques que l’AEM doit, de nos jours, gérer souvent dans un contexte politique et social sensible. C’est à madame GERMAIN, responsable de la communication de l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA), que revint la tâche de présenter le processus d’entreposage, de stockage et de surveillance (pour les trois prochains siècles!) de déchets radioactifs de faible et moyenne activité. Jouxtant l’usine AREVA de La Hague, le centre de stockage de l’ANDRA se présente comme un tumulus d’environ 15 hectares, sous lequel sont enterrés 525 000 m3 de colis de déchets, enfermés dans des cases bétonnées. Ces dernières sont recouvertes d’une épaisseur multicouches particulièrement élaborée, dont l’objectif est d’imperméabiliser le sommet et les flancs de la colline artificielle tout en étant capable de résister au temps et à des agressions diverses. Premier centre de stockage français, ce site a été exploité de 1969 à 1994, et a permis un retour d’expérience fort utile pour la construction d’un deuxième centre de stockage situé en Meuse/Haute-Marne. Ce dernier a ainsi été construit selon des normes de stabilité et d'imperméabilité géologiques plus rigoureuses, les deux critères majeurs pour la réalisation d’un centre de stockage sûr.

 

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Les acteurs du Trinôme académique de Créteil: l'IA-IPR Anne-Marie HAZARD-TOURILLON représentant l'Éducation nationale, M. Michel GAUVIN représentant l'IHEDN et le Colonel Paul DODANE représentant le Ministère de la Défense

 

Ces deux journées passées à Cherbourg constituèrent, donc, un voyage d’étude particulièrement riche, où les relais Défense eurent aussi l’occasion de visiter à quai le Bâtiment-Base de Plongeurs Démineurs (BBPD) Vulcain M 611 et le Patrouilleur de Service Public (PSP) Cormoran P 677. Expression d’une démarche civique et morale de haute tenue, ces “Journées du Trinôme académique” témoignent du dynamisme incontestable de l’Éducation à l’Esprit de Défense dans l’Académie de Créteil. Enrichis par cette immersion dans le milieu marin, éclairés par des spécialistes des affaires maritimes aussi passionnés que passionnants, durablement sensibilisés à l’Action de l’État en Mer, les relais Défense remercient chaleureusement les intervenants comme les organisateurs de ce voyage d’étude, au premier rang desquels Madame l’IA-IPR Anne-Marie HAZARD-TOURILLON pour l’Éducation nationale, M. Michel GAUVIN pour l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), le Colonel Paul DODANE (DMD 94) pour le MINDEF, et le Capitaine de frégate Hervé CAGNARD pour le COMAR Cherbourg.

 

(1) Le COMAR, acronyme de "Commandant/Commandement Maritime", désigne la fonction de l'officier commandant le port principal de son arrondissement. L'acronyme est généralement associé au nom du port, ici Cherbourg.

(2) À la juridiction française déjà complexe du fait de chevauchement d’administrations diverses, s’ajoute la juridiction européenne. Le statut des îles anglo-normandes de Jersey et Guernesey vient ajouter à la complexité de l’ensemble avec une juridiction anglo-normande particulière. Un droit spécifique enseigné par ailleurs à l’Université de Caen…

(3) Côté français et longeant le littoral, on ne compte pas moins de 5 centrales nucléaires soit 25% du parc nucléaire national.

 

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