27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 06:42

Dans la représentation que le cinéma donne du terrorisme, on est très souvent dans l’action terroriste en elle-même ou dans la lutte contre cette action. Porter le regard sur ce qui précède ces deux aspects, à savoir la fabrique du terrorisme, est en revanche beaucoup plus rare. Comment devient-on terroriste ? Comment expliquer le glissement d’une jeunesse dans l’islamisme radical ? Telles sont les questions sur lesquelles le cinéaste franco-marocain Nabil AYOUCH a voulu porter son éclairage à travers le film "Les chevaux de Dieu".


Le 16 mai 2003, la ville de Casablanca était ensanglantée par une série de 5 attentats qui faisaient 41 morts et une centaine de victimes. Nabil AYOUCH part de ce fait réel pour construire un film qui s’attache davantage à dresser un tableau de la misère sociale, économique, mais aussi tout simplement humaine, qui gangrène une partie de la jeunesse marocaine et explique la dérive islamiste. Ce tableau social, il le réalise à partir de l’évolution de deux frères, de l’enfance à l’âge adulte, dans un bidonville de Casablanca (Sidi Moumem), celui même où les terroristes du 16 mai 2003 avaient grandi.


Les chevaux de Dieu

(Crédit photographique - Didier BAVEREL)

 

"Les chevaux de Dieu" est un film qui cherche moins à restituer le fil d’un événement d’actualité, qu’une humanité abîmée prématurément. Yassine et Hamid grandissent dans un univers familial et social qui ne leur ouvre aucune perspective d’avenir. La violence, les petits boulots, la frustration sociale et la misère sexuelle sont leur lot à un âge où tout reste encore à découvrir avec insouciance. L’amour leur est même refusé, non qu’il soit absent de leur être, mais parce qu’une éducation fruste, ne laissant aucune place à l’intimité, en a ôté toute faculté d’expression.


La délinquance et son aboutissement carcéral s’inscrivent presque naturellement dans ce cheminement, notamment pour Yassine. C’est en prison que ce dernier rencontre les salafistes qui vont l’endoctriner en lui donnant le but qu’il n’a jamais eu dans sa vie. C’est à l’instant où ils cessent de croire en tout, du fait d’une existence qui n’a cessé de les maltraiter, que Yassine et Hamid sont récupérés par les "fous de Dieu". Ensemble, les deux frères se laisseront gagner par une idéologie mortifère, et iront jusqu’au point de non retour à savoir le martyr.

 

Avec ce film réalisé presque à la manière d’un documentaire, Nabil AYOUCH livre à la fois une puissante émotion et un message fort. L’innocence perdue des deux frères et l’impasse de vie dans laquelle ils se trouvent, les emmènent sur un chemin où amour et pardon sont absents. Le ton du film est d’autant plus juste qu’il met au coeur du propos ce glissement dans la violence sans pour autant céder à la mise en scène cinématographique habituelle de cette violence. "Les chevaux de Dieu" questionnent la société marocaine par le bas comme par le haut. Les jeunes des bidonvilles y trouveront matière à réflexion sur leur condition avec, peut-être, une mise à distance salvatrice, alors que l’État chérifien sera questionné dans le même temps sur la sincérité de son réformisme. Mais en France, où Nabil AYOUCH est né et a grandi comme un autre Mohamed MERAH (1988-2012), jeunes des cités comme pouvoir politique auraient tort aussi de ne pas se sentir concernés.


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