4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 19:46

Midway

  "First hit at Midway" par Paul RENDEL

 

1942-2012. Il y a 70 ans la Deuxième Guerre mondiale entrait dans sa troisième année. Le conflit est désormais planétaire. On se bat sur presque tous les continents: en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie. Mers et océans deviennent de véritables champs de bataille qui s’étendent “au-delà de l’horizon” avec le développement sans précédent du combat aéronaval. Après une période de brutales conquêtes, les puissances de l’Axe se heurtent à un raidissement allié sur tous les fronts. 1942 est une année en suspens où de grandes batailles terrestres et aérovanales sont livrées. Le monde retient son souffle: l’Axe est-il sur le point de l’emporter ou assiste t-on au début du redressement allié?

 

 

Le 4 juin 1942 débutait la bataille aéronavale de Midway, un mois après celle de la bataille de  la Mer de Corail. Elle s’acheva le lendemain par une très nette victoire américaine, qui porta un coup d’arrêt décisif à l’expansion japonaise dans le Pacifique, six mois seulement après l’attaque de Pearl Harbor. Nonobstant sa brièveté, Midway constitua donc une bataille majeure de la Deuxième Guerre mondiale.

 

Midway est un atoll américain qui se trouve dans le prolongement Nord-Ouest de l’archipel des Hawaii, non loin de la ligne de changement de date (180e méridien). Stratégiquement, l’île et son aérodrome militaire tiennent le rôle d’avant-poste américain dans le Pacifique central. Pour les Japonais, s’emparer de Midway en y débarquant 5000 hommes était un moyen de renforcer leur ligne de défense orientale, tout en rendant très rapidement possible une offensive sur l’ensemble des Hawaii. Si ces dernières tombaient, c’était le territoire américain – plus particulièrement la côte Ouest – qui aurait été directement menacé. Par ailleurs, ce renforcement oriental était aussi dicté par l'humiliation récente qu'avait fait naître l'audacieux bombardement de Tokyo lors du raid Doolittle, le 18 mai 1942.

 

Une victoire à Midway et dans les îles Hawaii aurait eu d’importantes conséquences sur le cours de la guerre. En 1942, les États-Unis n’étaient pas encore remis du choc de Pearl Harbor, et l’US Navy n’était pas encore la puissance navale qu’elle devait être deux ans plus tard. Pour les Américains, il fallait gagner du temps dans le Pacifique, alors qu'au même moment ils concentraient la majeure partie de leurs moyens dans une autre direction océanique et continentale: l'Atlantique, l'Afrique et l'Europe. Au lendemain de l’agression de Pearl Harbor, Winston S. Churchill  avait réussi à faire valoir, auprès de Franklin D. Roosevelt, l’idée que le théâtre européen devait être le théâtre des opérations prioritaire (conférence d'Arcadia en décembre 1941 et janvier 1942). La libération de l’Europe prenait donc le pas sur la victoire contre le Japon, ce qui n’était pas chose facile à faire admettre aux Américains après ce qu’ils considéraient comme "the Day of infamy".

 

1942 devait donc être une année de temporisation pour l’US Navy qui manquait de bâtiments dans le Pacifique. Une victoire japonaise à Midway, en juin, aurait sensiblement contrarié la stratégie anglo-américaine, obligeant à un redéploiement des moyens navals de l’Atlantique dans le Pacifique, ce avec des conséquences sur le cours du conflit en Afrique et en Europe… Une année de temporisation d’autant plus nécessaire que début mai avait eu lieu une autre grande bataille aéronavale aux portes même de l’Australie: la bataille de la Mer de Corail. Au cours de cet engagement, qui ressembla à première vue à une victoire tactique japonaise, les Américains perdirent le porte-avions lourd USS Lexington CV-2, et le USS Yorktown CV-5 fut gravement endommagé, à un point tel que la Marine impériale japonaise crut l’avoir coulé.

 

En fait, le tonnage des navires coulés (en défaveur des Américains) comptait moins que la redistribution stratégique imposée aux deux adversaires par cet affrontement. Les Japonais venaient de subir une défaite stratégique: leur offensive sur l’Australie subissait un coup d’arrêt, et si un seul porte-avions léger japonais avait été coulé (le Shoho), deux autres furent mis hors de combat qui ne pourront pas participer à l’offensive sur Midway prévue le mois suivant. Le Shokaku avait été suffisamment endommagé pour ne pas pouvoir être réparé à temps, et le Zuikaku perdit tellement d'avions et de pilotes qu'il n'était plus opérationnel. De nombreux pilotes japonais avaient été perdus en Mer de Corail, et le potentiel offensif nippon était désormais sérieusement érodé. L’insuffisance du renseignement japonais vint aggraver le tableau quant à l’évaluation exacte du potentiel aéronaval américain. Ainsi, le porte-avions USS Yorktown - l’un des quatre porte-avions américains alors disponibles dans le Pacifique – avait été donné pour coulé. En fait, il fut, début mai, rapidement retiré du champ de bataille, et dérouté sur les îles Tonga afin d'y subir les premières réparations. Peu de temps avant la confrontation de la Mer de Corail, les Américains, aidés par les Britanniques et les Néerlandais, avaient réussi à percer le JN25 à savoir le code de cryptage de la Marine impériale. Alerté au dernier moment, mais de sources sûres, sur le prochain objectif des Japonais, l’Amiral Chester W. Nimitz pu anticiper son redéploiement en faisant appareiller le Yorktown, toujours avarié, pour Pearl Harbor. Le porte-avions américain parvint à la grande base des îles Hawaii le 27 mai, où il fut réparé en 3 jours et 3 nuits. Un véritable record! De nouveau opérationnel, il appareilla le 30 en direction des îles Midway.

 

Le fait était d’importance, car les Japonais pensaient avoir de bonnes chances d’en finir avec les porte-avions américains à Midway. Tablant sur le secret de l’opération et une aéronavale américaine affaiblie, ils ne se doutaient pas alors que la situation ne leur était plus aussi favorable. Non seulement la défense de l’atoll  de Midway fut considérablement renforcé, mais la spectaculaire réparation du Yorktown changeait la donne. Alors que la Marine japonaise s’attendait à affronter deux porte-avions regroupés au sein d’une même task force, c’étaient deux task forces qui se dirigeaient vers elle: la Task force 16 autour de l’USS Enterprise et l’USS Hornet (commandée par le Contre-amiral Raymond A. SPRUANCE), et la Task force 17 autour de l’USS Yorktown (commandée par le Contre-amiral Frank J. FLETCHER).

 

Qui plus est, le plan japonais dispersa d’emblée ses forces sur un espace considérable. Pas moins de quatre flottes de combat opérèrent de manière indépendante lors de la bataille pour Midway. Tout d’abord une force de diversion chargée d’aller frapper l’Alaska et les îles Aléoutiennes. L’objectif étant de distraire les forces américaines, et de dégarnir la défense de Midway. Cette première opération fut un échec du fait de la connaissance exacte des intentions japonaises par le commandement américain. Elle n’en mobilisa pas moins - et  inutilement - 2 porte-avions et 4 cuirassés. La force principale était celle de l’Amiral Chuichi Nagumo. Forte de 4 porte-avions – le Soryu, le Hiryu, l’Akagi et le Kaga -, elle constituait le fer de lance de l’offensive japonaise contre Midway. C’est elle qui soutint l’essentiel de l’affrontement, cherchant à détruire les défenses américaines autour et dans l’atoll. L’isolement de celui-ci devant permettre le débarquement d’une force d’invasion aux ordres du Contre-amiral Nobutake Kondo. Plus en arrière, une quatrième flotte, commandée par l’Amiral Isoroku Yamamoto, devait aider à la destruction de la flotte américaine en cas de confrontation navale générale, notamment avec ses 3 cuirassés dont le plus grand du monde: le Yamato.

 

La première rencontre eut lieu le 3 juin, lorsque les Américains, ayant repéré la force de débarquement japonaise, l’attaquèrent. Ce fut un échec, mais ils montrèrent aux Japonais que l’effet de surprise était désormais nul. La véritable bataille ne commença que le lendemain lorsque de part et d’autre les porte-avions lâchèrent leurs groupes aériens contre leurs objectifs. Pour les Japonais, il fallait repérer les porte-avions américains et les couler tout en détruisant les défenses de Midway. Pour les Américains, il fallait trouver les porte-avions japonais et les couler afin de desserrer l’étau autour de l’atoll. Dans la matinée du 4 juin, une première vague d’assaut japonaise dévaste l’atoll, mais les appareils américains ont eu le temps de décoller, les uns pour défendre l’île, d’autres pour attaquer la flotte japonaise. Durant ce premier et unique assaut sur Midway, les appareils de reconnaissance japonais et américains cherchent à localiser les porte-avions adverses. Si les Américains marquent le premier point en repérant rapidement le groupe aéronaval japonais, leurs premières attaques sont catastrophiques. Plusieurs escadrilles sont anéanties avant même de pouvoir approcher les porte-avions japonais. Inexpérimentés pour beaucoup – notamment ceux des groupes aériens de l’USS Hornet -, équipés d’appareils lents et obsolètes face aux terribles Mitsubishi Zero, les pilotes américains vont d’emblée essuyer des pertes terribles, n’ayant que leur courage à opposer.

 

Mais leur sacrifice n’est pas inutile. Il épuise et fait perdre un temps précieux à la chasse japonaise, dont les appareils à court de carburant doivent apponter pour se ravitailler au moment où ceux de la première vague d’assaut contre Midway de retour de leur raid doivent eux aussi apponter et se ravitailler. C’est l’instant crucial de la bataille, où le système tactique japonais est à son point de tension maximum: les 4 porte-avions ayant lancé simultanément l’assaut contre Midway - tout en parant les premières contre-attaques aériennes américaines -, leurs groupes aériens doivent ravitailler au même moment laissant la flotte sans protection pendant de longues minutes. C’est précisément à ce moment qu’une nouvelle escadrille américaine de bombardiers en piqué surgit et attaque les porte-avions japonais dont les ponts sont encombrés d’avions prêts à redécoller. Le 4 juin 1942 à 10.25 du matin, l’Akagi, le Kaga et le Soryu sont touchés à mort. En moins de 5 minutes, les pilotes américains ont renversé le cours de la bataille, détruisant 3 des 4 porte-avions de l’Amiral Nagumo. Le choc est terrible pour les marins japonais. Les incendies qui ravagent les 3 bâtiments sont visibles à des kilomètres à la ronde par toute la flotte. Le quatrième et dernier porte-avions japonais, le Hiryu, tente alors désespérément de faire la différence en lançant deux vagues de bombardiers et de torpilleurs contre le USS Yorktown repéré peu de temps auparavant. Le porte-avions américain est de nouveau atteint par 3 bombes aux alentours de midi, et 2 nouvelles torpilles le frappent encore vers 15.00, mais il flotte toujours, et commence à se replier.

 

À 17.00, alors que le Hiryu s’apprête à lancer une troisième vague pour achever le Yorktown, il est  à son tour repéré et attaqué par des bombardiers américains qui ne lui laissent aucune chance. En flamme et désemparé, le dernier porte-avions de l'Amiral Nagumo devait couler le lendemain. En une journée, le groupe aéronaval japonais a été anéanti. Après ces terribles pertes pour la Marine impériale, la bataille se prolongea encore durant quelques heures. Le sous-marin japonais I-168 repéra le USS Yorktown gravement endommagé, et le coula ainsi qu’un destroyer d’escorte, le USS Hammann. Ce fut la fin pour ce vétéran de la bataille de la Mer de Corail. Côté japonais, deux croiseurs lourds du Contre-amiral Kondo, victimes d’une collision et ralentis, furent également attaqués par les Américains. Le Mikuma fut coulé et le Mogami très gravement endommagé.

 

Dès lors, ce qui entra dorénavant dans l’Histoire comme la bataille de Midway prenait fin. Les Américains se retirèrent rapidement du champ de bataille, refusant à l’Amiral Yamamoto l’occasion de poursuivre la lutte avec ses cuirassés et leurs terribles canons. Le score était, cependant, sans appel contrairement à la précédente bataille qui s’était déroulée aux portes de l’Australie en Mer de Corail. Pour 1 porte-avions perdu, l’US Navy en avait cette fois coulé 4. Mais le pire pour les Japonais résidait dorénavant dans l’immense difficulté de leur industrie à les remplacer au moment même où le Victory program commençait à produire ses premiers effets et que le temps jouait désormais en faveur des Américains.

 

En souvenir de cette grande bataille qui marque la fin de l'expansion japonaise dans le Pacifique, l'US Navy donna le nom de "Midway" à l'un de ses porte-avions. Le USS Midway CV 41, retiré du service actif en 1992, mouille actuellement dans la grande rade militaire de San Diego, face à la presqu'île de Coronado, où il a été transformé en musée flottant. Dans le pont inférieur sont exposés quelques uns des appareils de l'aéronavale américaine de la Deuxième Guerre mondiale. Sur le quai où se trouve amarré le bâtiment, un buste du vainqueur de la bataille de Midway, l'Amiral Raymond A. SPRUANCE a été érigé ainsi que deux autres monuments, l'un à la gloire des porte-avions de l'US Navy et l'autre dédié aux hommes et femmes de l'US Navy ayant servi dans le Pacifique de 1941 à 1945.

 

Camille, élève de la classe de 2nde 6, nous raconte la bataille de Midway.

 

Grumman F4F Wildcat

SBD Dauntless

A6M ZeroLes avions de la bataille de Midway

 

**********

 

3 Juin 1942: La bataille du Midway

 

Depuis le choc de Pearl Harbor le 7 décembre 194, les Américains veulent reprendre l’initiative dans tout le Pacifique. La flotte américaine est dirigée par l’Amiral Nimitz et envoi des raids sur Tokyo. De l’autre côté, Yamoto, l’amiral de la flotte japonaise connait les intentions de Nimitz et envoi quatre porte-avions qui sont l’Akagi, le Kaga, le Soryu, l’Hiryu  et deux cuirassés, le Mogami et le Mikuma à Midway. Il envoie aussi une flotte pour faire division, dans la base de Dutch Harbor. C’est ainsi que commence la bataille du Midway. La flotte américaine est composée de deux porte-avions, qui sont le Hercet et l’Enterprise ainsi qu’un troisième qui les rejoindra. Il s’agit du porte-avions Yorktown, endommagé lors de la bataille de corail.

 

Le 3 juin 1942, la flotte japonaise est repérée et les porte-avions Akagi et Soryu sont endommagés. Le Kaga est coulé et l’Akagi et Soryu sont encore touchés. Il ne resste plus que le porte-avions Hiryu, toujours intact, qu envoie des bombardiers sur la flotte américaine et qui arrive à toucher Yorktown le 6 juin 1942. Le porte-avions Hiryu est coulé peu de temps après tandis que la base du Midway est endommagée. C’est donc une victoire écrasante de la flotte américaine. 

 

Cette bataille aura menée, quelques années plus tard, en 1976, à un film appelé « Midway », réalisé par Jack SMIGHT.

 

Camille

 

 

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   Les marins du porte-avions nucléaire USS Enterprise CVN-65 rendent hommage aux aviateurs et marins américains tués lors de la bataille de Midway, en mer d'Arabie le lundi 4 juin 2012. L'un des trois porte-avions américains présents lors de cet affrontement était le USS Enterprise CV-6 dit "Big E"


 

COMMÉMORATION 1942

 

Marjorie - Le Victory program (6 janvier 1942)

Ufkun - La fin de la conférence d'Arcadia (14 janvier 1942)

Nassima - La conférence de Wannsee (20 janvier 1942)

Iman - La chute de Singapour (15 février 1942)

William - L'opération Chariot (27 mars 1942)

Wissame - Le raid DOOLITTLE (18 avril 1942)

Émilie - La bataille de la Mer de Corail (4 mai 1942)

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 10:17

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Depuis l’Antiquité, la guerre a suscité des réflexions théoriques destinées à améliorer l’usage des armes et des armées, à donner la victoire dans les meilleures conditions, à définir ce que pouvait être celle-ci. Traités et précis recherchant des règles et des modèles dans les batailles du passé ont fini par donner naissance à la science stratégique et à fonder le genre de l’Histoire militaire. Celle-ci montre, par ailleurs, que très souvent les modèles, scenarii et attentes stratégiques longuement élaborés dans les écoles militaires, marquent un retard par rapport à la prochaine guerre qu’ils avaient cherchée à anticiper. Voire que le propre d’un conflit est justement de développer une situation de contournement de tout ce qui avait pu être imaginé durant le temps de paix précédent.

 

Par le passé comme par le présent, une bataille reste avant tout marquée par une situation d’extrême confusion dont peu d’acteurs parviennent à saisir clairement le déroulement. De nos jours, en dépit des technologies modernes – et peut-être même à cause d’elles -, la multiplication des acteurs autres que militaires dans et autour de la bataille augmente comme jamais elle ne l’a été la complexité de la guerre. Le fameux “brouillard de la guerre” du théoricien prussien Carl von CLAUSEWITZ (1780-1831) reste toujours d’actualité que ce soit en Afghanistan ou ailleurs.

 

Partant, les efforts en matière doctrinale et de prospective de nos armées n’ont, eux aussi, cessé de grandir. N’en déplaise à ceux qui ne voient en l’institution militaire qu’un outil brutal, mais pour servir notre Défense d’aujourd’hui cet outil n’a jamais été aussi complexe et aussi en recherche d’un point de vue intellectuel. Essentiellement concentrés sur le site de l’École militaire de Paris, des organismes sont ainsi chargés de réfléchir sur les menaces et les conflits présents et futurs dans un contexte où les leçons du passé doivent plus que jamais servir la fluidité des crises contemporaines au-delà de toute sclérose intellectuelle. Les débats passionnés, outre-Atlantique comme ici, sur le bien fondé de la doctrine de contre-insurrection (COIN ou counter-insurgency) à la lumière de la guerre en Afghanistan - et de la redécouverte des écrits de David GALULA (1919-1967) – illustrent cette difficulté pour nos armées de trouver un point d’équilibre en matière doctrinale. Détecter les phénomènes de rupture tout en continuant à distinguer les permanences, orienter l’effort de Défense sur le long terme au travers d’une pensée doctrinale de haut niveau, capable de se renouveler, tels sont les objectifs de structures comme l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM), du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques (CSFRS), de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), etc. Ces institutions, dont certaines sont en relation étroite avec le monde universitaire, constituent les “têtes chercheuses” ou “rayonnantes” (1) en matière de doctrine et de conceptualisation.

 

Parmi ces “têtes chercheuses”, il est à remarquer l’originalité du Centre Interarmées de Concepts, Doctrines et Expérimentations (CICDE), de création récente (avril 2005), dont la mission est d’explorer de futurs éléments de doctrine, d’élaborer des concepts, d’en suivre l’expérimentation et de donner des recommandations capacitaires en vue d’une application opérationnelle rapide. Dirigé par le Général Vincent LAFONTAINE, le CICDE a été lui-même conçu pour faire face aux besoins d’une armée en pleine transformation doctrinale du fait de la fin de la Guerre froide, d’une interarmisation grandissante et de la numérisation de l’espace de bataille. Avec une grande autonomie de réflexion, se nourrissant sur un très large spectre d’informations aussi bien militaires que civiles, le CICDE fonctionne de manière collaborative sur des sujets aussi complexes qu’adapter les concepts doctrinaux français à ceux de l’OTAN, contribuer à l’architecture doctrinale de la Défense européenne, assurer la cohérence opérationnelle des forces… Organisant des colloques, le CICDE met en ligne certains de ses travaux sur son site. Si quelques uns peuvent paraître arides du fait d’une approche technico-conceptuelle poussée, d’autres sont en revanche parfaitement utilisables pour des enseignants désireux de comprendre le dynamisme doctrinal animant nos forces armées d’aujourd’hui.

 

(1) L’IHEDN, partenaire des trinômes académiques, constituent moins une structure de recherche – au sens “think tank” -, qu’une institution chargée de former des relais d’opinion tournés vers la société civile à des niveaux divers. Au cours de sessions régionales et nationales, les auditeurs participent cependant à des travaux de réflexion sur des sujets d’actualité, qui peuvent produire d’intéressantes conclusions en matière de prospective.

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 15:57

Le sujet est suffisamment peu abordé par les médias pour ne pas manquer de signaler la prochaine diffusion d'un documentaire consacré aux blessés de guerre. Selon le chiffre officiel, 685 militaires français ont été à ce jour blessés en Afghanistan. Est-ce que ce chiffre officiel prend aussi en compte ces blessures "invisibles" - aujourd'hui appelées syndrome de stress post-traumatique -, que la médecine militaire contemporaine aborde enfin en tant que telles? Que ce soit ici ou dans les autres pays participant au conflit - plus particulièrement les États-Unis où le phénomène touchent des dizaines de milliers de vétérans -, les blessés de guerre sont de plus en plus nombreux du fait de la durée du conflit. Mais au même titre que le nombre de soldats tués depuis le début de notre engagement en Afghanistan, celui de nos blessés reste sans commune mesure avec les pertes des conflits du siècle précédent. Toujours est-il que dans le contexte culturel et sociétal actuel, la tendance est plutôt à fuir et à ignorer la souffrance de ces autres héros. Quelques articles ici et là  de temps en temps, mais on en parle peu ou presque pas. Certes, un hommage leur a été rendu lors d'un récent défilé du 14 juillet par le Président SARKOZY, et le nouveau Président HOLLANDE a rendu visite à l'hôpital des Armées de Percy le 29 mai dernier. Cependant, le spectacle médiatisé de la chair meurtrie pourrait aussi nuire à la mission des forces armées, surtout dans une période de notre histoire qui a vu les conflits directs s'éloigner sensiblement des préoccupations de nos contemporains. La recherche scientifique a fait d'énormes progrès ces dernières années, bénéficiant elle aussi de RETEX importants: développement de structures médicales inédites (kit MORPHEE), de sas de décompression au retour des missions (Chypre), nouveaux types de prothèses, amélioration de la protection anti-balistique, généralisation de masques de protection faciale dans l'armée américaine...

 

C'est sur ce sujet quasiment tabou, que Pierre-Henry MENTHEOUR et Fabien LASSERRE, avec l'autorisation de l'État-major et du Service de Santé des Armées, ont travaillé, réalisant un documentaire qui sera diffusé dimanche 10 juin 2012, à partir de 13.15 sur France 2. À ne pas rater donc!

 

Il n'y a malheureusement pas qu'en Afghanistan que nos militaires sont tués ou blessés. Avec eux, toutes celles et tous ceux qui participent à notre défense au quotidien sont aussi grandement exposés dans leur intégrité physique. Pompiers, policiers, gendarmes... Soutenir nos forces armées, c'est aussi s'occuper de ces héros dont la vie est à reconstruire d'une toute autre manière après la blessure. Recherche scientifique, soins médicaux, gestion des dossiers, frais divers pour les familles, suivi permanent... Tout ceci coûte cher et nécessite, en plus de l'aide de l'État, une véritable contribution citoyenne. Pour cette raison, des associations comme Terre Fraternité ou Solidarité Défense (1) se mobilisent et organisent des manifestations musicales (ou autres) dont les bénéfices serviront justement à couvrir une partie de ces frais.

 

(1) Cf. L'action également de la Cellule d'Aide aux Blessés de l'Armée de Terre (CABAT).

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 09:18

  Essais de décollage et d'appontage du F-35B (STOVL) à bord du bâtiment d'assaut amphibie USS Wasp

 

Le Joint Strike Fighter (JSF) F-35 Lightning II est un avion multirôle fabriqué par la firme aéronautique américaine Lockheed Martin. Le programme remonte aux lendemains de la Guerre froide, et devait répondre à la demande de l’armée américaine d’un appareil de supériorité aérienne décliné sous plusieurs modèles, ce qui pourraient le rendre adaptable aux missions de l’Air Force, de la Navy et du Corps des Marines. Le F-35 avait donc pour vocation de remplacer plusieurs modèles alors existants (F-16 Falcon, A10 Warthog, A6 Intruder, Sea Harrier…) par un seul et même appareil dont la structure serait modifiée selon qu’il soit appelé à agir à partir de bases terrestres (US Air Force), de porte-avions (US Navy), de bâtiments d’assaut amphibie (Corps des Marines). Le programme est d’emblée complexe: la Navy ayant besoin d’une version dont la cellule et le train d’atterrissage seraient renforcés par rapport à la version de l’Air Force. Quant aux Marines, il leur faut une version à décollage vertical (STOVL ou Short Take-Off Vertical Landing). Des exigences qui peuvent être contradictoires, car elles donnent des appareils dont les masses, les surfaces alaires, et les rayons d’action ne sont pas les mêmes (1) pour des missions qui peuvent être fort différentes. Deux projets furent donc mis en concurrence, dont celui de Lockheed Martin qui l’emporta, en 2001, sur le projet de la firme Boeing.

 

Le programme JSF F-35 Lightning II était donc lancé autour d’un concept d’avion multirôle de 5e génération (technologie furtive), destiné à remplacer la plupart des intercepteurs existants dans l’arsenal des États-Unis et de leurs alliés. Cependant, tout en confortant la position stratégique des premiers sur le marché de l’aéronautique mondiale, le programme JSF F-35 rend également les alliés des États-Unis plus dépendants technologiquement et économiquement. Dix pays ont été associés à ce programme selon trois niveaux de coopération technico-industriel (2). Le niveau de coopération le plus élevé concerne la Grande-Bretagne avec la firme BAE Systems en charge de la construction d’une partie du fuselage et de la mise au point de plusieurs systèmes. Mais aujourd’hui, le programme du Lightning II est très sévèrement critiqué. Les retards se sont accumulés, qui prévoient désormais un déploiement opérationnel du F-35 en 2019, soit avec près de dix ans de retard par rapport aux délais initialement prévus. La complexité du programme - liée à des demandes trop différentes en matière de conception – a aussi occasionné des surcoûts considérables de l’ordre de 75% par rapport au prix fixé en 2001! D’emblée, le F-35 est devenu l’un des programmes d’armement les plus chers de l’histoire des États-Unis. Comme si cela ne suffisait pas, une cyberattaque d’envergure a compromis, en 2009, les secrets de fabrication de l’appareil. Des informations liées à l’avionique et à la furtivité ont été dérobées, menaçant du coup l’ensemble du programme… Bref, le F-35 commencent à coûter très cher, non seulement aux Américains mais aussi aux pays qui s'y sont associés. L’avion présente des défauts techniques alors qu’il n’est toujours pas mis en service de manière opérationnelle si ce n’est au… cinéma (3). Quant aux alliés ayant aligné les besoins de leur armée de l’Air - voire de leur aéronavale comme c’est le cas pour les Britanniques - sur le F-35, ils en subissent aujourd’hui les délais d’attente comme la dérive financière, alors que leurs budgets R&D ne sont pas de même niveau que ceux du Pentagone, et qu’ils ne disposeront pas des codes sources de l’appareil.

 

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 À l’heure actuelle, les trois versions du F-35 existent à l’état de pré-série: 1- le F-35A CTOL (Conventional Take-Off and Landing) est la version de l’US Air Force 2- le F-35B STOVL est la version à décollage vertical pour les bâtiments d’assaut amphibie et porte-aéronefs (4) 3- le F-35C CV (Carrier Variant) est la version destinée aux porte-avions. Il semblerait cependant que cette dernière version ne soit plus destinée qu’aux seuls porte-avions américains depuis le renoncement britannique du jeudi 10 mai dernier. Londres vient, en effet, de remplacer l’achat de F-35C au profit de F-35B... Les conséquences de ce remplacement, opéré dans une conjoncture budgétaire particulièrement contrainte, sont considérables. Elles impliquent des choix structurels qui marqueront l’évolution de l’aéronavale britannique sur les cinquante prochaines années.

 

L’aéronavale britannique organisée autour de porte-avions classiques entre dans une phase de déclin avec la fin du deuxième conflit mondial. La thalassocratie britannique a vécu. A l’instar des autres pays européens, le Royaume-Uni subit un déclassement dans la redistribution des cartes de la puissance mondiale, ce que la Crise de Suez (1956-1957) confirme au grand jour. Pourtant novateurs à bien des égards en matière de porte-avions (5), les Britanniques vont – pour des raisons essentiellement financières – renoncer à ces derniers. Deux faits vont entériner ce renoncement majeur: l’abandon de la construction du Furious à la fin des années 1960, et le désarmement du HMS Ark Royal en 1979, dernier porte-avions classique de la Royal Navy qui n’est pas remplacé. Depuis les années 1980, la Royal Navy n’a donc plus de porte-avions, les remplaçant par des porte-aéronefs moins coûteux à construire et à mettre en service. Ceux-ci permettent de continuer à déployer un groupe aérien embarqué, beaucoup moins puissant cependant (6) et ne pouvant qu’utiliser des appareils à appontage vertical (Hawker Siddeley Harrier) de conception complexe et moins polyvalente que les appareils catapultés. Mais plus que le remplacement d’un type de bâtiment et d’un changement d’appareil, ce tournant transforme radicalement l’aéronavale britannique. Ce sont des savoir-faire technologiques et industriels lourds en matière de constructions navale et aéronautique qui sont désormais abandonnés. C’est une doctrine navale qui est également bouleversée: les pilotes anglais ne savent plus ni décoller ni apponter à partir de porte-avions classiques, ce qui leur interdit l’interopérabilité avec les États-Unis et la France, les deux seuls pays occidentaux qui continuent de déployer des porte-avions.

 

Les porte-avions ont des avantages considérables: plus puissants et “guerriers” que les porte-aéronefs, ils sont bien plus que des “capital ships” au sens tactique de l’expression, ils sont de vrais bâtiments de souveraineté. À la suite de James CABLE, l’historien Hervé COUTAU-BÉGARIE - récemment décédé - avait beaucoup insisté sur la dimension diplomatique des marines de guerre, notamment dans leur composante aéronavale. À ces aspects fondamentaux s’ajoutent le fait que le F-35C, initialement choisi par Londres, est de conception moins complexe que la version STOLV. Il dispose d’une meilleure autonomie, d’une plus grande capacité d’emport et, surtout, coûte moins cher que la version B. Alors pourquoi un tel virage de la part du Gouvernement britannique qui, revenant sur le choix initial du F-35C, opte finalement pour le F-35B?

PA-Queen-Elizabeth.pngDessin du porte-aéronefs HMS Queen Elizabeth actuellement en cours d'assemblage aux chantiers Babcock de Rosyth (Écosse). L'ilôt double est caractéristique de cette classe de bâtiments. Noter également le pont d'envol en tremplin.

 

C’est que le choix d’un appareil conditionne aussi la configuration du bâtiment qui va l’accueillir: porte-avions ou porte-aéronefs. Or, les avantages de la version C du F-35 se heurtent à l’essentiel à savoir la construction d’un porte-avions à catapulte, ce que la Royal Navy ne fait justement plus depuis trente ans. C’est aussi toute une nouvelle génération de pilotes à qui il faut réapprendre le décollage et l’appontage horizontal. Et derrière ces questions en apparence technique, se cachent, comme souvent c’est le cas, des questions plus profondes de doctrine et de stratégie; la Royal Navy devant redécouvrir l’emploi du porte-avions et de son groupe de combat. Tout ceci n'est pas insurmontable dans l'absolu, mais intervient à un moment où la Marine anglaise négocie un tournant délicat à l’endroit du choix et de la construction de ses futures plate-formes aéronavales. En lançant la construction du HMS Queen Elizabeth et de son sister-ship le HMS Prince of Wales à la fin des années 2000, la Royal Navy a pris acte de son erreur passée qui fut d’avoir abandonné les porte-avions, alors qu'aujourd'hui les pays émergents (Chine, Inde et Brésil) sont en train d’en construire ou projettent de le faire rapidement. La Grande-Bretagne a t-elle cependant les moyens de reconstruire des porte-avions?

 

Avec une longueur de 280 m et un déplacement en charge de 65 000 tonnes, le Queen Elizabeth et le Prince of Wales seraient les plus gros bâtiments de guerre d’Europe occidentale (7). Prévus pour une mise en service opérationnelle en 2016 pour le premier, et en 2019 pour le second, leur conception laisse le choix d'une construction pouvant évoluer vers un porte-avions ou un porte-aéronefs. Jusqu’à présent le plan initial prévoyait que le Queen Elizabeth serait livré en version porte-aéronefs (donc avec un pont d’envol en tremplin), pour un service limité le temps que le Prince of Wales soit mis à disposition mais en version porte-avions cette fois (c’est-à-dire avec un pont d’envol droit, des catapultes et des brins d’arrêt). Avec la mise en service du HMS Prince of Wales, le HMS Queen Elizabeth serait vendu à un autre pays. C’est ce plan initial qui vient d’être annulé par la décision de passer du F-35C au F-35B. Que la Grande-Bretagne soit consciente de son erreur stratégique est une chose. Qu’elle ait aujourd’hui les moyens de la rattraper en est une autre. La crise économique mondiale et le contexte de récession, qui frappent durement le Royaume-Uni, en ce moment, semblent avoir eu raison du porte-avions Prince of Wales, dont la conversion aurait généré des coûts très élevés en soi à défaut du moindre coût d’achat des appareils F-35C. Le HMS Prince of Wales sera donc très vraisemblablement un porte-aéronefs comme son prédécesseur qui, du coup, devrait être conservé au sein de la Royal Navy.

 

Par le Traité de Lancaster du mardi 2 novembre 2010, David CAMERON et Nicolas SARKOZY avaient sensiblement rapproché la Défense des deux pays. Une convergence s’était même dessinée en faveur d’un porte-avions anglais, qui aurait assumé la permanence à la mer en coopération avec le porte-avions français. La France n’ayant, en effet, pas les moyens de s’offrir un deuxième porte-avions, alors que la Grande-Bretagne désirait réintégrer le club des pays capables de déployer ce type de bâtiment. Cette mutualisation vient de subir un échec, car le choix anglais du F-35B marque à nouveau un renoncement au porte-avions, qui empêchera toute interopérabilité future avec les porte-avions américains comme avec porte-avions Charles-de-Gaulle. En revanche, les gros porte-aéronefs britanniques seront interopérables avec les bâtiments d’assaut amphibie du Corps des Marines, ainsi que les autres porte-aéronefs européens. Les marines étatsunienne et française resteront, donc, les deux seules à pouvoir interopérer à partir de porte-avions à catapultes, jusqu’à ce que le F-35C entre en service. Ce dernier étant en effet trop lourd pour l’actuel porte-avions français…

 

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(1) La version Navy du F-35 est plus lourde d’une tonne (à vide) que celle de l’Air Force.

(2) L’Italie et les Pays-bas sont ainsi chargés de l’assemblage des F-35 européens. Le Danemark, la Norvège, le Canada, l’Australie la Turquie, Israël et Singapour sont aussi associés.

(3) L’avion apparaît notamment dans les films “Die hard 4: retour en enfer” (2007) et “The Avengers” (2012).

(4) Plus petit et plus léger, le porte-aéronefs (bâtiments d’assaut amphibie américains, BPC français, Cavour italien ou Juan Carlos I espagnol) permet de déployer des hélicoptères et des avions en nombre plus réduit et moins lourdement armés. Ces derniers décollent à l’horizontale à partir d’un pont d’envol tremplin mais appontent verticalement.

(5) C’est la Royal Navy qui, la première, innove en matière de protection des pistes d’envol (ponts blindés), de pont oblique (qui permet les décollages et les appontages simultanés), de catapultes à vapeur (afin de multiplier la puissance au décollage d'avions plus lourds) et de miroirs d’appontage.

(6) Le différentiel de puissance tient au nombre d’appareils embarqués beaucoup moins nombreux que sur un porte-avions, mais aussi aux types d’appareils, de plus faible emport et de rayon d’action moindre sur un porte-aéronefs.

(7) Le porte-avions Charles de Gaulle mesure 261 m de long pour un déplacement de 42 500 tonnes en charge.

 

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 08:36

Chaque année aux États-Unis, une semaine et un jour en particulier sont consacrés à un hommage de la Nation à l'ensemble de ses forces armées. Connue sous le nom de "Armed Forces Week" et "Armed Forces Day", la manifestation débute traditionnellement le deuxième samedi du mois de mai pour s'achever le troisième dimanche du même mois. C'est-à-dire aujourd'hui pour cette année 2012; le troisième samedi - hier donc - étant l' "Armed Forces Day". Cette tradition remonte au 31 août 1949, lorsque le Président Harry S. TRUMAN (1884-1972) et son Secrétaire d'État à la Défense, Louis A. JOHNSON (1891-1966), décidèrent de regrouper les différentes journées dédiées alors à l'Army, la Navy, l'Air Force, le Corps des Marines et les Coast guards en une seule et même manifestation. Cette initiative correspondait aussi à une évolution plus générale, qui voyait l'unification des différentes armées au sein d'un même ministère au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale (naissance du Department of Defense). Durant cette semaine, et ce jour en particulier, l'Armée des États-Unis, dans toutes ses composantes, est à l'honneur. Les diverses manifestations qu'elle organise auprès du grand public à  cette occasion, contribuent sans nul doute à entretenir la fierté que la plus grande majorité des Américains éprouvent à l'endroit de leurs soldats.

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 07:15

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Télécharger le programme des "Heures historiques 2012"

 

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 09:10


X-Men First Class Go Army par teasertrailer

 

Les liens entre le cinéma et le US Department of Defense (DoD ou Ministère de la Défense américain) aux États-Unis sont particulièrement étroits, ce depuis longtemps. Dès la Deuxième Guerre mondiale, des cinéastes s'étaient engagés afin de soutenir l'effort de guerre du Gouvernement américain, tournant documentaires, reconstitutions et fictions sur le conflit. John FORD (1894-1973) fut un exemple emblématique de cet engagement du fait de sa brillante carrière de cinéaste, mais aussi parce qu'il couvrit à la manière d'un reporter de guerre de nombreux théâtres d'opérations entre 1941 et 1945. Certes, on pourrait aussi trouver d'autres exemples dans d'autres pays où des cinéastes se sont  aussi engagés aux côtés de leur armée ou de leur gouvernement, notamment dans les oeuvres de Leni RIEFENSTAHL (1902-2003) ou de Veit HARLAN (1899-1964) et d'autres encore en URSS. C'est aux États-Unis, cependant, que cette interaction entre le 7e Art et le monde militaire devait se révéler, jusqu'à nos jours, la plus féconde et dynamique, fixant non seulement le genre du film de guerre mais contribuant également à forger une image positive des forces armées. Ce que nous appelons aujourd'hui par métonymie "Hollywood" a incontestablement fait (et continue de le faire) de la publicité  pour certaines firmes et matériels militaires, aidé au recrutement comme le montre la vidéo ci-dessus, et a valorisé la politique extérieure des États-Unis. On se souviendra, par exemple, de ce qu'a pu faire "Top Gun" (1986) pour le recrutement de l'US Navy; le film de Tony SCOTT étant considéré comme l'une des meilleurs affiches de recrutement de pilotes de l'aéronavale.

 

Y compris dans des scenarii n'étant pas a priori favorables à l'engagement militaire américain (le cinéma de la Guerre du Vietnam par exemple), l'héroïsme des Gi's est souvent mis en exergue, ce qui ne manque pas d'influencer en retour la fabrique du patriotisme américain. Cette influence et nulle part ailleurs aussi forte qu'au pays de l'Oncle Sam, car c'est ici que l'on comprit plus qu'ailleurs que le cinéma est aussi une industrie. Il est de bon ton de railler, de ce côté de l'Atlantique, des blockbusters produits justement dans une logique industrielle, qui substitueraient aujourd'hui la qualité scénaristique à une déferlante d'effets spéciaux. De fait, s'il est vrai que l'on trouve du bon comme du moins bon, - comme dans n'importe quel autre cinéma national, certes à une autre échelle -, force est de constater que seuls les États-Unis ont réussi à mettre aussi efficacement leur industrie cinématographique au service de leur Défense nationale, que ce soit par le biais de l'Histoire, de la fiction ou de la science-fiction. Avec tout le poids de sa magie, qu'il soit de guerre ou qu'il mette en scène des militaires dans des enquêtes policières, ou bien encore en faisant des forces armées de vraies vedettes face à d'inquiétants extra-terrestres, le cinéma américain a puissamment contribué à diffuser des représentations (admirées, enviées mais aussi détestées) de l'Amérique militaire dans le monde entier, tout en renforçant le lien entre les Américains et leurs soldats.

 

NB - J'adresse bien amicalement cette réflexion (toujours discutable) à Isabelle, Maxime, Charles, Anthony B. et Anthony I. Julia, Mathilde et Alexandre. Qu'ils lisent aussi cet article afin de nourrir leur réflexion pour le mémoire de fin d'année.

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 09:57

Midway

"First hit at Midway" par Paul RENDEL

 

1942-2012. Il y a 70 ans la Deuxième Guerre mondiale entrait dans sa troisième année. Le conflit est devenu planétaire. On se bat sur quasiment tous les continents: en Europe, en Afrique, en Asie, en Océanie. Mers et océans deviennent de véritables champs de bataille qui s’étendent désormais “au-delà de l’horizon” avec le développement sans précédent du combat aéronaval. Après une période de brutales conquêtes, les puissances de l’Axe se heurtent à un raidissement allié sur tous les fronts. 1942 est une année en suspens où les armes résonnent partout, et où de grandes batailles terrestres et aérovanales sont livrées. Le monde retient son souffle: l’Axe est-il sur le point de l’emporter ou assiste t-on au début du redressement allié?

 

Du 4 au 8 mai 1942 a lieu la première bataille aéronavale de l’Histoire: la bataille de la Mer de Corail. Elle oppose la Marine américaine à la Marine impériale japonaise. Au printemps 1942, l’Empire japonais a atteint la limite maximale de son extension territoriale. Depuis décembre 1941, une succession de victoires japonaises a balayé le Pacifique, acculant les États-Unis sur la défensive dans un espace maritime immense. Ayant éliminé les Français, les Britanniques et les Néerlandais, les Japonais sont désormais aux portes de l’Australie, le dernier grand allié régional de Washington. Pour le Japon, la bataille qui s’ouvre, au début du mois de mai 1942, a pour objectif de consolider la pointe méridionale de son expansion – notamment en prenant deux sites portuaires d’importance : Port-Moresby en Nouvelle-Guinée et Tulagu dans l’archipel des Salomon. Stratégiquement, elle prépare une future invasion du sous-continent australien.


Deux forces d’invasion sont ainsi mises sur pied, dont la protection est assurée par une flotte articulée autour de 3 porte-avions : le Shokaku, le Zuikaku et le Shoho. Les deux premiers sont des porte-avions modernes de la même classe (32 000 tonnes). Le Shoho est, quant à lui, un bâtiment hybride conçu entre le pétrolier et le ravitailleur de sous-marins, et engagé dans la bataille comme porte-avions léger (14 200 tonnes). Conduite par le Vice-amiral Shigeyoshi INOUE, le nom de code de l’opération japonaise était MO. Les renseignements alliés ayant réussi à déterminer les objectifs de l’ennemi, les Américains anticipèrent l’offensive japonaise en envoyant, fin avril, 2 porte-avions dans la Mer de Corail : le USS Yorktown CV-5 et USS Lexington CV-2, tous deux placés sous le commandement du Contre-amiral Frank J. FLETCHER. Les USS Hornet et Enterprise ayant participé au raid du Lieutenant-colonel James H. DOOLITTLE sur Tokyo, devaient rejoindre la base de Pearl Harbor pour se ravitailler. Ils ne purent donc participer à la bataille. Avec le Yorktown et le Lexington, l’US Navy engageait cependant 50% de ses porte-avions dans la Mer de Corail.


Si le 3 mai, la première force d’invasion japonaise parvint à prendre pied sur l’île de Tulagu, d’emblée la bataille tourna de part et d’autre en une recherche des porte-avions ennemis. Pour les Américains, ces derniers étaient le moyen de détruire les flottes de débarquement qui approchaient de Tulagu et de Port-Moresby. Inversement pour les Japonais, la destruction des porte-avions américains sécuriserait les forces d’invasion tout en affaiblissant sensiblement la défense de l’Australie, quand bien même des bombardiers B-17 pouvaient encore frapper à partir de bases australiennes. Confirmer la présence des porte-avions ennemis (surtout pour les Japonais qui étaient moins bien renseignés), en déterminer le nombre, les localiser pour pouvoir ensuite les couler, tel était le véritable centre de gravité de la bataille qui s’engagea réellement à partir du 4 mai.


Ce jour-là, attaquant la flotte de débarquement à Tulagi, les avions du Yorktown coulèrent le destroyer Zikuzuki ainsi que 3 dragueurs de mines. Cependant le 7 mai, dans leur recherche des porte-avions américains, les avions japonais surprirent et frappèrent le pétrolier ravitailleur USS Neosho (1) ainsi que le destroyer USS Sims qui l’accompagnait. Ce dernier sombra alors que le premier était abandonné. Mais en fin de matinée, les groupes aériens conjoints de l’USS Yorktown et de l’USS Lexington parvinrent à débusquer le porte-avions Shoho qui fut à son tour bombardé, torpillé et coulé. Cette présentation des combats ne doit pas masquer une journée de grande confusion dans les deux camps, où l’on vit des B-17 bombarder par erreur des bâtiments américains. L’immensité de l’espace à couvrir, la faiblesse des rayons d’action des appareils de l’époque ainsi que des systèmes de détection encore rudimentaires (2), expliquent en grande partie les ratés et les méprises.

 

Marine de guerre impériale

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Le porte-avions léger japonais Shoho (14 200 tonnes) sera coulé le 7 mai 1942

 

La confrontation était cependant montée d’un cran, et l’on comprit de part et d’autre que le choc des porte-avions n’était plus très loin. La nuit du 7 au 8 fut donc mise à profit pour préparer l’engagement du lendemain. Les task forces japonaise et américaine se repérèrent quasiment au même moment le 8 mai en début de matinée. Elles étaient distantes l’une de l’autre d’à peu près 400 km lorsqu’elles lancèrent leurs groupes aériens. C’est dans cet engagement que l’on put, pour la première fois, parler de bataille “au-delà de l’horizon”, où les porte-avions se battirent sans se voir et par aviation interposée : une révolution en matière de combat naval. Au cours de cet affrontement le Shokaku fut gravement touché mais le Zuikaku échappa aux bombardements. En revanche, les deux porte-avions américains furent sévèrement touchés, surtout le USS Lexington dont les incendies, maîtrisés dans un premier temps, reprirent violemment à la suite d’une série d’explosions. Devenu incontrôlable, le Lexington fut abandonné, et torpillé par le destroyer USS Phelps.

 

Les deux adversaires rompirent le combat à l’issue de cette importante journée. Les pertes américaines avaient été sensibles, et il ne restait plus qu’un porte-avions au demeurant gravement endommagé. Qui plus est le ravitaillement sur zone était compromis avec la perte du pétrolier USS Neosho. Côté japonais, le Shokaku était lui aussi gravement avarié, et n’était plus en mesure de poursuivre le combat. Le Zuikaku demeurait intact, mais son groupe aérien avait été décimé. Il ne disposait plus d’avions ni de pilotes en nombre suffisant pour poursuivre le USS Yorktown et, en même temps, protéger les forces d’invasion. Les Japonais restèrent donc maître du terrain, mais avec de lourdes difficultés pour ravitailler leurs bâtiments et une incapacité à relancer une nouvelle attaque aérienne. L’ordre fut donc donné de remettre à plus tard l’invasion de Port-Moresby. Le porte-avions Shokaku avait déjà quitté le champ de bataille pour regagner le Japon où des réparations lourdes l’attendaient. Le Zuikaku le suivit afin de reconstituer son groupe aérien. Ces deux grands bâtiments de la Marine impériale n’étaient donc plus opérationnels pour de longs mois.


La bataille de la Mer de Corail a pu être considérée comme une victoire tactique japonaise si l’on considère le tonnage des bâtiments coulés de part et d’autre. La Marine américaine y a perdu les plus gros navires, notamment le USS Lexington CV-2 qui valait davantage que le Shoho (3). Ces gains tactiques n’étaient cependant qu’apparence. La bataille marqua un véritable coup d’arrêt à l’expansion japonaise dans le Pacifique Sud après des mois ininterrompus de victoires et d’avancée. Si les Japonais débarquèrent à Tulagu, il s’y trouvèrent rapidement isolés alors que Port-Moresby n’était toujours pas en leur possession. La Marine impériale battit donc en retraite et l’Australie fut sauvée. Stratégiquement, et nonobstant les pertes de l’US Navy, la bataille fut donc un échec pour le Japon.


La suite des événements allaient rapidement confirmer l’avantage pris par les Américains dans cette première confrontation aéronavale. Frappé par une bombe anti-blindage de 250 kg qui traversa 4 niveaux, endommagé également sous sa ligne de flottaison, le USS Yorktown allait être réparé dans un temps record contrairement au Shokaku. Sachant que Midway sera le prochain objectif du Japon - l’état-major américain déroute le Yorktown sur Pearl Harbor. Ce dernier, en dépit de ses graves dommages, avait réussi à rejoindre les îles Tonga pour y subir les premières réparations. Le 20 mai le USS Yorktown reçoit l’ordre d’appareiller pour rejoindre de toute urgence l’arsenal de Pearl Harbor, soit une distance de 7000 km qu’il va parcourir à une vitesse de 20 noeuds. Il y parvint le 27, et est réparé en 3 jours et 3 nuits. Tout en réalisant un véritable exploit technique, l’US Navy raccourcissait les distances et repositionnait rapidement un porte-avions que l’état-major japonais pensait indisponible voire frappé à mort dans la Mer de Corail. Remis en condition opérationnelle, après ces travaux et avec un groupe aérien réarmé, le USS Yorktown appareilla le 30 mai en direction des îles Midway où se concentraient déjà les porte-avions USS Hornet et USS Enterprise en vue de la prochaine bataille.


Facteur aggravant pour la Marine impériale, la bataille de la Mer de Corail avait été coûteuse en avions et, plus grave encore, en pilotes. Au cours de l’affrontement, elle perdit 80 appareils et l’US Navy 66. Cependant, cette dernière récupérait presque systématiquement ses pilotes abattus en pleine mer, ce qui n’était pas le cas des Japonais dont les pilotes furent quasiment tous sacrifiés. L’opération MO n’aboutit donc pas seulement à la neutralisation de 3 porte-avions, elle fut aussi une hémorragie en matière de pilotes expérimentés, ce qui n’allait pas manquer de peser dans les confrontations futures.

 

Émilie, élève de la classe de 2nde 6, nous raconte la bataille de la Mer de Corail.

 

(1) Mortellement touché et à la dérive, le pétrolier ne sera achevé que le 12 mai par le destroyer USS Henley.
(2) Les Américains disposaient déjà de radars opérationnels, notamment sur leurs deux porte-avions (radar CXAM de 160 km de portée). En revanche, les Japonais étaient très en retard dans ce domaine, et ne disposèrent de radars que tardivement dans le courant du conflit.
(3) Le USS Lexington était un porte-avions lourd de 50 000 tonnes.

 

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Chasseur embarqué Mitsubishi A6M Zero

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Bombardier en piqué SBD Dauntless

Grumman-F4F-Wildcat.jpgChasseur embarqué Grumman F4F Wildcat

 

**********

 

LA BATAILLE DE LA MER DE CORAIL

 

La bataille de la mer de corail a eu lieu du 4 au mai 1942. Elle se déroule en mer de corail au nord-est de l'Australie. Cet affrontement est une btaille navale de la seconde guerre mondial. Les acteurs de ce combat sont la Marine impérial japonaise et les forces alliées navales et aériennes des Etats-Unis et de l'Australie. Elle fut la premiére bataille aéronavale de l'histoire, dans laquelle les navires se sont affrontés par porte-avion.  Aprés leur rapide succés durant les premier mois de guerre, les japonais projettent l'invasion de l'Australie. Pour menacer l'Australie, les Japonais tentent en mai 1942 d'envahir Port Moresby au sud de la Nouvelle-Guinée. Les forces déployées par la marine du Japon, sous le commandement général de Shigeyoshi Inoue, comprennent en particulier deux porte-avions et un porte-avions léger. Mais les Etats-Unies grace a leur service d’écoute , perce le plan ennemis regroupe deux groupes de porte-avions et une force de croiseurs, sous le commandement de l'amiral Frank J. Fletcher. Durant cette bataille les Japonnais coulent plusieurs plateformes appartenant aux américains (USS Lexington et USS Yorktown). Les américains eux coulent le porte avion légers ( Shoho ) des japonnais ainsi qu’une de leur plateforme (Shokaku). Les dommages matériels sont peu conséquents, mais l'effet sur le moral des japonais est très important. Cette bataille est une victoire matériel pour les japonnais qui ont coulés plusieurs navires américains. Pour les américains c’est une victoire moral car ils déjouent pour la première fois une opération japonaise. Les Américains y perdirent 543 hommes et 66 avions. Les Japonais dénombrèrent 900 tués et 80 avions détruits. Il s'agit d'une victoire américaine car cette bataille marque l’arret de l’avancé fulgurante des japonnais dans le pacifique sud.

 

Émilie

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COMMÉMORATION 1942

 

Marjorie - Le Victory program (6 janvier 1942)

Ufkun - La fin de la conférence d'Arcadia (14 janvier 1942)

Nassima - La conférence de Wannsee (20 janvier 1942)

Iman - La chute de Singapour (15 février 1942)

William - L'opération Chariot (27 mars 1942)

Wissame - Le raid DOOLITTLE (18 avril 1942)

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 07:11

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Le soutien de la Nation à ses forces armées ne réside pas seulement dans les hommages publics et les commémorations. Certes, ceux-ci ont leur force et sont indispensables pour cimenter la société autour de  cette notion de sacrifice sans laquelle nous n'aurions plus rien à partager ni à offrir. Ce sacrifice est permanent, et s'accommode mal avec la versatilité, la superficialité et l'émotivité de mises en scène médiatiques qui retombent aussi brutalement qu'elles se sont imposées le temps d'une crise. Ainsi en est-il aussi de l'après et de sa gestion lorsque restent les blessures et les mutilations à vie, lorsque reste le chagrin des familles une fois l'héroïsme de nos soldats, de nos gendarmes, de nos policiers et de nos pompiers rapidement oublié.

 

Le soutien de la Nation envers ses forces armées c'est aussi participer matériellement pour ceux qui restent, ceux dont on ne parle plus une fois l'émotion éteinte, ceux dont la souffrance demeure pourtant bien présente pour le restant de leur existence. Nous avions déjà attiré l'attention sur les blessés de guerre - et les associations qui s'en occupent -, mais une prochaine exposition organisée par le Gouverneur Militaire de Paris, l'Association des Réservistes citoyens, et placée sous le patronage de Jean CARDOT, membre de l'Académie des Beaux-Arts, permettra d'exprimer concrètement ce soutien. L'exposition "Ils se sont engagés, nous nous engageons!" rassemblera du 10 au 13 mai 2012 à l'Hôtel national des Invalides, les oeuvres d'une vingtaine de peintres, sculpteurs et photographes. Parmi eux, on retrouvera entre autres Thomas GOISQUE, qui a beaucoup photographié nos troupes sur le théâtre d'opérations afghan. Les profits de cette manifestation seront reversés à la Cellule d'Aide aux Blessés de l'Armée de Terre (CABAT).

 

Créée le 1er septembre 1993 par le Général d'Armée Amédée-Marc MONCHAL, alors Chef d'État-Major de l'Armée de Terre (CEMAT), et ayant ouvert plus de 5600 dossiers depuis, la CABAT a pour mission de prendre en charge les blessés de l'Armée de Terre (la quasi-totalité de nos pertes), d'assurer leur suivi médical et leur réinsertion. Elle accompagne aussi les familles dans la douloureuse épreuve qui est d'apprendre à vivre avec un blessé. La CABAT travaille en relation étroite avec un ensemble d'associations - dont Solidarité Défense et Terre Fraternité - qui rassemblent les fonds indispensables pour compléter l'aide apportée aux blessés et à leur famille. Une aide, aujourd'hui, portée en grande partie par l'État. Ne nous y trompons pas cependant. Le véritable lien entre la Nation et son Armée résidera dans des initiatives provenant avant tout de la société civile, et non du milieu militaire comme c'est, ici, le cas. Émanation de l'institution militaire, la CABAT donnera cependant dans les prochains jours  - avec cette belle exposition - l'occasion au grand public de venir manifester un geste de soutien bien concret envers ses Héros blessés.

 

NB - La page de la CABAT sur Facebook.

 

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Télécharger le programme de l'exposition

 

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 07:40

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L'exécution du Viêt Cong NGUYEN Van Lem le 1er février 1968 dans Saïgon (Source - Edward ADAMS, Associated Press)

 

Victorieux lors de l’offensive du Têt (janvier-mai 1968), en infligeant à l’ANV et au Viêt Cong une terrible défaite militaire, les États-Unis et leur allié sud-vietnamien furent cependant tenus en échec sur le terrain médiatique. C’est ce dernier qui, in fine, transforma le désastre tactique de HÔ CHI MINH et de VO NGUYEN Giap en une victoire psychologique (et stratégique) inespérée pour le camp communiste.

 

La Guerre du Vietnam fut le premier conflit médiatisé à grande échelle selon des standards modernes. Elle fut ainsi relayée, des années durant - et quasi quotidiennement - sur les chaînes de télévision et dans la presse occidentales. À ce sujet, journalistes et reporters de guerre étaient beaucoup moins encadrés, qu’ils ne le sont de nos jours sur un théâtre d’opérations. Beaucoup d’entre eux payèrent d’ailleurs de leur vie cette liberté de mouvement au coeur des combats (1), et le concept de journalistes “embedded” ne fut systématisé par l’US Army qu’après la Guerre du Vietnam (2). 

 

Des millions de téléspectateurs furent donc projetés au cœur de celle-ci, dès ses débuts, et le phénomène fut particulièrement traumatisant aux États-Unis où des centaines de milliers de familles furent directement concernées par l’envoi d’un fils, d’un frère, d’un père ou d’un mari ; la conscription étant en vigueur jusqu’en 1973. Alors que plus de 58 000 jeunes Américains tombèrent, et qu’un demi-million d’entre eux fut engagé au Vietnam sur une décennie, l’opinion publique américaine (et avec elle l’Occident) fut directement impliquée dans le conflit. À travers des reportages quotidiens montrant de violents combats urbains, ainsi que des scènes de mort et de souffrance frappant les populations civiles, l’offensive du Têt Mau Than choqua particulièrement des sociétés occidentales dont les évolutions mentales et culturelles ne permettaient plus d’appréhender les réalités de la guerre avec la même résilience que les générations précédentes. Pire, la décontextualisation de certaines images renforça une interprétation plus émotionnelle qu’analytique des événements. Partant, la médiatisation de la guerre favorisa un courant d’opinion pacifiste et anti-guerre sans cesse grandissant, qui finit par créer un deuxième front au sein de la démocratie américaine. 

 

Un document, à lui seul, résume l’impact médiatique du conflit et le retournement des opinions publiques dans les démocraties en 1968. Il s’agit de la photographie réalisée par Edward (dit Eddie) ADAMS (1933-2004), de l’agence Associated Press, montrant le chef de la police sud-vietnamienne, le Général NGUYEN Ngoc Loan, pointer son revolver sur la tempe d’un « civil » dans une rue de Saïgon le 1er février 1968. La photographie comme le film de cette exécution sommaire – qui eut lieu en présence de journalistes et sous l’objectif d’Eddie ADAMS - fit le tour du monde. Elle valut à son auteur une notoriété internationale couronnée par le prix Pulitzer en 1969, ainsi que le World press photo. 

 

Que la personne exécutée ce jour-là fut un civil ou non, l’acte de l’officier sud-vietnamien n’était ni plus ni moins qu’un crime de guerre. Que cela soit dans une perspective juridique ou morale, il demeure contestable si ce n’est injustifiable. D’emblée, la photographie d’Eddie ADAMS fut reprise et instrumentalisée par les mouvements anti-guerre, relayés par les partis communistes (notamment en Europe occidentale) qui soutenaient la cause nord-vietnamienne. Elle fit un tort immense au Sud-Vietnam comme à l’engagement américain, et les opinions publiques occidentales voulurent y voir le symbole d’une « sale guerre » menée par les États-Unis en soutien d’un régime autoritaire et corrompu. Peu importait de savoir que les combattants communistes commettaient au même moment les pires atrocités à plus grande échelle à Huê. Il n’y avait alors ni reporters, ni chaînes de télévision pour photographier ou filmer leurs crimes de guerre dans l’ancienne cité impériale comme ailleurs. La complexité de la guerre était niée à dessein et, pour le reste, le symbole l’emporta de manière unilatérale sur le contexte ainsi que toute autre tentative d’explication. 

 

Eddie ADAMS, lui-même, fut déstabilisé par l’ampleur et la résonance mondiale qui se développa à partir et au-delà de sa photographie. Dans la tempête médiatique provoquée par son cliché, il mena une enquête qui révéla que l’homme abattu s’appelait NGUYEN Van Lem. Celui-ci n’était en rien un “civil innocent” assassiné sans raison apparente, ce que le geste expéditif du Général Loan empêcha malheureusement de révéler plus clairement. Il faisait en fait partie d’un de ces multiples commandos Viêt Cong, qui avaient reçu l’ordre d’investir Saïgon dans les premières heures de l’offensive du Têt. Des commandos qui avaient pour mission d’abattre des personnalités sud-vietnamiennes et américaines à leur domicile même. Lem venait ainsi d’assassiner, dans des conditions particulièrement atroces, toute la famille d’un policier avec le policier lui-même, avant que son commando ne soit à son tour neutralisé par l’ARVN (3). Unique survivant de son groupe terroriste, immédiatement reconnu par plusieurs témoins, Lem fut arrêté et amené au Général Loan alors occupé à combattre les commandos Viêt Cong dans Saïgon, et dont l’homme assassiné par LEM était, qui plus est, un ami personnel. 

 

Ces faits étaient largement inconnus du grand public, qui ne retint que la violence de l’image en dehors du contexte de l’offensive du Têt Mau Than. Un public mondial qui, finalement, fut davantage touché par l’utilisation unilatérale de la scène de l’exécution (à des fins subversives et en faveur de la cause nord-vietnamienne), que par la réalité de faits moins simples à établir dans leur exactitude. Eddie ADAMS devait regretter toute sa vie l’instrumentalisation qui sera faite de cette scène de guerre, mais le mal était fait. Au-delà de l’immense victoire psychologique qu’était devenue l’offensive de Giap, en 1968, c’était l’engagement américain qui était définitivement ébranlé. Certes, la photographie d’ADAMS n’explique pas à elle seule ce retournement. La surprise qu’avait été cette grande offensive militaire en dépit des communiqués optimistes du Général William C. WESTMORELAND, qui annonçaient une victoire proche, l’augmentation en flèche des pertes américaines, la tuerie de My Lai (4), avaient considérablement renforcé l’opposition à la Guerre du Vietnam, et préparaient déjà par ricochet une nouvelle orientation stratégique. La photographie du 1er février 1968 fut néanmoins un symbole exceptionnel, qui illustra de manière éclatante que la guerre se jouait autant (si ce n’est davantage) dans les médias que sur les champs de bataille de l’offensive du Têt.

 

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Drapeau du Sud-Vietnam


(1) Cf. (Horst) FAAS et (Hélène) GÉDOUIN, Henri Huet, « J’étais photographe de guerre au Vietnam », Trieste, Éditions du Chêne, 2006, 192 p.
(2) Plus particulièrement avec la première Guerre du Golfe.
(3) L’Armée de la République du Viêt Nam ou ARVN (prononcer arveen) était le nom donné aux forces armées sud-vietnamiennes.
(4) Le 16 mars 1968, sur la base de renseignements confus et mal interprétés, la compagnie Charlie de la 11e brigade d’infanterie légère du Capitaine Ernest MEDINA et du Sous-lieutenant William CALLEY massacre près de 500 civils sud-vietnamiens dans le hameau de My Lai (province de Quang Ngai). Le Sous-lieutenant CALLEY sera jugé et condamné pour ce crime de guerre.

 

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